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leur était impossible, on les condamne de stupidité et de n'avoir qu’un petit cœur, puisqu'ils n'avaient pas un grand estomac. J’en ai plus mangé disait l’un d’eux, que n’en sauraient manger toutes les robes-noires. Les Pères lui repartirent : Puisque tu es si vaillant homme, mange encore notre mets. Oui dà, répondit-il. Il le fit en effet, à condition qu'on lui donnerait encore à manger en notre maison.”
Le mardi, 25 décembre, jour de Noël, mourut à Québec, M. de Champlain, dont la perte fut une véritable calamité pour la colonie de la Nouvelie-France qu’il avait fondée. M. de Châteaufort prit le commandement à sa place. Le Père Le Jeune descendit à Québec et prononça l’oraison funèbre ; ses conseils étant devenus plus nécessaires que jamais, il dut y rester plus longtemps qu’il ne l’aurait voulu. Les Pères Buteux et Quentin passèrent la saison des neiges aux Trois-Rivières.
Outre les celons et le personnel du fort, il y eut cette année, aux Trois-Rivières, pour les besoins de la
raite, M. de Launay, M. Maupertuis, M. de Malapart, Jean
Nicolet en qualité d’interprète, et M. de Saint-Jean, gentilhomme qui, par la suite, accompagna habituellement M. de Monimagny.
‘“ Le 7 janvier 1636, le fils d’uri grand sorcier, ou jongleur, fut fait chrétien, son père s’y accordant, après de grandes résistances qu’il en fit: car, comme nos Pères éventaient ses mines et le discréditaient, il ne pouvait les supporter en sa cabane. Cependant, comme son fils tirait à la mort, ils prièrent le sieur Nicoilet de faire son possible pour sauver cette âme : ils s’en vont donc, le Père Quentin et lui, en cette maison d’écorce, pressant fortement ce Sauvage de consentir au baptême de son petit-fils. Comme il faisait la sourde oreille, une bonne vieille lui &it: Quoii penses-tu que l’eau que jetteront
les robes-noires sur la tête de ton enfant le fasse mourir?
Ne voistu pas qu'ilest déjà mort et qu’à peine peut-il respirer? Si ces gens-là te demandaient ta porcelaine et tes castors, pour les offices de charité qu'ils veulent exercer envers ton fils, tu aurais quelque excuse ; mais ils donnent et ne demandent rien. Tu sais le soin qu’ils ont des malades, laisse-les faire ; si ce pauvre petit meurt, il l’enterreront mieux que tu ne saurais faire. Le malade fut donc baptisé et nommé Adrien par le sieur Duchesne, chirurgien de l'habitation; il mourut quelque temps après. Le Père Buteux le demanda pour l’ensevelir à notre façon. Non, non, dirent les parents, tu ne l’auras pas tout nu ; attends que nous l’ayons paré et puis nous
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te le donnerons. Ils lui peignirent la face de bleu, de noir et de rouge ; ils le vêtent d'un petit capot rouge, puis l’enfourrent de deux peaux d'ours et d’une robe de peau de chat sauvage, et par dessus tout cela, d’un grand drap blanc qu'ils avaient acheté au magasin ; ils accommodent ce petit corps «ans tout ce bagage, en forme d’un paquet bien lié de tous côtés et le mettent entre les mains du Père Buteux qui baise doucement ces dépouilles sacrées, pour témoigner aux sauvages l'estime que nous faisons d’un petit ange baptisé.” !
Le samedi, 25 janvier 1636, le Père Buteux écrit au registre qu’il a baptisé ‘un jeune Sauvage âgé de 16 à 17 ans, Montagnet de nation ou plutôt des Attikameg8khi, qui reçut le nom de Paul ; son nom était Niakeapinat, il était fils de 8ta8abistisi8.” M. Nicolas Courson, chirurgien du fort, fut son parrain. C’est la première mention du nom des Attikamègues aux Trois-Rivières. Champlain fait allusion à ce peuple en disant : l'habitation des Trois- Rivières serait un bien pour la liberté de quelques nations qui n’osent venir par là (la rivière dès Trois-Rivières) à causes des Iroquois leurs ennemis... à la faveur de la dite habitation, ils viendraient librement sans crainte et danger, d'autant que le dit lieu des Trois-Rivières est un passage.”
