QUATRIÈME ROI DES BOURG UIGXONS
Gondebaud se mit en possession des royaumes de Chilpéric et de Gondemart, sans que Gondigésile , trop faible pour se mesurer avec lui, osât demander une part dans l'héritage de ses frères.
Maître d'un vaste territoire , Gondebaud songea à augmenter sa puissance par les armes , et à se fortifier par des alliances.
Il commença par enlever aux Visigoths Arles, Marseille, et tout le pays dont ceux-ci s'étaient emparés sur la rive gauche du Rhône.
Il n'eut pas réussi aussi facilement dans cette entreprise , si les principales forces des Visigoths n'eussent été momentanément employées en Italie.
On a vu qu'Odoacre s'était fait couronner roi d'Italie. 11 se brouilla avec Zénon , empereur d'Orient, qui dès lors résolut sa perte. Il proposa à Théodoric , roi des Goths , d'aller combattre Odoacre , en lui promettant de le laisser tranquille possesseur de l'Italie , s'il parvenait à s'en emparer. Zénon trouvait dans cet arrangement la double
satisfaction de se venger d'Odoacre et de se débarrasser de la plus grande partie des Goths , dont il redoutait la puissance avec d'autant plus de raison que tout nouvellement ils avaient failli se rendre maîtres de Constantinople.
Théodoric , à qui les historiens ont donné le surnom de Grand , accepta l'offre de l'empereur : il partit pour l'Italie en 488, à la tête d'un nombre infini de combattants ; et sans entrer dans les détails des batailles qui se donnèrent dans le courant de cette année entre Odoacre et Théodoric, nous nous contenterons d'expliquer que ce dernier crut devoir appeler à son secours les Visigoths.
Les Goths qui arrivaient de l'Orient, et les Visigoths, avaient une origine commune : c'était le même peuple; ils parlaient la même langue et avaient les mêmes usages; mais pour distinguer ceux qui s etaient emparés depuis long-temps d'une partie des Gaules et de l'Espagne d'avec ceux qui, sous le grand Théodoric, se rendirent maîtres de l'Italie, on appela les premiers Visigoths et les autres Ostrogot hs.
Les Visigoths ne furent point sourds à l'appel de Théodoric; ils lui envoyèrent de puissants renforts. Ce fut à cette époque que Gondeband , après avoir fait périr ses frères , et s'être rendu maître de leurs royaumes , profita habilement des circonstances pour se remettre en possession d'Arles et de Marseille.
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Odoacre , se sentant trop faible pour résister aux forces réunies des Goths et des Visigoths , appela Gondeband à son aide. Le roi des Bourguignons partit en effet pour l'Italie en 49° j niais il existait déjà un traité secret entre lui et Théodoric : il avait été convenu que Théodoric resterait maître du pays dont Gondebaud ferait la conquête , et que ce dernier aurait pour sa part les prisonniers de guerre , les esclaves , les habitants trop pauvres pour paver une rançon , et tout le butin produit par le pillage ou les contributions , pendant la durée de la guerre.
Le roi des Bourguignons engagea son frère Gondigésile a prendre part à cette expédition.
Les deux souverains firent une puissante diversion dans la partie de l'Italie où Théodoric n'avait pas encore pénétré ; partout on les recevait comme amis , car on les croyait alliés d'Odoacre; mais partout ils commirent d'affreux ravages et des exactions de tous les genres ; ils pillèrent Turin , Pavie et toute la Ligurie , et à leur retour ils emmenèrent un si grand nombre de captifs qu'il ne resta pas assez d'habitants pour cultiver les terres. Gondebaud , pour justifier sa conduite , dit plus tard qu'il avait à se venger d'Odoacre qui l'avait trompé par une fausse alliance. On ne sait pas à quelle circonstance s'applique ce reproche.
Odoacre , accablé par le nombre de ses ennemis, s'était jeté dans Ravcnne; il y soutint un siège qui
dura trois ans. Pendant ce temps, les troupes alliées soumirent toute l'Italie.
La ville de Ravenne ne fut prise que par famine. Une mesure de froment s'y vendait six pièces d'or. Odoacre capitula le 27 février 49^, sous la condition d'avoir la vie sauve, et fut néanmoins mis à mort peu de jours après.
Théodoric se fit couronner , et fonda la dynastie des rois ostrogoths qui régnèrent jusqu'en 555 sur l'Italie , la Rhétie et la Dalmatie.
Ce prince , qui songeait à avoir des intelligences dans les Gaules , donna une de ses filles en mariage à Alaric , roi des Visigoths , et l'autre à Sigismond, l'aîné des fils de Gondebaud. Lui-même, qui était veuf, épousa Andeflède* sœur de Clovis , roi des Francs. Ainsi le grand Théodoric se trouva, dans la même année, allié avec les souverains des trois peuples qui s'étaient partagé les Gaules.
Pendant que ces différents mariages se célébraient, Gondebaud était loin de prévoir qu'il s'en préparait un quatrième qui causerait un jour la ruine de sa famille.
On se rappelle que le roi de Bourgogne avait fait conduire à Genève sa nièce Clotilde ; son éducation avait été confiée à des personnes qui l'avaient élevée dans les principes de la religion chrétienne orthodoxe.
Aussi dissimulée qu'ambitieuse et vindicative , elle paraissait sensible aux soins de son oncle ,
tandis qu'au fond du cœur elle le détestait comme le bourreau de sa famille.
Clovis , roi des Francs , avait entendu parler de la fin tragique de Chilpéric dont la fille passait pour une des plus belles princesses de son temps. Le jeune souverain pressentait qu'en épousant Glotilde il aurait un jour l'occasion de faire valoir les droits de sa femme sur l'héritage de son père ; mais il songeait en même temps que Gondebaud apporterait des obstacles à une union sur le danger de laquelle il ne s'aveuglerait pas. Le point qui lui parut le plus important , avant de hasarder aucune démarche ostensible , fut de s'assurer des dispositions de la jeune princesse.
Il profita du moment où Gondebaud était en Italie , comme auxiliaire de Théodoric , pour envoyer à Genève un de ses confidents nommé Aurélien , qui , déguisé en mendiant , eut plusieurs entrevues secrètes avec Clotilde. Elle accepta le denier et l'anneau qu'il lui présenta de la part de Clovis comme les gages de l'amour de ce prince , et elle jura de l'épouser, si Gondebaud consentait à son mariage.
