‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 40 sur 197 · DE L'ABBAYE DE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

DE L'ABBAYE DE NOTRE-DAME

Ce fut en 658 que saint Drausin, vingt-deuiiëme ëvéque de Soissons, institua la célèbre abbaye de Notre-Dame. Dëjà Tannée précédente ce prélat avait fondé le monastère d'hommes de Saint Pierre de Rethonde. Faute de trouver dans la ville un emplacement convenable pour y bâtir son couvent , Drausin fut obligé de l'établir dans le faubourg d'Aisne , sur le côté gauche de la chaussée, allant du pont à St-Médard. C'est-à-dire, entre la rue des Graviers et l'abattoir.

La nouvelle communauté de l'ordre de saint Benoit, fut placée sous l'invocation de Notre- Dame. Ëtérie, religieuse tirée du monastère de Jouarre, en fut la première abbesse. Soissons ne possédait que cette maison de filles; aussi beaucoup de personnes vinrent-elles s'y présenter, et bientôt le bâtiment, à peine achevé.

se trouva trop petit pour les recevoir toutes. Encouragé par ce succès , Drausin reprit son premier dessein d'avoir le monastère dans Tintërieur de la ville. Mais l'autorité temporelle de Tévéque n'était déjà plus ce qu'elle avait été sous Clovis et ses fils. Le pouvoir royal était tombé dans les mains du maire du palais. Ebroïn gouvernait alors au nom deClotaire ni. Ce maire tout puissant faisait sa résidence à Soissons ou dans les environs. Drausin s'adressa donc à Leutrude, femme d'Ebroïn ; lui fit une peinture séduisante du bel aveiâr qui s'oflBrait à sa communauté naissante, et de la gloire qui devait en rejaillir sur ceux qui s'en rendraient les bienfaiteurs; il lui fit aussi sentir la nécessité de transférer ailleurs le monastère y dont la position très-resserrée entre la muraille du faubourg et la rivière, mettait obstacle à son agrandissement, et l'exposait tous les hivers aux inconvénients des inondations. Ces motifs n'étaient guère que des prétextes pour obtenir la translation désirée ; car l'espace compris entre la muraille, la rivière et la chaussée avec une superficie d'environ 90,U00 mètres carrés, pouvait recevoir de vastes bâtiments. Quant aux inonda-

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lions, les grandes eaux d'hiver ne s'âèveut que fort rarement au-dessus du sol du faubourg, même dans sa partie la plus voisine de la rivière.

Toutefois les raisons et les instances de levéque prévalurent. Ëbroïn, Leutrude et Bovo, leur fils, se déclarèrent les protecteurs des religieuses de Notre-Dame ; on dit même qu'Ëbroui domia son propre palais pour servir de monastère, et qull en fit construire l'ëglise avec une magnificence vraiment royale. Cette église était fort élevée ; son abside, dit un auteur qui écrivait au IX' siècle, lorsqu'elle subsistait encore, paraissait comme la maîtresse de la cille. Les rois Gotaire III, Childéric II et Thierry P' s'associèrent aux frais de ia fondation , leurs successeurs contribuèrent aussi à enrichir cette abbaye où plusieurs princesses de leur sang prirent le voile et en devinrent les abbesses. Un pareil patronage valut bientôt à cette maison le titre d'abbaye royale.

L'installation des religieuses dans leur nouvelle demeure eut lieu en Tannée 664, avec beaucoup de pompe et en présence de plusieurs évéques, qui signèrent la charte de fondation donnée par

Drausin. On trouve dans cette charte le passage

siûrant : c< Et qu'imitant, en cela, les saintes

religieuses, elles prient pour la sainte Eglise, pour la santé du roi et pour le bien de TÉtat. >»

Selon l'usage commun dans ce temps-là d'avoir des monastères doubles , une communauté d'hom> mes fut établie, sous le titre de St-Pierre au Parvis de Notre-Dame, à côté de l'abbaye : cette communauté avait son couvent séparé ainsi que son église, celle de St-Pierre. Les moines desservaient l'église de Notre-Dame , et assistaient les religieuses dans tous leurs besoins spirituels.

Outre les églises de Notre-Dame et de saint Pierre, l'abbaye en renfermait encore deux autres : l'église de Ste-Croix qui servait à la sépulture des religieuses , et celle de Ste-Geneviève, placée près de la porte d'entrée ; cette dernière était à l'usage des visiteurs et des pèlerins.

Les deux monastères occupaient tout l'espace compris du nord au sud entre la rue du Mont-Revers, et celle d'Ebroïn, qui faisait suite autrefois à la rue St-Antoine, et de l'ouest à l'est, entre la grande rue du Commerce, et une rue qui faisait alors le prolongement de celle du Pot d'Etain.

L'abbaye couvrait avec sa graude église, une superficie de 9,500 mètres carres, et le couvent environ 3,400 mètres. L'église de Notre-Dame avait été bâtie sur l'emplacement même d'une rue intermédiaire à celles du Mont-Revers et d'Ebroïn, et remplacée, dans la suite par la rue de la Yidlle Gagnerie.

