‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 49 sur 197 · CHAPITRE DE S^^. SOPHIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DE S^^. SOPHIE

L'abbé Hilduin , voyant ses moines sans cesse détournés de leurs devoirs par le grand nombre de visiteurs qu'attiraient chaque jour dans l'église de St-Médard, les reliques de saint Sébastien, les transféra dans celle de Ste-Sophie, et Fonda, pour la desservir, une communauté de

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clercs ou prêtres. Cette ëglise de Ste-Sophie, dédiée à la Sainte Trinité, semblerait avoir été bâtie en remplacement 4::. la chapelle du vieux château royal, laquelle avait disparu avec ce château dans la reconstruction générale des bâtiments.

La communauté fondée par Hilduin , composée d'abord de douze prêtres, fut dotée sur les biens de l'abbaye, et, par une bulle du pape Eugène II, elle fut soumise, tant pour le spirituel que pour le temporel, à l'abbé de St-Médard. Dans la suite le nombre des clercs, qui prirent le nom de chanoines, fut augmenté;, mais la décadence de l'abbaye amena forcément celle du chapitre de Ste- Sophie. En 1696, les prébendes, au nombre de vingt-deux, furent converties, faute de revenus suffisants pour faire vivre leurs titulaires, en bénéfices simples , et les devoirs des chanoines considérablement réduits afin qu'ils pussent posséder des cures et d'autres bénéfices. En 1772, le revenu de chaque prébende fiit fixé par le cardinal de Bernis, abbé de St-Méclard,à quatre-vingt-dix livres de rente et dix-huit esseins de blé; les devoirs des chanoines ne consistèrent plus qu'en un office canonial, le jour de la Trinité, dans l'cgUse

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de St'Mëdard, un senrice des morts le lendemain, pour les abbës fondateurs, et mie messe par mois. Quant à Tégfise de Ste-Sophie, réduite en cendres en 1 436, et reconstruite depuis, elle fîit dévastée en 1567, et s'écroula en 1663. On en voyait encore des vestiges dans le jardin sud de l'abbaye quelques années avant la révolution.

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CONSTaUCTION DU PONT.

L& pont que les Romains avaient établi sur l'Aisne, pour lier la ville au faubourg, n'existait plus, et la communication avait lieu au moyen de barques. L'empereur Louis P% pour remédier aux inconvénients qui en résultaient, et faciliter ses fréquentes visites à l'abbaye de St-Médard, fit constnnre un nouveau pont. L'époque de cette construction paraît devoir être fixée vers Tan 896, d'après une vieille tradition populaire recueillie et peut-être inventée par des moines du moyen âge .

Or, il arriva que, sur la lin du YIP siècle, le

diable exerçait un grand pouvoir dans la ville de Soissons. Chaque soir il emportait la treizième personne qui passait dans la rue du Mont Revers, sous les murs même de l'église de St-Pierre au Parvis. La terreur était devenue générale, et personne n'osait plus parcourir cette rue après le coucher du soleil. Saint Vouel, reclus de labbaye de Notre- Dame qui habitait une tour sur le bord de TAisue, prit la résolution de mettre un terme à ce désordre. Après avoir recommandé un jeûne général, il fit passer devant lui, dans la rue du Mont Revers, ^douze personnes, il vint le treizième ; le diable se présente aussitôt pour l'emporter, mais cette fois la malice de l'esprit des ténèbres se trouva en défaut. Le saint ordonna au diable de retourner en enfer ; celui-ci, confus de sa méprise, s'humilia et représenta humblement qu'il y faisait trop chaud. Alors saint Youel, qui aimait sans doute les contrastes, l'envoya dans la rivière d'Aisne, au pied de la tour dans laquelle il faisait lui-même sa demeure. Le diable obéit, et resta en repos tant que le saint vécut. Saint Youel mourut et le diable prit sa place dans la tour : se voyant débarrassé de toute surveillance, il fit de nouveau

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des courses nocturnes siu* les bords de TAisoe, se donnant par fois le plaisir de (aire noyer les personnes qui voulaient traverser la rivière dans une barque, et en mettant obstacle à la construction d'un pont pour communiquer de la ville au &ubourg et à l'abbaye deSt-Mëdard. Mais dès que les reliques de saint Sébastien eurent été transportées sur la rivière, dans leur voyage de Rome à cette abbaye, en 825, il en eut une telle frayeur qu'il se blottit dans sa tour, d'où il n'osa plus sortir, et le pont fut bâti.

Telle est la pénurie de matériaux que nous offrent ces temps d'ignorance, qu'on se trouve réduit à aller chercher quelquefois des dates et même des renseignements au milieu de ces pieux mensonges. Point de livre sans miracles ; c'était tout le génie d'alors ; les circonstances les plus naturelles portaient le cachet d'une époque crédule et superstitieuse.

On a dit précédemment que le pont, construit par les Romains, devait être au bas de la rue St- Quentin. Pour l'établissement du nouveau pont on fit choix d'un autre emplacement, et nous pensons que ce changement eut lieu par des motifs

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d'économie. £u effet, le nouveau pont devant être en pierre, exigeait une assez forte dépense, et quoique le trésor de Louis I" en dût supporter la plus grande partie, si non le tout, on chercha naturellement les moyens d'en diminuer les frais autant que possible. Or, la rivière était de 16 à 18 mètres moins large dans le nouvel emplacement qu'à l'issue de la rue St-Quentin, ce qui réduisait au moins d'un quart la longueur du pont projeté. Six arches devaient alors suffire à sa construction au lieu de huit qu'il aurait eu, si l'emplacement de l'ancien pont à la tête de l'île, eût été préféré.

