CONCILES TENUS A SOISSONS
Dès les premiers temps de l'établissement du christianisme, les évéques et les dignitaires du clergé, dont les lumières et la haute vertu faisaient autorité, se réunirent pour conserver la pureté de la foi et consolider les bases de la discipline de l'Eglise. Ces assemblées se désignaient sous le nom de concile. Dans la suite, elles devinrent
fréquentes, notamment pendant les VIII' et IX' siècles, sous les rois Carlovingiens qui s'empressaient de les présider. On y admettait assez souvent des seigneurs laïques , parce qu'alors , tout en s'occupant de matières ecclésiastiques, ces assemblées traitaient aussi des affaires politiques. Les historiens ne s'accordent pas sur le nombre des conciles tenus à Soissons : les uns le portent à quinze, d'autres à dix-huit. Nous croyons cependant que ce nombre a dû être plus considérable , attendu qu'il avait été ordonné par le quatrième canon du concile de Yernon sur Seine, tenu en 755, qu'on en assemblerait deux tous les ans ; l'un au mois de mars , au lieu désigné par le roi ; et le second au 1 •' octobre, à Soissons ou dans une autre ville, au choix des évêques. Cette disposition paraissant avoir été observée jusque vers la fin du règne de Charles le Chauve , c'est-à-dire pendant plus d'un siècle , on peut croire que plusieurs de ces assemblées furent réunies à Soissons, mais que la plupart sont demeurées oubliées , soit que leurs actes aient été perdus , soit qu'ils aient présenté peu d'intérêt.
Quant aux conciles connus , les objets dont ils se sont occupés n'ayant eu généralement aucun
rapport avec la ville de Soissons, il nous suffira de faire mention de quelques-uns des plus remarquables.
En 853, un concile fut tenu dans l'abbaye de St'Médard, en présence de Charles le Chauve. On s y occupa, entre autres choses, de l'évasion du jeune Pépin, son neveu, fils de Pépin P% roi d'Aquitaine. Charles l'avait fait renfermer dans cette abbaye pour lui ravir ses états. Pépin ayant été repris, lorsqu'il voulait rentrer dans son royaume a main armée, fiit ramené à St-Médard. Les évéques, s' érigeant en juges, condamnèrent le petitfils de Chariemagne à la vie monacale. Deux religieux, qui avaient favorisé sa fuite, forent dégradés des ordres et relégués dans des monastères éloignés.
ËQ 861 et 863 il fiit tenu deux conciles contre Rothalde, évéque de Soissons. Un prêtre du diocèse avait été surpris en adultère et mutilé par le mari qu'il avait insulté. L' évéque, qui ne pouvait laisser impuni un pareil scandale, avait interdit ce prêtre et pourvu à son remplacement. L'archevêque de Rheims, Hincmar, homme superbe et fougueux, jaloux de la considération dont jouissait
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Rothaldc, à cause de son âge et de ses vertus, saisit cette occasion de le mortifier. Bien qu'il n'eût pas ose se plaindre de la déposition du clerc prévaricateur, il fit arracher le nouveau curé de Tautel, au milieu d'un office, l'excommunia, le jeta en prison et remit le coupable en possession de de son bénéfice.
Rothalde, indigné de cette violence, la désapprouva hautement, et refiisa d'obéir aux ordres que son métropolitain lui donna dans la circonstance. Hincmar convoqua un concile provincial dans l'église de l'abbaye de St-Crépin ; il y déféra l'évéque de Soissons, comme réfi:^ctaire et désobéissant, et obtint qu'il serait privé de la communion épiscopale jusqu'à ce qu'il se fût soumis. L'évéque ayant appelé de cette décision au saint siège, se disposait à partir pour Rome, quand il se vit arrêté par des gardes de l'archevêque de Rheims, qui convoqua sur-le-champ un nouveau concile dans l'église de St-Médard. Rothalde fiit sommé par trois fois de comparaître devant cette assemblée, et, sur son refiis, conduit et renfermé dans une chambre de l'abbaye. Son ennemi, ne gardant plus de mesure, fit instruire le procès à
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la h&te : Rothade (ut condamne à être déposé, et aussitôt on le renferma dans la prison da monastère, tandis que Hincmar ordonnait l'élection d'un autre prélat pour le diocèse de Soissons.
I^ pape, ayant eu connaissance de la violence et de l'injustice faites à Rothade, obtint de Charles le Chauve que ce prélat se rendît à Rome pour y suivre son appel. Son innocence fut reconnue, et le pape le rétablit solennellement, dans un concile tenu à Rome sur la fin de 864. L'évèque de Soissons, à son retour en France, reçut du roi un accueil plein de bienveillance, et son persécuteur se vit obligé de venir le réinstaller lui-même dans le siège dont il l'avait dépossédé.
En 866, un autre concile fut assemblé dans l'église de St-Médard, et se termina par le sacre et le couronnement de la reine Hermentrude, femme de Charles le Chauve.
Enfin, le dernier concile tenu à Soissons, pendant le IX"" siècle, eut lieu en 875 dans l'église cathédrale. Le roi et nombre de seigneurs y assistèrent, ce qui pourrait faire croire que c'était plutôt une assemblée nationale qu'un concile proprement dit. Cependant l'évèque de Beauvais y rendit
compte du partage qu'il venait de faire des biens de sa cathédrale, entre lui et ses chanoines.