CHAPITRE VIL
Sommaire. — Familles de Godefroy, Le Neuf, Pépin, Lafont, Dodier Isabelle, Sauvaget, et Hertel, premiers colons des Trois-Rivières
La première famille qui mérite, à tous égards, de figurer dans l'histoire des Trois-Rivières x est celle de Godefroy.
Thomas Godefroy dit de Normanville, né au village de Lintot, pays ou commune de Gaux, en Normandie, était fils de Pierre Godefroy, écuïer, et de Dame Perrette Gavelier. Il suivit Champlain au Canada, vers l'année 1616, avec son frère- Jean Godefroy dit de Lintot. Anne Godefroy, leur sœur, épousa Jean Testard dit Lafontaine et dit Laforêt, de la ville de Rouen, en Normandie ; sa descendance existe en Canada sous le nom de de Montigny. A partir de 1636, les principaux événements de la vie de Thomas Godefroy, tels que ses voyages chez les Attikamègues en compagnie du Père Bûteux, son voyage en France avec le Père Le Jeune, ses deux captivités chez les Iroquois, ses combats et sa mort sur le bûcher, sont des faits liés étroitement à l'histoire des Trois-Rivières ; nous nous en occuperons en leur temps.
Jean Godefroy dit de Lintot, interprète renommé sous le gouvernement de Champlain, était frère de Thomas Godefroy dit de Normanville, et parent de Jean-Paul Godefroy de la paroisse de Saint-Nicolas des Champs de Paris, qui joua un rôle important et honorable dans les affaires de la colonie. Son nom est écrit dans les registres : M. de Tonnerre, puis, en 1649, M. de Tonnancourt, qui s'est
transmis à une branche de sa famille par René Godefroy de Tonnancourt, son petit-fils, et à la seigneurie et paroisse de la Pointe-du-Lac. Le nom de Lintot, qui lui venait de son village natal, passa à son fils aîné, Michel ; mais dans les archives de la justice des Trois-Rivières et dans un contrat fait à Montréal, l'on voit qu'en 1652, 1662 et 1665, Jean Godefroy était encore désigné sous ce nom que portait également son fils. L'orthographe de Linctot, pour Lintot, fut adoptée vers la fin du dix-septième siècle. Jean Godefroy était interprète aux Trois-Rivières en 1635 ; il n'y a pas de doute qu'il y ait été assez souvent employé comme tel dans le cours de vingt années antérieures, mais depuis ce moment il y a passé sa vie. Le 30 avril 1636, il est qualifié de propriétaire foncier en cet endroit. Ses principales fonctions consistaient à y diriger la traite des pelleteries pour le compte de la compagnie des Gent-Associés, qui avait le monopole de ce trafic. Après la mort de M. de Champlain, il renonça à la vie aventureuse des voyages lointains. En 1638, il reçut la concession du fief Godefroy, mesurant trois quarts de lieue sur le fleuve et trois lieues de profondeur dans les terres, à l'exclusion du petit lac Saint Paul et de la rivière de ce nom, qui le séparent du côté du nord-ouest de la seigneurie de Bécancour. Ce fief fut augmenté de 50 arpents de front en remontant le fleuve jusqu'à la seigneurie de Nicolet. Le nom de Godefroy est resté attaché à la rivière qui sert de décharge principale au lac Saint-Paul et qui, avec la rivière Marguerie, serpente à travers ces terres, où passe aussi de nos jours le chemin de fer d'Arthabaska. En 1655, Jean Godefroy possédait un emplacement sur le terrain de la haute-ville, voisin de la maison de son frère Normanville, côté nord-ouest de la rue Saint-Pierre, entre les rues des Champs et Bonaventure. Jean Godefroy est, sans contredit, l'un des colons qui contribuèrent le plus efficacement à donner de l'importance au premier établissement des Trois-Rivières. Par ses rapports avec la puissante compagnie des Cent- Associé, par les défrichements qu'il fit aussitôt après la fondation du fort, et surtout par son alliance avec la famille Le Neuf, il devint l'un des principaux fondateurs de la ville. En 1636, il passa en France, et y épousa mademoiselle Marie Le Neuf du Hérisson, âgée de 24 ans, et dont le père et l'oncle vinrent s'établir avec elle aux Trois-Rivières. Godefroy con tinua à s'occuper de la traite et à rendre des services au pays, tandis que son frère, plus jeune que lui, était généralement envoyé dans les expéditions où son expérience et son courage reconnu le rendaient indispensable. Du
mariage de Jean Godefroy et de Marie Le Neuf sont nés plusieurs enfants qui, selon la coutume du temps, prirent chacun un surnom :
Michel deLiniot, le premier enfant blanc, né et enregistré aux Trois-Rivières, fut baptisé le mercredi, 21 octobre 1637, et eut pour parrain et marraine monsieur Michel Le Neuf du Hérisson, son grand-père, et marne du Hérisson, sa grand-mère. Il épousa, en 1665, mademoiselle Perrine Picoté de Bélestre, âgée de 20 ans, sœur de M. Pierre Picoté de Bélestre, amenée de France par mademoiselle Mance et les prêtres du Séminaire de Montréal. Elle était novice à la Congrégation, 1 lorsqu'elle se décida à renoncer à la vie religieuse pour se marier. Michel de Lintot demeura d'abord dans la maison de son père avec sa jeune épouse. Nous le retrouverons major des Trois- Rivières et seigneur du fief du Tort.
Louis de Normanville, né en 1638, fut procureur-du- Roy et mourut dans cette charge en 1681. Il avait épousé en 1663, Marguerite, fille d'Etienne Seigneuret, et en eut un fils : René Godefroy de Tonnancourt, né le 12 mai 1669, qui fut lieutenant-général civil et criminel de la jurisdiction des Trois-Rivières.
