‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 184 sur 197 · II. o · texte numérisé non relu

II. o

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dans le faubourg SM^ristophe, oè ils pénétrèrent fort avant, pour attirer, de ce côté, Taltention de Teiiheim, pendant que la division Ricard attitquait , avec r^ohition , le faid>ourg St-<^répin. Plusieurs bàkitnenls ruraux de l'auberge du roi de Polognq deviennent la proie des flammes et les troupes russes , postées dans ce faubouig , sont forcées de rentrer précipitamment en la ville d^ vaut les Français qui les poursuivent la binonnette dans les reins ; mais la hauteur de la muraille el le feu meurtrier qui en part arrêtent ceux-ci , et les contraignent à battre en retraite à leur tonr. Dans le même temp^ des tirailleurs, traversant les prairies de St-Crëpin, étaient parvenus au (ûed à petit rempart en aval de la tour du Diable. U trouvant dëgaomi d'ennemis, plusieurs d'entre eux l'avaient escalade et s'étaient même avancés jusqu'au pont; mais leur petit nombre les rendit victimes de leur audi^ce: des troupes rosses étant tout-à-coop survenues , ils furent tous pris , tués ou culbutés dans la rivière.

La tentative infructueuse des deu3L maréchanxt pour enlever Soissons à l'ennemi , coûta de huit cents à neuf cents hommes à chaque parti, et rel^

DR SOISSOUS. 4f9

dit beaucoup pkâ triste b condition des habt* tants. L'intërietir de la ville prësentait Tafiligeant tableau de tomates les misères de la guerre, sans avoir rien du prestige qui s'attache à la gloire des armes ; car le mérite d'iine belle dëfeuàe était uue douleur de pIuB pour les SaissoAuats. Les! prc^ mièrs coups de canon, tirés par les Français^ avaient été le signal d'un pillage qui dura près de vingt-quatre heures : pendant que les troupes régulières combattaient sur les remparts, les Gosa* ques i9t les valets de l'armée se livraient au bri-* gandage le plus effiréné. Chaque habitant se vit obligé de soutenir péniblement, le jour et la nuit, un siège dans sa maison. « Malheur aux habita** tions abandonnées, s*écrie un témoin oculaire, M* Letellier, auquel nous empruntons ces détails, malheur surtout à celles occupées seulement par des femmes! » Des obus lancées par les Français avaient mis le feu à Tancienne église des Feuillants, et, en peu d'heures, une filature de coton et une fabrique de papiers peints qu'elle renfermait, avaient été réduites en cendres. A la nuit, quand le combat eut cessé, les troupes ennemies qui bivouaqnaient sur la grande Place, allumèrent des

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fewL qu'elles alimentaient avec les boiseries et les meobles de toutes les maisons oè leurs maraudeurs pouvaient pënëtrer. La rëverbëration causée par ces feux attira l'attention d*une batterie française placée do cèté de St-6ermaia ; elle diri gea plusieurs obus sur ce point. Un de ces projectiles frappa dans le comble de Thôtel de ville où il mit le feu. Cet édifice était encombré des blessés ennemis de la journée qu'on y avait transportés faute de place dans les hôpitaux et les ambubnces: mais personne n'en occupait les greniers. L'incendie se propagea rapidement en dessous de la couverture, gagna le comble du bailliage qui était contigu, et les flammes se montrèrent à la fois par les quatre coins des deux bâtiments. Les habitants, barricadés dans leurs demeures et défendant à grande peine leurs ibyers domestiques, ne purent songer à voler au secoors de leurs archives municipales, condamnées à devenir une seconde fois, et à quatre cents ans dlnlerralle, la proie des^ flammei^. A onse heures dix ihinutes, des tourbillons de feu et de fumée s'élancent dans les airs : c'est le comble qui s'écroule, engloutissant sous ses débris embrasés trois ceuls

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inaUieureia blessés que leurs camarade^ u'out pas eu le temps d'arracher à la mort.

