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et la niort de tous les patriotes ; b mort de to«s tous, législateurs
c< Quantité de ces donataires influencent la monidpalité de Scnssons, le conité de sorreiUance et le district ; grand nombre tiennent les pnniières places dans la garde nationale et dans les différentes administrations civiles et militaires. La guerre aux royalistes, c'est là notre crime, législateurs , et nous nous en glorifions ; c'est le crime de la société populaire et républicaioc de Soissons , c'est là le sujet de nqtre persécution.
« Il faut purger Soissons de tous ces roydi^ tes. En conséquence , nous vious prions , au nom du bien public , d'envoyer des commissaires pour prendre connaissance des faits et des vexatioDS que nous vous soumeiktons , réchaufiSu* l'esprit public qui a pu être refroidi par ces actes d'oppression , et livrer ensuite les coupables et les conspirateurs à Ja justice et au ^bive de la loi. »
Cette dénonciation donne la mesure du. vertige démagogique qui s'était emparé des esprits. A quels souvenirs am^rs, à quels remords déchirants ses auteurs n'eussent-ils pas été condaion^
pour le reste de leurs jours , si la convention , s'associant à leurs vœux et à leurs haines, eût donné à un antre CoUot d'Herbois, à un autre Carrier, la mission de purger Soissons de tous ces hommes à jamais exécrables qu'on Tenait de signaler à la vindicte républicaine ! Que d'honnêtes gens eussent péri victimes d'une délation aussi odieuse qu'elle était irréfléchie? Que de têtes fussent tombées sous la hache des démagogues ? On frémit à l'idée qu'une pareille proscription ait pu être appelée sur des concitoyens dont tout le crime était de ne pas partager , au même degré , l'exaltation frénétique du moment.
Mais Soissons n'eut point la douleur de voir le sang de' ses enfants couler sur Téchafaud, et les or^es de la liberté n'y furent que ridicules. Comme beaucoup d'autres villes , elle eut ses saturnales républicaines ; ses frères et amis , qui s'ho^ noraient dn titre de sans-culottes ; ses orateurs de carrefour qui , coiffés du bonnet rouge , déclamaient en style de halle , du haut d'une charrette , leur servant de tribune , contre les prêtres et les nobles, contre l'autel et le trône. Elle eut aussi ses théophilantrophes et son temple de la
Raison , avec sa déesse de la liberté , jeune et jolie femme , habillée à l'antique , les bras et les jambes nus y portée sur un brancard en procession par les rues de la ville , et placée ensuite sur l'autel de la patrie , entre les bustes en plâtre de Lepelletier de St-Fargeau et de l'ignoble Marat. On rapporte que plusieurs Soissonnais furent redevables de la vie à un de leurs concitoyens, M. Lejeune, placé à la tête du bureau de la police générale par le représentant St-Just, quiTaTiût connu avant de siégera la convention. Lejemie était spécialement chargé de faire, à Robespierre et à St- Just , le rapport des dénonciations adresr sées chaque jour aux comités de salut public et de sûreté générale. Un jour , Robespierre lui remit une liste de Soissonnais dénoncés comme aristocrates (c'était plus qu'il n'en fallait pour les envoyer tous à la mort) , avec ordre de lui faire promptement un rapport qui pût servir d'acte d'accusation . Lejeune emporta la fatale liste chez lui , leva un pavé de sa cour et l'enterra dessous. Robespierre oublia la liste et le rapport, et porta quelque temps après sa tête sur cet échafaud oii il avait fait monter tant de victimes. Il est fort à
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regretter , dans l'intérêt de la vérité , comme dans celui de la mémoire de Lejeune, que Tauthenticité d'un fait aussi important ne repose que sur le seul dire de son auteur ; car beaucoup de personnes le révoquent en doute , tandis qu'une pareille action était bien propre à laver M. Le jeune du reproche qu'on lui fait d'avoir pu mériter la confiance d'un St-Just et d'un Robespierre , et de leur avoir même servi , en quelque sorte , d'instrument dans leurs sanglantes proscriptions.
Nous avons cru devoir nous abstenir de citer les noms des individus qui se firent remarquer par la chaleur de leurs opinions ultra-révolutionnaires ; quelques-uns les avaient adoptées par conviction , d'autres par entraînement, le plus grand nombre par prudence et même par crainte ; mais tous les modifièrent beaucoup dans la suite ou les abandonnèrent entièrement. D'ailleurs , parmi ceux qui se signalèrent le plus ^ très-peu avaient reçu le jour à Soissons.
