‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 128 sur 136 · CONRAD LE SALIQUE , EMPEREUR ET ROI DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

CONRAD LE SALIQUE , EMPEREUR ET ROI DE BOURGOGNE

Eude , comte de Blois, de Chartres et de Champagne , avait pris toutes ses mesures pour ne pas être frustré de la succession de Rodolphe le Fainéant, son oncle. On pourrait même soutenir qu'il ne resta pas étranger à la révolte des seigneurs du royaume de Bourgogne, lors de la première ou de la seconde donation de Rodolphe à l'empereur Henri. Effectivement Othon de Frisingue s'exprime ainsi :

« Igitur dum Rudolphus Gailiam Lugdunensem « Henrico tradederet, Udo Celticae cornes, eo « quod sororius ejus esset, praefatum regnum jure a hereditatis ad se pertinere calumnians , armata a manu ingreditur. »

Glaber , bénédictin de Cluny (Historiarum sui temporisy Lib. 3), annonce aussi que, du vivant de son oncle, le comte Eude avait cherché à s'emparer du gouvernement.

Quoi qu'il en soit , nous savons que les deux levées de boucliers des seigneurs de la Bourgogne , pendant la vie de Rodolphe, n'eurent pour résultat que d'augmenter leur indépendance; mais à la nouvelle de sa mort, survenue, comme nous l'avons dit, le 6 septembre io32, Eude s'empara de plusieurs places fortes , en annonçant l'intention de •se mettre en possession de la totalité de ce qu'il appelait son héritage.

« Cn jus regnum, Odo sororis suae fîlius,

a princeps Gallicae Campaniae invasit. » {Ex novo Cod. Hermanni contracti.)

Pendant ce temps , l'empereur Conrad était en Esclavonie où il apprit à la fois la mort de Rodolphe et l'invasion du comte de Champagne. Il se rendit en toute hâte à Strasbourg, où il arriva vers les fêtes de Noël , et y réunit promptement des forces considérables ; mais l'extrême rigueur de la saison le força à mettre ses troupes en quartier d'hiver.

Au retour de la belle saison en io33 , l'empereur concentra son armée à Zurich. Ce fut là que la reine Ermingarde, veuve de Rodolphe, accompagnée de plusieurs grands personnages et entre autres d'Humbert aux blanches mains, comte de Maurienne , que quelques-uns disent être un descendant de Charles - Constantin, ancien prince de Vienne, vint offrir ses hommages à l'empereur. Cette princesse, pour éviter les embûches du comte de Champagne , avait été forcée de passer par M-

talie. Conrad la reçut avec les plus grands honneurs , et ne la renvoya qu'après l'avoir comblée de présents, ainsi que sa suite.

L'empereur se décida à porter la guerre en Champagne. Les plus grands ravages furent commis dans ce comté, qui appartenait a Eude. Aussi ce dernier, qui éprouvait une vive opposition dans une partie du royaume de Bourgogne , et qui se* voyait au moment de perdre les terres de son apanage , prit le parti de se soumettre ; mais sa soumission ne fut qu'apparente , car, dès l'année suivante, il refusa de rendre quelques-uns des châteaux dont il s'était emparé.

Conrad se décida de nouveau à entrer dans le royaume de Bourgogne; mais il fut prévenu par Eude, à qui l'on ne saurait refuser beaucoup de courage , d'activité et de ténacité dans ses entreprises.

Eude était arrivé jusque sur lesbords du Rhône, et pendant ce temps l'empereur avec une armée d'Allemands , s'était porté par la Suisse sur Genève. D'un autre côté, l'archevêque de Milan, à la tête de beaucoup d'Italiens , le comte Humbert aux blanches mains et d'autres seigneurs de la Bourgogne, accoururent comme auxiliaires de l'empereur. La jonction de ces différentes troupes se fit à Genève, où l'archevêque de Lyon et beaucoup de nobles des environs vinrent faire leur soumission à Conrad.

L'empereur se rendit maître d'un château fort , nommé Murât , dans lequel Eude avait placé une forte garnison qu'il fit prisonnière de guerre. Le château fut rasé , et à dater de ce moment , Conrad ne laissa pas un moment de répit aux partisans du comte de Champagne. Tous furent pris, tués ou chassés du royaume de Bourgogne. Après cette expédition , Conrad se fit couronner roi des Bourguignons à Genève , le jour de la fête de Saint-Pierre-ès-Liens , par l'archevêque de Milan , en présence des grands d'Italie et de Bourgogne. (Ex Hepidanni monachi sancti Galli brevibus Annalibus, anno io340

La soumission de l'archevêque de Lyon , oncle du comte Eude , ne parut pas sincère à l'empereur Conrad, et il prit le parti de l'exiler. (Glabri Rodulfi historiarum, Lib. 5, c. 6.)

Tout paraissant terminé en Bourgogne , l'empereur , après avoir reçu des otages des principaux seigneurs , alla par la Franche-Comte et l'Alsace rejoindre l'impératrice à Strasbourg, où elle l'attendait. (Ex Vita Chunradi Salici imper at. auctore Wippone.)

En l'année io35, il y eut divers conciles dans le royaume de Bourgogne pour trouver le moyen d'empêcher les guerres particulières des seigneurs entre eux; mais l'ambition de la plupart de ces grands personnages les rendit sourds aux sollicitations et aux prières. (Ex Chronico Firdunensi.)

Je crois, sans pouvoir l'affirmer, que la reine Ermingarde mourut cette même année io35. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'après cette année on ne trouve aucun indice qui puisse faire supposer que son existence se soit prolongée au delà. Elle mourut à Vienne le 27 du mois d'août.

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