INTRODUCTION DU CHRISTIANISME
Plus de trois siècles sëtaient ëcoulës depuis que le culte des dieux de Rome avait été ëtabli à Soissoos, quand les premiers rayons du christianisme y pénétrèrent. Durant ce long intervalle, la vieille religion du pays avait presque entièrement £sparu de Tintérieur de la ville ; la main du druide, désarmée du couteau sacré, par les édits des empereurs Tibère et Claude, n'arrosait plus le dolmin (') du sang des hommes. Mais aux grossières superstitions du culte primitif, avaient succédé les erreurs, plus brillantes mais non moins absurdes, de la mythologie païenne. Le temps était venu où le christianisme devait appeler ces peuples à la connaissance du vrai Dieu.
il ne fallait rien moins que l'enthousiasme brûlant et le courage invincible des premiers chrétiens, pour venir annoncer l'évangile à une
0 Pierre oo autel contaeré poar les ncrilkes.
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population imbue de toutes les superstitions de l'idolâtrie. Deux jeunes Romains, d'une naissance distinguée, Crépin et Crëpinien, entreprirent cette mission sainte et périlleuse ; ils la scellèrent de leur sang et on les regarde, à juste titre, comme les apôtres de Soissons.
Les circonstances de ce grand ëvénemeot sont fort peu connues, comme tout ce qui concerne les premiers temps de Téglise de Soissons. Ce qui nous en est parvenu repose presque uniquement sur les traditions. Mais ces traditions du moyen âge, si touchantes dans leur naïveté, se montrent environnées de circonstances qui presque toutes tiennent du prodige, et c'est une tâche par fois délicate de faire apparsdtre la vérité à travers le voile mystique dont le zèle des moines et la crédulité de nos pères couvraient les antiques souvenirs de la religion.
On croit que les deux saints arrivèrent à Soissons en l'année S87 ; l'Église était alors en proie à une persécution des plus violentes. L'empereur Maximien-Hercale parcourait les Gaules pour eu extirper le christianisme, et livrait chaque jour de nombreuses victimes à la ra^e des bourreaux.
Dans des conjectures aussi désastreuses , Crëpin et Crëpinien se virent contraints , malgré toute la fenreur dont ils étaient animés , à s'envelopper de mystère. Ils voulurent se donner au moins le temps de répandre quelques lumières , avant que la surveillance inquiète des magistrats , tous dévoués au paganisme , pussent les atteindre et rendre leur mission et leur mort stériles pour ceux qu'ils venaient éclairer. Cachés sous les dehors modestes de cordonniers , ils se mirent en devoir d'enseigner les préceptes de l'évangile ; mais découverts presque au début de leurs travaux apostoliques , ils IbreDt arrêtés et jetés dans les fers. Maximien , qui se trouvait alors à Soissons, les fait amener devant Im pour les forcer à sacrifier aux idoles ; ses remontrances, ses exhortations, ses menaces trouvent les deux apôtres inébranlables , il les abandonne an préfet des Gaules, Riçcius Yamis , déjà fameux par le grand nombre de chrétiens qu'il avait fait périr dans les tortures. L'implacable préfet les Ëdt mettre à mort sur-le-champ , dans la plaine qui s'étend derrière le château d'Albâtre, et où les Romains étaient dans l'usage d'exécuter les cri-* minels.
Lies deux martyrs n'avaient pas assez longtemps ▼ëcu à Soissons , pour y faire de nombreux prosélytes ; et de la condition obscure où ils s'étaient placés , la lumière ne pouvait se répandre dans les hautes classes; mais leur supplice servit puissamment à propager la sainte doctrine. Les âmes compatissent naturellement aux victimes de la tyrannie : on lut frappé du courage des deux chrëtiens, on voulut connaître cette religion qtii inspirait tant d'héroïsme à ses fidèles ; la curicsitë conduisit à l'admiration , l'admiration à l'amour , et le christianisme allait se développer, avec une merveilleuse puissance, sur ce sol fécondé par le sang de ses martyrs. Cependant la persécution n'en était que plus terrible. On poursuivit partoot les disciples deCrépin et de Crépinien. Quelques uns eurent le courage d'avouer hautement leur croyance et de persister dans la loi nouvelle ; ils furent livrés aux bourreaux ; leurs noms sont restés ignorés ('*).
