‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 10 sur 136 · TROISIÈME ROI DES BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME ROI DES BOURGUIGNONS

Léon le Grand , empereur d'Orient , mécontent de l'élévation de Glycérius à l'empire d'Occident , avait choisi pour le remplacer Julius Népos. Celuici, malgré la mort de son protecteur , réussit à lever une armée avec laquelle il débarqua sur les côtes d'Italie, en 474- M parvint à surprendre Glycérius; il se contenta de le dépouiller des ornements impériaux , et le fit ordonner évêque de Salone en Dalmatie.

Ce fut dans cette même année que les Visigotbs se rendirent maîtres de Clermont et de toute la province dont cette ville était la capitale.

Sidoine Apollinaire , évêque de Clermont , peignit quelque temps après les Bourguignons sous des couleurs bien différentes de celles qu'il avait employées en 4yo. Ce sont , dit-il , des ivrognes , des gourmands , des gens lourds et grossiers , grand mangeurs d'ail et d'ognons , et d'autant plus puants au ils graissent leurs cheveux avec du beurre rance.

Je n'ai cite ces différents passages d'un auteur

contemporain que pour prouver combien il faut se défier des réflexions des historiens de cette époque; car il est arrivé souvent que , comme Sidoine Apollinaire , des auteurs se sont trouvés dans des positions qui ne leur permettaient pas de s'expliquer avec franchise.

L'évêque de Clermont fesait l'éloge des Bourguignons lorsque ceux - ci réussissaient à chasser les Visigoths de l'Auvergne ; mais quand ces derniers se furent emparés du pays , le prélat crut devoir faire sa cour aux nouveaux maîtres , aux dépens des Bourguignons. C'est ainsi que nous verrons plus tard un saint évêque de Vienne faire l'apologie du fratricide. On peut croire aussi que Sidoine Apollinaire avait des motifs personnels pour haïr les Bourguignons , car il dit quelque part que les Bourguignons, le soupçonnant d'avoir favorisé les Francs, l'avaient forcé à quitter Lyon et à se retirer en Auvergne.

Cependant l'empereur Julius Népos ne s'aveuglait point sur l'ambition des Visigoths. Il nomma Oreste généralissime de toutes les troupes romaines dans les Gaules, et lui confia une armée, avec laquelle il devait défendre le territoire qui dépendait encore de l'empire; mais Oreste, au lieu de se rendre dans les Gaules, se porta à marche forcée sur Ravenne où se trouvait l'empereur , avec l'intention de s'emparer de sa personne et de le forcer à abdiquer. Julius Népos , ne se fiant pas aux

troupes qu'il avait avec lui , s échappa de Ravenne, et arriva par mer à Salone , en 47$, où il fut reçu et traité selon son rang par son prédécesseur Glycérius que lui-même avait privé de l'empire et fait ordonner évêque.

Oreste proclama empereur son propre fils , Àugustus Romulus , que les historiens du temps par dérision, ou à cause de son jeune âge , appellent Âugustulus.

L'année suivante (an 47^) ■ ^ es différents peuples barbares qui occupaient l'Italie se concertèrent pour obtenir le partage des terres avec les indigènes. Oreste se refusa à une demande qu'il considérait comme insolente ; alors les barbares se révoltèrent et choisirent pour généralissime un simple garde de l'empereur nommé Odoacre.

Oreste , n'étant point assez fort pour résister à Odoacre, se jetta dans Pavie; mais bientôt la ville fut investie, emportée d'assaut, pillée et brûlée par les barbares. Oreste, conduit devant Odoacre, fut mis à mort le 28 du mois d'août.

Odoacre se porta rapidement sur Ravenne, où se trouvaient Paul , frère d'Oreste , et l'empereur Augustule. Odoacre fit mourir Paul ; mais touché de la grande jeunesse d'Augustule , il se contenta de le dépouiller des ornements impériaux , et l'exila en Campanie où il le fit traiter avec douceur et lui assigna des revenus suffisants.

Rome se soumit sans résistance à Odoacre qui ,

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dédaignant le titre d'empereur , refusa la pourpre et les autres marques de la dignité impériale , et se fit proclamer roi d'Italie.

Ainsi finit en occident cet empire Romain dont la puissance avait pesé à diverses époques sur toutes les parties du monde alors connu. Sa durée fut de 507 ans, à compter de la bataille d'Actium.

Mes lecteurs me sauront sans doute gré d'avoir indiqué brièvement les circonstances principales de la chute d'un empire dont la ville de Vienne avait fait si long-temps partie. D'un autre côté , les trois ans écoulés entre la mort de Gondioc et l'élévation d'Odoacre ne furent remarquables dans les Gaules par aucune circonstance dont les historiens aient cru devoir conserver le souvenir.