Jacques, baptisé le 6 mars 1641, filleul de Jacques Hertel et de madame de la Potherie, porta dans sa jeunesse le nom de Vieux-Pont. 2 ,
Jeanne, baptisée le 11 Avril 1644, filleule d'André Crosnier et de Marguerite Le Gardeur de la Potherie, entra en religion chez les dames Ursulines de Québec. Nous empruntons à l'ouvrage intitulé Les Ursulines de Québec les notes suivantes qui la concernent. " Elle avait été élevée, dès l'âge de cinq ans, dans notre monastère, et messieurs ses parents nous l'avaient donnée afin de lui procurer une éducation sainte. Dès l'âge si tendre de six ans, elle avait l'esprit brillant et fort développé, et une mémoire heureuse, ce qui fit qu'en peu de temps elle fit de grands progrès dans la doctrine sainte et autres études convenables à son âge. Elle remportait le plus souvent les prix accordés aux élèves qui montraient des disposions à l'étude. A l'époque où nos Mères furent affligées par le premier incendie (30 décembre 1650) de leur monastère, M. Godefroy vint des Trois-Rivières, dans la plus rude saison de l'année, pour amener sa fille au sein de la famille. Dès que le monastère fut rebâti, la petite Jeanne
1 Histoire de la Colonie française. Faillon, vol. III, p. 316.
2 Registre des audiences des Trois-Rivières, 26 août 1658. Registre de la paroisse, 1658.
fut la première à demander à revenir, car à cette époque même, n'étant encore que dans sa huitième année, il lui fallait quelque occupation sérieuse, Vers le temps de sa première communion, Dieu lui donna une forte inclination à se faire religieuse; mais comme elle était trop jeune, ses parents, pour la divertir, l'amenèrent une seconde fois aux Trois-Rivières, où tout fat employé pour la porter à différer son pieux projet. Monseigneur de Laval, l'avant vue au pensionnat après son arrivée et ayant su qu'elle désirait se faire religieuse, l'obligea encore à vivre quelque temps au milieu de sa famille, afin d'éprouver sa vocation. Elle y fut par obéissance ; mais elle revint à Québec vers la fin du même mois, et l'on fut forcé de l'admettre enfin au monastère. Le 9 octobre suivant, elle prit l'habit religieux, ainsi que le nom de Saint François-Xavier. Cependant Monseigneur voulut prolonger ses épreuves jusqu'à ce qu'elle eût ses dix-huit ans accomplis, et la fervente novice qui brûlait du désir de prononcer ses vœux fut obligée d'attendre jusqu'au mois d'août 1661 pour consommer son sacrifice. Depuis ce moment jusqu'à celui de sa mort, elle ne fit plus que courir dans les voies de la perfection. Employée d'abord à l'Institut, elle fut successivement dépositaire, maîtresse des novices, et maîtresse-générale du pen sionnat. Ses vertus favorites étaient la charité et l'humilité, et elle en donna partout des exemples. Gomme elle offrait tous les jours au ciel une prière fervente pour obtenir l'humilité, le Seigneur exauça enfin cette âme innocente en lui envoyant des sujets de sacrifice pénibles et continuels ; ayant été affligée d'infirmités vers l'âge de soixante ans, le ciel permit qu'elle éprouvât aussi un affaiblissement moral dont elle s'apercevait très-bien, ce qui fut pour elle un nouveau moyen de pratiquer sa chère vertu, l'humilité. Après avoir été ainsi éprouvée par les souffrance, pendant plusieurs années, elle mourut presque subitement le 28 juin 1713, sans avoir même été jugée en danger de mort par les médecins. Elle était âgée de 70 ans, et elle en avait 52 de profession,"
Joseph de Vieux-Pont, baptisé le 20 juillet 1645, eut pour parrain M. de Montmagny, gouverneur-général. Il servit dans les troupes avec le grade de lieutenant, au détachement de la marine en Canada. C'est à lui que M. du Hérisson, son oncle, donna, en 1665, les terrains de la Banlieue, mesurant une lieue de front sur le fleuve, et cinq lieues de profondeur. La guerre des Iroquois l'ayant empêché de coloniser cette seigneurie, il négligea d'accomplir les formalités qui devaient lui en assurer la posses-
sion incontestée. En 1 674, il se contenta de concéder le fief Vieux-Pont, de quinze à dix-sept arpents de front compris entre la troisième et la quatrième rivière de la Banlieue, sur une lieue de profondeur. 1 Nous aurons à parler des débats qui surgirent de ces concessions de terre. Le 21 octobre 1675, Joseph de Vieux-Pont épousa Catherine, âgée de dix-huit ans, fille de Maurice Poulain de la Fontaine. L'un et l'autre moururent vers Tannée 1700. — Leurs enfants : lo Marguerite, née en 1676, épousa Jacques Hertel de Cournoyer et mourut en 1714 ; 2o Louis, sieur de Normanville, né en 1678, devint officier dans les troupes, épousa en 1720 Marguerite Lemaitre, et revendiqua les terres de la Banlieue ; 3o Catherine-Michelle, née en 1680, épousa, enl707, Jean le Maître, sieur de La Longé; 4o Pierre, sieur de Rocquetaillade, né en 1684. 11 alla demeurer au Détroit, où il épousa, en 1724, Catherine Vien, et où il mourut en 1744. Son fils eut la gloire de battre le général Washington au mois de juin 1756, près du village d'Astigné, dans la vallée de l'Ohio.*2 5o Jacques, sieur de Vieux-Pont, né en 1684, officier dans les troupes, épousa, en 1719, Louise-Françoise Véron de Grandmenil, il mourut en 1724 ; sa fille Charlotte se maria en 1747 à Antoine-Claude le Proust ; 6o Jean-Baptiste, né en 1686, mort enfant; 7o Jean-Baptiste, sieur de Godefroy, né en 1689, épousa en 1716 Jeanné Véron, sœur de Louise-Françoise ; 8o Charlotte, née en 1691, se maria en 1717, à Michel Fafard, sieur de Longval ; 9o Jeanne, née en 1696, morte en 1711.