Toute cette intrigue fut couverte du mystère le plus impénétrable. Gondebaud ne songeait point à se défier d'une jeune fille qui paraissait simple et timide , lorsqu'à son retour d'Italie il reçut une grande ambassade de Clovis qui lui demandait sa nièce en mariage.
Quoique cette demande eût lieu de le surprendre, Gondebaud prévit, dos L'instant où elle lui fut faile, toutes les conséquences qu'elle pourrait avoir par la suite. Son premier mouvement fut de refuser Clotilde en prétextant la différence des religions ; mais Aurélien , qui était a la lête de l'ambassade , répondit que son maître avait la ferme intention de se faire baptiser incessamment. Il eut l'adresse , tout en fesant rémunération des forces de Clovis , de donner à entendre que ce prince était trop fier pour digérer tranquillement un affront.
Le roi des Bourguignons n'était pas sans inquiétude sur les Visigoths qui , d'un moment à l'autre , pouvaient faire une tentative sur la Basse -Provence dont il s'était remis en possession depuis peu. 11 avait confié le commandement de cette partie de ses états à Arédius , son principal ministre et le meilleur de ses amis , et les rapports de celui-ci sur les dispositions des Visigoths n'indiquaient pas des intentions bien pacifiques. Il était donc naturel que Gondebaud, dans de pareilles circonstances, évitât de se brouiller avec le roi des Francs .
D'un autre côté, son frère Gondigésile, à qui il venait de céder Genève et son territoire , avec une partie des prisonniers, des esclaves et du butin fait en Italie, le pressait vivement de conclure le mariage de leur nièce avec Clovis. Soit que Gondigésile eût été vaincu par les sollicitations de Clotilde , soit
qu'il se fut laissé séduire par le roi des Francs , il ne cessait de faire valoir les avantages qui , selon lui , devaient résulter pour les Bourguignons d'une telle alliance.
Enfin Gondebaud , poussé dans ses derniers retranchements , se laissa surprendre plutôt qu'il ne donna son consentement. Clotilde pressa vivement les préparatifs de son départ, et à peine était-elle en route, qu'Arédius , informé du motif de l'ambassade de Glovis, quitta son gouvernement de la Basse-Provence, et accourut auprès de Gondebaud. 11 lui représenta si vivement les conséquences presqu'inévitables d'une union à laquelle le roi des Bourguignons n'avait consenti qu'à regret, que celui-ci se décida , quelles que pussent en être les suites , à faire ramener sa nièce qu'il supposait voyager à petites journées.
Mais Clotilde , à qui les hésitations de son oncle n'avaient pu échapper, et qui redoutait avec raison un changement dans ses volontés, avait, dès le premier jour du voyage, abandonné sa voiture , ses équipages et les riches présents dont ils étaient chargés. Montée sur un cheval vigoureux, elle avait fait la plus extrême diligence; aussi ceux qui étaient envoyés à sa poursuite ne purent atteindre què les charriots à qui ils firent rebrousser chemin.
Quand Clotilde se trouva sur l'extrême frontière du royaume de Bourgogne , et qu'elle eut à sa disposition l'escorte que Clovis avait envoyée à sa ren-
contre, elle résolut de manifester d'une manière éclatante la haine si long-temps comprimée qu'elle portait à Gondebaud. Elle exigea qu'Aurélien fit incendier douze villages , et ce fut à la lueur des flammes quelle adressa publiquement des actions de grâces à Dieu qui lui permettait ce commencement de vengeance contre le bourreau de sa famille.
Le moine Aymoin nous apprend que le mariage de Clotilde avec Clovis fut célébré avec beaucoup de pompe à Soissons en 49$.
Clovis, pour témoigner sa reconnaissance à Aurélien, lui donna le château de Melun.
Dès l'année 49$ , le roi des Francs envoya une ambassade au roi des Bourguignons pour réclamer tout ce qui appartenait à sa femme Clotilde. On peut juger par la réponse de Gondebaud que ces répétitions étaient fort considérables, puisqu'il dit aux ambassadeurs : « Pourquoi votre maître ne me « demande-t-il pas la totalité de mon royaume ? »
11 est à présumer que le grand Théodoric , roi des Ostrogolhs , intervint dans ces démêlés, et que ce fut par sa médiation qu'on traita à l'amiable. Gondebaud remit aux ambassadeurs de Clovis tous les présents qui avaient été destinés à Clotilde , et il y joignit une partie des trésors de son père Chilpéric. Ce fut ainsi que cette affaire fut momentanément assoupie.
Théodoric avait envoyé en ambassade au roi
des Bourguignons saint Épiphane, évêque de Pavie , pour offrir la rançon des prisonniers , des esclaves et des habitants que Gondebaud avait amenés dans ses états , lors de son expédition en Italie.
Saint Epiphane fut parfaitement secondé par saint Avite , évêque de Vienne , et Gondebaud se conduisit noblement dans cette circonstance. Il rendit, sans rien exiger , tous les esclaves et les habitants pauvres qui , n'ayant pu se racheter, avaient été réduits en esclavage. Dans ce nombre il y avait six mille femmes. Quant aux prisonniers de guerre qui , conformément à l'usage , avaient été distribués entre les soldats , le roi des Bourguignons fixa la rançon de chacun d'eux à un prix si modéré que tous recouvrèrent leur liberté, grâce aux sommes apportées par saint Epiphane , et aux dons particuliers de saint Avite e t d'une dame fort riche, nommée Syagria.
L'ambassadeur de Théodoric réussit aussi bien auprès de Gondigésile qui suivit en tout l'exemple de son frère.
Si Clovis n'avait pas donné plus de suite à ses projets contre Gondebaud, c'est que lui-même ne tarda pas à être en guerre avec des Allemands qui avaient traversé le Rhin et commettaient de grands dégâts dans les environs de Cologne. Cette ville appartenait alors à Sigebert, roi des Francs qui occupaient la seconde Germanie. Ce prince, ne se
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croyant pas assez fort pour résister aux Allemands , avait appelé Clovis à son secours : les deux rois , ayant réuni leurs forces , livrèrent bataille aux Allemands (an 496) , près d'un lieu nommé Tolbiac , à douze milles environ de Cologne. Le combat fut soutenu de part et d'autre avec le plus grand acharnement; les Francs furent enfoncés sur plusieurs points ; le roi Sigcbert fut même obligé d'abandonner la mêlée , ayant été grièvement blessé. Dans cette extrémité , Clovis se rappelant les promesses qu'il avait faites plusieurs fois à Clotilde de renoncer à l'idolâtrie jura de n'en pas retarder plus long-temps l'exécution , s'il revenait vainqueur.