Il est néanmoins un Soissonnais dont le nom appartient à l'histoire : c'est Charles - Philippe Ronsin, qui périt victime, comme tant d'autres , de cette terrible démagogie dans laquelle il s'était jeté à corps perdu.
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Ronsio, qui arait embrassé la profession d'horame de litres, s'ëtait fait comiailre, en 1^90, par la publication, sons le patronage de Bailly, maire de Paris , d'mie tragé£e de Louis XII , dans laquelle la Fayette ëtait représente, sous son même nom et dans le personnage d'un de ses smcétres , comme le héros modérateur de la France. La pièce , jouée au Théâtre Français , n'eut point de succès, malgré la grande popularité dont joinssait alors le commandant de la garde nationale paiinenne.
Lié avec Marat , Danton et autres fameux démagogues, Ronsin avait été successivement nom* mé , par leur crédit , commissaire ordonnateur , adjoint du ministre de la guerre et , enfin , commandant , conjointement avec Rossignol , de l'armée révolutionnaire envoyée contre la Vendée. Mauvais généraux et mauvaises troupes, cette armée, forte de quarante-cinq mille hommes, fut battue et mise en déroute, par six mille royalistes, et Ronsin vint reprendre sa place au club des CordeKers dont il était membre. Décrété d'arrestation par la convention, sur la dénonciation du représentant Philippéaux qui l'accusait, bien à tort sans doute, de trahison , il (ut rendu k la li-
bertë le 2 février 1794. Arrête de nouveau, le 13 mars suivant, avec Hébert, l'auteur du Père Duchesne, Momoro, Vincent et autres, au nombre, de dix-neuf, désignes sous le nom des Hébertistes, il fiit condamné à mort avec eux par le tribunal révolutionnaire, et exécuté le 95 du même mois, à l'âge de quarante-deux ans.
Ronsin montra dans la prison beaucoup de fermeté. « Qu'est-ce que tu écris-là, dit-il à Momoro qu'il voyait très-occupé à préparer sa défense? Tout cela est inutile; ceci est un procès politique. Vous avez parlé, tandis qu'il fallait
ag^ Vous deviez savoir que tôt ou tard les
instruments des révolutions sont brisés Le
temps vous vengera, le peuple rictimera les jiiges et fera justice de votre mort. J'ai un enfant que j'ai adopté; je lui ai inculqué les principes d'une liberté illimitée ; quand il sera grand, il n'oubliera pas la mort injuste de son père adoptif, il poignardera ceux qui nous auront fait mourir ; il ne
faut pour cela qu'un couteau de deux sous
Apprêtez-vous à mourir, je jure que vous ne me
verrez pas broncher » Une autre fois il dit à
Hébert : k Le parti qui nous envoie à la mort, .y
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marchera à son tour , et cela ne sera pas long. » Le triomphe de nos armées , en refoulant Tennenû jusqu'au delà du Rhin, avait amené la dislocation du camp 9 et Soissons fut enfin afitanchie de la contrainte dans laquelle l'avait tenue ce voisinage redoutable. La chute de Robespierre et du régime de terreur qui désolait la nation, ouvrit les prisons, et chacun, patriote, modéré,* aristocrate même, retourna chez soi, où il put vivre avec quelque sécurité, quoique la France eût encore bien des mauvais jours à traverser. Une exaltation de longue durée ne pouvait convenir au caractère naturellement doux et humain de la popu-
lation soissonnaise. Les grands mots de liberté, d'égalité, de firaternité, ne trouvaient plus d'écho dans le peuple qui, msmquant de travail et de pain, regrettait le temps où il vivait tranquille et même heureux. Plusieurs années de disette et la ruine totale du commerce commençait à lui faire douter de l'excellence des institutions républicaines dont on l'avait tant leurré, et qui, loin d'améliorer sa condition, ne servaient qu'à donner carrière à beaucoup d'ambitions de bas étage. Les patriotes ne persévérèrent pas longtemps dans.
les errements de jacobinisme ; ils revinrent à des sentiments de modération, et Soissons n'éprouva plus de déchirements. Les théophilantropes , c'est la dénomination que s'étaient donnés les sectateurs du temple de la Raison, quittèrent sans peine, comme sans regret, un simulacre de culte sans foi, sans croyances, sans Dieu. Heureux les uns et les autres de faire oublier promptement tout ce dévergondage de la raison humaine !