Le départ de Maximien de Soissons et la mort de son cruel préfet , qui arriva sur ces entrefaites, avaient apporté quelque ralentissement à la foreur ^e la persécution ; mais la condition des nouveaux
dirëtiens était encore fort précaire : saint Crépin et saint Crëpinien n'étant pas revêtus du sacerdoce , n'avaient pu instituer de prêtres pour contioaer leur mission et développer l'instnictiott re-ligieose dont ils avaient répandu les premières semences. La foi naissante des fidèles avait besoin d'être fortifiée contre les périls dont ils étaient sans cesse menacés : concitoyens, amis, parents , tons ne voyaient en eux que des ennemis des dieux et de l'empire. Ils se trouvaient ainsi réduits à la triste nécessité de cacher leur croyance et leurs prières , ou de mentir à leur conscience ; car, qnelqae ardente que fftt la ferveur des néophytes, h nature n'avait doué qu'un très-petit nombre d'entre eux d'une trempe d'âme assez forte pour résister aux persécuteurs , et pour aflrontcr l'horreur des supplices en témoignage de leur foi. Cet état d'abandon de la petite société chrétienne de Soissons ne pouvait se prolonger longtemps «ncore, sans danger pour son existence. Heureus«nent en l'année 991 , arrivèrent à son secours MÎnt Sixte et saint l^iice qui lui rendirent toute son énergie et la constituèrent enfin en égKse . Ces deux missionnaires, dont le premier était
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éTéque et l'autre prêtre , avaient d'abord prêché l'ëvangile à Rheims, où ils ayaieut été mal accueillis. Ils reprirent avec succès, à Soissons , l'œuvre des deux prenriers martyrs , et c'est de cette époque (391) que date l'établissement de l'église de Soissons et la suite de ses évêques , au nombre de quatre-vingt-douze , dont saint Sixte fut le premier.
Cependant le christianisme faisait chaque jour de nouveaux progrès , mais il était encore bien loin d'une condition heureuse et tranquille. La persécution dévorait une foule de victimes sur toute la surface de l'empire. Les fidèles qui voyaient sans cesse le glaive des bourreaux suspendu sur leur tête n'osaient se réunir, que furtivement et pendant la nuit, pour prier en commun dans les lieux souterrains et dans les cimetières, où la tombe d'un firère leur servait d'autel pouir la célébration des saints mystères.
Lorsque saint Sixte eut organisé l'église de poissons, et acquis la conviction que la foi y avait poussé des racines assez profondes pour se soutenir contre les attaques de ses ennemis , il en confia la direction à Sinice, qu'il ordonna évêque.
Il se rendit ensuite à Rheims où il parvint, cette fois , à former aussi une église dont il lut encore le premier pasteur. A sa mort, Sinice alla le remplacer, laissant rëyéchë de Soissons à Divitiac dont Rnfin d'abord, et après lui, Filien, lurent les successeurs. (**).
Il y a toute raison de croire que ce (ut ce dermer qui vit enfin l'église de Soissons sortir de son douloureux enfantement. Constantin venait de monter au trône des Césars. Les Chrétiens n'eurent plus à redouter les supplices. Leur culte, deTeouKbre, prit un rapide essor, et leur premier soin fut de rendre les honneurs de la sépulture aoi dépouilles mortelles de ceux qui avaient versé leur sang pour apporter la parole évangélique. Les restes des deux apôtres, enlevés du lieu où les avaient enterrés leurs bourreaux, furent transportés dans un caveau ou crypte construit, à ce dessein, à l'orient de la ville. La translation se fit, dit-on, par la rivière, dans une petite barque. On voulait probablement éviter de passer au travers de la ville, où les Chrétiens et leurs précieuses reliques auraient pu se trouver exposés aux insultes et à la violence des païens, plus nombreux
eDcore et plus influents. Pentrétre le but de cette translation était-il de déposer les restes des martyrs dans un monument disposé dignement pour les recevoir, et destiné à attester en même temps la reconnaissance et la vénération des chrétiens de Soissons. Les lois romaines, comme on le sait, défendaient d'inhumer les morts dans l'intérieur des édifices, et les cimetières étaient placés hors des villes, le long des grandes voies publiques.
