‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 35 sur 197 · AGRANDISSEMENT DE LA VILLE · texte numérisé non relu

AGRANDISSEMENT DE LA VILLE

Depuis la conquête des Francs, les Gallo-Romains, pour se soustraire à la tyrannie et à la rapadté du vainqueur, affluaient de tous côtés dans les villes épiscopales. Aussi la population de Soissons s'était-elle considérablement augmentée. Malgré les désastres du règne de Chilpéric, 1 e% tendue de la ville était encore beaucoup trop resserrée pour le nombre de ses habitants ; une grande partie d'entre eux étaient forcés d'habiter dans les faubourgs, où ils étaient régis comme ceux de l'intérieur de la ville, et comme eux soumis à l'administration municipale.

Grégoire de Tours ne dit pas quelle (ùt la cause de la chute soudaine des murailles de Soissons, quoique ce fut un événeinent Ires-remarquable, à

raison de Timportance .que cette ville avait alors. Nous croyons qu'on peut en donner l'explication suivante : nous avons dit, en parlant de Soissons sous les Romains, que les eaux de la petite rivière de Crise avaient ëtë amenées, au moyen d'un canal, dans les fossés de l'ouest et du nord de l'en*ceinte. A la longue, ces eaux avaient miné et dénaturé, par leur limon, le banc de grève ou de gros sable, sur lequel la muraille se trouvait assise, et qui forme le fond du sol de Soissons. Cette muraille ne reposant plus sur une base solide, une secousse de tremblement de terre, trèslégère, et restée peut-être inaperçue, a dû suffire pour en causer le renversement. Toutefois la destruction n'en fut pas totale : une partie de cette ancienne enceinte de la ville subsiste encore et supporte la chapelle de l'évêché. En voyant la grande solidité de sa construction, on reste convaincu que douze siècles et demi plus tôt une pareille muraille ne dut périr que par sa base.

Ce fut, nous l'avons déjà dit, la destruction des murailles, en 589, qui donna l'occasion d'agrandir la ville. L'état d'hostilité continuelle des petits-fils de Clovis, faisait encore sentir plus vive-

ment le besoin de renfermer dans les murs le plus grand nombre possible d'habitants, où ils étaient, moins exposés que dans les faubourgs aux violences des gens de guerre. Ou se mit donc à l'œuvre avec ardeur.

La nouvelle enceinte fut portée en avant, mais seulement sur les côtés de l'ouest et du nord, bien que la partie la plus considérable des faubourgs fôt située au midi. Peut-être la muraille de ce côté n avait-elle pas été renversée, ou ne l'avait-elle été que partiellement. Il est évident qu'il en fut ainsi puisqu'il en reste encore aujourd'hui la partie dont nous avons parlé plus haut et qui appartenait au côté ouest de la ville romaine. N'étant donc pas dans la nécessité de reconstruire sur le côté du midi, on s'abstint de tout agrandissement dans cette direction, qui présentait, cependant, plus d'avantages que les autres côtés, tant par l'importance du faubourg, que par sa position entre la rivière d'Aisne et le canal de dérivation de la Crise. On doit donc regarder comme un fait constant que la ville de Soissons fut redevable de son premier agrandissement à la chute de ses murailles, pendant cette même année

589. Cependant, plusieurs de ses historiens ont écrit que cet agrandissement n'avait eu lieu qu'en 869, mais sans apporter aucune preuve plausible à l'appui de cette opinion, ainsi qu'on le verra lorsqu'il sera question d'une nouvelle extension donnée à l'enceinte.

Tout le côté de Test, bordant la rivière d'Aisne fut nécessairement conservé dans sa position. Le côté du midi fut pareillement conservé dans la sienne ; mais on le prolongea de 80 mètres vers l'ouest, où il fut appuyé à la grosse tour, dont une partie subsiste encore, sous le nom de tour Massé, dans un jardin voisin du séminaire. (*) De cette tour, jusqu'à la porte de Paris ou de St- Guistophe, on profita des restes de la grande chaussée romaine pour y asseoir la nouvelle enceinte, s'épargnant ainsi la peine de faire des fondations. De la porte de Paris jusqu'à l'Aisne, l'enceinte décrivait à peu près un ^ demi- cercle, et en rejoignait le petit bras à 120 mètres environ audessous du château de la tour des Comtes, au ressaut du mur du vieux rempart, qui formait l'ex-

[*) Le jardin de M. Viet.

SOLS SON s

(Irpuis •182 jusqu'à 869.