Après qu'Ëbroïn eut été renversé du pouvoir, à la mort de Clotaire III, Leutrude se retira à Notre-Dame. Les religieuses l'accueillirent comme leur bienfaitrice, et lui prodiguèrent toutes sortes de soins et d'égards. Cette conduite généreuse envers une personne tombée dans la disgrâce reçut sa récompense. Ëbroïn redevenu le plus fort accorda de nouvelles faveurs à cette maison, où sa fenune se retira une seconde fois lorsqu'il fut assassiné. Elle y resta jusqu'à sa mort.

L'évéque Drausin avait été inhumé, selon son désir, dans l'église du couvent qu'il avait fait bâtir au faubourg d'Aisne. Mais cinq ans après son corps fut transféré, à la demande des religieuses, dans l'église de Notre-Dame, et placé dans un tombeau en forme de sarcophage, supporté par deux colonnes de marbre noir. Ce

tombeau n'avait point été fait pour lui ; car, suivant les ornements de sculpture dont il était re- Tétu, il devait appartenir au lY* siècle. Ces ornements, en bas-relief, connstaient sur la face principale ou supérieure du tombeau en branches de vigne chargées de pampres et de grappes de raisin. Au milieu était le monogramme du Christ, tel qu'il fut employé sur le labarum de Constantin, avec ces deux lettres grecques A et o, Tune à droite et l'autre à gauche du monogramme. Aux deux côtés du tombeau étaient des tableaux représentant des sujets de la Bible, travaillés à l'antique et bordés de feuillages de vigne.

Un autre tombeau du même style et placé dans la même église renfermait les restes de saint Yoiiel. Ce saint était un pèlerin venu d'Ecosse qui se fit reclus de l'église de Notre-Dame, et mourut dans la tour Lardier ou du Diable, située sur le bord de la rivière d'Aisne ; c'est là qu'il avait établi sa demeure.

L'habit des religieuses était composé, dans Forigine d'une robe et d'un scapulaire noirs. Sur la fin du Xm* siècle, il fîit remplacé par une cotte de laine blanche et un pelliçon de toile ; mais en

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public et à l'ëglîse, elles portaient par-dessus on mauteau noir. L'ancien habit noir fut repris en

DEGADEIHGE DE L AUTORITE CIVILE DE LEVEQUE.

Pendant que les faibles successeurs de Clovis se laissaient dépouiller de l'exercice du pouvoir par les maires de leur palais, Tëpiscopat achevait de perdre à Soissons, sa pureté, son indépendance et son caractère de magistrature patriarcale. Déjà la haute influence politique dont jouirent, au grand avantage de leurs concitoyens, les évéques saint Prince, saint Loup, et saint Bandry même, avait reçu une assez rude atteinte de la déconsidération dans laquelle Drotogésile était tombé. A la mort de saint Ansery, Soissons avait vu un grand scandale : la dignité épiscopaie ébat devenue le prix de Tor ; le clergé et le peuple, auxquels appartenaient l'élection de l'évéque, avaient vendu leurs suffrages à fiettolen» abbé de Choisy : mais le prélat simoiiiaque, cédant bien-

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tôt au repentir de sa faute, s*ëtait demis d*une dignité honteusement obtenue, pour se retirer dans soa monastère.

Lie siège ëpiscopal, devenu Tacant par la mort de saint Drausin , iut rempli par Varembert, abbé de St-Médard. Ce choix fut fiaiit à la recommandation expresse d'Ebrdhi, et la recommandation d un tel homme ëtait un ordre anquel chacun s^empressa d'obéir. C'est le premier exemple, du flK>ins à Soissons, d'un ëyéque élu par ordre, et cet exemple ne tarda pas à devenir la règle générale, non-seulement pour les nominations aux évéchéSj mais encore aux abbayes et aux autres dignités ecclésiastiques.

Yarembert, créature du maire du palais , conserva, quoique évêque, son abbaye de St-Médard, dont il s'appropria la plus grande partie des revenus. Ce prélat déploya beaucoup de faste et d'ostentation, ne marchant jamais qu'accompagné de gardes richement vêtus et d une suite nombreuse, donnant des fêtes et des festins splendides. Mais pendant qu'il se livrait à ces folles dépenses, les moines de St-Médard manquaient souvent du nécessaire. Un jour, poussés à bout

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par Le besoin, ils s'emparèrent de chariots charges de produits de la terre de Madualle, près du Mans, qui dépendait de leur maison, et les emmenèrent dans leur monastère, quoiqu'ils fussent destinés pour le palais ëpiscopal. Outré d'une telle audace, Yarembert court à St-Médard avec une troupe de soldats, assomme le frère qui lui ouvre la porte, mais en entrant dans l'église, où les moines, craignant sa fureur, s'étaient réfugiés, il tombe frappé de mort. Ses moines, heureux de s'en voir délivrés, lui firent de belles funérailles et l'enterrèrent au pied du maître autel.

Il y a toute raison de croire que Yarembert fut le premier évéque de Soissons de race franque. Après lui, et pendant plus d'un siècle, l'histoire se tait presque entièrement sur ceux qui lui succédèrent, et à peine leurs noms sont-ils connus. C'est que la dignité épiscopale, devenue le prix de l'or ou de la faveur, avait perdu, en passant dans des mains impures, son beau caractère de magistrature paternelle et, par conséquent, sa popularité. Les peuples cessèrent, dès cette époque, de canoniser des évêques qui ne les protégeaient plus contre l'oppression.

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