‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 127 sur 136 · RODOLPHE LE FAINÉANT, ROI DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

RODOLPHE LE FAINÉANT, ROI DE BOURGOGNE

D'après l'épitaphe de la reine Magtilde , le roi Conrad Je Pacifique mourut le 19 octobre. Divers documents établissent que ce fut en 995 , et ils sont fortifiés par les chartes du nouveau souverain.

Un des premiers actes de Rodolphe fut de confirmer les donations faites par son père et sa mère au monastère de Saint-André-le-Bas.

« Per consilium dilectae conjugis nostrae Agil- « drudis reginae , ac fratrjs nostri Buchardi Lug- « dunensis archiepiscopi. »

« Par le conseil de notre bien-aimée épouse , la « reiue Agildrude , et de notre frère Burchard , « archevêque de Lyon. »

Il ajouta à la donation : « Quamdam villam Cri- « sinciacus nominatam , cum familiis utriusque « sexus et aetatis , et rébus omnibus ad ipsam res-

« picientibus et addimus ecclesiam de Mas-

« clatis cum appendiciis suis , ad praedictorum « monachorum subsidia. »

On voit que les additions consistaient dans la terre de Cresancieux dans le Viennois , avec les individus de tout sexe et de tout âge , et les appartenances et dépendances de ladite terre , et dans l'église de Maclas , sur l'autre rive du Rhône , le tout pour venir à l'aide des moines.

<c Data II idus januarii anno Incarnationis Do- <c mini 994 , indictio VII , anno vero domini Ro- « dulfi régis primo. Actum Viennae in Dei nomine « fideliter. Amen. {Apud Acherium % t. 3 , Spicilegiiy p. 3 80.)

Cette charte est datée du 1 2 janvier 994 , indiction septième , l'an premier du règne du roi Rodolphe.

Une autre charte qui confirme le monastère de Cluny dans ses possessions , est datée de l'an de l'Incarnation 998 , la cinquième année du règne de Rodolphe.

En voilà plus qu'il ne faut pour être parfaitement fixé sur l'année de la mort de Conrad.

Il me reste à expliquer que cette charte renferme aussi de nouvelles libéralités au profit des moines de Cluny. Parmi les biens donnés , dans le Viennois , on remarque la chapelle de Chandieu et l'héritage de Ratburne. Ce dernier était vicomte de Vienne et avait épousé une des soeurs de Rodolphe. La jouissance du bien donné lui fut conservée pendant sa vie. On connaîtra plus tard la cause de cette réserve. Au reste , la création de la

dignité de vicomte de Vienne ne remonte qu'au second royaume de Bourgogne , et il faut en tirer la conséquence que les souverains se considéraient eux-mêmes comme comtes. Aussi la qualification de vicomte de Vienne ne dura-t-elle pas plus long-temps que le royaume de Bourgogne ( Voyez la septième charte de Louis IJveugle.)

Si le roi Conrad s'était montré libéral , Rodolphe fut réellement prodigue envers les églises et les monastères. Son exemple était suivi par beaucoup de seigneurs de son royaume; tondis que d'autres , irrités de l'insatiable avidité des gens d'église , les rançonnaient sans pitié.

On trouve dans un concile des archevêques et évêques de Bourgogne , tenu dans l'église de Saint- Romain , à Anse , sur les bords de la Saône , en 995, l'an second du règne de Rodolphe , le passage suivant :

« Nous savons , et les saints canons nous l'ap- « prennent assez , avec quel soin nous devons « veiller au salut des enfants de l'Église , et avec « quel zèle nous devons soutenir les intérêts de « cette mère des fidèles contre la cupidité de ces « hommes inquiets et avides qui ne craignent point « d'envahir les biens qui lui sont consacrés. Nous « voyons même avec douleur des églises ruinées a par leurs violences , et la religion presque « éteinte dans les lieux saints. » (Voyez Charvet , Histoire de la sainte église de Vienne , p. 268.)

Les seigneurs et les gens d'église étaient souvent en mésintelligence. Nous ne parlons pas du peuple. Il n'existait plus selon l'acception que nous attachons aujourd'hui au mot peuple. Tous les habitants des campagnes étaient esclaves ou serfs. Ceux de la première catégorie se vendaient comme des choses mobilières , et le catholicisme n'avait jusque là adouci leur sort qu'en ce sens qu'on ne pouvait les vendre à des idolâtres. Ces esclaves étaient primitivement des prisonniers de guerre, et quelquefois des vassaux ou serfs enlevés dans les propriétés voisines. Ceux de la seconde catégorie fesaient, avec leurs femmes et leurs enfants , partie du cheptel du domaine , et s'aliénaient en même temps que la propriété. Cette situation avait été amenée par les guerres continuelles qui avaient dévasté les Gaules. L'agriculteur ne pouvait plus se livrer avec sécurité aux travaux des champs. Ses récoltes et ses bestiaux devenaient la proie du premier parti qui courait la campagne. TI fallut bien que le paysan implorât un peu plus tQt ou un peu plus tard la protection du monastère ou du château voisin, qui, en cas de trouble on d'invasion, lui offrait dans son enceinte un asyle pour lui , sa famille , ses bestiaux , ses instruments d'agriculture , le chétif mobilier et les denrées dont il pouvait se charger. 11 ne faut pas oublier qu'à cette époque , tous les monastères étaient fortifiés , et que les moines pouvaient , dans certaines circou tances ,

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porter les armes , sans déroger à leurs règles. Plus un château ou un monastère était considérable , mieux il était fortifié , plus alors la protection du suzerain laïque ou ecclésiastique était recherchée. Le seigneur ou l'abbé avait lui-même un intérêt immense à accorder ou à imposer son patronage , car son crédit et sa puissance augmentaient en même temps que le nombre de ses vassaux. C'était parmi ces derniers qu'il choisissait ses hommes d'armes à l'aide desquels il résistait aux attaques de ses voisins, si toutefois il n'allait pas les attaquer lui-même.

