CHAPITRE VIl
SOMMAIRE.—Familles de Godefroy, Le Neuf, Pepin, Lafont, Dodier Isabelle, Sauvaget, et Hertel, premiers colons des Trois-Rivières
La première famille qui mérite, à tous égards, de figurer dans l’histoire des Trois-Rivières est celle de Godefroy.
Thomas Godefroy dit de Normanville, né au village de Lintot, pays ou commune de Caux, en Normandie, était fils de Pierre Godefroy, écuïer, et de Dame Perrette Cavelier. Il suivit Champlain au Canada, vers "année 1616, avec son frère Jean Godefroy dit de Lintot. Anne Gocefroy, leur sœur, épousa Jean Testard dit Lafontaine et dit Laforêt, de la ville de Rouen, en Normandie ; sa descendance existe en Canada sous le nom de de Montigny. A po de 1636, les principaux événements de la vie de
homas Godefroy, tels que ses voyages chez les Attikamègues en compagnie du Père Buteux, son voyage en France avec le Père Le Jeune, ses deux captivités chez les Iroquois, ses combats et sa mort sur le bûcher, sont des faits liés étroitement à l’histoire des Trois-Rivières ; nous nous en occuperons en leur temps.
Jean Godefroy dit de Lintot, interprète renoinmé sous le gouvernement de Champlain, était frère de Thomas Godefroy dit de Normanville, et parent de Jean-Paul Godefroy de la paroisse de Saint-Nicolas des Champs de Paris, qui joua un rôle important et honorable dans les affaires de la colonie. Son nom est écrit dans les registres : M. de Tonnerre, puis, en 1649, M. de Tonnancourt, qui s’est
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transmis à une branche de sa famille par René Godefroy de Tonnancourt, son petit-fils, et à la seigneurie et paroisse de la Pointe-du-Lac. Le nom de Lintot, qui lui venait de son village natal, passa à son fils aîné, Michel ; mais dans les archives de la justice des Trois-Rivières et dans un contrat fait à Montréal, l’on voit qu’en 1652, 1662 et 1665, Jean Godefroy était encore désigné sous ce nom que portait également son fils. L’orthographe de Linctot, pour Lintot, fut adoptée vers la fin du dix-septième siècle. Jean Godefroy était interprète aux Trois-Rivières en 1635 ; iln'y a pas de doute qu'il y ait été assez souvent employé comme tel dans le cours de vingt années antérieures, mais depuis ce moment il y a passé sa vie. Le 30 avril 1636, il est qualifié de propriétaire foncier en cet endroit. Ses principales fonctions consistaient à y diriger la traite des pelleteries pour le compte de la compaguie des Gent-Associés, qui avait le monopole de ce trafic. Après la mort de M. de Champlain, il renonça à la vie aventureuse des voyages lointains. En 1638, il reçut la concession du fief Godefroy, mesurant trois quarts de lieue sur le fleuve et trois lieues de profondeur dans les terres, à l'exclusion du petit lac Saint Paul et de la rivière de ce nom, qui le séparent du côté du nord-ouest de la seigneurie de Bécancour. Ce fief futaugmenté de 50 arpents de front en remontant le fleuve jusqu'à la seigneurie de Nicolet. Lenom de Godefroy est resté attaché à la rivière qui sert de décharge principale au lac Saint-Paul et qui, avec la rivière Marguerie, serpente à travers ces terres, où passe aussi de nos jours le chemin de fer d’Arthabaska. En 1655, Jean Godefroy possédait un emplacement sur le terrain de la haute-ville, voisin de la maison de son frère Normanville, côté nord-ouest de la rue Saint-Pierre, entre les rues des Champs et Bonaventure. Jean Godefroy est, sans contredit, l’un des colons qui contribuèrent le plus
. efficacement à donner de l'importance au premier établis
sement des Trois-Rivières. Par ses rapports &vec la puissante compagnie des Cent-Associé, par les défrichements qu'il fit aussitôt après la fondation du fort, et surtout par son alliance avec la famille Le Neuf, il devint l’un des principaux fondateurs de la ville. En 1636, il passa en France, et y épousa mademoiselle Marie Le Neuf du Hérisson, âgée de 24 ans,et dont le père et l’oncle vinrent s'établir avec elle aux Trois-Rivières. Godefroy con tinua à s'occuper de la traite et à rendre des services au pays, tandis que son frère, plus jeune que lui, était généralement envoyé dans les expéditions où son expérience et son courage reconnu le rendaient indispensable. Dv
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mariage de Jean Godefroy et de Marie Le Neuf sont nés plusieurs enfants qui, selon la coutume du temps, prirent chacun un surnom :
