‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 12 sur 136 · SIGISMOND · texte numérisé non relu

SIGISMOND

CINQUIÈME nOI ntt BOl'RGl'ICNON»,

Le premier soin de Sigismond , en montant sur le trône, fut d'envoyer une ambassade à l'empereur Anastase , pour le prier de reporter sur lui l'amitié dont il avait honoré son père; mais Théodoric, roi d'Italie , alors brouillé avec l'empereur , et peu satisfait de la mission dont les députés étaient chargés , les força à rebrousser chemin.

Soit de son propre mouvement, soit qu'il eût eu vent de l'ambassade de Sigismond , Anastase lui adressa des félicitations sur son avènement au trône, avec le titre de patrice.

La réponse de Sigismond est remarquable par les sentiments de respect qu'il témoigne à l'empereur. Il commence par s'excuser d'avoir été prévenu , et il annonce à Anastase que le pays sur lequel il règne , quoique très éloigné de Constantinople , n'en est pas moins soumis à la couronne impériale. Je m'estime plus heureux^ lui dit-il, de vous obéir que de commander à ma nation ; mes

ancêtres ont toujours eu le cœur romain , et ils ont été plus honorés des4itres que leur ont accordés les empereurs que du pouvoir qu'ils avaient reçu de leur père. ...La lumière de V Orient réfléchit sur la Gaule, etc.

Cette lettre prouve que le prestige attaché au nom romain était loin d'être détruit , et que les conquérants des Gaules se considéraient toujours comme les hôtes de l'empire.

Saint Avite , évèque de Vienne , sollicita et obtint de Sigismond la permission de réunir un concile , qui se tint à Ëpaône , du 8 au 17 octobre

On a beaucoup disserté sur la véritable situation du lieu qu'on nommait alors Epaône. Charvet, auteur de l'Histoire de la sainte Eglise de Fienne, paraît avoir résolu la question ; et je pense , comme lui , que le siège du concile fut à Albon , bourg à six lieues au midi de Vienne.

On arrêta dans ce concile quarante canons, dont Charvet nous a conservé le texte.

Voici quelques-unes des mesures adoptées dans ce concile , que je considère comme les plus curieuses , sous le rapport de l'histoire ou des mœurs de cette époque.

Il était défendu d'admettre au sacerdoce celui qui s'était marié deux fois, ou qui avait épousé une veuve.

Celui qui épousait la veuve d'un prêtre ou d'un

diacre, était chassé de l'Église, ainsi que sa femme.

Inhibition était faite aux évêques, aux prêtres, aux diacres et aux clercs de faire des visites à des femmes, «à des heures indues.

Défense était faite à tout ecclésiastique et religieux d'entrer dans les monastères de filles , s'il n'était d'un âge avancé et d'une sagesse reconnue. Ceux qui allaient y dire la messe devaient en sortir aussitôt qu'ils s'étaient acquittés de leur ministère, et nul jeune clerc ou moine n'était admis auprès d'une religieuse , à moins qu'il ne fût son proche parent.

On voit i°que le mariage des prêtres était toléré, mais qu'il existait déjà une tendance à considérer le célibat comme une des vertus du sacerdoce; 2° que les plus grandes précautions étaient prises pour que la pureté des moeurs des ecclésiastiques fut à l'abri de tout soupçon.

Les évêques , prêtres et diacres ne pouvaient avoir ni chiens , ni oiseaux pour la chasse.

Il était défendu aux clercs d'intenter aucune affaire devant les tribunaux séculiers , avant d'en avoir obtenu la permission de leurs évêques ; mais ils n'avaient besoin d'aucune autorisation , si euxmêmes étaient cités, ou traduits, devant ces tribunaux.

Les personnes de distinction devaient se présenter à leurs évêques , aux fêtes de Pâques et de Noël, pour recevoir leurs bénédictions.

SUB LES BOURGUIGNONS. Gf)

Un assez grand nombre de canons n'a trait qu'à la discipline intérieure ou à l'administration des biens des églises. Le huitième défend aux abbés de donner la liberté aux serfs de leurs monastères , attendu , explique ce canon , qu'il serait injuste que , pendant que les moines travailleraient à la terre \ les serfs restassent dans l'oisiveté.

Cependant, et en même temps que le concile prenait des mesures propres à perpétuer la servitude des individus attachés à la glèbe, il cherchait à améliorer le sort des esclaves proprement dits.