Le Père Charlevoix dit qu’en 1635-6 ‘les Trois-Rivières commencèrent à être l’abord des nations septentrionales” ?
La Relation de 1633 nous parle d’un Sauvage nommé Attikamegou, que les Français appelaient le Prince ; il demeurait alors près de Québec, on l’y retrouve en 1656. “Le Prince et sa mère la Princesse, sont des Sauvages de bonne façon : vous diriez que cette famille a je ne sais quoi de noble; et s'ils étaient couverts à la française, ils ne céderaient point en bonne manière à nos gentilshommes français.” Le Prince était un jerine homme, très-favorable aux religieux ; il fut un des premiers Sauvages qui leur confièrent leurs enfants pour les baptiser et les instruire, et, comme il avait de fréquents rapports avec les Algonquins des Trois-Rivières, il contribua beaucoup à accréditer les Jésuites parmi ses compatriotes. Dans l'hiver de 1635-6, il passa par les Trois-Rivières, allant en guerre en contpagnie d’une quarantaine des siens ; le Père Le Jeune l’exhorta à se faire chrétien, ce
i Relation de 1636, p, 10.
2 Histoire de la Nouvelle-France, édition de MDCCXLIX, vol, ! page 195.
qu’il promit pour l’époque où il reviendrait de la guerre, uis étant allé prier dans la chapelle, il suivit l'expédition. a Relation de 1637 paraît le désigner comme le chefqui
périt daus un combat contre les Iroquois, en se sacrifiant
pour donner le temps à ses compagnons de se sauver.!
Les Attikamègues appartenaient aux nations de, la langue montagnaise ; ils s'entendaient cependant avec les Algonquins, puisque toutes les langues du nord de ce continent, si l’on met à part la langne des Esquimaux,* dériven! d’une source commune et qu'il y a entre elle la même affinité qu'entre le latin et l'italien, par exemple. Cette tribu n’était pas nombreuse ; mais sa timidité plus que son petit nombre de combattants l’éloigna toujours de la guerre. Les Religieux la convertirent facilement sans pouvoir 1éussir à arrêter sa vie nomade. Nous aurons souvent occasion d’en parler. Les Relations disent : ‘ Les Sauvages de ce pays les nomment Attikamègues, du mot attikameg8 qui signifie ux certain poisson blanc. Je n’en ai point vu en France de semblable, il est d’un fort bon goût; et peut-être que s’en trouvant quantité au pays de ces bonnes gens, on leur a fait porter le nom de ce poisson. Ils demeurent dans les terres, au nord des Trois-Rivières, ils ont commerce avec d’autres nations, encore plus éloignées de nos habitations. Ils descendent par le fleuve que nous appelons en sauvage Metaber8tin, en français les Trois Rivières, pour venir trafiquer au magasin de messieurs de la Nouvelle- France. Pendant le séjour qu’ils font là, nos Pères, qui sont en la Résidence de la Conception, aux Trois-Rivières, font un autre trafic avec eux: ils leur promettent, au nom de Jésus-Christ, une éternité de grandeur, pour une obéissance passagère.”
Le nom de Poissons-Blancs figure pour la première fois dans les registres des Trois-Rivières, en octobre 1644 ; pendant un demi siècle, il fut employé aussi souvent que le mot \ttikamègue, Attikameg, Attikameg8ek, Attikamek ou Attikamegë, selon les variautes qu'offrait la prononciation des diverses ne&tions sauvages.
Les Téles-de-Boule du haut Saint-Maurice sont peut-être leurs descendants. On le croit généralement ; mais ce fait n’est point reconnu par l'Histoire. Ce sont plutôt les restes des anciennes tribus nomades de ces contrées, éteintes par les guerres, la famine, la maladie et les boissons
1 Relation, 1636, p. 15, 16, 17. 1637, p. 79-80. 2 Ferland, vol. 1er, p. 91.
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fortes. La tête de ces Sauvages ne présente pas de dimensions exagérées ; ils ont les pommettes des joues proéminentes, voilà tout, et encore ce signe de la race tartare n'est pas une regle générale parmi eux. L'état de misère äans lequel vivent les 25 ou 30 familles qui restent de ces tribus fait peine à voir, et leur malpropreté est telle que les blancs en ont horreur. Ils sont probablement les seuls Sauvages du Bas-Canada qui ne recoivent aucune subvention du gouvernement.
