‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 34 sur 197 · DE L ABBAYE DE ST-MÉDABD · texte numérisé non relu

DE L ABBAYE DE ST-MÉDABD

Des crimes aflreux avaient souillé la vie de Clotaire. U avait poignarde' les jeunes orphelins de

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son fi'ère Clodomîr. Son fils Chramue s'ëtant révolté, il Tavait fait périr au milieu des flammes avec sa femme et ses enfants. Les menaces de la religion pouvaient seules avoir quelque empire sur cette àme sanguinaire. L'image d'un Dieu courroucé contre lui le remplissait de frayeur, et déjà, pour apaiser la vengeance céleste, il s'était livré à des actes de dévotion et avait fait des largesses aux églises. Mais ses remords et ses craintes ne faisaient que croître avec les années. Le souvenir de ses victimes se présentait à sa pensée, toujours plus menaçant et plus terrible ; et, près de paraître devant le juge redoutable, il sentit le besoin d'un puissant médiateur pour désarmer le bras qui se préparait à le frapper. Il eut donc recours à une pratique, souvent mise en usage dans ces temps d'ignorance, où la superstition offrait des moyens expiatoires aux [crimes que la religion] n'avait pu prévenir.

Médard, évêque de Noyon, étant mort en odeur de sainteté, Clotaire ordonna que son corps fîlt transporté avec toute la pompe possible à Soîssons, et il le fit déposer dans la chapelle de son château de Croicy, en attendant qu'il eût fait

construire, dans l'enceinte de ce même château, une église en son honneur et un monastère pour trente moines de saint Benoît. Cet ordre, tout nouvellement introduit en France, était déjà en si grande vénération que le roi voulut avoir plusieurs religieux soumis à sa règle pour desservir son église et veiller sur les restes du saint évéque. La mort le surprit avant que les deux édifices pussent être achevés, mais il avait vivement recommandé à son fils, Sigebert, d'en poursuivre Vexécution. Ce prince obéit à la dernière volonté d'un père, et quelques années après, les corps de saint Médard et de Clotaire fiirent transférés dans la cr]rpte de la nouvelle église et mis dans deux tombeaux séparés. Le roi fiit placé, comme il l'avait désiré, aux pieds du prélat. C'était le crime repentant qui se mettait sous la protection de la vertu.

Dans la suite, le corps de Sigebert fiit aussi déposé dans cette église souterraine, à côté de son père. On voyait encore, au siècle dernier, les tombeaux en pierre de ces deux rois, sur lesquels ils étaient représentés couchés, couverts de la dal> matique ou manteau, la couronne sur la tête et

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le sceptre à la main ; cependant le style de ces figures était bien loin, dit*on, de remonter à l'époque de Clotaire et de son fils. La crypte subsiste encore ; mais il est plus que douteux que ce soit celle quifiit construite par Clotaire ; nous croyons plutât qu'elle appartient au temps de l'empereur Louis le Débonnaire, qui fit reconstruire l'église supérieure et la plus grande partie des bâtiments de l'abbaye.

On prétend qu'une bulle du pape, accordée sur la recommandation de Gotaire, avait déclaré le monastère de St-Médard chef de l'ordre de saiol Benoit en France ; et en outre que ce roi lui avait fait don de son château de Croicy avec les terres qui en dépendaient ; mais cette prétention mise en avant par les moines, à une époque très-postérieure, ne paradt pas entourée de preuves suffisantes.

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DE SOlSSOIfS. âOH

FONDATION

DE UABBAYE DE ST-CRÉPIIN

LE GEAND.

Ce fîit aus^ vers la fin du règne de Clotaire que l'abbaye de St-Crëpin le Grand fut fondëe. Vé- {lise construite par les premiers chrétiens, sur la tombe des martyrs, avait été remplacée par un édifice plus solide, plus vaste, plus digne de la vénération que ce saint lieu inspirait aux fidèles. La Dou^elle église était desservie, à ce que Ton rapporte, par un grand nombre de clercs, ce qui ferait naturellement présumer qu'elle était un collée de prêtres, le séminaire de Tévêque de Soissons, dans lequel les jeunes lévites élevés auprès du tombeau des apôtres de la ville, devaient puiser, mieux que partout ailleurs, des inspirations de ferveur et de vertu. Cependant ils en furent enlevés et le séminaire fut transféré dans la ville pour faire place à des moines de saint Benoit.