Le trente-quatrième canon prononce une excommunication de deux ans contre celui qui tue un de ses esclaves sans l'intervention du juge, tandis que Ja loi civile accordait au maître droit de vie et de mort sur son esclave.

Le droit de refuge ou d'asyle dans une église était accordé à un esclave comme à tout autre individu. Il n'était rendu a son maître que lorsque celuici avait promis, sous la religion du serment , de ne point Je punir corporellement ; mais il existait une réserve à raison des cheveux , en ce sens que si l'esclave se les était coupés tandis qu'il devait les porter longs , et vice versa , l'obligation imposée par le maître à l'esclave , de laisser croître ou de faire couper ses cheveux , ne rentrait point dans la catégorie des châtiments corporels.

Les juifs ne furent pas mieux traités par les pères

du concile qu'ils ne l'étaient par la loi civile. Les laïques mêmes ne pouvaient manger chez eux , ni chez un clerc qui les aurait fréquentés.

Au surplus, le concile avait tenu en réserve une grande partie de ses foudres , qui tombèrent spécialement sur les hérétiques, et il faut entendre par cette dénomination ceux des Bourguignons qui professaient encore larianismc ; car ce ne fut que peu à peu qu'ils entrèrent tous dans le sein de l'Église orthodoxe.

La haine des pères du concile contre les ariens était telle que le trente-troisième canon défendit de se servir de leurs églises , attendu quelles ne pouvaient jamais perdre leur impureté. Ceci nous explique pourquoi nous ne trouvons aucun monument des premiers rois des Bourguignons , tandis que nous en rencontrons de plus anciens et de contemporains. Tout ce qui avait été édifié par les hérétiques fut sans doute renversé par les orthodoxes, ainsi que cela s'était déjà pratiqué à l'égard des temples des païens. Il y eut une exception en faveur des anciennes églises catholiques qui avaient été usurpées par les ariens , et qui furent rendues aux orthodoxes.

Le concile fut présidé par saint Avite, évêque de Vienne; vingt-quatre autres évêques signèrent après le président , par eux-mêmes , ou leurs délégués , savoir : ceux de Lyon , Chàlons , Vaison , Valence , Sisteron , Grenoble, Besançon, Langres , Autun ,

Octodure, (aujourd'hui Martignac), Embrun, Tarentaise , Genève , Vindisch (depuis transféré à Constance), Die, Carpentras, Gap, Orange, Saint-Paul- Trois-Châteaux , Cavaillon, Viviers, Apt, Nevers et Avignon.

La nomenclature des évèchés fait connaître quelle était à cette époque l'étendue du royaume de Bourgogne. Charvet, dans son Histoire de la sainte Église de Vienne (p. 96) , substitue à l'évêque & Avignon celui de Clermont en Auvergne, mais cet auteur a commis une erreur évidente , et la signature du prêtre qui remplaça au concile l'évêque d'Avignon , ne laisse aucun doute à ce sujet. Peladius presbyter jussu Domini Salutaris episcopi civitatis Avennicœ. Il faut croire que Charvet avait lu Arverniœ pour Avennicœ. Il est d'autant plus surprenant qu'il ne se soit pas aperçu de cette erreur , que dans les preuves de son Histoire ( p. 652) , il donne toutes les signatures des Pères du concile , et que celle de Péladius est suivie des mots jussu Domini Salutaris episc. civit Avennicœ; au reste, personne n'ignore que Clermont en Auvergne n'a jamais fait partie du royaume de Bourgogne.

Ce fut à peu près à cette époque que plus d'un village abandonna son ancien nom pour prendre ce lu i d'un saint personnage.

Les évêques avaient alors le droit de canonisation. Ils s'en servaient pour béatifier leurs prédécesseurs, bien certains que leurs successeurs leur rendraient

la même justice ou le même service. Quelques abbés s'attribuèrent aussi la puissance de faire des Saints. De là cette extrême multiplicité de noms renfermés dans la légende qui , à coup sûr, ne les contient pas tous. Cette facilité dans les béatifications entraîna à la longue de si graves abus , que , dans le douzième siècle , le pape Alexandre III réserva au saint-siége seul le droit de canonisation.