Il eût été inutile , pour ne pas dire dangereux , pour un paysan , d'essayer de rester maître de son champ. Les hommes d'armes du château ou du monastère voisin auraient détruit ses récoltes , et il aurait fini lui-même par être enlevé et vendu comme esclave. En tombant dans la servitude , il conservait l'espérance de mourir dans le pays qui l'avait vu naître; car, en supposant qu'il fût fait prisonnier par un seigneur voisin, il était ordinairement mis à rançon et racheté par son maître.

A l'époque que nous parcourons, toutes les terres appartenaient donc aux seigneurs ou à l'église. Aussi avons-nous vu et verrons-nous des donations de villages entiers comprenant les serfs de tout âge et de tout sexe.

Cette population des campagnes , flétrie par la servitude , était élevée dans la plus complète igno-

rance. Son abrutissement fesait la sûreté de ceux qui , en retour d'une protection toujours exigeante et souvent brutale , avaient voulu qu'elle portât les marques déshonorantes de la perte de sa liberté. Point de religion pour les serfs , mais en place beaucoup de pratiques ou de croyances superstitieuses dont malheureusement les traces ne sont

point encore effacées Point de charité , point

d'amitié entre eux , mais un respect mêlé de terreur et de la plus basse soumission pour leurs seigneurs et maîtres — C'est bien aux paysans d'alors qu'on pouvait appliquer ce passage du code Théodosien relatif aux esclaves : Non tam viles quam nulli sunt.

Dans les villes , et à Vienne surtout , capitale du royaume de Bourgogne , il régnait encore une ombre de liberté. Les gens de métier avaient été forcément protégés ; l'industrie n avait pu être aussi pleinement enchaînée que l'agriculture ; les corporations des arts et métiers choisissaient leurs chefs qui quelquefois parvenaient aux honneurs du consulat. La tradition des immunités et franchises accordées aux Viennois par les empereurs romains était religieusement conservée. Aucun impôt , aucun octroi au profit du trésor royal n'étaient établis sur les habitants ni sur les denrées qu'ils consommaient; mais, en retour, ils étaient tenus à l'entretien de leurs remparts , de leurs églises et de leurs édifices publics. Les seigneurs et les gens d'église

en étaient dispensés. C'était donc sur les gens de métier ou artisans que tombait tout Je fardeau.

Si I on en juge par les chartes de cette époque, Jes Viennois eux-mêmes (les nobles et les ecclésiastiques exceptés) n'avaient plus de propriétés rurales ; car tous les environs de la ville , sans exception , appartenaient au fisc ou à des corporations religieuses.

Les consuls de la ville , gardiens naturels de ses libertés et franchises, étaient réduits au rôle de répartiteurs des dépenses à la charge de la cité. Ils avaient aussi le droit de taxer les denrées , les marchandises , le prix des repas et de la couchée dans une hôtellerie; car, dans ce temps d'esclavage, tout était soumis à un maximum.

Sans une justice égale pour tous, il ne saurait y avoir de liberté. Chaque seigneur s'était arrogé le droit d'administrer la justice, dans ses terres, selon son bon plaisir. Il en était de même des gens d'église. Le peuple de Vienne était soumis à la juridiction de l'archevêque ou du vicomte de Vienne , selon que l'un ou l'autre devenait plus puissant , l'autorité royale entre les mains d'un homme tel que Rodolphe . flétri par les auteurs contemporains

de l'épithète d'ignavus, ne comptant plus pour rien.

On s'étonne parfois de ce que les chroniques de cette époque ne parlent ni du peuple , ni de ses mœurs, ni de ses usages; mais, encore une fois, le

DE BOURGOGNE. 3aO,

peuple n'existait plus. Serf dans les campagnes , sans puissance , sans crédit et sans consistance clans les villes, ce n était plus qu'un mannequin qui ne se mouvait qu'à la volonté de ses maîtres. Les mœurs et les usages plus constants chez les vassaux de l'église, variaient à l'infini autour de chaque château, et changeaient selon le caprice d'un nouveau seigneur.

Les seigneurs avaient grand soin de bâtir leurs forteresses sur des monts escarpés , et d'en rendre les abords difficiles. Perchés comme des oiseaux de proie au haut de leurs tours , ils guettaient le voyageur que sa mauvaise étoile conduisait à leur portée. Des hommes d'armes couraient se placer en embuscade , et le voyageur enlevé , jeté dans une prison , au fond de la tour , devait s'estimer heureux s'il pouvait recouvrer sa liberté au moyen d'une rançon fixée par le maître du château , qui ne connaissait d'autre loi que celle de la force et de sa volonté.

D'autres, moins féroces, se contentaient d'établir un droit de passage sur un chemin fréquenté , et malheur à qui aurait voulu s'en affranchir.

Ce ne fut que deux siècles plus tard que des seigneurs, plus humains ou plus habiles, affranchirent leurs serfs , et leur donnèrent , par des baux emphytéotiques ou à long terme , des terres à cultiver à leur profit , moyennant une redevance et des droits féodaux déterminés de concert. Successive-

ment il intervint entre ces affranchis , devenus nombreux , et leurs seigneurs , des espèces de conventions fixant les obligations des uns , et les droits des antres. C'est ce qu'on nommait des Jrancldses ou des coutumes.