Après une nuit passée dans les plus cruelles angoisses, le jour reparaît aifin; mais les Français ne renouvellent point leur attaque, et tout espoir d'être bientôt délivrés est ravi aux Soissonnais. Les deux maréchaux étaient allés rejoindre Ten^reur, laissant seulement devant Soissons un petit corps de cavalerie. Les pillards continuaient leurs déprédations et la ville était menacée d'une destruction totale ; car les flammes qui s'élevaient toujours des ruines de l'hôtel de ville et du bailliage pouvaient à tout instant communiquer l'incendie aux maisons voisines. Plusieurs citoyens ne prenant alors conseil que de la grandeur du péril , sortent de leurs barricades et vont implorer l'humanité du général Budzewitzch eu (aveur de leur malheureuse cité. Il leur promet de faire cesser le désordre sur-le**chaoip ; mais il exige l'organisation d'une administration municipale pour fournir à ses troupes les vivres dont elles manquent et qu'elles sont obligées de se procurer par la violence. Il réclame aussi des secours pour ses nombreux blessés. A l'instant des pa^

troiéllM parcourent les mes et le piUage cesse: les principaux hahitaftt& se Faillissent et aomflieat une comfliission municipale qui s 'instaUe en permanence dans la maison nr i3 de la rue de IHôteUDieu. Elle se compose de BfM. Letellier*€apilain, prÉ^diPot, Legri^^ Lefebvre, riceprésidents, Morel et Flqoet. Les médecins, les chimrpens et les pharmaciens s'empressent de répondre à Tappel qui lenr est fiât: enfin les pompes sont amenées sur la grande Place et les scJdats russes se mêlent aux citoyens pour éteindre la flamme qui a déToré des centaines de leurs frères.

Ces mesures rendirent qqelque sécurité à la population. Tout n'était . pas fini ^ il est ynd , od était toujours au pouvoir de l'ennemi , il fallait satisfaire à tous ses besoins ; m^is on n'avait plus à redouter la brutalité d'une soldatesque aride de butin. Les membres de la commission municipale déployèrent , dajss ces circonstances si difficiles , tout le dévouement et toute l'énci^e qu'on pouvait attendre de bons citoyens. M. Letellier sut ré^îfter courageuseipent à des chefs de corps qui aocomp^guaient les e^gences de menaces. Nous en citerons un exemple : au lApmfOt de l' évacua-

lion de la ville par les allkfs , le f^nér^'Unûtt-^ witech ëtait difjà parti ^ quand iA) officier tti^ti se présenta au président de la commission et demanda la fonrmtufie iromédate de tivres et d'effi!tsf d'habillement. M. Letellîèr, pensant bien que cette réquisition était faite par l'officier pour son propre compte , la refusa formellemeht ; sur quoi l'officier lui dît , en lui montrant ses soldats qui remplissaient la cour : « Ignoréz-vous que je puis

disposer deTOtrevîe. — Vous pouvez disposer de moi , lui répond avec dignité le président , mais TOUS n'aurez ^as ce que vous' demandez. » L'officier n'insista pas et se retira.

Le 7, une vive canonade se fit entendre; on se battait à Craonne. Français et Russes, tous prêtaient l'oreille et attendaient dans une pénible anxiété l'issue d'une bataille qui allait décider peutêtre, non-seulement du sort de la ville, mais aussi de celui de la guerre. Vei*s les quatre* heures, les troupes russes se rassemblèrent précipitamment et se mirent en marche pour se rendre à Laon. Soissons fut évacuée ; l'enrtemi y laissa plusieurs centaines de blessés, un équipage de pont et quelques pièces d'artillerie enrlouées. Dès que ses

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dcruières trempes eurent qiutté la ville, les membre» de la comoiiftsioa visitèreot les édSfices servant d'hôpitattx. Cette visite sauva la Sénatoreric d'une destruction presque certaine. Le feu d'une cheminée avait gagne la paille répandue daas tous les appartements pour • servir de lit aux blessés ; ils arrêtèrent ce ccHamencement d'incendie et prévinrent un nouveau désastre.

Le 8, à dix heures du matin, la ville fut occupée par un détachement de cavalerie française , que vint renforcer , dans la soirée , un corps d'infanterie. Le 9, le canon se fit entendre de nouveau: c'âait l'empereur qui attaquait l'armée de Blucher dans la position formidable de Laon. Le 10, des coureurs de l'ennemi parurent dans la plaine de Crouy , presqu'aux portes de la ville ; idais ik se retirèrent après une légère escarmouche avec les troupes sorties pour les combattre.