Jean-Amador de Saint-Paul, baptisé le 18 juillet 1649, par le Père Bnteux, eut pour parrain et marraine Charles- Amador de Saint-Etienne, sieur de la Tour, et son épouse. A l'âge de 17 ans, il portait le nom de Jean-Amador dit de Tonnerre [Recensement). En 1675, il épousa Madeleine, fille de Claude Jutras, et en eut : 1 o Jean-Baptiste de Saint- Paul, lequel se maria, en 1726, à Madeleine, fille de Pierre Lemaitre. ; 2o Barbe, qui fit alliance avec Antoine le Pelé dit Desmarets. Sa femme étant morte vers 1680, Jean- Amador prit en secondes noces, Françoise le Pelé dite Desmarets, qui lui donna : 3° Françoise-Michelle, 16835 mariée en 1729 à Jean Boucher, sieur de Montbrun; 4o Marie-Josephte, 1686, ; 5o Marie-Madeleine, née en 1688, mariée en 1 738 à René Boucher, frère du précédent ;
1 Papiers concernant la Banlieue, greffe des Trois-Rivières. Doc. de la Tenure Seig., p. 87.
2 Mémoire sur les affaires du Canada, années 1749-60, p. 80.
60 Jean-Paul, 1691, mort âgé de 19 ans. Le sieur de Saint- Paul possédait une terre dans la Banlieue, il mourut en 1730 ; sa dernière femme était morte trois ans auparavant.
Pierre, né en 1651, mort au berceau.
Marie-Renêe, née le 23 octobre 1652, épousa en 1677, M. Le Boulanger dit St. Pierre, et mourut veUve en 1736, à l'âge de 84 ans.
Pierre de Roquetaillade, né en 1655, concéda en 1675, le fief qui porte son nom, "contenant une demie lieue ou environ le long du fleuve, côté sud, à commencer depuis ce qui est concédé au sieur Jean Godefroy son père, au-dessus des Trois-Rivières, jusqu'aux terres dépendantes de la seigneurie de Nicollet, appartenant au sieur Cressé, avec trois lieues de profondeur dans les dites
terres en considération des bons et agréables services
que le dit sieur de Rocquetaille a rendus à Sa Majesté et qu'il continue de lui rendre dans la compagnie desgardes, servant auprès de la personne du comte de Frontenac, gouverneur-général. 1
Jean-Baptiste, né le 1er avril 1658, vivait en 1681 chez son frère Amador, d'après le recensement de cette année.
Jean Godefroy fut représentant de la -bourgade des Trois-Rivières au Conseil Souverain de Québec, 2 déploya beaucoup d'activité et d'esprit d'entreprise sans s'acquérir de l'aisance et fut ennobli en 1668 par le roi Louis XIV, en récompense des services qu'il avait rendus à sa patrie d'adoption. Les lettres de noblesse portant la date de cette année, furent égarées, on ne sait comment. 3 Dans sa lettre au ministre en date du 2 novembre 1672, M. de Frontenac, parlant des hommes de mérite que comptait la colonie écrit : u II y a encore le sieur Godefroy qui estun des premiers qui soient venus dans ce pays, y ayant quarante ans qu'il y est établi, 4 qui se trouve chargé d'une très grande famille, ayant plusieurs filles et six garçons, qui sont tous gens de cœur et les premiers prêts à aller à toutes les expéditions qu'on leur propose, n'ayant point de meilleurs canotiers dans tout le pays, comme M. de Gour-
1 Documents relatifs à la Tenure Seigneuriale, p. 83.
2 Un contrat de mariage, en date du 2 février 1651, nomme, parmi les témoins : " noble homme Jean de Godefroy, Conseiller au Conseil établi par Sa Majesté." (Greffe des Trois-Rivières.)
3 Ferland, vol. 1er, p. 407. En 1669, une ordonnance obligea les nobles à produire leurs titres, pour en obtenir la confirmation. Peutêtre ceux de Jean Godefroy furent-ils égarés alors.
4 Venu en Canada vers 1616 ; établi aux Trois-Rivières vers 1632 ?
DES TROIS-RI VIÈRE S
celles vous le pourrait certifier, qui les a toujours employés dans toutes ses entreprises. Si vous ordonniez quelques gratifications pour quelques personnes du pays, il y aurait de la justice que celui qui n'est pas trop accommodé dans ses affaires, et qui a une fille qu'il ne peut marier faute d'avoir de quoi lui donner, fut un des premiers à se ressentir des libéralités de Sa Majesté." 1 L'année suivante, le 13 novembre, le même gouverneur écrit que le sieur Godefroy a reçu ses lettres d'ennoblissement. 2 Pour la seconde fois, on eut le malheur de les perdre, mais le roi en fit dresser de nouvelles en 1685. 3 Celles-ci eurent à subir un retardement inexplicable avant de parvenir à la famille. Nous voyons* que le 15 novembre 1713, René de Tonnancour, procureur du Roi auxTrois-Rivières, et le 11 mai 1717, le même, devenu lieutenant-général de la jurisdiction civile et criminelle de ce siège, fit des instances pour être mis en possession du précieux parchemin, lequel se trouve enfin enregistré à Québec en 1721. 5 Les services du père et de ses enfants y figurent ensemble, ainsi qu'on le voit : u Jean Godefroy a travaillé l'un des premiers à former la dite colonie, a dépensé beaucoup de bien, tant à défricher des terres qu'au service de Sa Majesté contre les Iroquois, qui faisaient pour lors une guerre cruelle à nos sujets du dit pays ; il était journellement aux mains avec les Sauvages accompagné d'un de ses frères et de dix de ses enfants, dont cinq furent tués et son frère prisonnier et brûlé par ces barbares." 6
Nous n'avons pas la date de la mort de Jean Godefroy, mais, sa femme, Marie Le Neuf, est inscrite avec la qualité de veuve au recensement de 1681. D'après les recensements de 1665 et 1667, il avait dû naître en 1607 ; il n'avait donc qu'une dizaine d'années quand il suivit Champlain en Canada ; mettons cependant qu'il avait alors vingt ans, il n'est pas moins vrai qu'il travailla en ce pays pendant
1 Manuscrits de Paris, 2me vol., 2me série, p. 138.
2 Manuscrits de Paris, 2me vol., 2me série, p. 364, dans|le post-scriptum d'une lettre intitulée " Etat de la Colonie."
3 Ferland, vol. 1er, p. 407.
4 Manuscrits de Paris, IIme vol, 2me série. Manuscrits de Paris, vol "VI"», 3me série.
5 Ferland, vol. 1er, p. 407.
6 Registre des Insinuations, Conseil Supérieur, E. cité par M. Ferland.
plus d'un demi siècle et que ses fils s'y distinguèrent de diverses manières. En 1672, la famille Godefroy était la plus considérable des Trois-Rivières. La tradition veut qu'un Godefroy, fameux traitant, ait bâti l'édifice qui est aujourd'hui l'Evêché. Ce qui paraît certain, c'est que vers le milieu du dix-septième siècle, Etienne Seigneuret possédait ce terrain, qui passa, par sa fille Marguerite, à Louis Godefroy de Normanville, son mari, second fils de l'interprète Jean Godefroy. Le fils de Marguerite Seigneuret et de Louis Godefroy fut le juge René Godefroy de Tonnancour, qui hérita de la propriété et la transporta à ses enfants.