Mais il est inutile de dire que rien de tout cela n'existait encore dans le onzième siècle , et qu'il n'y avait alors pas plus de commerce que de communications. Des juifs seuls , attirés par l'appât du gain, osaient se mettre en route et offrir leurs marchandises dans des châteaux forts dont un chrétien , s'il n'était vassal du seigneur , se serait gardé d'approcher.

Ainsi les questions de propriétés territoriales , qui entraînent après elles tant de démêlés , tant de combats , tant de guerres , étaient étrangères aux masses , et ne concernaient plus que la noblesse et l'église. Chaque seigneur aurait voulu s'agrandir aux dépens du seigneur voisin ; chaque monastère convoitait la propriété à sa convenance ; les nobles comptaient sur la bonne trempe de leur épée , sur le nombre et la force de leurs vassaux ; les moines se confiaient à l'art de la suggestion qu'ils possédaient si bien , aux foudres ecclésiastiques alors si redoutés , et , en désespoir de cause, à la force , d'autant plus imposante entre leurs mains , qu'ils avaient l'air d'agir pour la cause et en l'honneur de Dieu, dont ils mêlaient le nom dans toutes leurs querelles.

A présent que nous avons mis les partis en présence , si nous voulons rechercher la cause pour laquelle les donations à l'Église furent plus fréquentes sous le règne de Rodolphe le Fainéant que sous les règnes précédents , nous la trouverons dans l'annonce de la prochaine arrivée de l'Antéchrist et de \&fin du monde.

Cette opinion superstitieuse commença à se répandre un peu avant 992 , année dans laquelle l'Annonciation tomba un vendredi-saint , et c'était cette rencontre qui devait occasioner la fin du monde. La prophétie ne s'étant pas réalisée dans cette année , on crut ou l'on affecta de croire que le résultat en était retardé pour peu de temps, et dans les actes du concile de 995 que nous avons déjà cité , on trouve textuellement cette phrase : Mais à présent que la fin du monde est prochaine , ne dirait-on pas que la vieillesse accable l'Église t

Au reste , cette crainte de la fin du monde dura pendant tout le règne de Rodolphe , et elle exerça sans doute une grande influence sur l'esprit et les déterminations de ce prince , qu'on nous peint comme occupé , à toutes les heures , des pratiques les plus minutieuses d'une dévotion outrée. Il négligeait absolument les affaires de son royaume , et ne songeait qu'à faire son salut , ce dont il convient lui-même , et ce qui le rendit Je jouet des prêtres et le fit mépriser des grands.

33a SECOND ROYAUME

La crainte de la fin du monde si hautement annoncée se fil également sentir chez les seigneurs. C'était , comme de raison , la nouvelle du jour et le sujet de toutes les conversations; mais elle produisit deux résultats tout-à-fait différents.

Les nobles faillies et crédules s'empressèrent de donner leurs biens aux archevêques , aux évêques , aux abbés , aux églises et aux monastères ; mais les donateurs s'en réservaient la jouissance jusqu'à leur décès : de sorte que , dans leur frayeur , ils rachetaient leurs péchés , et fesaient leur salut aux dépens de leurs héritiers. On peut facilement se figurer le désappointement de ceux-ci , lorsqu'ils voyaient la fortune de leurs parents passer dans les mains de l'Église ; il ne leur restait d'autre ressource que de se faire recevoir dans le monastère qui s'était enrichi de leurs dépouilles, ou d'offrir leurs services à quelques seigneurs , dont ils devenaient les intendants, les officiers, et toujours les vassaux.

Dans les grandes calamités qui ne sauraient être prévues , telles que la peste, on voit des hommes se distinguer par un courage héroïque, une résignation à toute épreuve , un zèle et une charité qui ne se démentent jamais; mais on en trouve aussi qui, craignant qu'il n'y ait pas de lendemain pour eux , s'empressent à épuiser toutes les jouissances de la vie , et à se les procurer par les crimes les plus odieux. C'était ce que fesaient alors beaucoup de seigneurs. Il n'était plus question que de vols ,

d'assassinats , d'enlèvements , d'incendies. Bientôt les nobles les plus puissants se firent la guerre entre eux ; leurs parents et leurs alliés s'en mêlèrent. C'était une conflagration générale.

L'impératrice Adélaïde , veuve d'Othon le Grand, était restée à Vienne après la mort de son frère Conrad le Pacifique. Elle exerçait une grande influence en Bourgogne , et elle résolut d'en user pour ramener la paix parmi les seigneurs du royaume.

Elle réussit sur quelques points , mais ses efforts furent inutiles sur d'autres. C'était une nouvelle représentation de l'hydre de Lerne : à mesure qu'une des têtes de l'anarchie était abattue , il en repoussait une nouvelle. Dégoiitée de ce monde , l'impératrice Adélaïde , déjà fort âgée , quitta Vienne en 99g , et alla se réfugier à Rome , selon les uns , et, selon les autres , dans un couvent sur les bords du Rhin , où elle vécut dans une retraite absolue. Après sa mort, elle fut canonisée.

Voici comment saint Odilon s'exprime sur les circonstances qui précédèrent la détermination de sainte Adélaïde :

a Fidelibus nepotis sui Ruodolphi régis inter se ce litigantibus , quibus potuit pacis fœdera contu- « lit , quibus non potuit , more solito sibi , Deo to- « tum commisit. »

La Providence, malgré l'espoir de sainte Adélaïde , ne se chargea point de mettre la paix parmi les fidèles du roi Rodolphe ; les choses arrivèrent

même à un point tel que ce monarque parut sortir de son assoupissement. Il défendit en iooi , aux seigneurs de son royaume , de vider leurs querelles par les armes ; mais personne ne Pécouta , de sorte qu'il fut obligé de réimir des troupes pour faire exécuter ses ordres. Il arriva que les seigneurs qui se disputaient la suprématie , traitèrent entre eux et battirent les troupes royales en l'an 1002. Alors Rodolphe prit aussi le parti de se confier à la Providence. Les seigneurs, à dater de ce moment, affichèrent beaucoup plus d'indépendance que par le passé , et les plus puissants cherchèrent comme auparavant à assujétir les plus faibles. (Ex Hepidanni monachi sancti Galli brevibus Annalibus .)

