‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 48 sur 197 · PUISSANCE DE L'ABBAYE DE S^-MÉDARD · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE L'ABBAYE DE S^-MÉDARD

L'abbaye de St-Médard, fondée par Clotairc pour trente moines, en renfermait de trois à quatre cents au IX^ siècle, et ses biens, ainsi que ses richesses, s'étaient accrus dans une égale proportion, grâce aux libéralités des princes et des peuples. Mais les rois de la seconde dynastie surtout, semblèrent vouloir rivaliser de générosité envers cette maison monastique. Pépin lui donna

plusieurs domaines; Charlemagne augmenta sa dotation et fit reconstruire, à ses frais et sur un yaste plan, tous ses bâtiments. Au milieu de cette reconstruction générale disparut le vieux château royal de Croicy, après avoir dure au delà de trois siècles : mais on disposa, dans rintërieur même de l'abbaye, des appartements pour recevoir le souverain. On voyait encore, avant 1567, une grande chambre dorëe, connue sous le nom de la chambre dorëe de Charlemagne.

Mais le plus gënëreux des Carlovingiens, envers cette abbaye, fut l'empereur Louis P'. Il affectionnait tellement cette maison qu'il s'y serait très-volontiers fait moine, s'il n'eût ëtë empereur. U fit achever tous les bâtiments dont la reconstruction avait ëtë ordonnëe par son père, et le cloître qui en faisait partie, fut regarde, pendant des siècles, comme l'un des plus beaux de l'Europe. Par ses ordres, la principale ëglise fut rëëdifiëe beaucoup plus grande que celle de Clotaire, on peut juger de cet ëdifice par sa crypte qui subsiste encore, et il l'enrichit de reliques preneuses qu'il avait obtenues du pape, et fait venir de Rome : celles de saint Sebastien étaient du

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nombre. Le don de ces reli<^es fut accompagné de diàsses et d'autres ornements d'un grand prix, parmi lesqueb on voyait un lî^re, iu-â?^ contenant le texte des Évangiles, écrit sur vélin en lettres d'or, avec une couverture de lames du même métal. Ce livre existait encore en 1789. L'abbaye reçut en outre le domaine royal de Choisy sur Aisne, qui avait été la demeure de plusieurs rois Mérovingiens, et renfermait sept cents familles. Cta croit aussi que ce fot Louis l^ qui accorda à l'abbé de St-Médard le droit de Ëdre battre monnaie ; ce droit fat partagé, mais plus tard , par tous les seigneurs possesseurs de grands fiefs, par les évéques et par plusieurs abbés. La monnaie de l'abbé de St^JM^édard portait en légende s. /. s. medardus.

La princesse Berthe, sœur de Louis V^ lui fit aussi donation du domaine de Vie sur Aisne; Charles le Chauve de celui de Bemeuil. Tant de prédilection et de munificence pour cette abbaye, ne peuvent ébre attribuées qu'à son origine : fondée dans la première demeure des rois de France, elle était considérée comme un établissement royal, où les princes de la seconde race, qui fai-

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saîent le plus ordinairement leur résidence au château de Compiëgne, venaient passer plusieurs jours aux époques des grandes fêtes, pour assister aux offices célébrés dans son église. Une autre cause du grand crédit de cette abbaye se trouvait dans l'existence d'une école qu'elle renfermait, moins remarquable à la vérité, par l'instruction qu'on y donnait, que par la condition des élèves qui la fréquentaient. C'était en quelque ««orte le collège des premières familles du royaume.

La munificence des rois Carlovingiens ne con* tribua peut-être pas seule à sa splendeur ^ à sa richesse. Tant d'opulence pouvait bien être aussi l'œuvre de la fraude. On raconte qu'un de ses moines, nommé Vermond, s'accusa, au Ut de mort, d'avoir fabriqué un grand nombre de dusses chartes pour plusieurs églises et pour des monastères. Sans doute que sa communauté ne fut pas oubtiée, et que d'autres que lui se livrèrent k cette coupable industrie. Quoiqu'il en soit, cette abbaye a possédé, dans un temps, soit en réalité^ soit en prétentions, jusqu'à deux cent vingt fie& ou domaines seigneuriaux, sept prieurés, sept prévôtés, ainsi que les revenus de plusieurs monastères qu'on lui avait réunis ou incorporés.