La descendance de Jean Godefroy et de Marie Le Neuf n'est pas la seule du nom de Godefroy dans le pays. En 1683, Jacques, fils de Jean Godefroy et de Colette d'Anterville, de Saint-Martin de Canteleu, évêché de Rouen, épousa aux Trois-Rivières, Jeanne Brunet, de Charlesbourg, près de Québec. Leur fils, Jacques, né en 1683, se maria, vers 1716, à Marie-Anne Chesné ; on le trouve, peu après, marchand au Détroit, où il est nommé " honorable homme Jacques Godefroy de Maubeuf."
Voici ce que nous savons au sujet des familles Gode» froy, en France :
Théodore Godefroy, qui fut avocat au parlement de Paris, puis conseiller du Roy, publia des ouvrages concernant les rois, la noblesse et le cérémonial de France, entre les années 1610 et 1649. Denis Godefroy, aussi avocat au parlement et bibliographe du Roy, composa aussi des livres dans le même genre entre 1655 et 1682. 1
Le nom de Godefroi, comme Jaufredus, Goffredus, dans les formes latines, est le même que Geoffre, Goutefrey, Jouffroy, Geoffroy, etc., bon, ou secourable ami, en langue tudesque ; god, bon, fried, ami, en allemand. Godefroy, G-odefrey, Godfrid, Gottfried, Gontefrey,- signifient bon ami ; Gutman, bon homme ; Gutherz, bon cœur ; Gudmond, bon protecteur ; Godard, bon et hardi. Tous ces noms, y compris Godin, sont empruntés à des radicaux germaniques qui signifient également Dieu.2
On retrouve aujourd'hui en France des membres, il nous semble, de la famille Godefroy des Trois-Rivières. Les principaux sont M. le marquis de Godefroy, à Paris, et monsieur Godefroy, au château de Grand-maison, département de l'Aisne. Ils portent : d'azur à deux che-
1 Bibliothèque héraldique. Joannès Guigard. Paris, 1861.
2 De Gaston, Origine, étymologie et signification des noms propres, Paris, chez Auguste Aubry. 1867, p. 343,
vrons chargent, accompagnés en chef de deux molettes d'or, et en pointe d'une rose du même. Il y a encore deux autres familles de ce nom dont les armes sont : de gueules à trois bandes d'argent. (Supplément à Vhist. des grandes familles du Canada^. 19-20.)
C'est en 1636 que commence réellement rétablissement de la ville par l'occupation de plusieurs terres et surtout l'arrivée de la famille Le Neuf qui suivit Jean Godefroy. Les Le Neuf étaient de Caën, en Normandie. A l'époque où elle vint aux Trois-Rivières, cette famille avait pour chefs deux frères : Michel-Mathieu Le Neuf du Hérisson, né en 1601, et Jacques Le Neuf de la Potherie, né en 1606. Disons quelques mots de ces deux gentilshommes.
Le Neuf du Hérisson s'établit aux Trois-Rivières avec sa mère et sa femme, Jeanne le Marchand. En 1649, il obtint la concession du fief Vieux-Pont u pour la bonne connaissance que nous avons du sieur Michel Le Neuf, sieur du Hérisson, et de son zèle à l'accroissement de la colonie dans la Nouvelle-France, ayant déjà mis en valeur plusieurs terres que nous lui avons ci-devant
concédées lui octroyons une lieue de terres à prendre
le long du fleuve Saint-Laurent, à l'endroit des Trois- Rivières, en remontant le dit fleuve, sur cinq lieues de profondeur dans les dites terres et lieux non concédés." 1 Ce magnifique morceau de terre, l'un des plus riche du Bas- Canada, était une acquisition faite en vue de l'avenir, car Michel Le Neuf, comme la plupart des gentilshommes de ce temps, s'occupait surtout d'établir les membres de sa famille de manière à procurer le bien-être de leur postérité, c'est pourquoi, en 1665, il donna sa concession, sous sein g privé, à son neveu Joseph, fils de Jean Godefroy, qui ne put en profiter. Le contrat original, au dos duquel était inscrite la donation, fut brûlé dans l'incendie de la maison du donateur, et nous savons que les droits de Joseph de Vieux-Pont ne furent réclamés qu'en 1722 par son fils. M. du Hérisson devint lieutenant-général civil et criminel aux Trois-Rivières ; sa fille Anne épousa Antoine Des Rosiers.
• Le Neuf de la Potherie amena avec lui sa femme, Marguerite Le Gardeur, âgée de 28 ans, et la mère de cette dernière, Catherine Cordé, veuve de René Le Gardeur de Tilly, de Thury-Harcourt en Normandie, accompagnée de ses fils : Pierre Le Gardeur de Repentigny et Charles Le Gardeur de Tilly, qui devint gouverneur des Trois-Ri-
Doc. Tenure Seigneuriale, p. 103.
vières. Marie-Madeleine Le Gardeur, fille de Pierre, épousa en 1646, à Québec, Jean-Paul Godefroy, parent de Jean Godefroy. Les familles Le Neuf et Le Gardeur arrivèrent en Canada en 1636, au nombre de quarante-cinq personnes. C'était un grand renfort pour la colonie, aussi le Père Le Jeune s'en félicite-t-il vivement dans sa Relation de cette année. Jacques de la Potherie concéda, en 1647, la seigneurie de Portneuf, et sa fille ainée, Marie, ayant épousé le sieur René Robineau, celui-ci fit ériger la seigneurie en baronnie, et la donna à son fils. Jacques Le Neuf fut longtemps gouverneur des Trois-Ri vières ; ses enfants étaient: Marie, 1632, Catherine, 1640, qui épousa Pierre Denis sieur de la Ronde, Michel sieur de la Vallière et Alexandre sieur de Beaubassin.
Nous ne connnaissons pas de document qui fournisse la date de l'établissement des premiers colons trifluviens.