Gondioc avait épousé une sœur du fameux Ricimer , et il en avait eu quatre fils qui , après sa mort, partagèrent ses états. Les auteurs ne donnent cependant le titre de roi qu'au seul Chilpéric; mais, d'après les meilleures autorités, Chilpéric régnait seulement sur l'ancienne province Viennoise et une partie du Lyonnais.

Gondebaudeut en tonte souveraineté la Franche- Comté, une partie du Lyonnais , et la province qui a retenu le nom de Bourgogne. Genève , la Savoie et la partie supérieure du Dauphiné recevaient les lois de Gondemart. Et enfin , Gondigésile , le plus jeune des fils de Gondioc, eut pour son lot l'Alsace et une partie de la Suisse.

a6 PRÉCIS HISTORIQUE

Ce partage fut-il la suite d'un accord entre les enfants de Gondioc , ou ne fut-il que l'exécution des volontés de ce dernier? C'est un point sur lequel les historiens sont absolument muets. Quoi qu'il en soit, l'affaiblissement des Bourguignons fut la conséquence de la division de leur territoire ; aussi voyons-nous, dans l'an 477i Euric , roi des Visigoths , s'emparer des villes d'Arles et de Marseille , malgré les efforts de Chilpéric qui fut complètement battu.

En 481 , Clovis , qui finit par régner sur tous les Francs , monta sur le trône , et ce jeune conquérant attaqua en 486 Syagrius , fils d'jEgidius , qui en 464 s'était créé une souveraineté indépendante dont Soissons était la capitale. Syagrius vaincu , chercha un refuge à Toulouse auprès d'Alaric , roi des Visigoths; ce que Clovis n'eut pas plus tôt appris qu'il envoya des ambassadeurs à Alaric pour demander que Syagrius lui fût livré , en le menaçant d'une déclaration de guerre en cas de refus.

Alaric , mu , sans doute , par des considérations étrangères à une guerre dont , à cette époque , il ne devait pas beaucoup redouter les chances , eut la bassesse de remettre son hôte entre les mains des ambassadeurs de Clovis.

Le roi des Francs confina Syagrius dans une étroite prison , et dès que Soissons fut tombé en sa puissance , il fit décapiter son prisonnier.

Tandis que les Francs et les Visigoths agrandis-

saient leur territoire en subjuguant les peuples qui avaient encore conservé leur indépendance dans les Gaules, de funestes dissensions agitaient les princes Bourguignons.

Le roi Chilpéric , après avoir fait un traité d'alliance avec son frère Gondcmart , entra à main armée dans le royaume de Gondebaud.

Celui-ci battit les troupes de ses frères , qui envoyèrent chercher des secours chez les Allemands avec lesquels ils ne tardèrent pas à reprendre a. offensive ; et quoique Gondebaud défendit ses états pied à pied, il n'en perdit pas moins toutes ses places fortes les unes après les autres. Il ne lui restait plus que la ville d'Autun , autour de laquelle il avait réuni les débris de ses armées. Il voulut tenter la fortune dans une affaire générale ; mais, complètement défait , il ne lui resta que la ressource de s'enfuir déguisé, après avoir fait répandre la nouvelle de sa mort sur le champ de bataille.

Chilpéric et Gondemart entrèrent sans difficulté dans Autun, et n'ayant plus d'adversaires à combattre , ils congédièrent les Allemands et se rendirent à Vienne pour régler entre eux le partage des états de Gondebaud.

Ce dernier, doué d'une activité remarquable et d'une force de caractère que les revers ne pouvaient abattre , sentit que n'ayant plus à sa disposition les moyens de combattre ses frères à armes égales , il ne lui restait d'autre ressource que la ruse.

Il dissémina dans les environs de Vienne un assez grand nombre de soldats échappés de la défaite d'Autun; il eut même l'art d'introduire dans la ville quelques-uns de ses affidés , et quand il eut acquis la conviction que ses frères, bien persuadés de sa mort, négligeaient toute espèce de précautions et ne songeaient qu'à se divertir , tout en préparant les bases delà division de son royaume, il pénétra tout-à-coup dans Vienne, dont il s'empara sans coup férir (art 489).

Gondemart s'était jeté dans une tour où il essaya de se défendre; mais Gondebaud l'ayant fait entourer d'une grande quantité de matières combustibles , Gondemart périt dans les flammes avec tous ceux qui s'étaient renfermés dans la tour.

Gondebaud fit trancher la tête à Chilpéric et à ses deux fils , et précipiter sa femme dans le Rhône. Il força l'aînée de ses filles à prendre le voile ; quant à la cadette, nommée Clotilde, touché de ses grâces et de sa jeunesse, il se contenta de l'envoyer à Genève , en recommandant qu'on prît le plus grand soin de son éducation.

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