OUVERTURE DE LA PORTE S^-QUENTIN
Un traite conclu au mois d'octobre 1 305, entre le comte de Soissons, Hugues, et les magistrats de la commune, contenait les dispositions suivantes :
«< Que le comte pourrait faire arrêter, dans les limites de la commune, ceux qui étaient du ressort de la justice du comte.
« Que les magistrats de la commune pourraient faire publier et exécuter les règlements de police dans le faubourg de St-Germain et sur le chemin de YilleneuYe ; y arrêter ceux qui troubleraient Tordre par des querelles suivies de voies de fait, et les amener à la tour du comte. Que dans le cas où les magistrats ne se trouveraient pas sur les lieux pour saisir les délinquants, les officiers du comte pourraient le faire, sauf à les livrer aux magistrats qu'ils rencontreraient sur leur chemin ; mais que l'amende infligée appartiendrait au comte, et lui
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serait pay^ en monnaie de Soissons. Que les magistrats pourraient lever les tailles dans le faubourg de St-Germain pour des dépenses de la commune.
« . Que le bëtail de la commune pourrait pâturer sur le terroir de VilleneuTc, et réciproquement celui de Villeneuve sur le terroir de la commjine.
« Que les bourgeois de Soissons qui voudraient aller aux marcliés de Braisne ou de Yailly, seraient tenus de déclarer, sur serment, à la tour du conde, que les marchandises qu'ils y menaient, ayaient été mises en vente au marché de Soissons.
tf Que les magistrats pourraient faire fermer, par des murs, la ruelle qui était entre le château et l'abbaye de St-Léger; à la chaîne d'y entretenir régoût et de laisser une porte dans chaque mur, dont le comte aurait une clef et le maire l'autre.
« Que les magistrats auraient un local dans l'hôtel du Change, pour lequel ils payeraient une rente annuelle au comte.
u Que le comte concédait aux habitants la propriété de Tile d'Aisne ; moyennant une rente de qvs^tre livres parisis par an . Qu'il se réservait le
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4roit de fustice sur cette ile ; laaîs que les magi»- Irats pourraieot y faire saisir toute personne qui se serait rendue coupable de quelque crûne ou délit. »
Par ce traité, la juridiction de la commuote se trouvait étendue sur le &ubourg de St^^ermain, le pitts éloigné de la Tille, ayant toujours été jtÊ^ qu'alcors, conuné on peut le croire, une dëpen* dance directe de la seigoairie de VilleneuTe. Ce traité assurait aux marchands de la ville la faculté d'aller vendre aux marchés de Braisne et de Yailly. Les autres clauses reconnaissaient Les droits respectifs des parties dans radmimstration de la justice ; confirmaient des concessions déjà fsûtes à la commune, ou en iaisaient de nouvelles. Cet arnoigement était, dans toutes ses dispositions, à l'avantage des bourgeois, ce qui prouve qu'alors ils vivaient en bonne intelligence avec le comte.
La concession de Tile d'Aisne pourrait paraître quelque peu surprenante. Le ounte se dépoml*^ lait, de son plein gré, du seul terrain qui fût cn«core attensmt à son château. Désonnais sans comr munication avec le dehors, et privé de jardin et de promenade, ce château n'était phis qu'une ha-
bitation fort incommode pour mi seigneur. Mais depuis longtemps les comtes avaient transfëré leur résidence à Chimai, et le château Gaillard n'était plus pour eux que le siëge de leur seigneurie de Soissons.
L'île d'Aisne, d'une longueur de 500 mètres environ, sur une largeur moyenne de 90 mètres, fiit convertie en promenade publique pour les habitants, et un jeu de mail qui y fut établi, lui fit donner le nom de promenade du Mail. Pour y communiquer directement de l'intérieur de la ville, sans passer par la porte qui y /conduisait précédemment du château, ce que n'aurait peutêtre pas permis le comte, on ouvrit, au bas de la rue St-Quentin, une nouvelle porte avec un pont sur le petit bras de l'Aisne. Cette porte, dite de St-Quentin, du nom dé l'église paroissiale, dont elle était voisine, se trouvait au même endroit que la porte du Pont ou de l'Est au temps des Romains, et communiquait avec la tête de l'île. Cette porte de St-Quentin, appelée aussi la grande poterne, repandtra plus d'une fois dans l'histoire de la ville.
Le comte Hugues mourut en 1307, âgé de vingt-
cinq ans seulement, sans autre postëritë qu'une filie nëe après lui, hëritiëre par conséquent du comte de Soissous. Avec lui s'ëteignit la branche mâle des comtes de Soissons de la maison de Nesle, après une durëe de cent soixante ans. C'est une justice à rendre aux seigneurs de cette maison, de reconnaître que leur conduite envers la commune fut toute loyale et bienveillante, et qu'ils ne cherchèrent jamais à revenir, en aucune manière, sur l'abandon volontaire ou force que le comte Renaud n avait fait de ses droits féodaux en faveur des bourgeois de Soissons. Malgré la puissance que se firent plusieurs d'entre eux, par leurs alliances et par leur position personnelle auprès du souverain, ils respectèrent toujours la foi jurée envers ces mêmes bourgeois, dont les pères avaient été les hommes de tailles et de corvées de leurs ancêtres. On ne trouve en effet aucune trace quelconque de contestation entre les privilèges du comte et les franchises de la commune ; tandis qu'il y eut lutte presque continuelle entre celle-ci et les juridictions cléricales, contre lesquelles les comtes eurent aussi plus d'une querelle à soutenir.
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