Les donations aux églises devenaient toujours plus fréquentes. La terre d'Épinouse , dans la Valloire , celle de Faraman , dans le comté de Salmorenc , et une foule d'autres qu'il serait fastidieux de nommer, devinrent la propriété de l'église de Vienne. Il est cependant une donation assez originale pour être remarquée : un seigneur nommé Siébaud , et sa femme Anne , cédèrent à l'archevêque de Vienne et au chapitre de Saint-Maurice , un domaine situé à Pelussin , dans le territoire de Maclas , en s'en réservant la jouissance pendant leur vie ; Siébaud voulut qu'après sa mort, tout son mobilier appartînt à l'église , ainsi que ses bestiaux , son meilleur cheval , son épée , sa lance , sa meilleure cuirasse et son casque.

Charvet, dans son Histoire de la sainte Église de Vienne , p. 272, s'exprime ainsi :

« J'ai déjà remarqué combien ces donations , « avec réserve d'usufruit , occasionaient aux « églises d'affaires litigieuses et peu compatibles « avec l'esprit de détachement des biens de ce a monde qu'inspire le christianisme : j'ajouterai « que ne dépouillant de rien les donateurs, et ce tournant entièrement au dommage de leurs hé- « ritiers , elles devaient , d'un côté , être aussi fré- « quentes que peu méritoires, et de l'autre, aicc grir extrêmement les esprits contre le clergé , qui ce par elles devenait peu à peu propriétaire de tous oc les fonds. »

Il paraît que l'aigreur et le mécontentement découlaient aussi des donations ordinaires, c'est-àdire sans réserve d'usufruit ; car il y eut de l'opposition à la prise de possession de la terre de Lusinay que le roi Conrad avait cédée à l'église de Vienne. Rodolphe fut obligé de confirmer cette donation par un diplôme du 28 juillet 10 11 , la dix-huitième année de son règne , à condition que l'archevêque de Vienne , nommé administrateur de cette terre, ne pourrait jamais l'aliéner.

Ce diplôme fut accordé à la prière de la reine Ermingarde , sa seconde femme , et de Burchard , son frère , archevêque de Lyon. Ainsi Agildrude , sa première femme, était morte avant 1011. On ne sait rien sur l'origine des deux femmes de Ro-

33g SECOND ROYAUME

dolphc. Ermingarde était veuve lorsque Rodolphe l'épousa , et elle avait deux fils ; mais on ignore quel était leur père. Quant à Rodolphe, d neut jamais d'enfants , et un auteur affirme que cetait une de ses sœurs qui , enhadinant avee lui , lavait réduit a l'état d'impuissance, pendant qu'il était encore dans l'adolescence.

Ce fut aussi à la prière de la reine Ermingarde que le roi Rodolphe donna irrévocablement à l'église de Vienne sa terre de Communay.... Cortem nostram Communiacum in comitatu Fiennensi sitam , cum ecclesia superstante , cum servis et ancillis. La charte est datée de Morat, le i4 des calendes de juillet (c'est-à-dire le 18 ju.n) , l'an de l'Incarnation ,oi3, et du règne de Rodolphe le vingtième.

La reine Ermingarde fonda le monastère de 1 aloire (Taluerarium). Le début de la charte de cette fondation, qu'on trouve à la page 555 du onzième volume des Historiens des Gaules, annonce encore la fin prochaine du monde.

« Mundi terminum adpropinquante et crehres- « centibus malis certa manifestant judicia. »

« La fin du monde approchant , ainsi que des in- « dices certains le manifestent par des maux qui « vont toujours en croissant. »

Ces maux qui vont tou\ours en croissant ne se comprennent que trop : les guerres entre les seigneurs continuaient avec fureur ; la famine et la

peste enlevaient une partie de la population que le fléau de la guerre avait épargnée. Les donations aux églises irritaient les nobles , et quelques-uns d'entre eux , ne voyant qu'une jonglerie dans cette fin du monde si emphatiquement annoncée , s'opposaient par la force à l'exécution de ces donations, et s'emparaient violemment des objets donnés.

Les gens d'église étaient donc forcés de guerroyer comme les laïques La discipline était

partout corrompue , nous dit Charvet ; et pour ajouter à ces maux déjà extrêmes , une secte renouvelée des anciens manichéens eut des partisans parmi les nobles , qui cherchaient à tout prix à secouer le joug de l'Église.

Le roi Rodolphe , commençant a sentir sa nullité , songea à se donner de son vivant un successeur assez puissant pour le faire respecter. Il jeta les yeux sur l'empereur Henri II, son neveu, avec qui il eut une entrevue à Strasbourg en l'an 1016. Rodolphe était accompagné de la reine Ermingarde et des deux fils de cette dernière, qui les recommanda à la bienveillance de l'empereur. ( Ex Chronio Saxonico.)