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trémité sud du Jeu de paume, supprime en 1829. Cette nouvelle enceinte occupait le même emplacement que celle qui fermait la ville en 1815, depuis la rue de St-Remy, jusqu'à la porte dite du Mail ou de la Paii, aujourd'hui supprimée, à l'exception cependant du saillant de St-Pierre à la Chaux et du bastion de la tour de TÉvangile, qaiont été accoles à cette enceinte, à des époques postérieures. La ville reçut ainsi un accroissement en surCatce d'environ 15â,500 mètres carrés. Cet accroissement était dans la proportion de â à 3 avec la superficie de la ville romaine. Sa forme defint à peu près circulaire ; c'était celle qu'on donnait assez généralement alors aux villes, quand les localités n'y mettaient pas d'obstacles. Et comme le côté du midi a été conservé en ligne droite, jusqu'au XYP siècle, malgré sa longueur de 5S0 mètres, on pourrait en déduire la preuve qu'il n'y avait pas eu occasion ou nécessité de le reconstruire comme le reste du pourtour de la ville.

Le canal de dérivation de la Crise, qui arrosait précédemment le pied extérieur de la muraille sur les côtés de l'ouest et du nord, se trouva renfer-

mé dans Tintërieur de la ville, et il fut formé sur ses bords une des rues principales ; ce sont aujourd'hui les rues de la Burie et des Cordeliers, qui n'avaient probablement, dans l'origine, qu'un seul et même nom, avec la rue de Bara, qui n'en était que le prolongement. La nouvelle rue traversait la ville dans toute sa longueur et aboutissait à deux portes. Ce fut sans doute, dans la vue de se préserver d'un autre renversement de murailles par les eaux, que le canal de Crise ne fut point établi dans les nouveaux fossés. La faculté d'y verser ses eaux à volonté, fut peut-être ménagée. Mais il est impossible de reconnaître aujourd'hui, si l'on eut jamais recours, dans la suite, à ce moyen d'augmenter la défense de la place.

La ville eut alors huit portes pour communiquer avec les faubourgs et la campagne. Deux : celle du sud, ou de Bheims, et celle de l'est, ou du Pont, appartenaient à l'ancienne enceinte ; les six autres étaient :

1^ La porte qui se trouvait au point de jonction de l'ancien côté du midi avec son prolongement, à l'extrémité de la rue de la Burie, et qui donnait probablement passage au canal de la Crise, pour

entrer dans la ville. Cette porte servait de communication avec la portion du faubourg situëe dans le fond de Panleu et sur la pente orientale de la colline de St-Jean. On croit que c'était la porte rÉvéque, dont il est fait mention dans l'histoire de Dormay. (')

9^ La porte St-Remy, qui faisait face au sudouest et communiquait avec le Êiubourg de ce nom, lequel occupait la pente septentrionale de la même colline. L'église paroissiale de St-Remy élût sitaëe à une petite distance en dehors de cette porte.

3*" La porte de St-Christophe, ou de Paris, qui remplaçait l'ancienne porte de l'ouest, dont elle ëtait éloignée de 900 mètres, mais sur la même direction. Elle se trouvait placée à l'embranchement de la grande chaussée qui descendait la vallée de l'Aisne, et de celle qui se dirigeait vers le nord en passant par Pasly.

4'' La porte Ozanne, faisant face au nord-ouest, servait à communiquer avec le faubourg qui longeait la chaussée de Pasly, et qui devait trës-pro-

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bablement porter le nom de sa paroisse, Notre- Dame des Vignes. (') Cette paroisse ëtaît situëe à peu de distance, à droite et en dehors de la porte. Des documents fort anciens ont fait connaître que la porte Ozanne existait au YIII' siècle.

5"" La porte Bara, situëe au bout de la petite rue de ce nom et sur le prolongement de la grande rue établie sur le bord du canal, donnait passage pour aller au faubourg du nord, qui (ut appelé, dans la suite, faubourg de St-Léger, du nom de sa paroisse. Cette église était bâtie dans le voisinage du château d'Albâtre.

6"* Enfin la porte qui conduisait à l'église paroissiale de St'Pierre à la Chaux et au faubourg qui Tavoisinait. Située vers le milieu de la rue dite de Glatigny, elle avait remplacé la porte du nord de la ville romaine. On ignore le nom qu'elle portait.