Le 11» l'empereur revint de l'excursioD qni vraait de faire au de|à de l'Aisne , oii il atait épuisé , dans les diamps de Craoïme et de Laoo , les derniers efforts des nobles débris de ses armées. La ville fot encombrée de troupes, de chevaux , de canons , de voitures , de blessés et de

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mourante. Un temps affreu ajoutait encore à ce iiig^obre spectacle. On voyait, avec one pitié mêlée d'effiroi, cette masse confhse de soldats harassés de fatigues et qui venaient de perdre, dans un dernier et san^ant revers, tonte espérance de sanver la patrie. L'honhe^ir, le devoir, l'amour pour le chef qui les avaient menés tant de fois à la victoire, soutenaient encore le courage des vieux guerriers, et les retenaient, malgré tant de désastres, sous ces aigles qu'ils avaient promenées en triomphe dans toutes les capitales de l'Europe continentale. Mais il n'en était pas de même des jeunes soldats arrachés depuis peu aux douceurs du foyer domestique : les regrets, l'abaittemènt se joignaient aux fetigues d'une campagne d'hiver ; Usjbndaient comme la neige qui leur servait trop souvent de lit. Queb tristes pressentiments devaient alors a^ter l'âme de Napoléon? Ce fut dans les piurs de Soissons qu'il dut envisager sa puissance expirante, et compter le peu d'instlants qui restaient à sa dynastie^ que n'avaient pu consolider tant de génie et tant de gloire.

Le lendemain 1 3, il passa une revue de sa garde qui venait de recevoir une nouvelle organisation ,

reudu^ nëœsfiwe pw les grandes pertes ^ék avait ëprouvées à la bataille de Laon» Il parcoonl ensuite à cheval les reÉifMffts de la TÎUe, et or* dpmia les travam les plu ÎBdispensabfa» pour b mettre enfin à l'abri d'un coup de main. Rentré au palais ëpiscopal, où il avait établi son quartier géaéraU il reçut la coitamissiim munidqpale et cenx des citoyens qui s'étaient joints à elle. Son air était calme. et sa parole douce. « Yons ^ve^beau- « coiiç S4^ufiçrt, leur dil-U , je ne reconnais plus « votre viUe^ je plains vos malheurs ; mais rasso- « re&ivous^ je vais ponrYoïr à votre dâaise; Teih « neroi ne mettra plus le {ûed ches v<iiis. » En ér fet, l'empereur^ pour s'assurer de Soissons, dont la, double chipte Ini avait peutrétre ravi l'occasiai de raSmw*, par un de ces brillants fiants d'armes qui lui étfdeirt propres, Mn tanôiie prêt à tonber eu éclats , avait demandé au. mimstre un ofit ciei; jeuûe , . d'une valeur éprouvée et qui eut sa fortune à faire, pour lui eu confier le commandement. Le choÎK tomba sur le chef de bataillon Gérard. Le capitaine : du ^énie, Bergère, fiit chargé de \à direction des trapraux de défense. La garnisou se composfd^ d'environ dem miUe huit cents

honunes seulement, proirenant , poii^ la plupart , des corps de k jeune garde qui avaient ie plus soufTert, d'un détachement de garde nationale mobile de TAisne, et de deux compagnies de sapeurs du génie ; trente-neuf pièces de diters calibres formaient l'artillerie.

Le 1 3 mars, an matin , l'empereur quitta Sois^ soHs, se dirigeant, avec le gros de l'armée , sur Rheims. Le )duc de Trévise fut chargé de coutrir la ville pendant que huit cents hommes des troupes et de la population travaillaient sans relâche aiiK fortifications. Malheureusement une forte gelée qui avait durd ia terre presqu'à l'égal du roc , s'opposait aux progrès du travail. Dans Timpossibilitë >d*eKécutcr en peu de jours tous les ouvrages que demandait le vaste pourtour de la place , on commença par mettre le faubourg St-Vaast en état de servir de refuge à la garnison, dans le cas où l'ennemi viendrait à emporter la ville d'assaut; car il ne s'agissait de rien moins que de se défendre jusqu'à la dernière extrémité.