Michel de Lintot, le premier enfant blanc, né etenregistré aux Trois-Rivières, fut baptisé le mercredi, 21 octobre 1637, et eut pour parrain et marraine monsieur Michel Le Neuf du Hérisson, son grand-père, et mame du Hérisson, sa grand-mère. Il épousa, en 1665, mademoiselle Perrine Picoté de Bélestre, âgée de 20 ans, sœur de M. Pierre Picoté de Bélestre, amenée de France par mademoiselle Mance ei les prêtres du Séminaire de Montréal. Elle était novice à la Congrégation, ! lorsqu'elle se décida à renoncer à la vie religieuse pour se marier. Michel de Lintot demeura d'abord dans la maison de son père avec sa jeune épouse. Nous le retrouverons major des Trois- Rivières et seigneur du fief du Tort. |
Louis de Normanville, né en 1638, fut procureur-du-
: Roy et mourut dans cette charge en 1681. Il avait épousé
en 1663, Marguerite, fille d’Etienne Seigneuret, et en eut un fils : René Godefroy de Tonnancourt, né le 12 mai 1669, qui fut lieutenant-général civil et criminel de la jurisdiction des Trois-Rivières.
Jacques, baptisé le 6 mars 1641, filleul de Jacques Hertel et de madame de la Potherie, porta dans sà jeunesse le nom de Vieux-Pont.?
Jeanne, baptisée le 11 Avril 1644, filleule d'André Crosnier et de Marguerite Le Gardeur de la Potherie, entra en religion chez les dames Ursulires de Québec. Nous empruntons à l'ouvrage intitulé Les Ursulines de Québec les notes suivantes qui la concernent. ‘ Elle avait été élevée, dès l’âge de cinq ans, dans notre monastère, et messieurs ses parents nous l’avaient aonnée afin de lui procurer une éducation sainte. Dès l’âge si tendre de six ans, elle avait l'esprit brillant et fort développé, et une mémoire heureuse, ce qui fit qu'en peu de temps elle fit de grands progrès dans la doctrine sainte et autres études convenables à son âge. Elle remportait le plus souvent les prix accordés aux élèves qui montraient des disposions à l'étude. A l’époque où nos Mères furent afiligées par le premier incendie (30 décembre 1650) de leur monastère, M. Godefroy vint des Trois-Rivières, dans la plus rude saison de l’année, pour amener sa fille au sein de la famille. Dès que le monastère fut rebâti, la petite Jeanne
1 Histoire de la Colonie française. Faillon, vol. III, p. 316.
2 Registre des audiences des Trois-Rivières, 26 août 1658. :tegistre de la paroisse, 1658.
fut la première à demander à revenir, car à cette époque même, n'étant encore que dans sa huitième année, il lui fallait quelque occupation sérieuse, Vers le temps de sa première communion, Dieu lui donna une forte inclination à se faire religieuse; mais comme elle était trop jeune, ses parents, pour la divertir, l’amenèrent une seconde fois aux Trois-Rivières, où tout fut employé pour la porter à différer son pieux projet. Monseigneur de Laval, l'avant vue au pensionnat après son arrivée et ayant su qu'elle désirait se faire religieuse, l’obligea encore à vivre quelque temps au milieu de sa famille, afin d’éprouver sa vocation. Elle y fut par obéissance ; mais elle revint à Québec vers la fin du même mois, et l’on fut forcé de l’admettre enfin au monastère. Le 9 octobre suivant, elle prit l’habit religieux, ainsi que le nom de Saint François-Xavier. Cependant Monseigneur voulut prolonger ses épreuves jusqu’à ce qu’elle eût ses dix-huit ans ercomplis, et la fervente novice qui brûlait du désir de prononcer ses vœux futobligée d'attendre jusqu’au mois d’aout 1661 pour consommer son sacrifice. Depuis ce moment jusqu’à celui de sa mort, elle ne fit plus que courir dans les voies de la perfection. Employée d’abord à l'Institut, elle fut successivement dépositaire, maîtresse desnovices, etmaîtresse-générale du pensionnat. Ses vertus favorites étaient la charité et l'humilité, et elle en donna partout des exemples. Comrne elle offrait tous les jours au ciel une prière fervente pour obtenir l'humilité, le Seigneur exauçaenfin cette âme innocente en luienvoyant des sujets de sacrifice pénibles et continuels ; ayant ét6 affligée d’infirmités vers l’âge de soixante ans, le ciel permit qu’elle éprouvât aussi un affaiblissement moral dont elle s’apercevait très-bien, ce qui fut pour elle un nouveau moyen de pratiquer sa chère vertu, l'humilité. Après avoir été ainsi éprouvée par les souffrance, pendant plusieurs années, elle mourut presque subitement le 28 juin 1713, sans avoir même été jugée en danger de mort par les médecins. Elle était âgée de 70 ans, et elle en avait 52 de profession.”