Or , au moment où l'Église catholique secoua dans nos contrées le joug sous lequel les Bourguignons ariens l avaient contenue depuis quatre-vingts ans , il n'est pas étonnant qu'un peu d'enthousiasme se fît remarquer parmi les orthodoxes.

Les familles les plus puissantes tenaient à honneur de compter un saint parmi leurs ancêtres. Cette illustration s'obtenait assez ordinairement par des fondations pieuses. De l'extrême dévotion aux saints à la vénération des reliques il n'y avait qu'un pas qui fut bientôt franchi; et cette vénération amena la construction d'une grande quantité de monastères et d'oratoires particuliers.

Le vingt-cinquième canon du concile d'Épaône défendit de tenir des reliques dans les oratoires des maisons de campagne , à moins qu'il ne se trouvât dans les paroisses voisines des clercs qui allassent y chanter les offices; et , dans le cas contraire, le maître de l'oratoire où se trouvaient les reliques ne pouvait y établir des clercs qu'en leur assurant ce qui était nécessaire à la vie.

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Ce fut aussi à cette même époque qu'un grand nombre de monastères s'élevèrent autour de Vienne ; presque tous furent consacrés par saint Avite , ainsi qu'on peut le voir dans sa correspondance ( ep. 65 ) , où il les désigne par les mois monasteria grenenccnses. On a cru que l'adjectif grenencenses dérivait de ce que ces monastères s'étendaient sur la rive droite du Rhône jusqu'au village qui porte aujourd'hui le nom de Grini; mais il paraîtrait plus naturel que ce village eût pris son nom de l'un des monastères que de penser que ceux-ci eussent reçu, dans une banlieue étendue, un nom générique dérivant de celui de ce village. D'ailleurs saint Avite n'a jamais dit que ces monastères fussent spécialement placés sur la rive droite du Rhône.

Voici comment il en parle dans sa cinquième homélie, dont il nous reste des fragments.

c< La ville de Vienne, que nous regardons comme « imprenable, est encore plus défendue par ses « églises que par ses fortifications. Ses belles ave- (c nues sont environnées d'un rempart de temples « sacrés , et nul ne pourrait pénétrer dans son « enceinte , lors même que les portes en seraient <t ouvertes , sans la permission des saints personc< nages qui , dans leurs monastères , se trouvent « placés comme des sentinelles avancées. »

Ainsi c'était autour des murs de Vienne que se trouvaient ces monastères si célèbres par leurs ri-

chesses , leur régularité et Ja quantité de moines qu'ils renfermaient.

Saint Avite , après avoir fait l'éloge de la paix , et annoncé que , dans les circonstances heureuses où Vienne se trouvait , rien n'annonçait la nécessité de repousser la force par la force , nous apprend néanmoins que ces monastères , hors des portes de la ville , étaient fortifiés et renfermaient des tours élevées d'où Ton pouvait découvrir les embûches que les ennemis auraient tendues aux habitants.

Les efforts de l'Église pour rendre universelle la religion orthodoxe étaient secondés franchement par le roi Sigismond.Mais, soit que ce prince eût un goût trop prononcé pour les cérémonies religieuses , soit qu'il se laissât diriger par des gens intéressés à l'écarter des affaires , il n'en est pas moins vrai qu'il négligea bientôt les soins de son royaume pour fréquenter assidûment les églises et les monastères. Cette conduite, plus convenable à unévéque qu'à un souverain , lui fit perdre dans l'esprit de ses peuples cette considération dont le trône ne saurait trop s'environner.

Bientôt une aventure épouvantable vint ajouter un sentiment d'horreur au mépris qu'inspirait Sigismond. Ce prince avait perdu sa femme Ostrogothe, fille deThéodoric, roi des Ostrogoths. Il avait eu d'elle deux enfants , un garçon et une fille , et depuis la mort de sa femme , il vivait en concubinage avec Fredegaire , qui avait été au service de

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la reine Ostrogothe. Soit pour mettre sa conscience en repos , soit pour assurer un rang plus honorable aux enfants nés de sa concubine , il finit par l'épouser.

La nouvelle reine eut pour les enfants d'Ostrogotbe les sentiments d'une marâtre , et le jeune Sigeric les aigrissait encore par des réponses pleines de fiel. Un jour qu'il vit sa belle-mère revêtue d'une robe précieuse qu'Ostrogothe avait portée , il osa lui reprocher de se parer des vêlements d'une princesse dont elle avait été la domestique.