Beaucoup de personnes, efirayées de celte r^o* lution, profitèrent de ce que la route de Paris était libre pour s'éloigner. Les vivres ronimen-

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çaient d'ailleurs à devenir rares , et le séjour de quarante*hàit heures du grand quartier général, de la garde impériale et d'une partie de l'anDée, avait ëpuisë les dernières ressources d'un grand nombre' de familles. Nos soldats, logés par centaines dans chaque maison , se croyaient toujoivs en pays conquis, et leur exigence <lgalait presque celle des soldats ennemis. Mais le vide causé par la fuite dans la population soissonnaise, se trouva comble en quelque sorte par Farrivëe eu rk d'une foule de gens des villages voisins , qui ^ rent s'y réfiigier, et dont on put utiliser les bras: on organisa deux compagnies de sapeurs bourgeois, qui rivdisèrent de zèle et d'activité atef les troupes du génie. Tous les homknes fidbles el timides étaient partis ; ceux qui restaient sentaient qu'il fallait feire un dernier et gâiéreux effort, et que du succès de la défense dépendait le salut, l'existence même de la ville. Tout lé monde fit preuve de résolution et de courage.

L'armée française avait ramené de l'attaque de Laon beaucoup de blessés et de malades, tn^ partie fat évacuée par bateaux sur Compîègne, ainsi que quatre cents russes qui occupaient b

Sënatorerie^ mais plusieurs édifices en renfermaient encore nn grand nombre , notamment le séminaire. Là, gisait , à côté du vainqueur d'Aus^ terlitz ou d'Iéna , le soldat russe ou prussien ; les médecins soissonnais leur prodiguaient indistinctement à tous, les soina les. plus empressés et les plus as sidus.

Le duc de Trévise se maintint, malgré quelques attaques partielles, en ayant de Soissons, jusqu'au 18; ce jour-là ses troupes repassèrent sur la rive gauche de T Aisne. Le SO, il fiit forcé d'abandonner la place k ses propres forces et de battre en retraite sur la Marne, devant les armées russe et prussienne qui reprenaient , pour la troisième fois, leur mouvement offenûf sur la capitale. Dès le même jour Tavant-garde dug;énéral, comte de Sacken, vint investir Soissons, et fit une tentative sur le Ëiubourg St-Christophe . pour s'y établir : mais ellç en fiit repoussée.

A cette époque,^ le faubourg St-Vaitst avait reçu à peu près le degré de force qu'on voulait lui donner : un parapet, à l'abri de la balle , était élevé sur tout le pourtour de son rempart ; on avait mis dans les fossés plusieurs pieds d'eau, au. moyen

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du nnsseaii de 8t-Mëda^d et d'un barrage établi sokis le poDt de la porte de L&oëd. Lès mors sor la rÎTière ëtaîenk erënelësv etlewr pied défendu par naû paliande; eofia tout «rait été disposé pour faire . sauter le poi|t de V Aisne.

Le Si, renpen» epnmefiça rétabMssement de ses batteries à la distance d'enTÎron 700 mètres , et se logpa ^ttvs» lès dèraiëres maisons des feuboùif^v Le kndémûn, il outrit wot fett très-vif contre la ville 5 anq^ on riposta avec avaiktage. Il s'étabfit dans toute k partie dn: Ëiubourg St- Crépin an delà du pont, daos tcM de Crise, dont il crénela tomaisons vers la rille, et prit position en Ibroo autour du dmetière , daiis le desscm , sans doÉte, de s'emparer; pendant la mât, du faubourg St^hristophe ; mais la gannson y nnt le feu 'à dit heures 4u soir. En p^n dlieares, la poste aux ch^raut, Timbeii^ de la Croix Rouge , cinq corps de ferme et plu^eWs habitations devinrent la prtiie des flammés, avée le mobîfier et les récoltes qu'elles renfermaient.

Le' 93, à ta pointe du jour, l'ennemi attaqua la porte de Rheims et s'empara des msdsons siluées eu deçà de la Crise; rttaîs deux compagnies

de voltif^irSi que l' cm fit sortir à Iwit heures, Tea 4élQgi^ent bieotôt et firent onze prisonniers; Nos aoldats , emporta par leur ardeur , pbussèn» retit trop loin et forent arrêtes par un abattis d'a]i>res qui barraient la route près du pont. Leur imprudence coûta b vie à un officier et à huit soldats. I^ feu de l'artillerie fut trës-vif toute la jourttée de part et d'antre. Le soir , Tennemi envoya un parlementaire à la porte de Rheims ', il fut refusée

Le général Bnlovv , chargé , pour la seconde foi» , de prendre Soissons , voyant la garnison bien résplue à se défendre et en mesure de soutenir, avec quelques chances de succès, une attaque de vive force , prit le parti de faire un siège régulier; il éts^lit, autour de la place, douse batteries armées de quarante*^ept pièces, dont dix obusiers , et le même soir , la tranchée fiit ouverte au moulin de la burie de St*Jean , k 400 mètres environ de la iace droite du bastion de la Bergerie (n* 3).