Thomas Godefroy, frère de l'interprète Jean Godefroy, passa l'hiver 1635-6 au milieu des Sauvages, à cinq lieues des Trois-Rivières. Au commencement de mars, il écrivit aux Pères de la Résidence de la Conception qu’un petit Sauvage s’en allait mourant dans la cabane où il était avec d’autres malades; la lettre, écrite sur une écorce, fut transmis ..r des Sauvages qui se rendaient au fort, Le Père Buteux ne crut pas devoir entreprendre le voyage par les chemins de cette saison, il écrivit à Godefroy de baptiser l'enfant s’il voyait qu’il se mourait, et d'attendre pour appeler les Religieux que ües adultes, susceptibles d’être instruits, fussent en danger de mort. Le 17 mars, Godefroy baptisa le petit garçon, qui mourut presque aussitôt et que ses parents portèrent aux Trois-Rivières pour l'inhumer dans le cimetière des Français, honneur qu’ils étaient toujours fiers d’obtenir.!
Le Ler avril, le Père Buteux baptisa une petite algonquine de 10 à 11 ans, qu’il alla chercher près des bords d’une rivière située à envirou dix lieues plus haut que le fort. Les parents de cette fille ayant des malades dans leurs cabanes, allèrent demander le secours du ministère du Père, quise miten marche avec eux. La Relation de ce voyage est curieuse : “ Il ne fut pas bien loin de la maison qu’il trouva, comme l’on dit, à qui parler. Les chemins sont ici plus blancs qu’en France, et bien plus fâcheux; il leur faliait tantôt prendre des raquettes, tantôt les quitter; ils marchaient sur le grand fleuve glacé, qui leur dérobait bien la vue de seseaux, mais non pas l’appréhension du danger de s’y perdre, car le soleil avait commencé à fondre les glaces, qui en plusieurs endroits n'avaient plus qu’un doigt d'épaisseur. La neige aux autres endroits, venant à mollir sur le haut du jour, les faisait enfoncer avec leurs raquettes, qui se chargeaïient de ces glaçons et leur donnaient une espèce de torture aux jambes ; si fallut-il tirer cette charrue depuis six heu: res du matin jusqu’à six heures du soir. sans dételer,
1 Relation, 1636, p. 18.
sinon peut-être l’espace d’un petit quart d'heure ”.....…... Rendu aux cabanes, le Père vit de suite que les malades n'étaient pas en danger de mort et que ses fatigues n’auraient d'autre résultat que de faire plaisir aux Sauvages. On lui offrit un repas de langue et de muffle d’origual dont il y avait abondance dans le campement; la neige, profonde et dure cette année, avait favorisé la chasse. Le Père obtint la permission de baptiser une petite fille qu’il se rappelait avoir vue aux Trois-Rivières, il lui donna nom Marie, et pour parrain Robert Hache son domestique. Comme il s’apprêtait à ‘etourner chez iui, plusieurs Sauvages se mirent en devoir de l’accompagneret de conduire en même temps aux Trois-Rivières le corps d’un petit garçon qu'ils voulaient confier au cimetière des Français... ‘ Si quelqu'un trouve ces narrés un peu longs, je les prie d’avoir égard, que de gagner quelque pauvre Sauvage à Dieu et à l'Eglise, c'est iuut notre trafic en ce nouveau monde, toute la manne que nous cueillons en ces déserts ; que nous ne chassons qu’à cela dans ces grands bois, et que nous ne faisons autre pêche sur ces larges fleuves.” !
‘“ Le 2 d'avril 1636, le Père Quentin fit un voyage à quelques lieues des Trois-Rivières pour quelques malades dont on nous avait donné avis. Il se contenta de leur donner quelques instructions sans en baptiser aucun, ne les voyant pas ni en péril de mort ni suffisamment instruits. Le sieur Jean Nicollet lui servait d’interprète, avec sa charité et fidélité ordinaires, dont nos pères tirent de si grands services en semblables occasions. J’ai quelques Mémoires de sa main qui pourront paraître un jour touchant les Nipissiriniens avec lesquels il a souvent hiverné et ne s’est retiré que pour mettre son salut en assurance dans l’usage des Sacrements, faute desquels il y a grand risque pour l’âme parmi les Sauvages.” ?