Quand les termes de la donation eurent été convenus , les deux souverains résolurent de la faire ratifier par les prélats et les grands du royaume ; mais ils refusèrent de la signer. Henri II , furieux de ce refus qu'il attribuait à Rodolphe , lui déclara la guerre ; mais sachant que celui-ci venait d'atta-

quer quelques-uns de ses grands vassaux les plus récalcitrants, l'empereur, convaincu de la bonne foi de son oncle , renonça à la donation , et contribua à rétablir la paix entre Rodolphe et les seigneurs de Bourgogne ; mais la soumission de ceuxci ne fut que simulée. (Ex Sigeberti Gemblacensis monachi Chronico.)

En l'année 1018, Rodolphe se croyant certain de l'assentiment des grands de son royaume, et persistant dans sa détermination , se rendit de nouveau , avec sa femme et ses beaux-fils , auprès de l'empereur, qui était alors à Mayence. La donation fut réitérée , mais beaucoup de seigneurs se révoltèrent. (Ex Chronico Ditmari epucopi Mesburgensis.)

Pour cette fois l'empereur mit des troupes à la disposition de 1 evêque de Strasbourg , qui , en 10 19 , attaqua l'armée confédérée des seigneurs du royaume de Bourgogne, et gagna la bataille. Le prélat vainqueur chercha à réconcilier les révoltés avec leur souverain , et tout annonce que cette réconciliation se fit aux dépens de ce dernier.

Chacun chercha a se maintenir dans les usurpations commises , et à en faire de nouvelles. Le clergé mit de son côté tout en œuvre pour obtenir de plus grandes faveurs ; car tout le monde était convaincu que , lorsque l'empereur prendrait possession du royaume de Bourgogne , il maintiendrait les choses dans l'état où il les trouverait.

DE BOURGOGNE. 33g

Les églises et les monastères s'enrichirent à qui mieux mieux des dépouilles de Rodolphe. L'église de Vienne ne s'oublia point. Voici la charte sur laquelle est fondé le droit de souveraineté qu'elle a exercé sur le comté de Vienne jusqu'à Louis XI :

a In nomine sanctœ et individnae Trinitatis , Ro- « dulphus , divina favente clementia , rex :

« Quia igitur ut hujus seculi prœsentis assolet « adversitatis unumquemque hominem impedire , « ne officiis sibi injunctis studiose ac procurare « possit inherere ut decet : recognoscimus et nos « atque per omnia probamus multa negligenter a quae a nobis fuerant et sunt restauranda atque « emendanda, et minus officiose ex nostro regimine « esse peracta. Quapropter ut regum mos fuit et « est, si quid minus justo in mundanis legibus dis- « cernendis semetipsos exercebant, in ecclesiasticc cis tamen meliorandis rébus fréquenter desuda- « bant. Hoc exemplo admoniti et nos placuit et « decrevimus , ut de rébus quas usque nunc hu- « manis nostris usibus subegimus , divinis cultibus a deinceps serviendum redigemus. Qua de re « sciant universi qui amatores comprobantur esse « cultus divini , qualiter ego , laetante dilectissima « conjuge mea Irmingarda regina , dono ob recor- « dationem animae meae et ejus , et ob remedium a peccatorum nostrorum , sancto Mauricio ecclesiae « Viennensis patrono et episcopis eidem ecclesiae « praetitulatis, atque deinceps in curricula seculo-

a rum praeordinandis, Viennensem comitatum cum « omnibus appenditiis suis , infra ipsam civitatem « Vienn. et extra dictam civitatem; cum castello « quod supereminet ipsi civitati , quod dicunt pro- « prio nomine Pupet % et quidquid nostro usui legis a censura per manus ministrorum nostrorum nunc et usque solvebat. Hoc idem, utdiximus, eidem c< ecclcsiîe et episcopis ibidem ad Deo serviendum « dicatis ea lege donamus , ut si quis regum per a tyrannidem , aut aliquis ecclesiae Dei inimicus, « ista voluerit ab ecclesia Dei et sancti Mauricii « divellere , et violenter abstrahere , aeternas et « nunquam extinguendas flammas cum Juda trait ditore se doleat irremediabiliter luere , et ut « haec a nobis facta credantur , et a posteris nos- « tris non refringantur , manu nostra roboravimus « et sigillari jussimus. »

« Albleer indignus presbyter jussu régis scripsi.

« Acta sunt haec 18 kal. octob. anno ab incarne natione Dom. 1023. Régnante Rodulpho rege « pio , anno regni sui 3o.

« Datum in vico Urba quem alio vocabulo dicunt « Tabernis. »

{Voyez le cèles tin Dubois, page 63; Le Lièvre * page 2$o , Maupertuy^ page i53, et Cliarvet , page 2j5. )

Cette charte a été jusqu'à présent traduite avec peu de fidélité; ce qui me décide à en donner la traduction à peu près littérale.

DE BOURGOGNE. 34l

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité , « Rodolphe , roi par la faveur de la clémence dite vhic :

« Attendu qu'il résulte des malheurs de ce siè- « de qu'aucun homme ne peut soigner avec zèle a et exactitude , ainsi qu'il convient , les devoirs « qui lui sont imposés , nous reconnaissons et nous « avons l'expérience que beaucoup de choses qui a dépendaient de nous ont été exécutées , sous noce tre gouvernement , avec négligence et peu de « soins; et doivent être réparées et corrigées; « c'est pourquoi , comme l'habitude des rois a a été et est encore, s'ils ne s'exerçaient eux-mêmes « autant qu'ils l'auraient du à l'interprétation des « lois humaines, de s'appliquer néanmoins à amécc liorer fréquemment les choses ecclésiastiques; « averti par cet exemple , il nous a plu et nous ce ordonnons que les affaires qui jusqu'à présent ce nous étaient soumises , d'après les usages civils, ce seront remises à l'avenir au jugement des églises ce de Dieu. Qu'ainsi tous ceux qui sont reconnus ce comme dévoués à l'église , sachent qu'à la ce grande joie de la reine Ermingarde, ma très ce chère épouse, je donne , pour le salut de mon ce ame et de la sienne, et pour la rémission de nos ce péchés , à saint Maurice , patron de l'église de ce Vienne, et aux évéques titulaires de ladite église, ce et à ceux qui seront nommés dans la suite des ce siècles, le comté de Vienne avec toutes ses dé-