L'ennemi , à la faveur de la nuit du 33 au 9â , qui fut très-^sombre , creusa dans le revers méri** dional de la colline de St-^ean , en avant de la

contine , mie dooBaine de petits boyaux , dans chacun desqods il plaça cinq ou six tinolleors, dont le feu iocoamodait beancoiç les troupes occupées à établir des parapets et des batteries sur le front d'attaque. Ces tirailleurs se troavaQt isolés et sans communicatloos , on voulut en profiter pour les enleter. Le %&, «ne heure avant b chute du jour ^ dugnante lanciers de la garde et «piatre coaipagnies dlnfiaurturie, sortirent par la porte de Paris et filèrent le long des fossés. Arrivée à la hauteur des petits boyaux , la cavalerie fon^t sur les tirailleurs et en sabra onse ; les autres se sauvèrent à toutes jambes vers le laobour; de Grise, dont le feu favorisa leur &ite et tua quelques chevaux. La petite coh>nne traversa le parc de la Toumelle , mit le feu au chiteaa et rabattit sur la gauche du iiaiubourg St-Christopbe, qu'elle prit à revers , pendant qu'un détadiement de la ridUe garde l'attaquait de front et en chassait Tennemi. On acheva d'incendier ce Êiubonrgf après quoi les troupes rentrèrent en ville.

Pendant toute la journée du 94 et la o«t stnvante , Tennemi lança beaucoup d'obus sur la ville . Une de ses batteries, (dacée sur la route de

Concy, dirigea ses coups contre la séiiatorerie, où les munitions se trouvaient déposées. Grâce aux mesures de précautions prises sur tous les points les obus ne causèrent presque aucun dommage , et la population se rassura promptement sur les effets tant redoutés d'un bombardement. Le but de l'ennemi était d'effrayer les habitants par quelque incendie ; d'un autre côté il faisait préparer un grand nombre d'échelles pour leur faire crain* dre une escalade.

Le S5 et le â6, les assiégeants poussèrent, avec beaucoup d'activité, leurs travaux d'attaque contre le bastion de la bergerie. Le !37, leurs zigzags atteignirent , malgré le feu de la place , le mur du parc, dans lequel ils s'établirent en nombre, et leurs tirailleurs, embusqués derrière les murs et les belles plantations d'arbres verts, dirigeaient un feu très-meurtrier sur le rempart. Les assiégés, de leur côté, travaillaient à renforcer les parties les plus faibles de l'enceinte de la ville , entre autres, le petit rempart en amont du pont et le jardin de la sénalorerie, oii les murs n'avaient guère que trois mètres de haut. On y remédia par des coupures en avant et des palissades. Ils commen-

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cèrefit aussi un retranchement à b gorge du ba^ tîon attaqué.

L'ennemi qui avait fait toute la joumëe du Ti un feu très-soutenu, mais sans succès, pour incendier la ville, le cessa tout-à-coup à la nuit toiu* bante et envoya un parlementaire , qu'on refusa sans vouloir l'entendre.

La nuit suivante, ses travailleurs couroonèrent presque entièrement la contrescarpe non revêtue du bastion de la bergerie. Le lendemain, à trois heures de l'aprèsHnidi, la ganûson fit une graudf sortie par la porte de Paris. Une colonne fui chargée de chasser l'ennemi de derrière les murs des maisons incendiées , à droite et à gauche de la route de Compiègne ; une autre colonne, avec cinquante lanciers et une pièce de canoo, attaqua par la route de Paris, pour prendre k parc à revers, tandis qu'une troisième, composée des gardes nationales mobiles.de l'Aisne et ^ voltigeurs de la jeune garde, suivait le chemin do tour de la ville . Pendant que les troupes de figue abordaient l'ennemi au pas de charge, enlevaient le parc et faisaient des prisonniers, les gardes nationaux se précipitaient, aux cris de vive Tempe-