Le 4 mai, le Père Le Jeune et M. Gand partirent de Québec pour rencontrer aux Trois-Rivières les guerriers algonquins qui derhandaient des secours aux Francais pour soutenir la guerre contre les Iroquois. M. Gand voulut faire sentir aux Sauvages qu'ils n'avaient aucun droit à solliciter de l’aide, puisqu'ils ne remplissaient point les conditions auxquelles il leur aurait fallu se soumettre pour profisr avantageusement de l’amitié des Français. Toujours errants, et misérables par là même, ils ne vou-
{ Relation, 1636, p. 19.
2? Relation de 1636, p. 54.
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laient ni se fixer dans &es défrichements, ni établir leurs familles sur les terres françaises. Les Troquois leur faisaient une guerre sans répit, dans laquelle les Français ne pouvaient les suivre. On les invita à venir se placer sous la protection du fort,
Après l'assemblée, le Père Le Jeune retourna à Québec avec M. Gand. Ce dernier sut occasion de remonter aux Trois-Rivières le 21 du même mois. Les Pères Buteux et Quentin demeuraient à la Résidence de ce lieu ; ils y avaient passé l’hiver.!
Le 23 mai, mourut la femme de Matawan, sauvage influent parmi les siens et que les Français appelaient le grand Olivier. Matawan était d’une haute taille, il était born discoureur, mais il excellait surtout dans la jonglerie; on raconte de lui des choses extraordinaires, surtout des prédictions qui se sont trouvées vérifiées. Il nourut moins de deux ans après sa femme, qu'ilavait fait décider àrecevoir le baptême, après beaucoup d’instances ; sur son lit de mort, il se convertit et protesta qu’il abandonnait ses erreurs qui n'étaient que des badineries, suivant son expression.
Les Français employés aux Trois-Rivières en 1636,nous sont à pen près tous connus. C'étaient: M. Adrien Duchesne, chirurgien de l'habitation, venu en Canada vers l’année 1616. IL était de Dieppe en Normandie, et oncle de Charles Le Moine, de la même ville, dont la postérité s’est couverte de gloire dans la Nouvelle-France. A la prise du pays par les Anglais, Duchesne était encore à Québec avec sa femme, et y resta; en 1646, il retourna aux Trois-Rivières en qualite d’interprète. 11 paraîtavoir été le premier possesseur d’une partie des plaines d’Abraham, près de Québec, où se décidèrent, en 1759, les dastinées de la France dans le Canada.
Robert Hache était serviteur des Pères Jésuites des Trois-Rivières ; le P. Le Jeune dit de lui: C’est un bon enfant que les grosses besognes découragentet qui n’a ni le courage ni les forces pour les travaux du Canada ; il serait tenté de demander de s’en retourner en France, mais la crainte d’un refus le retient. Ila bonne volonté. ? Il resta au service des Religieux, et fut envoyé plus tard à Sillery, où nous le retrouvons en 1645.
François de Ré, (il signait Derré) appelé M. Gand, commis-général des vivres aux Trois-Rivières, l’un des
1 Relation, 1636, p. 57-65.
? Premières Missions des Jésuiles, n. 134.
employés les plus actifs de ce temps, voyageait entre les Trois-Rivières et Québec. I1 donna le terrain sur lequel les Jésuites établirent la mission de Sillery. A sa mort, arrivée en 1641, il était réputé l’un des bienfaiteurs des missions de la Nouvelle-France.
Jean Rousseau, qui fut tué accidentellement sept ans plus tard, aux Trois-Rivières, par une bombarde.
Jean-Paul Godefroy, commis de la traite ; Jean de Launay, aussi commis de la traite ; Jean Nicollet, interprète et commis ; M de la Treille, commis ; Nicolas Courson, aide chirurgien ; Jean Dorival, maître-valet du fort; et Jean Alaume, boulanger du fort, complétaient le peronnel connu desemployés français aux Trois-Rivières, en 1636.