‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 37 sur 197 · RÈGNE DE CLOTAIRE II · texte numérisé non relu

RÈGNE DE CLOTAIRE II

Chilpéric n'avait laissé ((u'un fils, âgé de quatre mois, qui lui succéda sous le nom de Clotaire. Les vices de Frédégonde avaient soulevé ronlic

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elle et contre sa maison de nombreux) ennemis. Pour mettre ce fils à l'abri de leurs embûches, elk le faisait élever dans le château de Yitry en Artois. Après la mort de son ëpoux, immolé à la crainte du châtiment que méritait une reioe adultère, cette furie avait quitté le château de Ghelles et était allée demander un refiige à l'évêque de Paris. Cependant Childebert profita de la stupeur et de la confii^on qui suivirent ce meurtre. Un de ses corps de troupes, commandés par un duc Ranchin, s'empara de Soissons. Pour amasser des richesses et soutenir un luxe démesuré, Ranchin accabla les habitants d'exactions et de violences ; mais, soupçonné d'avoir tramé un complot contre Childebert, celui-ci le manda auprès de hii, à Metz, et le fit poignarder. Dans le même temps il faisait saisir, à Soissons, le finit des rapines que Ranchin y avait exercées. Un autre duc nommé Magnovalde eut le gouvernement de Soissons. Il ne se montra ni moins avide ni moins cruel que son prédécesseur, et comme lui il fiit mis à mort par l'ordre et sous les yeux même de Childebert. Quel effroi ne devait pas inspirer aux vaincus, cette puissance farouche et ombrageuse, qui, tout

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en punissaot leurs oppresseurs, frappait ainsi, sans autre fornie de justice, ses principaux serviteurs ? Quelle devait être la condition des Gallo- Romains sous un gouvernement qui n'avait d'autre moyen de punir le crime que la trahison et le poignard d'un assassin.

Le gouvernement de cette ëpoque ressemblait assez à celui des Ottomans, avant les reformes introduites de nos jours par le souverain actuel de cet empire, et la condition des rajas ou chrétiens nous représentait à peu près celle des Gallo-Romains.

Les Soissonnais eussent eu sans doute beaucoup moins à souffirir de la rapacité des généraux du roi d'Austrasie, sans l'incapacité de leur évéque Drotégésile, qui avait succédé à saint Bandry . Cet évéque était devenu fou, ou tellement adonné à l'usage de la boisson, que force avait été de l'interdire et de le reléguer à la campagne. La religion et l'Église pouvaient s'affliger de l'éloignement du premier pasteur, mais il n'y avait pas péril pour elles ; l'archi-prétre remplaçait le prélat dans la plupart de ses fonctions ecclésiastiques. il n'en était pas de même de son autorité civile.

personne ne pouvait le suppléer, et la ville restait sans défenseur. La dignité épiscopale donnait seule le caractère nécessaire pour intervenir avec succès en faveur des habitants. L'absence dun bon évêque, dont les vertus et la fermeté inspirassent l'estime et la considération, était un surcroît aux calamités de l'époque.

Les habitants de Soissons craignirent d'avoir pour gouverneur un troisième duc qui continuât à les traiter en peuple conquis et achevât de les ruiner. Frédégonde, que d'ailleurs ils détestaient comme la cause de tous leurs maux, restait fort tranquille avec son jeune fils au château de Vaudreuil, près de Louvîers. Ne pouvant plus compter sur elle pour les délivrer de la présence des Austrasiens, ils prirent la résolution de se donner au roi d'Austrasie. Une députation fut chargée de demander à Childebert de leur donner pour roi son fils Théodebert. Childebert s'empressa d'accéder à leur demande . Au mois d'août 589, le jeune Théodebert, accompagné d'une suite nombreuse de guerriers austrasiens, arriva à Soissons, où le peuple le reçut avec de grandes démonstrations de joie.