L'histoire a garde le silence sur le motif de ce changement ; mais ne pourrait-on pas Tattribuer au grand crédit que cet ordre acquérait en France de jour en jour ? les rois, les grands, les évêques mêmes s'empressaient à Teim de le favoriser. Clotaire venait de l'admettre dans son palais, pour y veiller sur la tombe de saint Médard. Cette haute prédilection ne pouvait-elle pas encourager ces religieux à mettre à profit les terreurs de ce prince pour lui demander aussi la possession du tombeau des martyrs ? L'évêque et son clergé se seraient-ils opposés à la volonté d'un roi, qui voulait acheter son salut, et aux exigences qui le mettaient à ce prix ?

On peut croire également que la fondation de l'abbaye de St-Crépin fut l'ouvrage de saint Bandry, alors évéque de Soissons, qui voulut, à Texemple du roi, devenir le fondateur d'une maison de moines, dont le crédit devait assurer sa béatification. On rapporte en effet qu'il donna des terres situées à Colombe, et qu'il fut inhumé dans l'église de St-Crépin, deveime celle du monastère. C'est le premier évéque de Soissons qui ait reçu la sépulture dans l'intérieur d'un édifice.

Ses deux prédëcesseurs inimédiats, saint Prince et saint Loup, morts en grande réputation de sainteté et fort estimés de leurs concitoyens, avaient été enterrés au cimetière de Ste Thècle, dans le Toisinage de l'église de St-Oépin. L'innovation £dte pour saint Bandry fut sans doute un témoignage de la reconnaissance des moines et des Soissonnais, qui pensèrent que la dépouille mortelle de leur évêque était aussi sainte et méritait le même honneur que celle de saint Médard.

L'abbaye de Saint-Crépin, dans l'histoire de Soissons, a été toujours éclipsée par l'abbaye de St-Médard. Cependant il s'y est tenu plusieurs conciles et d'autres assemblées du clergé, et les reliques des martyrs, qu'elle a possédées jusqu'au milieu du XVP siècle, lui donnaient de Timportance. Ces reliques étaient en même temps une source abondante de revenus : les fidèles venaient en foule y apporter leurs offrandes dans les temps de calamité, et surtout quand des épidémies ravageaient ces contrées.

Louis le Bègue tint cette abbaye en commende. D'autres seigneurs laïques lui succédèrent, et pendant la première partie du X* siècle, elle fut pos-

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sëdëe par la maison de Yennandais, qui la dépouilla de plusieurs de ses domaines. Le roi Louis ly la lui ayant enlevée pour la donner à un seigneur qu'il voulait récompenser de sa fidélité, elle fut brûlée et détruite, en 948, par le duc de France Hugues le Grand. Après ravènement de son fils, Hugues Capet, elle fiit rendue à des abbés réguliers qui s'occupèrent de la faire rétablir et de la faire rentrer dans une partie des biens dont elle avait été dépouillée ; mais en 1 465, TégBse fiit presque entièrement renversée par un ouragan ; en 1 507, la foudre la réduisit en cendres ; enfin, en 1 567 , les Calvinistes la saccagèrent à un tel point qu'il iallut la reconstruire. Ainsi, cette m^e église de Soissons a été au moins quatre fois violemment détruite avant la révolution de 1 789, qui l'a fait disparaître entièrement. Vainement chercberait-on aujourd'hui l'endroit ou était la tombe des martyrs, ce premier monument de la foi chrétienne à Soissons ; l'homme pieux qui voudrait fidre sa prière sur ce lieu saint, et vénéré de ses pères pendant des siècles, serait fort embarrassé de le trouver.

Ce qui reste encore des bâtiments de cette an-

tique maison religieuse ayait été construit par les soins de la congrëgation de St-Maur, à laquelle il ayait fallu la donner en 1 660 ; sa communautë se trouyant dans l'impossibilité de pourvoir à toutes les dépenses que nécessitait la reconstruction des édifices qui tombaient tous en ruines.

REGNE DE CHILPERIC.

Tous les pays conquis par les Francs étaient déjà réunis depuis quatre ans, sous le sceptre de Clotaire, quand il mourut au château de Compiàgne : ses trésors étaient déposés dans celui de Braisne, et ses restes furent apportés, par son ordre, à Soissons. Cette province était donc tou* jours le centre de la monarchie, et sa yille principale n'avait rien perdu de son rang ni de son im^ portance.