L'administration de la guerre n'ayant plus besoin de tous les anciens édifices religieux de Soissons, ils furent vendus, à l'exception toutefois du. palais épiscopal, du séminaire, des abbayes de Notre-Dame, de St-Jean des Vignes et du couvent des Minimesses qu'on réserva pour des services publics. Le séminaire et le couvent furent convertis en casernes pour recevoir un bataillon d'infanterie. Un quartier de cavalerie fut maintenu dans l'abbaye de Notre-Dame. Celle de St-Jean resta affectée, une partie, au service des vivres, l'autre, à l'exploitation d'une salpétrerie qu'on avait établie dans les bâtiments conventuels, â l'égard du palais épiscopal, on le conserva sans lui assigner d'abord de destination précise ; mais
on lui enleva sa grande cour, une partie desoD jarcba et quelques autres d^endances pour Téb blissement de la place de la Cathédrale et Tout erture de la rue de TÉvéchë.
Quand la tourioiente rëvolutionoaire , après avoir complète la destruction du vieil édifice monarchique, eut enfin cesse ses ravages, on sentit que la société ne pouvait pas toujours vivre eie tourée de ruines. La gloire miiitaîre fit bientôt oublier les douleurs du passé, et ren^tre, a?ec l'espoir d'un meilleur avenir, l'amour du grand et du beau. Un des besoins les plus pressants était de rouvrir les écoles à la jeunesse, restée sans instruction au milieu du débordement des mauvaises doctrines. Soissràs fiit choisie pour tectvoir l'école centrale du département de TAisoe; c'était peut-être un dédommagement qn ob M donnait de lui avoir préféré Laoo pour chefJieu. On devait enseigner dans cette école qpà fiit installée, en 1 796, dans les bâtiments de l'ancienDt! Intend&nce : la grammaire, les belleslettres, 1^ langues étl^angères, l'histoire, l'histoire naturelle, les mathématiques, la physique, la chimie et k dessin; elle devait renfermer aussi m\ cabio^^
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d'histoire naturelle^ un laboratoira de thiinie et un jardin botanique. Mais il en fut de cette création, comme de toutes celles du gouvernement républicain : elle ne fiit jamais adievëe; Targent manqua , les études forent très-faibles et les élèves en petit nombre. A peine en comptait-on une cen^ taiue lors de la suppression de rétablissement en 1804.
Sous la république, où Tadministration municipale était toute populaire, la ville ne reçut d'autre amélioration matérielle que Tagrandissemenf de la place de la Cathédrale, à laquelle on donna le nom de place Matitoue, en Thonneur de la tonquête de cette forteresse importante, qui eut Keu pendant qu'on y trai^Uait. On ne déploya d'activité que contre les édifices religieux, dont la destruction, livrée à l'industrie particulière, s'opérait à mesure que les démolisseurs trouvaient à vendre leurs matériaux. Les hommes qui présidaient aux destinées de la France encourageaient d'ailleurs de tout leur pouvoir cette destruction \ ils semblaient appréhender le retour de la religion et auraient voulu en effacer jusqu'au souvenir. Chose remarquable! des débris de tous cea
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édifices, élevés à grands (rais avec les tributs et le labeur de vingt générations, et dont un petit nombre seulement ont été conservés, il n'est rien sorti qui puisse les rappeler un jour à la mémoire. Les matériaux de douze églises démolies , panrn lesquelles celles de l'abbaye de Notre-Dame, de SI Yaast, de St Jean et de St-Médard étaient de fastes édifices, ont disparu sans qu'il en soit résulté, sauf toutefois les murs du cimetière, aucune cons^ truction un peu importante, ni que le nombre des maisons de la ville et des faubourgs ait été sensiblement augmenté. Celles-ci, d'ailleurs, sont généralement construites en pierre de taille neuve, parce que le prix n'en est guère que le double de celui de la maçonnerie de vieille pierre. On peut donc dire que la démolition des monuments reli, gieux qui embellissaient Soissons, devenue en quelque sorte nécessaire, depuis la suppression des ordres monastiques, pour ériter au tre'sor public les frais d*uu dispendieux entretien, n'enrichit, ni les démolisseurs, ni l'Etat qui les avait vendus presque pour rien.
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