Les Pères Jésuites qui s'occupent beaucoup de colonisation en 1635, ne font aucune mention de colons français aux Trois Rivières cette année.
Tout porte à croire, cependant, que Sébastien Dodier, Guillaume Pépin, Jean Sauvaget et Marguerie, commencèrent à défricher dès 1635, sinon avant. Ils sont nommés à titre de propriétaires de terrains, dans plusieurs actes de l'année 1636 ; voici les lieux qu'ils occupaient, depuis la pointe du cap des Iroquois, en remontant le long du Saint- Maurice : Guillaume Pépin, Guillaume Isabelle (concession de 24 arpents, en date du 16 août 1636), et Sébastien Dodier. Entre ces terres et le Saint-Maurice, il y avait un espace libre de six toises. Le terrain élevé qui se trouve entre la rivière et le lit du ruisseau Sainte-Madeleine devait avoir, à cette époque, deux ou trois cents pieds de largeur de plus qu'il n'en a aujourd'hui à cause du courant qui le fait ébouler par larges bandes chaque année. En arrière de ces trois terres, c'est-à dire à peu près où est la rue des Champs, il y avait Jean Sauvaget et François Marguerie.
Ces défrichements provenaient-ils de ceux qui ont dû être faits en 1617 et 1621? La supposition est vraisemblable. Si les premières terres labourées eussent été celles de la Commune, comme elles sont excellentes, on n'aurait pas songé à en ouvrir de nouvelles, et les révérends Pères Jésuites ne les auraient pas obtenues en 1637, puisque leur . contrat ne leur accordait que des terrains non-concédés. C'est donc sur le plateau de la haute-ville et le long du Saint-Maurice que l'on doit supposer les premiers établissements des colons. Des cinq concessions connues en 1636, la terre de Marguerie était la seule qui portât encore son nom en 1700. Il est impossible de dresser une carte exacte.
des premières concessions faites aux Trois-Rivières, les contrats et les papiers qui renferment des renseignements concernant cette partie du pays, ne suffisent pas pour définir la position de chaque terre. " Les anciens habitants avaient un plan dressé par eux et qui faisait autorité quant à l'étendue des limites des particuliers. Ces bornes, en quelques cas, ne sont plus les mômes que celles indiquées dans les titres originaux, différence qui peut avoir été causée par des échanges ou des cessions faites entre les concessionnaires primitifs ou leurs représentants." 1
Guillaume Pépin, né vers 1607, est inscrit en qualité de syndic des Trois-Rivières en 1651, 1652 et 1655. Une petite rivière qui passait sur sa terre, à Champlain, a reçu son nom, mais il demeura en ville jusque vers l'époque de sa mort, en 1697. Sa femme était Jeanne Méchin, née en 1630. Voici la liste de leurs enfants : Jacques, 1646; Jean, 1647 ; Marie, 1649 ; Guillaume, 1651 ; Pierre, 1652; Etienne, 1654; Jeanne, 1656; Madeleine, 1657; Elisabeth, 1659 ; Louis et Joseph, jumeaux, 1660 ; et Marguerite et Marie-Ursule, jumelles, 1662.
Marie épousa, en 1663, Guillaume de La Rue. Jeanne épousa, en 1674, Jean Héroux dit Bourgainville, ancêtre des Héroux d'Yamachiche. Madeleine épousa, en 1671, François Roussel dit Lajeunesse, et mourut à la baie du Febvre en 1722, elle est enregistrée à sa mort sous le nom de Madeleine Pépin dite Tranchemontagne, sobriquet appliqué à son père, probablement. Elisabeth épousa, en 1671, Jean Arcouet. Marguerite épousa en- 1679, Bernard. Joachim. Marie-Ursule épousa Nicolas Geoffroy en premières noces, puis, en 1680, Louis Pinard, veuf de Marie- Madeleine Hertel.
Les deux fils jumeaux de Guillaume Pépin moururent en bas âge. Deux de leurs frères ainés, Guillaume et Etienne vivaient aux Trois-Rivières en 1666, mais leurs traces se perdent complètement après cette date. Il y a lieu de croire qu'ils ne furent pas étrangers aux expéditions et voyages de découvertes si populaires parmi les Trifluviens de* leurs temps. Le lac Pépin, situé près de la rivière Chipewais, dans la vallée du Mississipi, a dû recevoir son nom de quelque voyageur canadien.
Jean épousa Madeleine Loiseau. Jacques se maria, en 1671, à Marie-Jeanne Gaïet, et en eut plusieurs enfants : Marie-Anne, 1673 ; Jean, 1675 ; Marguerite, 1678 ; Pierre, 1680 ; Marie-Antoinette, 1683 ; Jacques, 1685 ; Joseph,
l Bouchette, Dictionnaire topo graphique, 1815.
1689; Marie Anne, 1691 ; et Marie-Jeanne, 1695. Après avoir demeuré dans la seigneurie de Nicolet pendant huit ou dix années, il alla s'établir à Ghamplain vers 1681, et y éleva sa famille qui s'est perpétuée et est devenue nombreuse dans le comté.
Pierre, surnommé Laforce, ainsi que le fils d'Etienne de Lafond, son parent croyons-nous, devint capitaine de milice; à sa mort, survenue en 1722, on l'enterra aux Trois-Rivières. Le fief Laforce, en arrière de Nicolet, fat concédé antérieurement à 1721. Deux ansauparavant, il avait marié sa fille Marie-Louise, dans la chapelle de Nicolet, à Claude Payet, de la Pointe-aux- Trembles de Montréal. Voici la liste de ses enfants:. Guillaume, 1682, mort enfant. Pierre, 1683. Jean-Baptiste, 1686, mort enfant. Louise, 1687, morte jeune fille. Marie- Françoise, 1688, morte en 1712. Jacques, 1691, mort enfant. Josephte, 1700. Marie-Renée, 1702, morte enfant. Jean- Baptiste, 1704 et Joseph, 1706.
Marié à Québec, le 20 octobre 1681, Pierre Pépin dit Laforce habitait avec sa femme, Louise Lemyrrhe, " la maison de la Pointe-au-Sable, où on a dit la messe." 1 En cette occasion fut baptisé Pierre, leur fils, qui eut pour parrain Pierre Mouette, écuier, sieur de Moras. M. Brullon, chanoine de la cathédrale de Québec, administra le baptême. De Pierre Pépin dit Laforce sont sortis les Pépin de Nicolet et de la baie du Febvre.