reur, sur les tranchées et mettaient en fuite ceux qui les gardaient. Mais un feu très-vif partant du faubourg de Crise et des moulins voisins, ne permit pas de songer à détruire les ouvrages de l'assiégeant. Il fallut se retirer et se contenter d'à* battre la partie du parc qui restait encore debout. Les sapeurs, marchant à la suite des colonnes, s'en acquittèrent avec autant de zèle que de courage, malgré la présence des masses ennemies accourues au secours de leurs avant-postes, mais tenues à distance par le feo de l'artillerie des remparts. Les troupes rentrèrent dans la ville aux acclamations des habitants, sans avoir éprouvé de perte sensible, grâce à la rapidité de leur attaque.

L'ennemi employa deux jourâ à réparer et à perfectionner ses ouvrages. Le S9, il envoya un troisième parlementaire qui fut encore reiîisé. La nuit smvante, qui fut très^obscure, il parvint à poser une double ligne de gagions dans le fossé et à blinder le passage, sur une longueur de 9 à 10 mètres, du côté de l'escarpe. Il fit aussi un amas considérable de bois et de fascines. Son but était probablement d'attacher le mineur à la muraille et de découvrir l'ancien passagft souterrain

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qui servait d'ëgout, au X VI* siècle, à l'abbaye de St-Jeao, sur TexisteDce duquel il pouvait aToic reçu <|uelques renseignemeots.

Le 30, une heure avant la chute du jour, les assiégés jetèrent du haut du rempart des fascines goudronnées enflammées et d'autres combustibles. Leurs efTorts furent couronnés d'un plein succès : le feu dévora, en peu d'heures, le blindage de l'ennemi et tous ses approvisionnements.

Tandis que la valeur et l'activité de la garnison retardaient les progrès de l'attaque, le général Bulow recevait l'ordre d'aller rejoindre la grande armée des alliés, sous les murs de Paris. Il partit, laissant devant Soissons, pour en faire le blocus, le général Thumen avec sa brigade.

Le 31 mars, à la pointe du jour, l'ennemi avait abandonné ses tranchées, ses batteries et tous ses postes autour de la ville, et s'était retiré sur les hauteurs qui dominent la vallée de l'Aisne. U même jour on envoya les troupes du génie, cent ouvriers bourgeois et trois cents hommes d'infanterie détruire tous ses ouvrages, et l'on continua, pendant plusieurs jours, à abattre les murs et les arbres qui auraient pu lui servir de couvert, dans

le cas où il eât voulu renouveler l'attaque. Sa retraite sur les hauteurs permit à la garnison d'envoyer ses fourrageurs dans les environs, sans qu'ils fussent trop inquiëtës.

Le commandant supérieur ne voulant correspondre avec l'ennemi qu'à coups de canon (ce sont ses propres expressions), et continuant à refuser ses parlementaires, on ignora, pendant deux semaines entières, la reddition de la capitale et les grands ëvënements qui en furent la suite. Le dimanche de Pâques, huit jours après que le sënat et le corps législatif avaient prononce la déchéance de Napoléon , le Domine salçum foc imperatorem retentissait encore dans la cathédrale de Soissons ; on le chanta même avec une sorte d'enthousiasme. Mais le 14 avril, dans la journée, arriva le général d'Aboville, porteur d'une lettre du prince de Neufchâtel, laquelle annonçait la conclusion d'un armistice et la chute du trône impérial. Peu d'heures après, on vit arriver un officier de l'état-major du ministre de la guerre avec des dépêches contenant les mêmes nouvelles. Ainsi se termina la dernière des quatre défenses soutenues par Soissons dans le court espace de soixante jours.

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La ville, occupée par des troupes qui s'ëtûent si vaillainment dëfettdues, n'eut point à supporter le passage des armées alliées, lorsqu'elles, cracuèrent le sol français. Près de cinquante miik hommes défilèrent autour de ses murs et traversèrent l'Aisne sur un pont de bateaux, établi tout exprès dans le Mail, d'où ils regagnaient la grande route de Laon. Mais si la population soissonnaise n'eut point à supporter l'humiliant fordeau d'héberger ces mêmes soldats qui lui avaient causé tant de mal, elle fut afBigée d'une cruelle épidémie. Il semblait que tous les fléaux dussent frapper à la fois cette malheureuse cité. Elle offrit pendant plusieurs années .des traces douloureuses des désastres de la guerre : à la place de l'hôtel de ville et du palais de justice , on ne voyait qu'un monceau de cendres et de décombres; les ruines de plus de deux cents bâtiments et de nombreux murs de jardins courraient toutes les avenues dr la ville; beaucoup d'autres édifices portaient if^ marques dé la dévastation ; les belles promenades des remparts étaient en grande partie culbutées et la plupart de leurs arbres abattus. De toutes parts^ enfin, des murs sillonnés par les balles el les boulets attestaient les rudes alarmes auxquel-

les b population soissoiiiiaise avait dà être en proie au milieu de si vifs combats.