levers motifs avaient pu engager les chrétiens à choisir le cimetière de l'orient. Longeant la grande chaussée de Rheims, à partir du bassin de la Grise jusque vers Milampart, cet emplacement était plus Ênrorable à leurs réunions, attendu que la plupart d'entre eux, simples artisans, habitaient le vaste faubourg de Crise, auquel le cimetière faisait suite. Ce cimetière, d'ailleurs, était plus éloigné de la ville, et devait être, par conséquent, moins exposé à la jalousie inquiète des magisrtrats, encore tout dévoués au culte des faux ^ux. il est probable que les Romains, qâ habitaient plus généralement le château d'Albâtre et ses environs, avaient leur cimetière à l'ouest de la ville.
Constantin , devenu , en 393 , seul maître de
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Tempire romain, voulut que le christiaiiiame, qu'il aiait embrasse onze ans auparayant, en devint aussi la seule religion. Il publia plusieurs édits pour la destruction des temples du paganisme ; inais l'exécution en fut vivement combattue et même arrêtée sur plusieurs points de l'empire. Lopposition venait des prêtres et d'un grand nombre de familles patriciennes qui possédaient presque exclwHvement toutes les hautes fonctions sacerdotales, auxquelles des biens immenses et de grandes prérogatives étaient attachés. C'était donc moins par conviction que par esprit de caste et par intérêt personnel, que l'aristocratie et le sacerdoce se réunissaient pour la défense de la neiUe religion. Leurs communs efforts retardèrent d'mn demi*siècle la chute de l'idolâtrie. Mais si la lutte fiit longue^ l'issue n'en pouvait être douteuse. L'éTaagile apportait au monde les grandes idées de la liberté et de l'égalité ; tous ceux qui se rangeaieut sous sa baniûère, évéques, prêtres, simples fidèles, se faisaient distinguer par des mœurs chastes et austères ; le peuple, foulé par l'orgueil des grands, les vaincus écrasés par les vainqueurs, cherchaient des consolations dans les dogmes et
les promesses de son ditin lé^iateur. Attaqué par un si redoutable adversaire, le paganisme ne pouvait manquer d'être abattu, et la société romaine, usée par les vices, allait infaillibleme||t^^S' paraître avec les dieux qui semblaient protéger sa hideuse corruption.
Les progrès de la foi furent très-sensibles, sous le règne de Constantin et sous celui de ses fib. L'église de Soissons avait alors pour ëvéque Mercure ou Miltaire ; mais ce ne fut que sous Tépiscopat de saint Onézime , son successeur , que la
doctrine du Christ triompha défifiitivement des erreurs du culte des idoles.
La religion chrétienne, en s'établissant dans les Gaules, adopta, pour ses circonscriptions épiscopales celles du gouvernement civil ; chaque cité forma un diocèse. L'évéque deRheims, capitale ou métropole de la seconde Belgique (*), prit le titre de métropolitain. La cité des Suessîons ëtant la première de la province, son évêque prit le premier
(*) La Gacde Belgique, qai ne formait d'abord qo*ime seule province romaine, avait été divisée en deox i la première Belgique, composée des pays à Torient de la Mease, avait Trêves pour capitale; la detucième Belgiqae, comprenant tout le reste, avait Eheims ponr métropole. Cette diviaton eut Ittn dana le IH* siècle.
rang entre tous les autres ëvêques, avec le titre de doyen et de premier sufTragant du métropolitain, n le remplaçait de droit lorsque le siëge de Rheims devenait vacant.
La circonscription du cfiocëse de Soissons fut donc, dans son origine, la même que celle de la cité romaine des Suessions, laquelle avait été formée elle-même du pays de ce peuple , tel qu'il se composait à l'époque de la. conquête des Gaules par César. Cette circonscription a été maintenue ÎTisqa'à la révolution de 1789, à l'exception toutefois de plusieurs communes de la rive gauche de l'Oise, qui furent distraites, au IX' siècle, pour être réunies au diocèse de Noyon. Aujourd'hui, le diocèse de Soissons est formé du département de l'Aisne.