Le roi des Francs , après avoir triomphé des Allemands et les avoir poursuivis assez long-temps, tint fidèlement sa "parole. Instruit par saint Remi , évêque de Reims , il fut baptisé avec un grand nombre des principaux personnages de sa cour.
Les Gaulois proprement dits et les Romains qui s'étaient fixés parmi eux, profcssaientla religion chrétienne orthodoxe. Les Visigoths et les Bourguignons avaient embrassé le schisme d'Arius j il est même à remarquer que les Visigoths, moins tolérants que les Bourguignons, persécutaient les orthodoxes. Ce fut donc avec une satisfaction mêlée d'enthousiasme que les Gaulois apprirent la conversion de Clovis , et son admission dans le sein de l'Eglise orthodoxe. Les évêquës surtout virent dans ce prince un pro-
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tecteur assuré , et dès lors ils souhaitèrent au fond de leurs cœurs qu'il étendit sa domination sur la généralité des Gaules.
Saint A vite, évêquede Vienne, ne fut pas des derniers à complimenter Clovis. Il lui mandait dans une lettre : « Nous prendrons grande part à vos « succès , et, quand vous triompherez, nous croi- « rons avoir remporté une victoire. »
Pendant ce temps, Anastase , empereur d'Orient, qui avait succédé à Zénon , songeait à faire revivre l'empire romain tel qu'il avait existé sous Théodose le Grand, et ses regards se portaient principalement sur l'Italie occupée par les Ostrogoths; ses projets d'agrandissement n'étaient pas tellement secrets qu'on n'en eût quelque soupçon dans les Gaules.
Gondebaud avait plus d'une raison de se défier du roi des Francs. Les Visigoths , dont une partie de ses états n'était séparée que par le Rhône, lui inspiraient de vives inquiétudes , et l'ambition de Théodoric, roi des Ostrogoths, n'avait pu lui échapper. Redoutant presque également ses trois voisins, le roi des Bourguignons songea à s'allier avec l'empereur Anastase , et il lui envoya une ambassade.
Plus tranquille, après celte démarche, Gondebaud s'occupa à discipliner les Bourguignons et à établir leurs rapports avec les peuples au milieu desquels ils s'étaient fixés. Il réunit dans un seul code les coutumes des anciens Germains, celles qui déjà étaient établies chez les Bourguignons , et quel-
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qnes lambeaux des lois romaines qu'il crut pouvoir approprier aux besoins et aux mœurs de ses sujets. Ce recueil , dont nous dirons quelques mots dans la suite , ne parut qu'à une époque plus reculée ; il nous suffira d'expliquer qu'à peu près dans le même temps les Francs et les Visigoths posaient aussi les bases de leurs législations, si toutefois on peut donner ce nom à des compilations informes dont l'objet principal était de consacrer l'esclavage et la domination du plus fort sur le plus faible.
Les évêques orthodoxes qui vivaient dans les pays occupés par les Visigoths , persécutés par le roi Alaric, agissaient sourdement auprès de Clovis pour qu'il tentât la conquête du pays , et lui promettaient non seulement leur assistance, mais encore celle des habitants , qui , selon eux, gémissaient sous le joug de leur oppresseur. Le roi des Francs était fortement tenté de profiter des avances qui lui étaient faites , et de s'emparer des belles provinces qu'occupaient les Visigoths; mais il craignait de mécontenter Théodoric , roi d'Italie , et d'avoir à combattre à la fois les Visigoths et les Ostrogothts.
Les évêques orthodoxes du royaume de Bourgogne enviaient le sort de leurs collègues que le roi des Francs , à peine chrétien , commençait à combler de grâces , de richesses , de prérogatives et d'honneurs; cependant , comme ils n'éprouvaient aucune vexation, ils se contentèrent assez long-temps d'agir
auprès de Gondebaud pour qu'il renonçât à l'arianisme. Le roi de Bourgogne assista à plusieurs des conférences qui furent tenues, non loin de Lyon, entre les évêques ariens et les orthodoxes ; mais ces conférences étaient toujours rompues au moment où ces derniers se croyaient sûrs de la victoire. Ils finirent par comprendre qu'ils étaient joués , et se décidèrent à attendre le moment favorable ou pour décider Gondebaud à se prononcer tout-à-fait en leur faveur , ou pour le perdre.
D'autres évêques, plus rapprochés des frontières des Francs , agissaient dans l'intérêt de Clovis , presque à découvert. Ce fut ainsi qu'Apruncule , évêque de Langres , après avoir préparé son diocèse à un changement de maître , se rendit à Dijon dans l'intention de disposer également les habitants à se prononcer pour le roi des Francs; mais ses menées ayant été découvertes , il échappa à la punition qu'il avait méritée en se fesant descendre pendant la nuit des murs de Ja ville dans les fossés.
Non seulement les évêques , mais toutes les personnes mécontentes du roi de Bourgogne , trouvaient un asyle assuré à la cour de Clovis. Gondebaud s'en plaignit à saint Avite, évêque de Vienne, qui lui dit : « Dieu suscite souvent des ennemis « dangereux à ceux qui ne suivent pas sa loi. Reve- « nez à lui avec votre peuple , et il se déclarera «■ pour vous. »
ce Quoi , lui répondit le roi, parce que je n'adore
« pas trois dieux , vous prétendez que je ne suis « pas la véritable religion! Cependant je n'ai lu « nulle part dans l'Écriture qu'il y eût plus d'un « Dieu , etc. »
Toutes ces querelles religieuses se terminaient par des signes réciproques de mécontentement ; mais on peut dire , à la louange de Gondebaud , que jamais il n'abusa de sa puissance pour persécuter les orthodoxes. On a vu que sa nièce avait été élevée dans les principes de l'Église romaine. Il n'empêcha pas même que Sigismond , son fils aîné , fût catéchisé parles catholiques; mais, quant à lui, sans s'expliquer d'une manière précise , il se contenta d'annonces l'intention d'examiner plus à fond les difficultés théologiques qui lui étaient soumises , dans un moment où ses ennemis du dehors lui laisseraient une entière tranquillité.
Effectivement, Gondebaud, informé que Clovis , roi des Francs, fesait des armements extraordinaires, craignait avec raison qu'ils ne fussent dirigés plutôt contre lui que contre Alaric, roi des Visigoths , quoiqu'on cherchât à lui donner le change.