Chilpéric, l'un des fils de Clotaire, s'empare du trésor de Braisne, marche droit à Paris, dont il se rend maître, et se fait proclamer roi ; mais ses frères le forcent bientôt à se contenter de la part

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qui lui serait donnée par le sort, et le royaume de Soissons lui tombe en partage. Ce prince, d'un caractère inquiet, ambitieux et violent, se . laissa toujours dominer par une femme, Frëdégonde, à qui son gënie, ses vices et ses crimes ont acquis une horrible célébrité. Par sou influence, Chilpétic fut le fléau de sa famille et de ses peuples.

Il eut trois femmes : Andouëre, qu'il fit renfermer dans un monastère après en avoir eu trois fils et deux filles ; Galswinthe, sœur de la fameuse Brunehaut, femme de Sigebert. Galswinthe vécut peu de temps et fiit trouvée étranglée dans son lit. Enfin Frédégonde, soupçonnée de ce crime, née de parents obscurs, et concubine du roi depuis plusieurs années. La mort de Galswinthe fiit l'origine d'une haine implacable entre les deux maisons royales de Soissons et d'Âustrasie, et la cause principale des maux qui désolèrent la France pendant près d'un demi-siècle.

Le roi de Soissons se trouvant trop à l'étroit dans les états que le sort lui avait donnés, voulut s'agrandir par les armes ; mais la position géographique de sa capitale, placée dans la province la plus fertile et la plus importante de son royaume.

était trës-défayorable à ses projets belliqueux. A Touest, Compiëgne, démembre de la province de Soissons, appartenait au roi de Paris; à Test, Rheims et Laou faisaient partie du royaume d' Austrasie ; aussi la capitale de Chilpéric fut-elle exposée , à plusieurs reprises, à tous les ravages de la guerre .

En 56^, Sigebert, roi d'Austrasie, ayant porté son armée au delà du Rhin, Chilpéric profite de roccasion ; il entre soudainement en Champagne, assiège et prend Rheims, ainsi que plusieurs autres places moins importantes. Le roi d'Austrasie, accourant au secours de ses états, vint mettre à son tour le siège devant Soissons, dont Chilpénc avait confié la défense à sou fils aîné, tandis qu'il tenait lui-même la campagne avec son armée. La ville fiit emportée. Les deux armées en vinrent ensuite à une bataille . Le roi d'Austrasie fut vainqueur, reprit Rheims, avec tout ce que son fràre lui avait enlevé, et, sur l'intervention des rois de Paris et d'Orléans, il lui accorda la paix et lui rendit son fils et sa capitale.

En 571, Chilpéric recommença les hostilités contre Sigebert sans en avoir reçu aucun sujet de

mécontentement. I^ guerre continua avec des chances variées jusqu'en 575, que le roi de Soissons, battu en plusieurs rencontres,^ se vit forcé d'abandonner la campagne et d'aller se renfermer dans Toumay, presque sur les confins de son royaume. Déjà l'armée austrasienne se disposait à l'assiéger lorsque deux assassins, envoyés par Frédégonde, poignardèrent Sigebert au milieu de son camp. La mort du roi amena la dispersion de larmée, et Chîlpéric, devenu le plus fort, reprit Toffensive, et ressaisit rapidement tous les pays qu'il avait perdus. On ignore si la ville de Soissons fut prise dans cette invasion des Austrasiens,

« ce qui serait assez vraisemblable, puisqu'ils furent

maîtres, pendant quelque temps, de la plus grande partie du pays.

En 576, Childebert, qui avait succédé à son père Sigebert, envoyaune armée pour attaquer Soissons et se saisir de la personne de Frédégonde qui s'y trouvait ; mais celle-ci, avertie à temps de la marche de l'ennemi, prit la fuite. Chilpéric accourut de Rouen au secours de sa capitale, où il entra vainqueur des troupes du roi d'Austrasie, qu'il avait mises en déroute.