Drotégésile, exclu depuis quatre ans du siège

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épiscopal, profita de rarrivée du nouveau roi pour réclamer sa réintégration. Le prince ne voulut pas prendre sur lui de replacer à la tête de l'église de sa capitale le pasteur que son inconduite en avait chassé. U renvoya donc la réclamation de Drotégésile à la décision d'un concile provincial convoqué tout exprès à Saurecy. Ce lieu, inconnu aujourd'hui, était très-probablement Septmonts, où l'évéque de Soissons a toujours possédé un château, et où Drotégésile était relégué. Les évéqucs déclarèrent leur frère guéri de son mauvais penchant et le rétablirent dans ses fonctions. Le prélat réhabilité occupa le siège de Soissons jusqu'à sa mort, dont l'époque n'est pas précisément connue. Après Drotégésile il y eut quatre évoques qui se succédèrent à de courts intervalles et dont les noms sont à peine connus.

Cependant Frédégonde, à force d'intrigues et de souplesse, était parvenue à dissiper les justes préventions et la haine du roi Gontram. U consentit à être le parrain du jeune Clotaire (590), et il obligea le roi d'Austrasie à restituer tous les pays dont il s'était emparé depuis la mort de Chilpéric, sans en excepter la ville de Soissons, quoiqu'elle

se fât donnée à loi l'§nnëe prëcëdente. Frédëgonde ramena son fils dans sa capitale pour que la présence du souverain mit fin aux incertitudes du peuple et aux intrigues des ennemis du dehors. Gontram fiit trës-occupë, pendant les trois dernières années de sa vie, à écarter tout sujet de guerre entre ses deux neveux, lès rois de Soissons et d*Austrasie. La discorde r^ait toujours entre eux, ou plutôt entre leurs mères Frédégonde et Brunehaut, dont la haine implacable saisissait toutes les occasions de s'assouvir.

Gontram mourut ou mois de mars de Tannée 593, et laissa tous ses états à Childebert. Maître alors des deux tiers de la monarchie des Francs, CSnldebert crat qae l'occasion était favorable pour en finir avec le roi de Soissons et pour venger enfin la mort de son père. Dana ee dessein il fit assembler, dès la même année, une année nombreuse. Le duc Wintron, qui la commandait, vint asseoir son camp à TVncy ou IVudec, sur les confins de la province 4e Soissons. L'armée de Clotaire s'avança de nuit et arriva, sans avoir été découverte, aux portes du camp eMiemi, qu'elle attaqua brusquement. Les

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Anstrasiens, pris à rimproviste, furent mis dans aoe dëroate complète et perdirent tous leurs bagages. 30,000 hommes restèrent sur la place de de part et d'autre. Les vainqueurs poursuivirent les fuyards jusqu'aux portes de Rheims, et revin* rent en triomphe à Soissons, sauvé par cette victoire.

Childebert "étant mort, en 596, ses deui fils se partagèrent ses ëtats. Thëodebert eut le royamne d' Anstrasie, et Thëodoric, ou Thierry, celui d'Orlëans et de Burgondie. L'année suivante, fWdégonde mourut aussi, laissant à son fils, âgé de treize ans, tout le fardeau d'un gouvernement qu'elle avait rendu odieux. Le jeune Glotaire, fidèle à la haine que lui avait léguée sa mère, poursuivit les guerres qui désolaient la France depuis plus de trente années. Il obtint d'abord quelques succès ; mais après deux défaites sanglantes, l'une à Dormel (600) et l'autre auprès d'Etampes (604), il se vit réduit à subir les conditions du vainqueur. D'après ces conditions, il fiit obligé d'abandonner aux deux firëres, les rois d' Austrasie et d'Orléans, tous les pays qu'il possédait au midi de VOise et de la Seine, ainsi que le duché de

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Dentelcn, dont Rouen était la capitale. Il estasses vraisemblable que Soissons et sa province, situés au midi de l'Oise, rentrèrent alors sous la domination de Thëodebert qui les avait possédés quinze ans auparavant.

Les deux frères se firent ensuite une guerre cruelle, qui coûta la vie au roi d'Austrasie. Thierry mourut peu de temps après, et le roi de Soissons étant parvenu à s'emparer des enfants de ce dernier, les fit égorger. Resté seul enfin de la race de Clovis, il réunit en sa personne, comme son aïeul Clotaire P% toute la monarchie des Francs. Cet événement, arrivé en 613, mit fin au royaume de. Soissons qui avait duré 103 ans, moins les quatre ou cinq années, pendant lesquelles Clotaire P' avait régné sur toute la France.

Clotaire transféra sa résidence dans les environs de Paris ; mais il habita par intervalles le château de Compiègne qui passait déjà pour le plus beau domaine royal.

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