Théodoric , roi des Ostrogoths, armait de son côté en Italie; en conséquence, les Bourguignons et les Visigoths durent nécessairement se préparer aux événements. Gondebaud écrivit à son frère Gondigésile pour réclamer son assistance dans le cas ou il serait attaqué. Gondigésile lui répondit
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avec une brièveté remarquable : «J'assemblerai mes « troupes et j'irai à votre secours. »
Tous ces mouvements étaient le résultat de la haine implacable que Clotilde , reine des Francs , avait vouée à son oncle Gondebaud. Aussi adroite que vindicative , elle avait engagé son mari à ajourner ses projets contre les Visigoths ; il s'y était même décidé par la crainte de mécontenter son beau-frère Théodoric, et le même sentiment l'empêchait seul de se rendre au désir de Clotilde ; car si Théodoric était le beau-père d'Alaric , il était également le beau-père de Sigismond. Ainsi il y avait un danger égal d'attirer sur soi les armes de Théodoric en attaquant les Bourguignons , ou les Visigoths.
Quand Clotilde connut la cause des hésitations de son mari, elle trouva le moyen de la faire disparaître. A force de soins et d intrigues, elle se procura une copie du traité d'alliance entre Gondebaud et l'empereur Anastase. Elle en fit donner communication par des émissaires secrets à Théodoric , qui fut réellement indigné de ce qu'il appelait la perfidie de Gondebaud.
Théodoric fut donc naturellement amené à consentir un traité d'alliance avec Clovis contre les Bourguignons. Il fut décidé qu'à une époque donnée le roi des Ostrogoths passerait les Alpes à la tête d'une armée , tandis que le roi des Francs attaquerait Gondebaud du côté de Dijon. Une des condi-
tions de ce traité , signé en 499 » P orla ^ q ue ce ^ u i qui n'entrerait pas en campagne au moment convenu paierait les frais de l'armement.
Clotilde , qui était l'ame de la coalition , y fit entrer un autre personnage bien plus dangereux pour Gondebaud : c'était son propre frère Gondigésile. Soit que celui-ci crut devoir venger la mort de ses frères, Chilpéric et Gondemart; soit qu'il eût des motifs de mécontentement contre Gondebaud ; soit enfin qu'il se fût laissé séduire par la promesse d'une augmentation de son apanage, il n'en est pas moins vrai qu'il entra dans la confédération secrète dont le but avoué était de détrôner son frère.
Au printemps de l'an 5oo , époque convenue d'avance , Clovis pénétra à main armée dans la Bourgogne. Gondebaud s'empressa d'en donner avis à Goudigésile ; tous les deux se portèrent à marches forcées sur Dijon où ils arrivèrent avant que la place ne fût investie par les Francs.
Une bataille générale ne tarda pas à se donner à une lieue de Dijon, dans un vallon assez étroit, où coule la rivière d'Ouche. Gondebaud voulait prendre une position plus avantageuse dans la plaine , tout-à-fait sous les murs de Dijon; mais il s'était rendu à l'opinion émise par Gondigésile que le vallon serait plus convenable , parce qu'il serait impossible w aux Francs d'y développer toutes leurs forces.
Dans le moment où le combat e'tait le plus acharné, Gondige'sile, dont les troupes formaient l'aile gauche des Bourguignons, se joignit tout-à-coup aux Francs , et tomba brusquement sur le flanc de l'armée de son frère. Cette trahison inattendue produisit tout son effet. La victoire de Clovis et de Gondigésile fut complète; l'armée des Bourguignons se dispersa à la course , et Gondebaud , craignant de tomber entre les mains de ses ennemis, prit la fuite , et se sauva jusqu'à Avignon où commandait ce même Aridius son confident et son ami , qui s'était opposé, mais trop tard, au mariage de Clotilde avec Clovis.
Les armées du roi des Francs et de Gondigésile ne marchèrent d'abord qu'avec précaution ; mais , n'éprouvant nulle part de la résistance , elles arrivèrent à Vienne dont les portes leur furent ouvertes par l'influence du clergé orthodoxe et des membres du sénat viennois.
Les vainqueurs allèrent mettre le siège devant Avignon , où Gondebaud avait eu le temps de faire entrer des vivres et des troupes.
Théodoric , roi des Ostrogoths , ne se pressait pas de traverser les Alpes ; il avait appris la victoire de Clovis , et connaissant l'extrême ambition de ce prince , il était peu jaloux de lui faciliter les moyens d'accroître sa puissance. Quoique charmé que Gondebaud éprouvât une humiliation il aurait vu avec peine le royaume de Bourgogne passer sous la domi-
nation des Francs. Il attendait que les combattants se fussent mutuellement épuisés pour leur dicter les conditions d'un traité de paix dans lequel il ne se serait pas oublié.
Le siège d'Avignon était poussé avec vigueur, mais la défense était opiniâtre. Gondebaud avait intéressé à son sort Alaric , roi des Visigoths , à qui les projets de Clovis sur ses possessions dans les Gaules étaient connus. Ces deux souverains firent un traité dont les conditions restèrent secrètes. Au reste , il fallait qu'elles parussent bien dures à Gondebaud puisqu'il préféra se soumettre à celles qui lui furent imposées par Clovis.
Aridius sortit d'Avignon pour se rendre dans le camp du roi des Francs. Il obtint facilement une audience de Clovis , et tout en feignant un grand mécontentement contre Gondebaud, il ne manqua pas de faire valoir les moyens de défense que renfermait Aviguon. Il parla comme par hasard de l'alliance toute nouvelle entre Gondebaud et Alaric , et surtout il indiqua le nombre des Visigoths qui étaient en marche pour secourir Avignon. L'adroit ami du roi des Bourguignons sut inspirer à Clovis de telles inquiétudes que ce prince se montra disposé à faire la paix avec Gondebaud. Cependant , usant de l'avantage de sa position, il exigea que celui-ci payât les frais de la guerre , se soumît à un tribut annuel , et s'engageât , comme son vassal, à l'aider dans toutes ses entreprises.