Une autre famille Pépin a de nombreux rejetons dans le district des Trois-Rivières et dans quelques autresparties du Canada. Son chef était Etienne Pépin dit Lafond, né en 1615, frère ou parent de Guillaume Pépin dont nous nous sommes occupés plus haut. Etienne paraît être arrivé en ce pays après 1640, venant de Saint- Laurent de la Barrière en Saintonge. Il épousa à Québec, en 1645, Marie Boucher, née vers 1627, fille de Gaspard Boucher et sœur de Pierre Boucher, plus tard gouverneur des Trois-Rivières. En 1648, nous trouvons Etienne Lafont 2 et sa femme aux Trois-Rivières, où ils étaient fixés depuis l'année qui suivit leur mariage, comme le prouve l'enregistrement du baptême de leur premier enfant. En 1652, Lafond est présent à la bataille de la quatrième rivière de la Banlieue, où M. Duplessis-Bochard fut tué. On voit par un acte de l'année 1655 qu'il possédait une
1 Registre de la paroisse des Trois-Rivières, 6 nov. 1683.
2 Dans quelques-uns des passages qui concernent les anciennes familles des Trois-Rivières, nous écrivons le nom avec l'orthographe qu'il a reçue successivement, ainsi : Lafont, puis Lafond.
terré voisine de celle de Gaspard Boucher, le long du Saint-Maurice, près le cap aux Corneilles ; cette terre porte encore son nom sur la carte de 1700. C'est en 1655 qu'il concéda le fief Lafond, mesurant un quart de lieue au dessous el- un quart de lieue au dessus de la rivière Sainte-Madeleine, formant un front d'une demie lieue au fleuve Saint-Laurent, et trois lieues de profondeur dans les terres. 1 La rivière de la Madeleine située à six lieues ou environ plus haut que les Trois-Rivières, 2 ne peut être autre que l'une des rivières Machiche.
Le sieur de La Fond 3 figura honorablement aux Trois- Rivières jusqu'à l'époque de sa mort, le l'5 septembre 1665. Sa veuve vivait sur l'une de ses terres, au cap de la Madeleine, en 1667 et 1681 ; 4 elle mourut le 5 novembre 1706, âgée de 79 ans. Voici ce que nous savons au sujet de leurs sept enfants.
lo Jean, né en 1646, épousa Marie Senécal et s'établit à Batiscan. La tradition conservée dans sa famille dit que, de concert avec un Jésuite, il fonda la mission ou paroisse de Batiscan, ce qui nous semble assez exact. Son fils Pierre, né vers 1680, prit le surnom de Maugrain ou Mongrain, qui est resté à plusieurs branches de la famille Lafond ; il est célèbre dans la tradition des voyageurs des Trois-Rivières pour ses expéditions en qualité de guide au Nord-Ouest, où il fit trente-six voyages. Un vieillard centenaire qui demeure dans le comté de Champlain prétend avoir vu Pierre Mongrain dans les dernières années de sa longue existence, alors que sa réputation d'ancien voyageur en faisait l'objet d'une espèce de culte de la part de la jeunesse de ce temps-là. Un autre Lafond surnommé le unoir Mongrain" a laissé des souvenirs analogues; sa famille paraît se retrouver dans certaines paroisses du golfe Saint-Laurent. Pierre Lafond dit Mongrain laissa trois fils, Joseph, Antoine et Louis. Les deux premiers ont fondé de nombreuses familles dans le comté de Champlain ; la descendance de Louis est passée presque toute entière aux Etats-Unis, après avoir habité les Grondines. Sous le rapport de la stature et de la force physique, les
1 Documents de la Tenure Seigneuriale, p. 78.
2 Relation des Jésuites, année 1652, p. 33.
3 Lafond, La Fond ou Lafon pour La Font, qui est l'abréviation de La Fontaine. {Origine, etc. des noms propres. De Gaston, p. 69.)
4 Parmi les domestiques de madame de Lafond, en 1666 et 1681, il y avait un nommé Pierre de La Fond, né vers 1640, et probablement parent de la famille.
Mongrain sont généralement des hommes remarquables ; ils jouissent aussi d'un excellent caractère.
2o Marie, née en 1648 ; 3o Geneviève, née en 1652 ; 4o Pierre, surnommé Laforce, né en 1655, et dont nous parlerons plus loin ; 5o Françoise, née en 1658, épousa vers 1672 ou 1673 Charles Lesieur, ancêtre des Lesieur, des Désaulniers, etc. ; 6o Etienne, né en 1661 ; 7o Augustin, baptisé le 14 mai 1664, eut pour parrain M. de Mésy, gouverneur-général, et pour marraine Jeanne Crevier, femme du gouverneur Boucher, son oncle maternel. D'Augustin descend madame veuve Charles Boucher de Niverville.
Pierre Lafond dit Laforce, quatrième enfant d'Etienne, épousa, vers 1677, Marie-Madeleine, fille de Nicolas Rivard dit Lavigne, et s'établit d'abord à Batiscan. De 1727 à 1738, le sieur Laforce était au fort Niagara en qualité de garde-magasin. Son fils, Pierre, épousa en 1714, Michelle Lebert, et alla demeurer à Laprairie, où naquit le 4 décembre 1728, son fils René-Hippolyte Laforce,1 qui s'est distingué dans les guerres contre les Anglais ainsi qu'au service du gouvernement après la conquête. En 1753, il était garde-magasin au fort Niagara, poste occupé autrefois par son père. En 1754, il formait partie du détachement de Jumonville, et lorsque celui-ci eut été assassiné, il fat fait prisonnier et amené en Virginie. Washington le visita dans sa prison et à la vue de ce brave, capturé par trahison, il ressentit un tel chagrin qu'il versa des larmes. Les Français ayant ensuite remporté quelques avantages, demandèrent la liberté du capitaine Laforce. L'on voit par plusieurs lettres, tant anglaises que françaises, la haute estime dans laquelle il était tenu par les deux partis, et combien il avait su se rendre utile à la cause du roi de France en ce pays. 2 Ayant été échangé, il commanda, en 1756, une barque construite par le sieur Cressé, portant douze canons, sur le lac Ontario. En 1759, il avait sous ses ordres la goélette de guerre française YIroquoise, sur le même lac. Après la conquête, il fut. nommé capitaine des canonniers miliciens de Québec et commanda la goélette armée Providence pendant la guerre de 1775. Conjointement avec M. Bouchette, il devait s'opposer à la descente des ennemis parla rivière Sorel. En 1776,11
1 Notes sur les Archives de Notre-Dame de Beauport. par Messire Jean Langevin, curé de cette paroisse, 2me livraison, p. 249.