Joseph de Vieux-Pont, baptisé le 20 juillet 1645, eut pour parrain M. de Montmagny, gouverneur-général. IL servit dans les troupes avec le grade de lieutenant, au détachement de la marine en Canada. C’est à lui que M. du Hérisson, son oncle, donna, en 166::,les terrains de la Banlieue, mesurant une lieue de front sur le fleuve, et cinq lieues de profondeur. La guerre des lroquois l'ayant empêché de coloniser cette seigneurie, il négligea d’accomplir les formalités qui devaient lui en assurer la posses-
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sion incontestée. En 1674, il se contenta de concéder le fief Vieux-Pont, de quinze à dix-sept arpents de front compris entre la troisième et la quatrième rivière de la Banlieue, sur uue lieue de profondeur. ! Nous aurons à parler des débats qui surgirent de ces concessions de terre. Le 21 octobre 1675, Jüseph de Vieux-Pontépousa Catherine, âgée de dix-huit ans, fille de Maurice Poulain de la Fontaine. L'un et l’autre moururent vers l’année 1700.— Leurs enfants : 10 Marguerite, née en 1676, épousa Jacques Hertel de Cournoyer et mourut en 1714 ; 20 Louis, sieur de Normanville, né en 1678, devin: officier dans les troupes, épousa en 1720 Marguerite Lemaitre, et revendiqua ies terres de la Banlieue ; 30 Catherine-Michelle, née en 1680, épousa, en1707, Jean le Maître, sieur de La Longé ; 40 Pierre, sieur de Rocquetaillade, né en 1684. Il alla demeurer au Détroit, où il épousa, en 1724, Catherine Vien, et où il mourut en 1744. Son fils eut la gloire de battre le général Washington au mois de juin 1756, près du village d’Astigné, dans la vallée de l'Ohio. * 0 Jacques, sieur de Vieux-Pont, né en 1684, officier dans les troupes, épousa, en 1719, Louise-Françoise Véron de Grandmenil, il mourut en 1724 ; sa fille Charlotte se maria en 1747 à Antoine-Claude le Proust ; 60 Jean-Baptiste, né en 1686, mort enfant; 70 Jean-Baptiste, sieur de Godeïroy, né en 1689, épousa en 1716 Jeanne Véron, sœur de Louise-Françoise ; 80 Charlotte, née en 1691, se maria en 1717, à Michel Fafard, sieur de Longval ; 90 Jeanne, née en 1696, morte en 1711.
Jean-Amador de Saint-Paul, baptisé le 18 juillet 1649, par le Père Buteux, eut pour parrain et marraine Charles- Amador de Saint-Etienne, sieur de la Tour, :. son épous. . A l’âge de 17 ans, il portait le nom de Jean-Amador dit de Tonnerre (Recensement). En 1675, il épousa Madeleine, fille de Claude Jutras, eteneut: 1oJean-Baptiste de Saint- Paul, lequel se maria, en 1726, à Madeleine, fille de Pierre Lemaitre.; 20 Barbe, qui fit alliance avec Antoine le Pelé dit Desmarets. Sa femme ‘ =nt morte vers 1680, Jean- Amador priten secondes n..ces, Françoise le Pelé dite Desmarets, qui lui donna : 50 Françoise-Michelle, 1683, marite en 1729 à Jean Boucher, sieur de Moutbrun; 40 Marie-Josephte, 1686, ; 50 Marie-Madeleine, née en 1688, mariée en 1738 à René Boucher, frère du précédent;
1 Papiers concernant la Banlieue, greffe des Trois-Rivières. Doc. de la Tenure Seig., p. 87.
2 Mémoire sur les affaires du Canada, années 1749-60, p. 80.