Mais la plus dure de toutes les conditions fut la cession à son frère Gondigésile de la totalité de l'ancienne province viennoise pour être annexée aux états qu'il possédait déjà. La nécessité força Gonde- Laud à accepter le traité , et si comme toutes les circonstances eussent du se réunir à la fois pour ajouter à l'humiliation du roi des Bourguignons , les Visigoths, qui étaient accourus à son secours, s'emparèrent de la ville d'Arles , et refusèrent de la rendre ; et pendant ce temps, Théodoric , qui avait enfin traversé les Alpes , prit possession de Marseille et de son territoire. Clovis fit des reproches au roi des Ostrogoths , sur son arrivée tardive ; ce prince , tout en s'excusant sur le mauvais état des routes , paya au roi des Francs une forte somme , conformément à leurs conventions ; mais , pour s'indemniser, il garda le pays dont il s'était rendu maître.
Clovis , ayant levé le siège d'Avignon , reprit le chemin de ses états ; et , en passant à Vienne , où s'arrêta Gondigésile , il lui laissa cinq mille hommes pour l'aider à se mettre en possession du pays qui venait de lui être cédé.
Gondehaud , qui ne se montra jamais plus grand et plus actif qu'après une défaite, marchait, pour ainsi dire, sur les talons de Clovis. A peine le roi des Francs avait-il quitté la Bourgogne que la ville de Vienne se trouva investie par les troupes que Gondebaud avait amenées d'Avignon.
Gondigésile , quoique pris au dépourvu , pouvait se confier à la force des remparts de Vienne , qu'on considérait avec raison comme inexpugnables.
Il devait espérer que pendant la durée du siège Clovis aurait le temps de venir à son secours; mais une circonstance fâcheuse le contrariait singulièrement : c'est que, comme il ne s'attendait nullement à être assiégé , les magasins de vivres , épuisés par le passage des troupes , n'avaient point été renouvelés. Dans cette perplexité, Gondigésile se décida à chasser de la ville toutes les bouches inutiles.
Parmi les individus qui furent compris dans cette mesure se trouvait un fontainier qui connaissait parfaitement la direction d'un grand aquéduc romain amenant les eaux dans l'intérieur de la ville. Rien n'était plus facile que de l'ouvrir à une certaine distance des remparts hors de la vue des assiégés; d'en faire échapper les eaux, et d'introduire les assiégeants par ce passage. Gondebaud , à qui le fontainier en fit la proposition, trouva ce projet exécutable. Des hommes munis de. pinces et de leviers pour soulever un des regards de l'aquéduc , dans l'intérieur de la ville, furent dirigés par le fontainier , et suivis d'un bon nombre de soldats d élite. Gondebaud s'approcha de la ville avec grand bruit, ce qui engagea les assiégés à se porter sur les remparts pour défendre les points qui paraissaient menacés. L'entreprise du fontainier fut couronnée d'un plein succès : les soldats , sortis de
l'aquéduc par un des regards s'emparèrent d une des portes , et à l'instant même toute l'armée de Gondebaud s'introduisit dans la ville, qui fut saccagée et mise au pillage pour avoir ouvert ses portes à Clovis.
Les sénateurs et les principaux habitants , de qui Gondebaud croyait avoir à se plaindre , furent massacrés , et leurs maisons incendiées.
Gondigésile et sa femme se réfugièrent dans un temple arien ; niais cet asyle ne fut pas respecté : ils y furent égorgés avec les Bourguignons qui les défendaient.
Au milieu de ces scènes de carnage , Gondebaud donna l'ordre d'épargner les Francs qui occupaient encore une partie des remparts. Ils mirent bas les armes, et furent faits prisonniers. Peu de temps après, Gondebaud les envoya à Alaric , roi des Yisigoths , dans l'espérance que celui-ci lui rendrait Ja ville d'Arles.
Saint Avite, évêque de Vienne, ne se trouvait pas dans celte ville au moment où elle fut saccagée. Il craignait avec quelque raison d'avoir indisposé le roi des Bourguignons, à qui il avait dit peu de temps avant l'invasion des Francs : Faites-vous catholique y et votre paix est faite demain. Aussi, dès qu'il connut la catastrophe de Vienne , il écrivit à Gondebaud :
« Lorsqu' autrefois vous pleuriez la mort de vos « frères , vous étiez loin de songer que cet événe-
5o PRÉCIS HISTORIQUE
« ment devait assurer le bonheur de vos peuples. m Que dirai- je de votre dernier frère qui a eu la perce fidie de combattre contre vous ? Ne suffit-il pas « que vous restiez à la tête de la nation ; et la dimi- « nntion du nombre des princes de la famille royale « n'est-elle pas un bonheur pour l'état, qu'elle prête serve de dissensions funestes au repos des habite tants? » (Alcimi Aviti ep. 5.)
Gondebaud perdit à la vérité la Basse-Provence mais il n éprouva aucune difficulté à se mettre en possession de tout ce qui avait été l'apanage de Gondigésile et de ce qu'il lui avait cédé plus tard.
Ainsi la coalition organisée avec tant de peines , de mystères et de soins par Clotilde ne servit qu'à rendre Gondebaud plus puissant que jamais. La colère de cette vindicative princesse fut à son comble lorsqu'elle apprit ce qui s'était passé à Vienne. Cependant ses efforts auprès de Clovis furent inutiles, et non seulement le roi des Francs et celui des Bourguignons vécurent en paix, mais il intervint entre eux des traités d'alliance dont nous aurons bientôt occasion de parler.
Les évêques orthodoxes ne furent point étrangers à la bonne intelligence qui régna entre les deux souverains. Ceux du royaume de Bourgogne espéraient toujours que Gondebaud renoncerait à l'arianisme; de nouvelles conférences furent en effet entamées ; le roi de Bourgogne , fidèle à son système de temporisation , paraissait prêta se décider,
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mais il exigeait que les évêques fissent tous leurs efforts pour maintenir l'harmonie entre luietClovis, à qui il promettait en même temps d'exécuter fidèlement le traité d'Avignon.
Quelques évêques ne furent point dupes des hésitations de Gondehaud. Ils comprirent qu'ils n'étaient que des instruments dont il se servait pour empêcher une rupture entre lui et le roi des Francs. Ils voulurent dicter des conditions et déterminer le délai dans lequel Gondehaud accomplirait enfin ses promesses ; mais celui-ci , irrité de ces prétentions , les chassa de leurs sièges , et , par cette mesure de fermeté, comprima ceux qui songeaient à les imiter. En général , les mécontents et les exilés étaient assurés de trouver un asyle auprès de la reine Clotilde.
Gondehaud , en paix avec ses voisins , mit la dernière main aux lois qu'il voulait donner à ses peuples. Elles éprouvèrent quelques modifications sous le règne suivant » mais le code qui les comprend toutes est connu des jurisconsultes sous le nom de Lois Gombettes.
