CONSTRUCTION DE PLUSIEURS ÉGLISES DANS VIENNE
L'homélie des rogations nous apprend que, sous saint Mamert , il existait plusieurs églises dans l'intérieur de la ville. Effectivement, nous connaissons déjà celle des Sept-Frères-Machabées, qui avait remplacé celle des Apôtres. Une autre église avait été dédiée à saint Martin , troisième évêque de Vienne , vers la fin du quatrième siècle.
Celle de saint Sévère fut construite pendant la domination des Bourguignons.
Saint Sévère , dit la légende , était un prêtre indien qui se fixa à Vienne. Il fit bâtir une église sur les débris du temple de tous les dieux.
Lorsque saint Germain, évêque d'Auxerre, se rendit en Italie , il promit à saint Sévère d'assister à son retour a la dédicace de l'église à laquelle on travaillait. Saint Germain mourut àRavenne en44^» après avoir ordonné que son corps fût transporté à Auxerre. Il arriva, par un hasard assez singulier , que ses dépouilles mortelles traversèrent la ville de Vienne le jour même de la dédicace de l'église de saint Sévère, dans laquelle elles furent exposées. La nouvelle église fut dédiée à saint
É tienne, et ce ne fut qu'après la mort de saint Sévère qu'on la mit sous le vocable de ce dernier.
Saint Sévère mourut en 4^0. Son épitaphe , gravée sur une pierre placée au devant du maîtreautel , nous a été conservée par le cèles tin Dubois , Lelièvre , Cborier et Charvet. Les trois premiers donnent inexactement la date du décès de saint Sévère , qu'ils fixent à 4^0. Charvet la porte à 45o.
Il est fâcheux que lors de la démolition de cette ancienne église, qui ne remonte pas à plus de trente ans , l'administration locale ne se soit pas réservé cette inscription tumulaire qui présente plusieurs variantes dans les quatre auteurs que nous avons cités. Il est encore plus à regretter qu'aucun dessin de cette église n'ait été exécuté, qu'aucun fragment des colonnes et autres ornements n'ait été mis de côté , car on pourrait aujourd'hui juger jusqu'à quel point l'architecture et la sculpture avaient conservé leur pureté ou s'étaient dégradées au milieu du cinquième siècle.
On ne connaît pas l'époque à laquelle fut gravée l'épitaphe de saint Sévère. On pourrait asseoir un jugement presque certain sur cette époque, par l'inspection des lettres , si cette pierre n'était pas perdue. Tout ce qu'il y a de positif, c'est que l'inscription fut composée long-temps après la mort de saint Sévère; c'est ce qu'indiquent les mots qui quondam lwc templum funditus instituit.
Quoi qu'il en soit, cette épitaphe était fort ancienne et reposait sans doute sur une tradition constante.
Elle annonce que , soutenu par la puissance divine , saint Sévère trouva des mines d'or partout où il porta la main; et elle se termine par des louanges au Christ pour avoir mis à la disposition du saint voyageur des trésors autrefois enfouis.
Il paraît que saint Sévère trouva beaucoup d'argent dans les débris du temple de tous les dieux.
Le célestin Dubois, qui partage cette opinion, pense néanmoins que le prétendu temple des cent dieux n'était autre chose qu'un arbre que saint Sévère fit arracher , et sous les racines duquel il trouva des trésors assez considérables pour faire construire des églises ; mais le célestin Dubois est en opposition manifeste avec saint Adon, qui , dans sa Chronique (âge 6) , dit positivement que « du a temps de saint Germain , Sévère , prêtre indien , a célèbre par ses miracles , fit construire une église « en l'honneur du bienheureux martyr Étienne , « là où les païens vénéraient les cent dieux dans « un temple d'idoles alors détruit ». Il est présumable que le célestin Dubois a confondu deux époques. C'étaient les Romains eux-mêmes qui avaient construit le temple de tous les dieux, sur l'emplacement où les Viennois Allobroges avaient planté un chêne au pied duquel ils enterraient l'or et l'argent des peuples vaincus.
FAITS DÉTACHÉS. IOI
Enfin J'épitaphe de saint Sévère nous fait connaître qu'il avait fait construire plusieurs autres églises :
Non sol um hanc aedem sed caetera tecta sacravit, plurima constituit
Il existait à Vienne deux anciennes églises : la première, dédiée à Notre-Dame-d Outre- Gère, avait été bâtie sur les débris de l'autel d'Auguste , et fut cédée aux dominicains en 1 383 ; mais elle était dans un état de délabrement tel, que ceux-ci furent obligés de la reconstruire.
La seconde, sous le vocable de Saint-Pierre-entre- Juifs , fut long-temps une des paroisses de la ville; elle occupait la place publique qu'on nomme aujourd'hui place Modbne, Elle fut démolie dans le seizième siècle , parce qu'elle menaçait ruine. Ces deux églises, sur la fondation desquelles on n'a aucun document, mais qui sûrement étaient très anciennes , furent peut-être construites par saint Sévère. Ceci n'est qu'une conjecture, qui prend cependant le caractère d'une certitude , quand on considère qu'on connaît l'époque de la fondation de toutes les autres églises.