Nous croyons que ce fat à l'occasion de la reconstruction d'une partie des murailles de la ville et de leur extension que disparurent les anciens châteaux de Crise et d'Albâtre, ainsi que les

(*) -Cabaret, p. i34.

autres édifices romains. Tous ces monuments, dont plusieurs dataient de pins de cinq siècles, devaient être en ruines ; les rois francs les avaient négliges ou même abandonnés. Leurs vastes débris , placés à portée des travaux , offraient des ressources précieuses pour la nouvelle enceinte qui, avec un développement d'environ 1 ,300 mètres, exigeait une masse considérable de matériaux. Cette conjecture sur la cause et l'époque de la disparition des monuments romains à Soissons, parait d'autant plus probable, que lors de la démolition faite il y a 90 ans environ, d'une portion de vieille muraille attenant à la tour Massé, on trouva, dans le massif de cette muraille, des morceaux de pierre de taille, employés comme moellons, sur lesquels on remarquait encore des ornements d'architecture, qui indiquaient que ces morceaux, de dimensions assez fortes, avaient appartenu à des édifices d'une construction travaillëc avec recherche.

Ce fut probablement aussi vers ce même temps qu'une partie du grand faubourg situé sur la rive droite de l'Aisne, fiit entouré de murailles pour la première fois. Outre l'avantage de mettre

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un certain nombre de maisons en sûreté derrière les remparts, cette clôture avait encore pour objet de défendre l'accès du pont et d'assurer une communication facile avec le château royal et l'abbaye de Sl-Médard'; mais il est presque impossible de déterminer, avec quelque certitude, l'étenduç de cette première enceinte du faubourg d'Aisne ou de St-Vaast. On ne trouve sur son existen<:e d'autres renseignements qu'un passage assez obscur de la charte de fondation de l'abbaye de Notre-Dame. Il est dit dans cette charte que le couvent de Notre-Dame avait été d'abord établi, en l'année 658, sur la rive droite de l'Aisne ( en un lieu qu'on présume avoir été situé vers la rue des Graviers) ; que dans cette position il se trouvait exposé tous les hivers aux inondations de la rivière, et que le bâtiment n'était pas assez spacieux pour loger convenablement le grand nombre de personnes qui venaient chaque jour se vouer à la vie religieuse, inconvénient auquel on ne pouvait remédier, attendu que ce monastère se trouvait fort resserré entre la rwière et le mur de la ville ; (•) et enfin que ces différents motifs engagé-

(■) Histoire de Tabbaye de Notre-Dame.

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reat Ebroïn, maire du palais, à transférer les relipeuses dans sa maison.

U paraît, d'après ce passage, qull existait au Vn* siècle un mur d'enceinte sur la rive droite de l'Aisne, mais qui ne devait envelopper qu'une partie du faubourg actuel. Car, si cette enceinte avait eu la même étendue que celle qui existe de nos jours, on n'aurait pu dire que le couvent se trouvait fort resserré entre ce mur et la rivière. il est donc assez vraisemblable que l'enceinte étyt à peu de distance du bord de l'Aisne dans la partie où le couvent était placé ; mais on peut prifsumer, d'après les indices suivants, qu'elle s'en écartait dans sa partie orientale. L'extrémité de l'enceinte actuelle du faubourg, depuis l'angle an quai, en amont du pont jusqu'au bastion de St~ Médard(n'' 1 2) , décrit une courbe qui se rapproche beaucoup d'un arc de cercle, et sa construction remonte à une époque fort antérieure à celle du bastion. L'autre extrémité de cett^ enceinte, en aval du pont, devait également décrire un arc de cercle, la forme circulaire étant alors adoptée; mais par des motifs d'économie, sans doute, on avaU applani la partie intermédiaire à ces deux

arcs, en sorte que le fiaiubourg, fermé de murs, avait à peu près la figure d'un ovale, dont la superficie était environ de 45,000 mètres, équivalant à quatre hectares et demi.

L'agrandissement donné à la ville en avait presque doublé la superficie, qui se trouvsât être alors, en y comprenant le bourg d'Aisne, de 49 hectares ; mais cette surface était encore bien loin de pouvoir contenir toute ta population de Soissons. Une partie considérable des habitants était toujours forcée d'habiter les faubourgs, sauf aies abandonner à l'approche de t'emeim, et à se réfuter dans la ville avec tout ce qu'elle avait de précieux à conserver. On ne peut guère se former une idée de la grandeur et de l'iiaportance ^ ces faubourgs que par le nombre des paroisses ^'ils renfermaient. L'ancien et vaste faubourg- de Crise en contenait quatre : St-^Martin, vers le milieu de la rue de ce nom ; St-Jacques ou Si- Jean, sut la colline ; St-Picrre le Yiel , au delà du bassin de la Crise, entre les faubourgs actuels de Crise et de Rheims ; et enfin St-Germain, qui avait probablement remplacé l'antique et célèbre paroisse de St-Crépm, après que celle-ci eut été transformée

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en abbaye. Ce faubourg renfermait encore une ^se, sous rinyocation de St-André, situëe trèsprès de la porte de la ville, et à laquelle elle donnait son nom, ainsi qu'à la partie du Êmbourg la plus Toisine. On croit que la cure de cette église de St-Andrë fut transférée au village de Belleu.