Les titres qui règlent les formalités du mariage, les droits des époux, des pupilles et des mineurs, ceux qui concernent les testaments , le mode de partage des successions , les donations , les ventes et les successions , sont extraits en grande partie des lois romaines.
La démarcation entre les différentes classes de la société est étahlie par le prix du sang.
Ainsi celui qui , par imprudence , luait un noble, payait trois cents sols d'or.
L'homme d'une naissance et d'une fortune médiocre était évalué deux cents sols d'or.
Celui de la plus basse classe , cent cinquante.
Le serf, trente.
L'esclave, Je prix courant.
Ainsi la vie d'un noble était estimée deux fois plus que celle d'un manant et dix fois plus que celle d'un serf.
L homicide volontaire était puni de mort, mais il était facile à l'homme puissant de faire passer pour une imprudence ce qui était réellement une vengeance, et de se racheter en payant la somme tarifée
Les simples blessures étaient également taxées , toujours en prenant pour base la condition de Thonime blessé.
Le principe général était la loi du Talion; ainsi l'homme libre qui crevait un oeil à un autre homme libre devait souffrir qu'on lui arrachât un œil , sauf à se racheter en prouvant que la blessure était la suite d'un accident. Dans ce cas, l'œil d'un noble était estimé soixante et dix sols d'or , celui d'un bourgeois, cinquante, et celui d'un manant, trentecinq.
Chaque genre de blessure était tarifé : la blessure au visage était évaluée an triple de celle cachée sous les habits.
Cependant la loi tendait à prévenir les rixes. Celui qui en saisissait un autre par les cheveux , avec une seule main, payait deux sols. L'amende était double s'il s'était servi des deux mains.
Celui qui tirait l'épée sans permission payait une amende de douze sols , quoiqu'il n'eût blessé ni frappé personne; mais on va voir par le texte d'une loi que cette permission s'accordait très facilement, et que presque tous les procès devaient se terminer à la pointe de l'épée.
« Ayant suffisamment reconnu que plusieurs « de nos sujets se laissaient corrompre par l'avarice « ou emporter par, leur obstination , jusqu'à offrir a d'attester par serment ce qu'ils ignorent , et « même jusqu'à faire des serments contre leur a conscience , nous ordonnons , pour empêcher le <c cours de tant d'abus , que lorsque des Bourgui- « gnons seront en procès, et que le défendeur aura « juré qu'il ne doit point ce qu'on lui demande , « ou qu'il n'a pas commis le délit pour lequel il est a poursuivi, et que le demandeur offrira d'un côté « de prouver les armes à la main la vérité de ce u qu'il avance, tandis que le défendeur , d'un autre « côté , acceptera le défi, il leur soit permis de se « battre l'un contre l'autre. Nous ordonnons la même a chose concernant les témoins qui seront produits a par l'une et par l'autre partie , étant juste que « ceux qui se donnent pour savoir la vérité soient ce disposés à la soutenir avec la pointe de leur épée,
(c et qu'ils ne craignent point de la défendre dans a le Jugement de Dieu. Si le témoin du déniante deur est tué, tous les témoins qui auront déposé ce la même chose que lui seront condamnés chacun « à une peine pécuniaire de trois cents sols d'or, « pavahles sans délai. Au cas que le défendeur soit « vaincu, il sera pris sur ses biens, à titre d'in- « demnité pour le demandeur , une somme neuf a fois aussi forte que s'il fut tombé d'accord de « la vérité. Donné à Lyon , le 27 juin , sous le « consulat d'Aviennus , c'est-à-dire en Tan 5oa.
Il esta remarquer que cette loi, dans son origine , ne concernait que les Bourguignons ; car les Romains , c'est à dire les anciens habitants du pays, ne pouvaient être jugés que par leurs compatriotes; et si une cause intéressait à la fois un Bourguignon et un Romain , le tribunal devenait mixte, en ce sens qu'il se composait de juges des deux nations ; mais à mesure que les ténèbres de l'ignorance couvrirent de leur voile les vaincus et les vainqueurs , on recourut , dans toutes les causes , au jugement de Dieu, c'est-à-dire à son épée.
On finit par regarder comme un article de foi que le sort des armes étant entre les mains de Dieu y il ne devait accorder la victoire qu'à celui qui avait raison. Telle fut l'origine des fameux jugements de Dieu et des épreuves barbares ou ridicules auxquelles on soumettait les accusés dans les siècles suivants.
SUIl LES BOURGUIGNONS. 55
C'est encore à cette loi qu'on doit attribuer la fureur des duels ou combats singuliers , qui , loin d'être autorisés par la religion, ne se rattachent qu'à des idées de férocité et de vengeance.
A peine fut-elle publiée, que saint Avite, évêque de Vienne, remontra au roi Gondebaud, dans une lettre pleine de sens et de logique , toute l'absurdité et l'injustice d une pareille loi; mais ses efforts furent inutiles et ne purent convertir un peuple habitué à croire que le vaincu seul était coupable.
On trouve dans les lois Gambettes une multitude de précautions contre les esclaves et les serfs. Ces derniers étaient attachés au sol , et formaient une partie du cheptel. Les esclaves se vendaient comme une chose mobilière , et les serfs ne pouvaient être vendus qu'avec la propriété.
Le serf et l'esclave ne pouvaient être coiffés de la même manière que l'homme libre; les cheveux de l'esclave étaient longs quand ceux de l'homme libre étaient courts, et vice versa. La mode suivie par les hommes libres déterminait la coupe des cheveux de l'esclave et du serf.
Celui qui favorisait la fuite d'un esclave , en lui donnant du pain , ou en lui facilitant le passage d'une rivière, en payait le prix, s'il ne pouvait le représenter, et on lui coupait le poing , s'il avait recommandé par écrit l'esclave fugitif.
Si un esclave commettait un vol , il était puni de mort, et son maître payait la chose volée.
56 l'RECIS historique
On ne pouvait contracter valablement ni avec des serfs , ni avec des esclaves , à moins qu'ils ne fussent employés par leurs maîtres à un trafic quelconque.
Les maîtres pouvaient affranchir leurs esclaves par un acte écrit en présence do cinq personnes, ou par une déclaration verbale en présence de sept témoins.
L'affranchi, en cas d'ingratitude, rentrait sous la puissance de son maître.
L'horreur pour le vol est manifestée dans plusieurs dispositions de la loi.