« pendances , tant dans la ville qu'au dehors, et le a château qui domine la ville , et qu'on nomme ce Pipet , ainsi que ce qui m'appartient d'après la a loi et les usages , de même que le cens, tel qu'il « est payé jusqu'à présent entre les mains de mes « préposés. Nous donnons tout cela, ainsi que nous « l'avons dit, à l'église de Vienne et à ses évëques, « serviteurs de Dieu ; et si ua roi , par tyrannie , « ou quelque autre ennemi de l'église , essaie d'en « dépouiller l'église de Saint-Maurice et de s'en « emparer par la violence, qu'en expiation et sans « miséricorde, il ait la douleur d'être avec le « traître Judas au milieu des flammes éternelles et « inextinguibles. Et pour que foi soit ajoutée aux « présentes , et que nos successeurs ne les réforcc ment pas , nous les avons fortifiées de notre sice gnature , et ordonné d'y apposer notre sceau.

« Moi Albléer, prêtre indigne, ai écrit par le ce commandement du roi.

ce Les présentes ont été faites le 1 8 des calence des d'octobre ( 1 4 septembre) , l'an de l'Incarc< nation du Seigneur io23 , et l'an 5o du règne ce du pieux roi Rodolphe.

ce Donné à Urba, autrement dit les Tabernes. »

Le comté de Vienne s'étendait jusqu'à Four du côté de l'orient; la plaine de La Valloire, dont une partie était dans sa dépendance, le bornait au midi; le Rhône le limitait à l'occident; cependant Sainte- Colombe , Saint - Romain , Loire , Ampuis , et la

Dis BOURGOGNE. ifà

portion du Vivarais la plus rapprochée du Rhône, quoique sur la rive droite du fleuve , lésaient partie du comté de Vienne. Le territoire de Gondrieux et de quelques communes voisines , malgré qu'il fût enclavé entre le Vivarais et la partie du comté de Vienne , sur la rive droite du Rhône, dépendait du comté de Lyon. La petite rivière d'Ozon bornait le comté de Vienne du côté du nord , sur la rive gauche. Il est inutile de dire que les archevêques n'étaient point propriétaires de toute cette étendue de pays. En la qualité de Comte qui venait de leur être concédée par Rodolphe, ils étaient devenus suzerains du comté, et tous les seigneurs qui avaient des terres dans son enceinte , étaient dans l'obligation de leur prêter foi et hommage, mais seulement à raison des terres enclavées.

Les archevêques de Vienne étaient en même temp abbés et seigneurs de Romans. Le fameux château de Mantaille leur appartenait. Ils étaient propriétaires dans le comté de Vienne, conjointement avec le chapitre de Saint-Maurice, des villages de Lusinay , Communay , Seyssuel, et de plusieurs autres aux environs de Vienne, ainsi que d une foule de terres et de domaines dont la masse s'accroissait tous les jours par des donations pures et simples ou sous réserve d'usufruit. Ils avaient aussi des propriétés considérables dans le Vivarais.

La donation de Rodolphe concéda également à l'archevêque de Vienne et au chapitre de Saint-

Maurice le droit de rendre la justice, et de percevoir à leur profit les différentes taxes fiscales qui existaient alors.

Ce ne fut pas sans quelque opposition que l'église de Vienne parvint a se mettre en possession des droits de toute nature dont le roi s'était dépouillé en sa faveur. Nous verrons effectivement des comtes de Mâcon et des ducs de Zéringhen prétendre à des droits de souveraineté dans Vienne. Quelle était l'origine de ces personnages et de leurs prétentions? c'est ce qu'on ignore entièrement. Gomme on croit connaître la souche des comtes de Savoie et des Dauphins , on pourrait hasarder la conjecture que les comtes de Mâcon et les ducs de Zéringhen descendaient des deux fils de la reine Ermingarde, dont nous avons déjà dit un mot.

Quoi qu'il en soit, l'Église de Vienne, à l'aide de transactions dont nous aurons à parler dans un autre volume, finit par surmonter tous les obstacles.

L'archevêque de Lyon , Burchard , eut aussi une large part dans les libéralités de son frère: il devint comte de Lyon avec toutes les prérogatives attachées à cette dignité, et, ainsi que l'archevêque de Vienne , il triompha à la longue de la résistance des seigneurs laïques; mais il n'en fut pas de même partout.

Quelques seigneurs laïques étaient devenus trop puissants pour que le clergé pût impunément les

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attaquer; et sans sortir des pays qui nous avoisinent, lescomtesde Maurienne ou de Savoie, les Dauphins, les comtes de Valence , ceux de Die et de Genève opposèrent une barrière insurmontable aux prétentions de leurs églises respectives.

Quant aux archevêques de Vienne , il paraît surprenant , au premier coup d'oeil , qu'avec les éléments de puissance qui étaient à leur disposition , ils n'aient pas agrandi leur territoire , on que du moins ils n'aient pas chassé les grands vassaux qui, dans le comté de Vienne , pouvaient leur porter ombrage. Mais, d'une part, les autres prélats se seraient opposés à des envahissements sur leurs diocèses, et ce fut ce qui arriva plus tard ; et d'un autre côté , les archevêques de Vienne trouvèrent dans le clergé de leur église métropolitaine des exigences auxquelles ils furent contraints de céder. Nous renvoyons à la fin de cette époque quelques explications à ce sujet, pour ne pas interrompre le fil de notre narration.