Chacun des quatre faubourgs qui entouraient h ville sur les côtés de l'oued et du nord, avait sa paroisse, savoir : St-Remy, Notre-Dame des Vignes, St-Léger et St-Pierre à la Chaux. Le faub«tti^ St-Christophe avait eu pareillement la àenoe. Tune des plus anciennes de Soissons; fliaîs la majeure partie de ce faubourg ayant été reitfermée dans la nouvelle enceinte, la cure en fut transférée ou réunie à l'église de Notre-Dame des "Vignes qu'elle avoisinait, et l'église de St- Christophe ne fiit plus dès-lors qu'une chapelle.

Le faubourg d'Aisne avait trois paroisses : St- Vaast, St-JuHen, située au nord vers l'embranchement actuel des routes de Laon et de Coucy, et la paroisse de 6t-£tienne, éloignée de 1500 mètres du pont, et qui fut transformée, dans la soite, en une abbaye, connue dans ces derniers temps sous le .nom de St-Paul. Il y avait encore

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anciennement une église de St-Laurent, près de l'abbaye de St-Mëdard, mais qui était une dépendance de cette abbaye, et n'était pas comptée au nombre des églises de Soissons.

Ainsi les faubourgs renfermaient onze églises paroissiales et trois autres églises, tandis qu'il n'y avait dans l'intérieur de la ville que la cathédrale, la paroisse de St-Quentin*, près du pont, et l'église ou chapelle de St-Antoine, dans la rue de ce nom. On s'étonnera peut-être de ce qu'aucune des églises des faubourgs ne fût renfermée dans la nouvelle enceinte, à laquelle plusieurs étaient presque contiguës, notamment celles de St-Remy, de Notre-Dame des Vignes et de St-Pierre à la Chaux. Mais, dans cette position, les églises ne couraient pas plus de dangers qu'en dedans de l'enceinte. Tous les Francs établis en deçà du Rhin, avaient alors embrassé le christianisme. Peu éclairés dans leur foi, conunc

tous les- hommes grossiers, ce qu'ils craignaient le plus, c'était de s'attirer la colère des saints. Grâce à cette terreur salutaire, les églises étaient respectées. L'existence d'une église à chacune des portes de la ville était peut-être regardée en ce

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leiiips-là comme une sauvegarde puissante contre les violences des gens de guerre, et cette confiance dans une intercession sainte n'aurait-elle pas présidé à la délimitation de la nouvelle enceinte ? Ou peut croire aussi (jue ces églises avaient été laissées en dehors dans le but de ne pas les sépa> rer du plus grand nombre de leurs paroissiens domiciliés dans les faubourgs ; et Ton pourrait en induire en outre que toutes ces paroisses existaient déjà lorsque la ville fut agrandie. En eflet, comment admettre qu'on eût érigé de nouvelles cures, bâti de nouvelles églises, sur le bord même du fossé de la ville, après le VP siècle, quand la prospérité de la ville et sa population allaient toujours en déclinant. On doit croire toutefois que le nombre des églises paroissiales et autres qui existaient alors dans les faubourgs était plus considérable que ne Texigeaient les besoins de la population. Mais cette multiplicité d'édifices sacrés avait sa cause dans la grande influence morale et politique que le clergé exerçait sur le peuple des villes. En proie à toutes les calamités, les hommes cherchaient des consolations et un refuge contre le désespoir dans le sentiment religieux. Les actes

de dévotion, les cérémonies du culte, en appelant leurs pensées vers le ciel, leur faisaient oublier la terre et ses fléaux. Nul vestige, nuls renseignements qui puissent nous donner une idée de la grandeur et du genre dé construction de toutes ces églises. Elles ont toutes disparu depuis des siècles, aussi bien que plusieurs autres qui les avaient remplacées. Ces premiëres églises, du reste, construites, pour la plupart, aux frais communs des habitants de la circonscription, devaient être des édifices fort simples, peu considérables, peu solides, et tout à fait en rapport avec le peu de ressources de ces temps signalés par tant de malheurs.

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