Par ce changement la communication entre les deux rives de l'Aisne, au travers de la ville, nefiit plus aussi directe ; elle se trouvait, en outre, brisée par plusieurs détours assez brusques et d'un accès difficile. Il est vrai que ce dernier inconvénient, qui se fait si vivement sentir aujourd'hui, était à peu près nul dans ce' temps où l'usage des voitures était inconnu. Les personnages élevés en dignités et eu richesses, tels que les seigneurs, les évéques et les abbés, allaient presque toujours à cheval, bien qu'ils se fissent accompagner d'une suite nombreuse et brillante. D'un autre côté les

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reladons commerciales étaient si bornées, qu'il suffisait d'un assez petit nombre de bétes de somme pour satisfaire à tous les besoins.

La construction du pont (ut naturellement sui- TÎe de celle du châtelet, destiné à en défendre le passage. Cet édifice était assis sur la culée du côté de la TÎUe , et se composait, comme tous les cbâtelets, placés siur les entrées des villes, d'un bâtiment carré, au travers duquel était pratiqué mi passage. Deux petites tours construites en en-

coibellement sur la face extérieure, flanquaient

la porte.

DÉPOSmOM DE LOUIS LE DÉBONNAIRE.

Un siècle ne s'était pas encore écoulé depuis que Tabbaye de St-Médard avait- vu donner la tonsure, dans ses murs, au dernier des Méroviii- ^ens, quand l'empereur Louis P', le petit-fils de ce même Pépin qui avait ravi la couronne à son maître, y fut l'objet de la plus grande humiliation

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que des sujets puissent faire subir à leur souverain. Ce n'était plus le chef de l'armée, recommandable par son mérite et par les grands senrices rendus à l'État, qui se substituait à une dynastie dégénérée et tombée dans le mépris, c'étaient de jeunes ambitieux, avides de régner, qui forçaient leur père à se déclarer publiquement indigne de porter plus longtemps la couronne.

£n l'année 833, les fils de cet empereur se saisirent de sa personne et l'amenèrent prisonnier dans l'abbaye de St-Médard ; mais non contents, cette fois» de lui ravir la liberté, comme ils l'avaient fait trois ans auparavant, ils allèrent jusqu'à le forcer de se dégrader lui-même aux yeux de la nation. La pompe de la cérémonie qui eut lieu le 10 novembre, dans l'église de St-Médard, ajoutait à l'avilissement du monarque, dont tout le tort était d'avoir eu trop de condescendance pour les prêtres, trop de bonté pour ses enfants et trop de faiblesse pour sa seconde femme ; fautes qui lui valurent le surnom de Débonnaire.

Lothaire, son fils aîné, présidait à la cérémonie, assis sur un trône et entouré d'une foule de seigneurs et de prélats, au milieu desquels l'ar-

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chevéque de Rheims, Ebbon, se signalait par son acharnement à outrager le monarque dërhu. L'empereur amené devant Tautel, on lui ordonne de se prosterner sur lin grand ciiice étendu par terre ; on l'obUge de lire à haute voix un écrit rédigé par les éréques, dans lequel sont longuement énumérés tous les prétendus crimes dont on l'accuse ; on exige de lui qu'il s'en reconnaisse cou* pable, et qu'il demande, pour les expier, la grâce de la pénitence canonique. Après quoi le trop docile prince se dépouille de sa ceinture et de ses armes ; TarcheTéque de Rheims le couvre du cilîce ; les autres prélats lui imposent les mains ; on dit les oraisons pour l'imposition de la pénitence ; enfin l'empereur est conduit processionellement, par le clergé, dans une cellule pour y vivre le reste de ses jours dans l'exercice de la pénitence.

L'ambition, peut-être même le repentir, semèrent bientôt la discorde parmi les rebelles. Le fils de Charlemagne sortit de sa prison et pardonna une seconde fois à ses enfants.

On a cru pendant longtemps, d'après une ancienne tradition, que Louis le Del>onuairc fiit rcn-

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ferme dans un cachot qui existe encore au fond d'une Tieille tour; mais cette tradition, forgée à dessein par les moines de St-Mëdard, ne mérite aucune créance, et ce qui doit le mieux en 6ire ressortir la fausseté, c'est l'inscription même sur laquelle ils l'appuyaient, en faisant accroire qu'elle était de la main de l'auguste prisonnier. Cette inscription, grossièrement gravée sur l'un des murs du cachot, est eifacëe en partie, mais on a pu la compléter ainsi :

jQeloB ie 0ut^' bien |)rin9 9)e douUurs qat fe Tfnve Mont nu cormenbxait le Mitm ignorant mon Ifesûn.

Cette inscription, tracée dans le langage qui (ut parlé trois siècles plus tard, peut être comprise sans peine, tandis que la langue romane (romanum rusticum) dont on faisait alors un usage général dans les différents pays de la nouyelle monarchie des Francs (•), ne saurait être interprétée à la première vue, et sans étude ; il est à remarquer

(*) Là langue romane se maintint bien ploa longtemps dans les pro* vinees dn midi de la France qne dans celles da noitL

d'ailleurs, que le tudesque. ou teutonique était ridiôme naturel de Louis le Débonnaire et de sa maison, composée en majeure partie d'Âustrasiens. Il parlait aussi, avec facilité, le latin qui était la langue religieuse et celle exclusivement employée dans tous les actes publics. Pourquoi donc ce prince n'eut-il pas fait usage de l'un de ces deux idiomes pour tracer, sur les murs de sa prison, l'expression de sa douleur? Nous croyons qu'il ne faut Yoir dans l'inscription rapportée ci* dessus, que l'ouvrage d'un moine ou de quelque prisonnier resté inconnu .

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