On a rapporté qu'elle renfermait sept églises ; mais cette assertion devrait paraître au moins fort douteuse, en supposant même que le manque d'espace n'en donne pas la preuve contraire. U est encore possible de reconnaître aujourd'hui, soit par des restes d'anciennes murailles, soit par des différences notables de niveau dans le sol, l'emplacement qu'occupait l'abbaye proprement dite, qui était entourée d'un fort mur d'enceinte, flanqué de tours. Cet emplacement, formant un carré long, de 180 mètres de l'est à l'ouest, et de 140 mètres du nord au midi, ne pouvait contenir autant d'édifices qu'on a paru le croire , quand on considère l'espace que devaient occuper déjà les bâtiments nécessaires au logement de trois ou quatre cents moines, et l'église construite par Louis P% laquelle présentait environ 80 mètres de longueur sur 30 mètres de largeur.

Le mur d'enceinte, dont il reste encore quelques portions, avait été vraisemblablement construit, ou du moins rendu défensif, vers la fin du règne de Charles le Chauve, quand les Normands commencèrent à porter leurs ravages dans Vinté-

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rieur de la France, c'est-à-dire, vers Tëpoque où l'abbaye de St-Mëdard ëtait encore dans sa plus grande prospérité. On peut donc en inférer que cette enceinte devait renfermer tout ce qui composait alors le corps de l'abbaye. D'ailleurs on ne trouve que deux églises dont l'existence ait été suffisamment démontrée : l'église de St-Médard, placée au nord du cloître, et dont le portail faisait face à l'entrée de l'abbaye, et l'église de la Trinité, appelée aussi Ste-Sophie, parce qu'elle itait été construite, dit-on, sur le plan, mais trèsen petit, de la célèbre église de Ste-Sophie, de Constantinople. Cette église, qui dépendait de l'ancien cbàteau royal, devait être au midi on à l'orient du cloître. U s'y trouvait cependant encore une troisième église, dite de St-Laurent, mais placée en dehors de l'enceinte, ce qui semblerait indiquer qu'elle était à l'usage de la maison de l'aumône et des vassaux de l'abbaye, qui formaient un petit faubourg, nommé anciennement ie faubourg St-Laurent. C'est le faubourg St-Médard d'aujourd'hui.

Indépendamment de l'enceinte carrée, dont il a été question, il y en avait une seconde, plus éten-

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due, et qui enveloppait le petit faubourg St-Laurent et les jardins de l'abbaye. Celle-ci, composée d'une muraille flanquée de tours et d un large fossé, où coulait le ruisseau amené de Crouy, entourait la première à une distance d'environ 1 50 mètres, sur les côtés de l'est, du nord et de l'ouest, et de 30 mètres seulement sur celui du midi. Un vieux tableau, peint à l'huile, représentant cette abbaye en perspective, mais d'une manière fort inexacte, et qui n'a été fait que sur tradition, ('^) indique cependant assez bien la position de cette seconde enceinte, dont nous avons retrouvé la trace i^ur les lieux. Elle fut bâitie vers 889, par le roi Eudes qui, suivant quelques auteurs, possédait l'abbaye en coimnende. D'après le même tableau il y aurait eu une troisième enveloppe défensive ; mais cette dernière ne consistait qu'en un fossé plein d'eau sur l'existence duquel on ne trouve aucun indice.

La prospérité de cette maison commença à décliner à la mort de l'empereur Charles le CJoiauve, et sa décadence suivit celle des rois Carlovingiens ses bienfaiteurs. Possédée en commendc, pendant plus d'un siècle, par les seigneurs de la puissante

iamille de Vermandois, elle fut dëpoiiillée par eux d une partie de ses plus beaux domaines. Sous le régime de la féodalité , elle perdit la plupart des terres qu'elle possédait au loin, dont elle fiit encore dépossédée par des seigneurs assez forts pour braver impunément les excommunications des moines. Rendue à des abbés de son ordre, Tadministration de plusieurs d'entre eux fut tellement déplorable, qu'ils encoururent les censures de l'Église, et le désordre devint si grand qu'il fallut mettre l'abbaye en interdit, et prononcer la déposition du titulaire.

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