L'empereur Henri II , dit le Boiteux (car l'époque actuelle était celle des surnoms ) mourut le i3 juillet 1024, et Rodolphe le Fainéant, qui lui avait cédé son royaume, toutefois en s'en réservant l'usufruit, eut encore le souci de chercher un nouveau successeur.

Conrad dit le Salique , duc de Franconie , fut élu empereur en remplacement d'Henri II. Conrad avait épousé Gisellc, fille d'Hermanduc de Souabe,

et de Gerberge. Cette dernière était la sœur de Rodolphe le Fainéant , qui se trouvait ainsi oncle par alliance du nouvel empereur.

Eude , comte de Blois , de Chartres et de Champagne, était fils de Berthe également sœur du roi Rodolphe. C'était la même qui avait épousé en secondes noces Robert, roi de France , et qui fut répudiée pour cause de parenté. Ainsi Eude était le propre neveu de Rodolphe , et fesait valoir, pour lui succéder , un degré de parenté plus rapproché que celui que pouvait iuvoquer l'empereur.

Conrad objectait que du chef de sa femme il était aussi proche parent du roi de Bourgogne que le comte Eude , et d'un autre côté, il prétendait que les deux donations faites à Henri II étant , non pas au profit du neveu du donateur , mais bien de l'empereur , ne pouvaient être révoquées , qu'autant que Rodolphe aurait eu des enfants , depuis les donations qui avaient été acceptées au nom de l'empire,

Chacun des prétendants cherchait, en attendant, à se faire des partisans dans le royaume de Bourgogne, et l'empereur réussit mieux que son compétiteur auprès du clergé et des grands, qui avaient de bonnes raisons pour que leur nouveau maître fût éloigné d'eux, bien convaincus qu'il serait forcé de se contenter d'un stérile hommage, pendant qu'eux-mêmes continueraient à être de véritables souverains daus leurs petites principautés.

Toutes ces menées duraient depuis deux ans ,

lorsqu'on apprit que Conrad le Salique devait se rendre à Rome en 1027 pour s'y faire couronner par le pape. Cette imposante cérémonie était annoncée un an et six semaines avant sa célébration, pour que tous les seigneurs vassaux de l'empire pussent être passés en revue dans la plaine de Roncale , et assister au couronnement. Deux des rois invités aux fêtes se rendirent à Rome : ce furent Canut , roi d'Angleterre , et Rodolphe , roi de Bourgogne. Ce dernier était accompagné de la reine Ermingarde et des deux fils de cette reine. Conrad lui-même s'était fait suivre par l'impératrice Giselle. Le couronnement eut lieu le a3 mars, en présence des deux rois. (Ex Chronico Jlberici monachi Trium Fontium.)

Ce fut sans doute au milieu des fêtes qui se succédaient dans la capitale du monde chrétien , que Conrad et Rodolphe jetèrent les premières bases du traité qui fut signé par eux à Baie , peu de temps après. Rodolphe céda à l'empereur et à ses successeurs le royaume de Bourgogne, pour en jouir après son décès. ( Ex Fi ta Chunradi Salici, auct. Wippone.)

Il y eut même une espèce d'investiture par la remise que Rodolphe fit à Conrad de la lance de saint Maurice , qui était l'enseigne du royaume de Bourgogne.

« Dans ei lanceam sancti Mauricii, quod erat « insigne regniBurgundiae. (Ex Clironico Firdun.)

Celte nouvelle donation , prévue depuis quelque temps, ne produisit aucune commotion dans le royaume de Bourgogne. Le clergé et les grands cherchèrent à asseoir leur puissance. Les plus forts continuèrent à opprimer les plus faibles. L'Église de Vienne obtint encore de nouveaux: dons du roi Rodolphe :

a Au nom de la sainte et indivisible Trinité ,

« Rodolphe roi , soit notoire à tous les fidèles « de la sainte église , présents et à venir , que sur « la demande de la reine Ermingarde , notre très « chère épouse , et h la prière de l'archevêque de « Vienne Burcard, pour le repos de nos âmes, de « celles de notre père et de nos autres parents, « nous avons donné à l'église de Vienne le mont « Arnaud (Arnaldi) , et le mont Salomon (Salo- « monis) , dont les revenus seront employés en « distributions , sous l'administration de l'archea vêque Burcard et de ses successeurs à perpé- « lui té , et afin qu'on ajoute foi à la présente do- « nation , nous l'avons signée de notre propre « main , et y avons fait apposer notre sceau.

a Collationné par Paldolfe , chancelier.

« Donné à Aix le 6 des calendes de janvier « (27 décembre) , l'an de l'Incarnation du Sau- « veur 1028, et le trente-cinquième du règne du ce roi Rodolphe. »

(Recueil des Historiens des Gaules par les Bénédictins , vol. 1 1 , page 55 1 .)

Il nous manque pour compléter les chartes de Rodolphe au profit de l'église de Vienne , celle qui contenait la donation du palais des Canaux. Dans une discussion qui s'éleva dans le seizième siècle entre les consuls de Vienne et le chapitre de Saint- Maurice y il fut soutenu que la charte ne confiait au chapitre que la garde , et non la propriété de ce palais. Ce différent fut terminé par une transaction, et la charte fut sans doute égarée à cette époque.