2 Les Ursulines de Québec, édition de 1866, vol. 3mep. 228-9. Notes sur les Archives de Notre-Dame de Beauport, 2me, livraison. Notes et papiers particuliers en la possession de M. le Grand-Yicaire Langevin.
fut chargé de croiser à Sillery et à l'Anse-des-Mères, près de Québec. De 1777 à 1781, il se trouva à la tête des forces navales sur le lac Ontario, en qualité de Commodore. En 1794, lord Dorchester le nomma lieut.-colonel de six compagnies de milices de la ville, faubourg et banlieue de Québec, et aussi des compagnies de l'île d'Orléans, Saint-Charles, Saint-Gervais, Saint-Michel et Saint-Valier. Jusqu'à sa mort, qui eut lieu à Québec en 1801, il continua activement son service et fut chargé plusieurs fois de missions délicates qui montrent le cas que l'on faisait de son expérience.
De sa femme, Madeleine Corbin,1 Hippolyte eut*en 1760, à Beauport : 1° Marie-Madeleine, qui épousa M. C. Lusignan; 2° Pierre, qui fut lieutenant-colonel de milice et notaire; 3° Marie-Josephte, qui épousa en 1799 M.René Langlois Germain à Québec. Du mariage de Pierre avec Meiie Angélique-Antoinette Limoges, naquit àTerrebonne, en 1800, et fut baptisé à Lachenaie, parce que l'église de sa paroisse natale était interdite, Sophie-Scholastique Laforce, qui épousa à Québec, le 15 août 1820, M. Jean Langevin. De cette alliance sont nés : Monseigneur Jean Langevin,évêque de Rimouski, Messire Edmond Langevin, Grand-Vicaire de Rimouski, l'Honorable Hector Langevin, Ministre Secrétaire d'Etat et Edouard Langevin, écuyer, greffier de la couronne en chancellerie.
Sébastien Dodier vivait encore en 1651 dans une maison à lui appartenante, située à peu près dans l'angle nord-est de la Place-d' Armes. Sa femme était Marie Bonhomme,, qui mourut vers 1653. Leurs enfants furent : Sébastien, Pierre, Michel et des sœurs dont les noms ne sont pas mentionnés. Les Dodier étaient parents de Pierre Boucher, comme on le voit au contrat de mariage d'Adrien Jolliet avec Jeanne Dodier.
Guillaume Isabelle, épousa, en 1648, Catherine Dodier âgée de 20 ans. Leurs enfants : Pierre, né en 1649, eut pour parrain M. Pierre Boucher, et mourut quelques jours après son baptême ; Jeanne, née en 1650, épousa, en 1667, Jean le Pelé dit Desmarets. Guillaume Isabelle était syndic des Trois-Rivières en 1652, lorsqu'il mourut; il
1 Ses frères étaient: lo. Michel qui entra dans l'armée, devint paie-maître, et mourut à Philadelphie. 2o. François qui mourut dans un engagement dans le Haut-Canada. 3o. Julie qui épousa le marquis de Villeraye, capitaine des troupes à l'île Royale et commandant de l'île Saint-Jean en 1753. Ce marquis était de la famille de Louis Rouer, secrétaire du comte de Frontenac, lieutenant particulier, civil et criminel en la jurisdiction de Québec, et qui avait épousé à Québec Marie Sevestre.
avait encore à cette date des terres aux Trois-Rivières. Sa veuve épousa, en 1653, Pierre le Pelé dit la Haye.
Jean Sauvaget s'établit aux Trois-Rivières avec sa femme Anne Dupuis, veuve de... Benassis, de la Rochelle. Ils étaient mariés depuis longtemps, puisque Jeanne, la seule fille que nous leur connaissions était âgée de 22 ans en 1636. Celle-ci épousa en premières noces Guillaume Benassis et eut une fille nommée Madeleine, née en 1634 ; en secondes noces elle épousa Elie Bourbeau. Jean Sauvaget fut le premier procureur-fiscal aux Trois Rivières ; il figure comme tel dans les cahiers de 1652 et 1656. Cette dernière année, il obtient, de concert avec Etienne Sei-gneuret, marié à Madeleine Benassis, petite-fille d'Anne Dupuis, une terre de trois quarts de lieue de front sur deux lieues de profondeur à la Pointe-du-Lac ; c'est une partie du fief Tonnancour ; après sa mort, qui eut lieu vers 1661, Anne Dupuis, sa veuve, agrandit cette concession. Sauvaget posséda aussi une terre au cap de la Madeleine.
Un grand nombre de noms qui s'altèrent dans la langue parlée finissent par être écrits suivant la prononciation populaire ; cela s'explique d'autant mieux.que les prêtres et les différents officiers de la colonie n'exerçaient leurs fonctions qu'en passant, nour ainsi dire, et ils couchaient dans leurs registres les noms tel que l'oreille les leur enseignait. Le nom de la femme d'Hector de La Rue qui, en 1667, était âgée de 42 ans, est écrit Louise Sauvage et ailleurs Louise Sauvagesse. 1
Etienne Seigneuret étant mort, voici quel était le personnel de ces deux familles en 1681 : Anne Dupuis, âgée de 96 ans, demeurait, avec sa petite-fille Madeleine Benassis, âgée de 47 ans, veuve d'Etienne Seigneuret, chez la fille de cette dernière, Marguerite Seigneuret, âgée de 26 ans, veuve de Louis Godefroy de Normanville ;
l Monsieur l'abbé Gyprien Tanguay, à qui nous sommes redevable de plusieurs notes soumises à notre examen avec une complaisance dont nous ne saurions trop nous féliciter, expliquera, dans un ouvrage actuellement sous presse, un grand nombre d'altérations de nom des familles canadiennes. Voici, par exemple, quatre noms, pris au hasard dans ses manuscrits :
Aubrenan, nom irlandais. Le premier du nom, en Canada, est inscrit: Tec Cornélius Aubrenan (O'Brenan), ce qui a formé: Obéri, Aupry, Tecaubry et Aubry, nom le plus répandu de nos jours.