Celui qui dérobait la clochette attachée au cou d'un cheval , d'un bœuf ou de quelque autre animal domestique , devait payer la valeur de l'animal .
Celui qui tuait un chien payait un sol au maître, tandis que celui qui le volait était condamné à cinq sols.
Le vol d'un épervier entraînait une condamnation de six sols au profit du maître , et une amende de deux sols; ce qui prouve que cet oiseau, ordinairement dressé pour la chasse, avait alors plus de prix que le chien.
La loi favorisait l'agriculture. Une disposition défendait la saisie des bestiaux et des instruments destinés à la culture des terres.
Il paraît que les Bourguignons, semblables aux anciens Allobroges , fesaient grand cas de l'hospitalité , car l'exercice en est souvent recommandé par la loi, comme une des plus grandes vertus.
Les Juifs étaient traités avec la plus grande dureté. Celui qui frappait un chrétien avait le poing coupé , à moins qu'il ne payât soixante et quinze sols; mais si le chrétien frappé était un prêtre, il n'y avait point de rachat; le juif était supplicié et ses hiens confisqués. Cette dernière disposition ne fut ajoutée que sous le règne de Sigismond.
Enfin les lois de Gondebaud contiennent des articles contre les juges eux-mêmes :
Le magistrat qui prononçait contre la loi payait une amende de trente-six sols ; un retard de trois mois exposait le juge à une amende de douze sols.
Telles sont les principales dispositions des lois Gombettes. Elles donnent une idée des mœurs et des usages du peuple à qui la province Viennoise avait été cédée en 438.
Tandis que Gondebaud persistait dans ses principes de tolérance en matière religieuse , Alaric , roi des Visigoths, persécutait les catholiques; aussi les évêques orthodoxes ne cessaient d'adresser des plaintes à Clovis , en le priant de les aider à secouer le joug d'un maître dont les rigueurs augmentaient tous les jours.
Clovis avait à se plaindre d' Alaric qui ne lui avait pas renvoyé les cinq mille soldats faits prisonniers, lorsque Gondebaud s'était emparé de Vienne.
Alaric , de son côlé , attribuait aux intrigues de Clovis l'esprit remuant et séditieux des évêques de son royaume. Tout nouvellement , il avait fait arrê-
ter et conduire à Toulouse l'évêque de Tours , accusé d'entretenir des intelligences avec les Francs.
Cependant , avant d'en venir à une rupture ouverte, les deux souverains eurent une entrevue dans une île de la Loire , tout près d'Amboise. Grégoire de Tours nous apprend qu' après que les deux rois eurent conféré , ils mangèrent ensemble et se retirèrent en se promettant l'un à l'autre de vivre désormais en paix et en amitié. Mais leur commune défiance était arrivée à un trop haut point pour qu'il fût permis de croire à une réconciliation sincère. D'ailleurs les armements continuèrent de part et d'autre , et il devint clair que les prétentions des deux souverains seraient incessamment décidées par la voie des armes.
Clovis rappela à Gondebaud le traité d'Avignon et les promesses qu'il lui avait faites de l'assister dans les guerres qu'il entreprendrait.
Gondebaud, qui ne pouvait pardonner à Alaric de lui avoir enlevé la ville d'Arles, se joignit volontiers à Clovis , et se rendit sur les bords de la Loire avec toutes ses troupes.
Théodoric, roi des Ostrogoths , informé de ces préparatifs , écrivit à Clovis , à Gondebaud et à Alaric. 11 leur recommanda de ne point recourir aux armes , et de soumettre la décision des difficultés qui existaient entre eux à des amis communs. L'intervention de Théodoric était naturelle , puisqu'il était, comme nous l'avous déjà expliqué ,
SUR LES BOURGUIGNONS. 5o,
beau-frère de Clovis , et beau-père d'Alaric et de Sigismond fils de Gondebaud.
Clovis et Gondebaud , bien décidés à attaquer les Visigoths , crurent devoir dissimuler leurs véritables sentiments , pour ne pas avoir à combattre un ennemi de plus. Ils amusèrent Tbéodoric par de belles promesses, et celui-ci ne sut qu'il avait été joué qu'en apprenant la bataille de Vouillé ou Vouglé, à quelques lieues de Poitiers , dans laquelle Alaric fut tué de la propre main de Clovis (an 5oj).
La mort d'Alaric fut le signal de la déroute complète des Visigoths. Le roi des Francs s'empara, presque sans coup férir, de la Touraine, du Poitou, du Limousin, du Périgord , de la Saintonge et de l'Angoumois, a l'exception de la ville forte d'Angoulême; il prit aussi la ville de Bordeaux, mais il échoua devant celle de Carcassoune , que Théodoric secourut à temps.
Pendant ce temps , Thierri , fils de Clovis et d'une concubine , fit la conquête d'Albi , du Rouergue et de l'Auvergne. Partout lesévêques orthodoxes secondèrent les Francs, ce qui rendit l'envahissement presque sans danger.
Au printemps de l'année suivante (an 5o8), Clovis se remit en campagne. Il s'empara de Toulouse , capitale du royaume des Visigoths , et de toutes les richesses qu' Alaric y avait accumulées; il vint ensuite assiéger Angoulême , qui ne résista que peu de jours.
Go PRÉCIS HISTORIQUE
Clovis , après la prise d'Angoulême , retourna dans ses élats pour y recevoir une ambassade de l'empereur Anastase , qui lui envoyait les insignes de la dignité de Patrice et de consul honoraire ; mais le véritable but de l'ambassade était d'engager le roi des Francs dans une alliance dont le résultat aurait été l'expulsion des VisigothsetdesOstrogoths des Gaules et de l'Italie.
Clovis , en quittant le théâtre de ses exploits , laissa la majeure partie de ses troupes, pour continuer, de concert avec les Bourguignons , la guerre contre les Visigoths. Aucun historien ne parle du général à qui Clovis donna le commandement de son armée, ce qui nous porte à croire qu'à dater de son départ la direction générale des opérations militaires fut confiée à Gondebaud.
Le roi des Bourguignons avait concouru jusqu'alors à l'agrandissement de Clovis; il pensa que le moment était venu de songer à ses propres intérêts et de se remettre en possession de la Basse-Provence, qui lui avait été enlevée par les Visigoths et les Ostrogoths. En conséquence , il mit le siège devant la ville d'Arles, occupée par les Visigoths. Ceuxci se défendirent vaillamment , et emprisonnèrent saint Césaire, évèque orthodoxe, accusé d'avoir envoyé un de ses parents au camp des Francs. Ils prirent ausM des mesures contre les juifs , dont la fidélité leur était devenue suspecte.