Une charte qu'on trouve dans le onzième volume du Recueil des Historiens des Gaules , page 553 , à la date du 25 août io3i, est relative à la restauration du monastère de Saint-André-le-Haut de Vienne , connu dans le moyen âge sous le nom de Saint- André-les-Nonains , débute ainsi :

« In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Rote dolphus, divina fa vente gratia , Rex :

a Occasum mundi hujus labentis cémentes , fiée nem universœ carnis cum timoré praestolamur; ce ideirco ad consulendum animae nostrae et place candum eum quem in multis nos offendisse ce cognoscimus , monasterium Viennœ situm , in ce honore sancti dedicatum Andreœ , puellare ob ce multitudinem puellarum sanctarum olim in ibi « domino famulantium sic antiquitus nominatum , ce quondam célèbre, nunc autem ruinosum , et ab ce hominibus quidem neglectum, Deo autem, ut ce credimus, earum restaurare volumus. »

ce An nom de la sainte et indivisible Trinité ,

35û SECOND ROYAUME

u Rodolphe, roi, par la faveur de la grâce divine:

u Prévoyant la destruction de ce monde qui dé- « périt, nous attendons avec crainte la fin de toute « chair ; c'est par cette raison que, pour le soin a de notre ame , et pour apaiser celui que nous a reconnaissons avoir offensé dans beaucoup de « circonstances, nous voulons rétablir le monas- « tère situé à Vienne , dédié en l'honneur de saint a André, et nommé anciennement des Filles, h :t cause de la grande quantité de jeunes et saintes a personnes qui s'y vouaient au service du Sei- <t gneur, monastère autrefois célèbre , aujourd'hui u en ruines, vraiment négligé par les hommes, (i mais cher à Dieu , ainsi que nous le pensons. »

A la suite est la longue nomenclature des biens donnés , avec leurs confins ; desquels biens le monastère de Saint- André-le-Haut, autrefois fondé par le duc Ancemond , a joui en grande partie jusqu'en 1790.

On voit que l'approche de la fin du inonde fut la cause de la détermination de Rodolphe.

Cette charte , qui est la dernière que nous connaissions de ce roi, et quelques-unes de ses prédécesseurs , que nous avons citées en leur lieu , établissent combien la destruction de Vienne avait été complète à la suite du siège que cette ville avait souffert sous Boson. Les monastères mêmes, malgré l'esprit du siècle , n'avaient pas été épargnés. Il est vrai qu'alors ceux de Saint- Pierre et

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de Saint-André-le-bas étaient en dehors des remparts romains, mais celui de Saint- André-le-Haut était dans l'intérieur de la ville. Les églises avaient également été renversées ou brûlées ; et ce fut sans doute , ce qui décida les archevêques de Vienne à utiliser l'ancien Prétoire du Forum , et à le convertir en église sous le vocable de Notre Dame ~ de-la-vie . L'isolement dans lequel se trouvait ce monument l'avait préservé de la destruction générale.

Le roi Rodolphe le Fainéant mourut le 6 septembre io32, après avoir envoyé son diadème à l'empereur Conrad le Salique :

« Anno Domini io3a, Rodulphus, rex Burgun- « diae, moriens, diadema suum Conrado imperatori « misit. » (Ex Chronico Saxonico.)

« Anno Domini io52 , Ruodolphus , rex Bur- « gundiae ignavus , obiit , et Conrado imperatori « diadema suum transmisit. » (Ex novo Cod.

Hermanni contracti.)

Le royaume de Bourgogne se trouvait composé au moment de la mort de Rodolphe le Fainéant , des mêmes provinces sur lesquelles avait régné Boson. Une portion du Vivarais, de l'Alsace, de la Suisse et de la Savoie, la Franche-Comté, la Bresse, le Bugey , le Lyonnais, le Dauphiné et la Provence formaient cette souveraineté bien plus importante que ce qu'on appelait alors le Royaume des Francs , royaume qui cependant a trouvé tant d'historiens,

tandis que quelques lignes ont à peine indiqué l'existence du Royaume de Bourgogne.

Ce n'est point à tort que nous nous étions prononcé contre la fausse dénomination de royaume de Vienne ou d Arles donnée par des auteurs modernes au Royaume de Bourgogne. Ce fut seulement à dater de Louis l'Aveugle et jusqu'au traité entre Rodolphe II et Hugue , que la Franche-Comté et une portion de l'Alsace formèrent un état indépendant; mais j'ai déjà établi jusqu'à la dernière évidence que, même pendant cette période, il n'avait jamais existé de Bois de Vienne ou d Arles.

Rodolphe III ou le Fainéant , à qui toutes les chroniques contemporaines donnent le titre de rex Burgundiœ , ne prenait ordinairement dans ses chartes que le titre de rex. Cependant il en est une qu'on trouvera à la page 5/f5 du volume II du Recueil des Bénédictins , contenant une donation au monastère de Saint-Maurice d'Àgaune, dont l'intitulé est Bodulphus rex Burgundiorum.

Il ne me reste qu'un mot à dire sur les chiffres dont les auteurs modernes ont accompagné les noms des Rodolphe.

Rodolphe I er fut celui qui se déclara indépendant à la mort de Boson , et qui fut roi de la Bourgogne Transjurane.

Rodolphe II ou Raoul régna sur la Bourgogne Transjurane , successivement et momentanément

sur l'Italie , et enfin jusqu'à sa mort sur toute la France et les pays qu'on désignait sous le nom générique de Royaume de Bourgogne.

Rodolphe III ou le Fainéant régna sur ces derniers pays ; mais il est à remarquer que les chroniques de la Provence et du Dauphiné ne lui donnent que le chiffre II , par la raison que Rodolphe I er n'ayant exercé aucune souveraineté dans ces pro- . vinces , n'est pas compté parmi leurs rois.

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