La guerre terminée, le premier soin de l'administration municipale fut de coastater l'étendue des pertes de toute nature que les habitants avaient éprouvées. Neuf commissaires, pris daDs le conseil municipal, furent chargés de recevoir les déclarations. La somme de tous les états de pertes, déposés par eux à la mairie, dépassait un million sept cent mille firancs. A la vérité beaucoup de ces états étaient entachés d'exagération ; mais nous pouvons affirmer, d'après la part que nous avons prise à la liquidation d'une partie de ces pertes, que le total devait excéder douze ceni mille francs (*).

La plus grande partie de celles qu'éprouvèrent les habitants des faubourgs furent largement réparées : sur les dix millions donnés par le roi pour secourir les départements qui avaient été le théâtre de la guerre, trente mille francs furent distribués aux petits propriétaires qui avaient propor-

(*) L*anleai' fat chargé, par le directeur (fes fortifications, de lever le plan de^ batimeiils et des mars de clÂlare détroits pour la défense de la place , et de TénHer le» étals de pertes présentés par les propriétaires.*

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tiounëmeot le plus perdu, et Ton fit reoûse des contributions de Tannée à quiconque avait eu des bâtiments détruits. Mais la plus grande rëparatioD fut accordée sons le ministère du marquis de la Tour-Maubourg qui , prenant en eonsîdératieo , sur le rapport du colonel du génie Paris, les malheurs de k ville et la ca^se de ta destruction des faubourgs, fit admettre dans la liquidation de l'arriéré soixaote*hmt propriétaires d'immeubles détroits ou endommagés pour la défense de la place, et tous, quelque fût la cause de leur sinistre, furent consid^és comme tels. Près de mz cent nulle fi*ancs furent payés en IfSââ, 1834 et i8S5, ayec tes intérêts depuis le 16 avril 181 7 ; mais cette liquidation faite un peu tardivement et sur des bases et des documents forts incomplets, autres que ceux fournis par le génie, ne put avoir toute l'exactitude désirable. Lies pertes immobilières ne fiirent pas assez indemnisées, tandis que celles mobilières le furent trop ; en sorte que plusieurs personnes se trouvèrent plus riches qu'avant leur désastre, bien qu'elles eussent vendu leurs créances à 80 pour cent de prix principal, avec l'abandon des înlércls..

D£ soisscms. Ml

La nuit désastreuse du 5 mars avait yu détruire toutes les archives municipales, ainsi que celles du greffe du tribunal civil de prenière instance; c'était une perte irréparable. Fort heureusement que les premières avaient été laborieusement compulsées par le chanoine Cabaret et par M. Fiquet et qu'on retrouve dans leurs Mémoires tous les renseignements historiques que renfermaient ces archives; mais il fallut rétablir les registres de l'état civil ^ ce qui ne fut pas sans inconvénients : un malfaiteur, nommé Cognard, échappé du bagne, qui avait pris le nom de Pontis, comte de Ste-Hélène, en profita pour se faire délivrer, en 1816, un acte de naissance, sous ces nom et qualité.

La mairie fut d'abord installée dans une maison particulière de la rue Richebouiig, puis transférée, en 1 81 6, dans le re^de-chaussée du bâtiment de la sénatorerie, auquel on avait donné le nom dé Palais de la Couronne, quoiqu'il ne fit pas partie des biens affectés à la liste civile du roi ; mais dépendit de la dotation de la chambre des Pairs comme provenant de celle de l'ancien Sénat.