Pendant que les Visigoths cherchaient à éloigner
SUR LES BOURGUIGNONS. 6l
les assaillants de leurs murailles , le roi des Ostrogoths, qui était maître de Marseille et de son territoire , y envoya d'Italie une armée nombreuse, qui, à peine réunie , se mit en marche pour faire lever le siège d'Arles.
Une bataille se donna tout-à-fait sous les murs de la place ; les Visigoths firent une sortie qui ne contribua pas peu à la défaite des assiégeants; et , si l'on en croit Jornandès , trente mille Bourguignons ou Francs restèrent sur le champ de bataille. Le nombre des prisonniers fut considérable.
Théodoric manifesta la plus grande joie de la délivrance d'Arles. Il ordonna de donner les prisonniers comme esclaves aux habitants de la ville ; il envoya à ceux-ci des provisions de tonte nature , pour leur faire oublier les privations qu'ils avaient éprouvées pendant le siège; il fit rebâtir à ses frais les murailles qui avaient été endommagées ; enfin il exempta les Arlésiens de toute contribution pendant plusieurs années.
On voit que Théodoric agissait comme s'il eût été roi des Visigoths. Cette conduite s'explique par une circonstance qu'il est important de faire connaître.
Après la perte de la bataille de Vouillé, les Visigoths , réunis à Narbonne , voulurent donner à Alaric un successeur qui pût les défendre contre Clovis. Us jetèrent les yeux sur Gesalic , fils naturel d'Aîaric , et exclurent ainsi du trône Amalaric, son fils
légitime, en prétextant qu'il était trop jeune pour leur inspirer de la confiance.
Cependant beaucoup de Visigoths virent avec peine cette exclusion, et formèrent un parti puissant dans l'état, qui bientôt fut appuyé par Théodoric, roi des Ostrogoths. Effectivement, ce prince ne pouvait donner son approbation à une élection qui chassait son petit-fils du rang qu'il devait occuper. Aussi Théodoric ne considérait Gesalic que comme un usurpateur.
Il arriva que pendant le siège d'Arles, Gondebaud , pour faire une diversion , se présenta devant Narbonne avec un fort détachement. Il battitGesalic, qui se sauva jusqu'à Barcelonne, et perdit, par sa fuite , toute espèce d'influence dans le Languedoc, dont Théodoric se remit en possession , au nom d'Amalaric, après la levée du siège d'Arles.
Théodoric s'empara, pour son propre compte, d'Avignon et de tout le pays situé entre cette ville et Marseille, de sorte que les Visigoths n'occupèrent, comme par le passé, dans la Basse-Provence, que la ville d'Arles et son territoire.
Cependant Clovis et Gondebaud convinrent de faire les plus grands efforts pour tirer vengeance de la défaite qu'ils avaient éprouvée sous les murs d'Arles. De nouvelles armées furent levées; Avignon et tout le pays jusqu'à Arles furent conquis assez rapidement et rentrèrent sous la domination des Bourguignons ; mais Arles résista comme la pre-
niière fois. Les Ostrogoths et les Visigoths réunis battirent les Francs et les Bourguignons , et les forcèrent à lever le siège (an 5io).
L'année 5n fut remarquable par la mort de Clovis, roi des Francs , qui n'était âgé que de quarante-cinq ans , et par le partage de ses états entre ses enfants.
Thierri , dont nous avons déjà parlé , né d'une première femme ou concubine , eut la meilleure part dans la succession de son père; il prit le titre de roi de Metz.
Clodomir fut roi d'Orléans; Childebert , de Paris, et Clotaire, de Soissons. Ces trois derniers étaient fils de Clovis et de Clotilde , qui, à la mort de son mari , se retira à Tours auprès du tombeau de saint Martin.
La mort de Clovis ne suspendit pas la guerre entre les Francs et les Visigotbs , car nous voyons ceux-ci enlever aux Francs quelques places , et entre autres Rhodez. Mais enfin un traité fut consenti de part et d'autre, sous la condition que Tbéodoric conserverait tout le pays dont il s'était emparé. 11 paraît que les Bourguignons furent compris dans le traité , car une paix générale régna dans les Gaules pendant plusieurs années.
Cependant Gondcbaud, qui était parvenu à un âge avancé, songea a faire le partage de ses états entre les deux fils qu'il avait eus de la reine Carelenne , sa femme. Sigismond , l'aîné, fut son héri-
lier; Gondebaud , dans une assemblée des grands de son royaume , convoquée à Genève , déclara l'associer aux charges et honneurs de la couronne. Il le fit reconnaître pour roi, et dès cet instant il partagea avec lui le poids du gouvernement. Gondemart, le cadet, eut pour apanage la portion de la Suisse qui appartenait aux Bourguignons.
Le premier usage que fit Sigismond de son autorité fut de faire construire un superbe monastère en l'honneur de saint Maurice , à Agaune , dans le Chablais (an 5i5). Il le dota richement et y entretint un grand nombre de moines. Cette fondation prouve jusqu'à la dernière évidence qu'à cette époque , et du vivant de son père , Sigismond avait renoncé aux doctrines d'Arius. Cependant cette conversion ne devait pas être fort ancienne, puisque les enfants de Sigismond avaient été élevas dans l'hérésie d'Arius. Nous en avons pour preuve une homélie de saint Avite , évêque de Vienne , dont il ne nous reste plus que le titre : Homilia dicta in conversione Domni Segirisci, prostridie quam soror ipsius ex ariana hœrese est recepta.
Il paraît que Caretenne , femme de Gondebaud, était elle-même chrétienne orthodoxe. Adrien de Valois nous apprend qu'elle mourut sous le consulat d'Ennodius Messala (an 5o6) , dans les calendes d'Octobre, et qu'elle fut inhumée dans l'église de Saint-Michel , de Lyon , qu'elle avait fait bâtir.
Gondebaud ne survécut pas long-temps au par-
tage de ses états. Le père Pagi annonce qu'il mourut en 517; mais c'est une erreur, car Sigismond seul régnait en cette année. La chronique de Mari us s'explique ainsi sur l'époque de la mort de Gondebaud : Petro consule , rex Gondobagandus obiit. Or, le consulat de Flavius Petrus correspond à l'an 5 16, et c'est la véritable date de la mort de Gondebaud, constatée d'ailleurs par d'autres documents authentiques.
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