Banlia est devenu Bainla, Bainlast, Baillât, Baillac, Bayac, Baillard et Bayard ; pour surnom : Lamontagne.
Barsa a formé Berzat, Breza et Bergerat.
Brêchevin s'est transformé en Brugevin, Bergevin, Langevin, nom de la famille de monseigneur de Rimouski.
DRS TROIS-RIVIÈRES
Marguerite avait un fils, qui fut René Godefroy de Tonnancour. Ces quatre personnes, la trisaïeule, l'aïeule, la mère et l'enfant, vivaient dans une maison située où est l'Evèclïé. La seigneurie de la Pointe-du-Lac et l'emplacement de l'Evêché passèrent de cette manière à la branche des Tonnancour, famille de Jean Godefroy. AnneDupuis mourut à l'âge de cent ans, et Madeleine, sa petite-fille à 94 ans.
Jacques Hertel, serviteur des Pères Jésuites aux Trois- Rivières, en 1636, était cousin-germain de Jacques Hertel l'interprète, et son plus proche parent en ce lieu. Il devint propriétaire d'une maison, et vivait encore en cette ville en
1657, où nous le retrouvons signant au contrat de mariage de M.-Madeleine Hertel avec Louis Pinard. Il mourut en
1658. Dans l'enregistrement de baptême d'une petite Sauvagesse, le 20 décembre 1637, le parrain est inscrit Nicolas Hertel, c'est tout ce que nous savons de cette personne.
Jacques Hertel, sieur de la. Frenière, du bourg de Pécamp, pays de Caux, en Normandie, était venu au Canada vers 1615, à la même époque que Jean Godefroy, Nicolet et Marguerie, et comme eux y fut employé en qualité d'interprète ; lorsque les Anglais s'emparèrent de Québec, tous quatre restèrent au milieu des Sauvages, préférant la vie des bois, à laquelle ils avaient pris goût pendant quatorze années de service. Au retour de Champlain, on les vit revenir à Québec avec une connaissance plus approfondie des langues et des coutumes des Sauvages, ayant contracté des amitiés extrêmement utiles parmi les tribus lointaines encore ignorées des Français. Les renseignements assez vagues qui nous sont parvenus sur ce point nous permettent cependant de supposer que Hertel se fixa aux Trois-Rivières avant l'année 1636 ; nous savons qu'il dut s'y rendre fréquemment pour la traite qui s'y faisait chaque été. A partir du 30 avril 1636, où il est parrain d'un petit sauvage, il y résida tout à fait. La double concession qu'il obtint d'un terrain de 25 arpents et d'un autre de 50 arpents aux Trois-Rivières, est du 18 août de cette année. Sa plus ancienne concession porte la date du 16 décembre 1633, elle devait mesurer 200 arpents, mais il est constaté dans l'inventaire de ses biens qu'il n'entra en possession que de 50 arpents en vertu de ce titre. Une autre concession d'une demie lieue du côté du sud, en date du 16 avril 1637, n'était pas réclamée à sa mort. En 1644, il tenta d'opérer des défrichements à l'endroit appelé l' Arbre-à-la- Croix, à l'extrémité sud du fief qu'il venait de concéder de M. l'abbé de la
Madeleine, dans la paroisse de Champlain aujourd'hui;. " Il y avait érigé une petite maison qui avait coûté 60 écuspour la charpente seule, et y avait 6 ou 7 arpents de boisabattu ; le tout a été abandonné dès l'année 1647 par la crainte des Iroquois." 1 Une dernière concession de 14i arpents, faite par M. de Montmagny en 1644, et deux maisons dans l'enceinte fortifiée du bourg complètent à peu près la liste des biens de Jacques Hertel.
Il est l'ancêtre d'une famille nombreuse qui fut ennoblie et qui, sous différents noms, brille dans l'histoire du* Canada ; nous nous bornons, dans ces premières pages, à consigner ce qui se rapporte à son chef, pour nous occuper plus tard de sa descendance. Ayant épousé aux Trois- Rivières, le 29 août 1641, Marie Marguerie, sœur de l'interprète de ce nom, il en eut trois enfants : 1° Le 3> juillet 1642, François surnommé le héro, le plus illustre des enfants des Trois-Rivières, baptisé de lamain du Père de Brebeuf; marraine, Marguerite Gouillard, femme de! Jean Nicolet ; parrain, François Marguerie. 2° Le 2 septembre 1645, Marie-Madeleine ; marraine Marie-Madeleine de la Peltrie, fondatrice des Ursulines de Québec ; parrain M. de Champflour, gouverneur des T.rois-Rivières. Après avoir fait son éducation chez les dames Ursulines de Québec, où elle demeura entre l'âge de cinq et de onze ans, elle épousa, le 29 août 1658, 2 aux Trois-Rivières,, Louis Pinard,'chirurgien du fort. C'est le premier mariage d'une fille née aux Trois-Rivières. 3° Le 26 août 1649, baptisée parle Père Claude Pijart, Marguerite, qui en 1663, épousa J ean Crevier de Bellerive, seigneur de St.-François.
En 1645, la Compagnie des Habitants venait de se former, Jacques Hertel, déjà lieutenant dans les troupes, fut élu syndic pour les Trois-Rivières, ce qui prouve la confiance que les habitants de cette ville avaient dans son habileté à gérer leurs intérêts. Cette charge était purement honorifique, le règlement ne la conférait que pour trois années consécutives. Jusqu'à sa mort, survenue accidentellement le 10 août 1651, aux Trois-Rivières, dans la maison d'Antoine Desrosiers, nous n'avons aucun fait intéressant à constater à son égard. C'est par son fils François, et dans la postérité de celui-ci, que son nom devait prendre place au premier rang dans l'histoire des Canadiens célèbres. Sa veuve épousa le sieur Quentin Moral, en 1652.
1 Inventaires des biens de feu JacquesHertel, 21 août 1651. {Greffe des Trois-Rivières.)
2 Le contrat avait été fait et signé le 13 juin 1657. (Greffe d'Ameau.)