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Toutes ces dâenses locales et partielles, quelque honorables (|u'^es fiisseot, ne pouTaioit plus conjurer la tempête : le coup firappë à Waterioo ëtait trop terrible pour que Napoléon s'en pût rekter, et une résistance désespérée n'eût fait qu'aura- Ter les maux qui fondaient sur la France , coupable de s'être rendue le docile instrument du des^ potisme impérial, après avoir ébranlé, durant dii ans, tous les trônes arec ses doctrines démocratiques.

La marche rapide des armées étrangères sur Paris\ à la suite des troupes françaises, et la prompte reddition de cette capitale, préservèreot Soissons d'une attaque; néanmoins, elle ipt bloquée par les alliés jusqu'au 1 7 juillet, époque où la garde nationale et la garnison reconnurent l'autorité du roi et reprirent la cocarde blanche. Dès ce moment les communications furent libres. Od cessa de se . regarder comme ennemis ; mais le passage au travers de la ville fut refusé à des corps de troupes prussiennes qui se présentèrent à la porte de Rbeims quelques jours après. Ces troupes furent obligées d'aller gagner la route de Paris i on passant au bas de St-Jean.

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Le 6 août , éclata une émeute militaire. Le colonel Gérard , commandant supérieur , avait invité à diner le général des troupes russes cantontonnées dans les environs de Soissons, et dont le quartier général était au village de Fontenoy. Ce général arriva sur les trois heures de l'aprèsmidi, accompagné de son état-major et d'une escorte de cavalerie. Aussitôt le bruit se répand que la ville va être remise aux alliés et que le commandant doit partir furtivement sans faire payer la garnison , qui a Tordre de se rendre au licenciement de l'armée de la Loire. Ces rumeurs, inventées et propagées par la malveillance , sont accueillies des soldats et de quelques officiers. Le soir, au moment de battre la retraite, ils forcent les tambours de battre la générale , et en peu d'instants toute la garnison se trouve réunie en armes sur la grande place , où règne une extrême confusion. Le commandant supérieur , informé de ce qui se passe , quitte ses convives et se rend au lieu du rassemblement; mais il est accueilli avec des murmures et des clameurs. Yainenient cherche-t-îl à ramener à leur devoir ces hommes égarés, ses paroles restent sans effet,

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son antorité est niécomme. Les mutins tiû déclarent qu'ib yeulent être payés sans retard, Im reprochent, ses liaisons avec les étrangers. Des reproches ib passent aux menaces et des menaces à llnsulte ; l'un d'eux le couche même en joQe. Cédant aux instances des officiers qui l'entottrent et le couvrent de leurs corps , il abandonne Témeute à elle-même et rentre chez lui. CependaDt, l'attroupem^ se dissout; chacun se retire, et deux heures après , on ne rencontrait plus personne dans les rues. Le général russe et son escorte sortirent de la nlle à une heure avancée de la nuit. Cette afiaire n'eut pas de suites ;od n'en rechercha point les fauteurs ; leur pumtioo eût été stérile , la garnison se trouvant sous ie coup du licenciement général.

Le 8 , on retira l'artillerie qui armait les remparts. On vendit des palissades et des bois, afin de se procurer de l'argent pour payer un icompte aux troupes; mais le produit de cette vente ne pouvant suffire, des personnes de b ville complétèrent la somme nécessaire. Le H» la garnison remit ses armes, et le lendemain, elle prit la route de Tarmée de la Loire. Bien (fi^

Soîssons n'eât plus de garaison française et que sa garde nationale fît seule le service militaire , les allies n'en prirent point possession : leurs troupes pouvaient y loger comme dans un lieu d'étape, mais sans y faire de séjour.

Napoléon voguait à pleines voiles vers le rocher de Sainte-Hélène qui allait devenir son tombeau, et la France, sa complice aux yeux du million d'hommes qui s'étaient rués en armes sur elle , attendait , dans une vive anxiété , la décision des rois. La France ne pouvait pas périr. Les bons citoyens; les cœurs généreux croyaient à son salut; mais tant d'abaissement blessait profondément l'orgueil national. La discorde reparut au sein de la population Soissonnaise , l'on y vit, comme partout, deux camps opposés : les Royalistes et les Bonapartistes. Le drapeau tricolore y fut brûlé, avec éclat, sur la place publique. A la vérité, ceux qui se livraient à cet acte de basse vengeance ne voyaient en lui que le drapeau d'un usurpateur/ dont l'ambition avait ramené, sur notre malheureuse patrie, tous les maux de l'invasion étrangère.

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