Cette remarque mordante , la haine que le jeune prince portait à Fredegaire , et qu'il ne prenait pas la peine de dissimuler, et sans doute le désir de la nouvelle reine de faire passer la couronne sur la tête de ses propres enfants , décidèrent celle-ci à perdre Sigeric. Elle l'environna d'embûches et lui fit commettre quelques imprudences , d'après la nature desquelles elle donna à entendre à Sigismond que son fils conspirait contre lui , qu'il avait le projet de le tuer pour se rendre maître de ses états , et les réunir un jour à ceux que son grandpère possédait en Italie.

Sigismond, sans se donner le temps de recueillir des éclaircissements sur des plaintes aussi graves , fit étrangler son fils pendant qu'il dormait, (an

A peine Sigeric venait-il de rendre le dernier soupir que Sigismond se repentit de son atroce précipitation. Il se jeta sur le corps de son fils , et l'em-

brassait tendrement comme pour lui demander pardon. Ce fut alors qu'un vieux serviteur lui dit ces paroles remarquables : « Ne pleurez point « Sigeric, il est mort innocent; c'est sur vous-même « que vous devez pleurer. »

Sigismond suivit ce conseil; il se retira pendant quelque temps dans l'abbaye d'Agaune , dont il était le fondateur. 11 y réunit quatre cents moines qui se relevaient le jour et la nuit, et récitaient un office continuel pour le repos de l'ame de Sigeric. Ce service fut appelé Laus perennis.

Le roi , après plusieurs cérémonies expiatoires , quitta l'abbaye d'Agaune et se rendit à Lyon pour les préparatifs du mariage de sa fille, seul fruit qui lui restât de son union avec Ostrogothe.

Effectivement , cette jeune princesse épousa Thierry, roi de Metz, fils aîné de Clovis et d'une concubine.

Nous avons dit dans le temps que la reine Clotilde se retira, à l'époque de la mort de Clovis, auprès du tombeau de saint Martin, à Tours. Clotilde avait reporté sur les enfants de Gondebaud toute la haine dont elle avait donné tant de preuves à leur père. Elle n'apprit qu'avec une espèce de rage le mariage de Thierry avec la petite-fille de son oncle. Ne pouvant résister aux sentiments dont elle était animée , elle appela auprès d'elle les rois d'Orléans, de Paris et de Soissons , ses trois fils , et elle leur dit qu'en retour des soins qu'elle leur avait prodi-

gués depuis leur enfauce , elle les suppliait de prendre en main sa querelle, et de venger sur Sigismond le meurtre de son père et de sa mère.

Les enfants de Clovis, excites par leur mère et leur propre ambition , jurèrent la perte de leur cousin. Us firent à Thierry , roi de Metz, la proposition de se joindre à eux; mais celui-ci qui n'avait point à venger Clotilde, et quid'ailleurs venait d'épouser la fille de Sigismond , déclara qu'il resterait neutre. Il parait qu'il aurait vu sans peine rabaissement de son beau - père ; néanmoins il exigea de ses frères la promesse de ne point partager ses états sans son consentement.

Cependant le roi des Bourguignons , averti de l'orage prêt a fondre sur lui , sembla avoir retrouvé l'énergie qui caractérisait son père. Il ordonna des levées considérables ; mais partout elles s'exécutèrent avec tiédeur. Les grands rougissaient d'être commandés par un souverain à qui ils donnaient le sobriquet de moine , à cause de son goût dominant pour les gens d'église; et d'un autre côté ils ne voyaient en lui que le bourreau de son propre fils.

Sigismond , battu à la première rencontre , abandonna son année , son peuple , sa femme et ses enfants , et se sauva dans son abbaye d'Agaunc , où, pour mieux se déguiser , il prit le costume des moines (an 52 5).

Pendant ce temps, les trois rois des Francs ravagèrent la Bourgogne , et les hostilités ne cessèrent

que quand les moines d'Agaune eurent livré leur souverain, dont la garde fut confiée à Clodomir, roi d'Orléans, qui déjà avait en sa puissance la femme et les enfants de Sigismond.

Le grand Théodoric , roi des Ostrogoths , avait appris avec horreur le meurtre de son petit -fils Sigeric; aussi , au lieu de venir au secours de Sigismond, il s'empara, pour son propre compte, de Genève et de ses dépendances.

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