Le roi de Soissons, profitant de ses avantages, s'empara successivement de plusieurs villes et de plusieurs domaines appartenant à ses voisins, par la seule raison qu'ils étaient à sa convenance. Le roi de Paris ëtait mort et ses états avaient été partagés par les trois autres rois. Dans ce partage, le vaste domaine de Compiègne avait été rendu au royaume de Soissons. La ville de Paris appartenait en commun aux trois rois, sans qu'aucun d'eux pût y faire sa résidence ; mais Chilpéric, que nul traité ne pouvait lier, et qui en convoitait la possession toute entière, s'emparait chaque jour, de force ou par ruse, de quelques lieux circonvoisins. Les rois Contran et Childebert, voulant mettre enfin un terme à ses agressions, le firent sommer de leur rendre ce qu'il avait usurpé de leurs états, où qu'il eût à se préparer à la guerre. Chilpéric, loin de se laisser intimider, continua son système d'agrandissement et fit construire des cirques à Soissons et à Paris où il donna des spectacles au peuple, à l'imitation des Romains.

Les menaces des deux rois n'avaient point eu de suites, et les hostilités, de la part de Chilpéric,

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continuèrent tout le temps qu'il vécut. Le plus fort de la guerre fiit porte dans les provinces du midi de la Loire, où les possessions des trois rois se trouvaient très-morcelëes.

En 579, une maladie contagieuse fit de grands ravages à Soissons et dans les pays d'alentour. Elle enleva les trois fils que Chilpëric avait eus de Frédégonde. Cléodebert, l'aînë, âgé d'environ quinze ans, expira sur le tombeau de saint Mëdard, où sa mère l'avait fait apporter du château de Braisne, pour obtenir sa guërison, et il fiit inhume, avec toute la pompe.du temps, dans l'ëglise de l'abbaye de St-Crëpin le Grand.

L'annëe 582 fut signalëe par une suite d'ëvënements extraordinaires : il parut une comète trèsëclatante de lumière ; on vit à Soissons, le jour de Pâques, im grand mëtëore ; le ciel était embrasé par deux vastes incendies qui se réunirent en un seul ; de la neige rouge, dite pluie de sang, tomba dans les environs de Paris et de Senlis ; la peste dépeupla les provinces ; on ressentît des secousses de tremblement de terre ; les rivières débordèrent, et se répandirent au loin dans les campagnes : et, au milieu de ces convulsions de la na-

ture, les murailles de Soissons s*ëcroulèrent tout à coup.

Ce dernier ëyënement, à peine remarqué des historiens, eut des conséquences de la plus haute importance sur les destinées de la ville : il devint la cause d'une extension assez considérable donnée à son enceinte.

Ce fut aussi vers ce même temps que Chilpéric quitta définitivement le séjour de la vallée de Soissons, où jusque alors il avait successivement habité les châteaux de Croicy, de Braisne et de Cuise. U transféra sa résidence dans le voisinage de Paris, dont il convoitait toujours la possession ; mais les rois d'Orléans et d'Austrasie, poussés à bout par ses empiétements continuels, formèrent le dessein de réunir leurs forces au printemps de Tannée 584 pour recouvrer tout ce qu'il leur avait enlevé ; le roi de Soissons, au lieu de se préparer à tenir tête à l'orage, en marchant au devant de l'ennemi, n'attendit même pas qu'on l'attaquât, il courut se réfugier dans Cambrai, avec Frédégonde, ses trésors et tout ce qu'il avait pu faire transporter d'objets précieux ; donnant à tous les ducs et comtes de ses étals l'ordre de

faire réparer, sur le champ, les murailles des villes, de s'y renfermer avec leurs femmes, leurs enfants et leurs efiSets, et de les défendre courageusement; avec promesse que de grandes récompenses les dédommageraient de toutes les pertes qu'ils pourraient éprouver en abandonnant leurs domaines, pour aller défendre des villes où ils ne possédaient rien. Mais cette fois encore le projet des deux rois resta sans effet. Chilpéric sortit de sa retraite et fut habiter le château de Chelles, où il mourut assassiné peu de temps après. Sa mort fut attribuée à la même main qui avait dirigé le poignard contre son frère, sa seconde femme et deux de ses fils.

Le règne de ce prince, qui dura vingt-trois ans, fut une suite de calamités pour le royaume. La ville de Soissons, sa capitale, dut avoir beaucoup à souffrir : elle fut prise après un siège, et la guerre, à plusieurs reprises, exerça ses ravages autour de son enceinte. Chilpéric, non content de couvrir ses provinces de sang et de ruines, les accablait d'impôts et d'exactions pour satisfaire son avarice et son amour du faste. Les charges devinrent si pesantes que les habitants abandon-

naient en masse les villes et les campagnes de ses états, et allaient chercher un asile dans les royaumes de Gontran et de Childebert.

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