EGLISE DE S. NICOLAS DU CHARDONNET
SUR l'ancien territoire de celle de s. VICTOR
Il me paroît que plusieurs d'entre les Historiens modernes de Paris se sont trompés, lorsqu'ils ont cru qu'une charte de Pierre, Abbé de Saint Victor, de l'an i23o, au sujet de la construction d'une Chapelle, et du logis pour un Prêtre séculier au Chardonnet, que Guillaume, Evêque de Paris, avoit alors dessein de bâtir, regarde l'Eglise de Saint Nicolas et que le terrain de cinq quartiers de terre que cet Abbé donna pour cela dans sa censive, est celui-là même où elle fut bâtie. Lorsqu'un titre laisse des doutes, c'est prudemment fait de consulter ce qui est écrit au dos, quand l'écriture est du même tems. Or, voici ce qui se lit au revers des Lettres de l'Abbé : Litterœ concessionis cujusdam Tab. Ep. Par, peciœ terrœ super fundatione Capellœ S, Bernardi in Cardonetto, f^ Chartui. Il est donc assez décidé qu'il ne s'agit pas ici d'une Chapelle du '
titre de Saint Nicolas, mais de celui de Saint Bernard, qui a donné occasion de bâtir le Collège. L'Evêque Guillaume a pu avoir la dévotion de faire porter à une nouvelle Eglise le nom de ce Saint Abbé, de même qu'Eudes de Sulli, l'un de ses prédécesseurs, avoit eu trente ans auparavant celle d'établir sa fête dans sa Cathédrale. L'Eglise de Saint Nicolas n'étoit pas encore bâtie Ckartui. en 1243, puisque dans un traité passé alors il fut dit que le Prêtre ""'*• ^^- ^'"*de cette Eglise devoit en alligner les fondemens le long du bord de la Rivière de Bievre, qui couloit alors par ce quartier des environs la place Maubert, où il y avoit aussi un petit pont pour la passer. Mais il est sûr que, quatre ans après, la Paroisse étoit érigée avec les conditions que tous les auteurs rapportent, et l'Abbaye de Saint Victor parut dans cet établissement d^une manière fort désintéressée sans y prendre beaucoup de part, quoiqu'elle fut bâtie dans sa censive. J'ai vu le testament d'une
Tab. S. Magi. bourgeoise de Paris de Tan 1247, dans lequel elle laissa à la
Fabrique de Saint Nicolas in Cardineto douze deniers. La dévotion des bateliers qui demeuroient entre les deux rivières de Seine et de Bievre, put déterminer au choi^ de Saint Nicolas. Il y a apparence que le revenu de cette nouvelle Cure étoit considérable, puisqu'en 1260, Renaud de Corbeil, Evêque de Paris, Gaii. chr, voulant à l'exemple du Chapitre de sa Cathédrale attacher une
r. vil, inttr. rétribution suffisante aux Clercs de Matines de cette Eglise, leur assigna vingt-cinq livres de rente sur les produits de cette Cure, somme alors approchante de 5oo livres d'aujourd'hui, qu'il voulut leur être payée, à commencer par le successeur de Bernard, alors Curé. Du Breul et Sauvai, mal informés, ont cru que la Bulle du Pape qui confirme cette attribution de revenu, étoit d'Alexandre III, et de l'an 1166, mais elle n'est que d'Alexandre IV et de l'an 1260. Ce que l'on sçait encore d'ancien relativement au Curé de cette Pafoisse, est que celui qui l'étoit en i356, ayant voulu étendre sa jurisdiction sur les domestiques de l'Ab- GaiL Chr, baye de Saint Victor au-delà des articles arrêtés dans le tems de
T.viicoi,683, l'érection, l'Abbé Pierre de Bruyères l'arrêta par une Sentence de l'Officialité.
Cette Eglise bâtie vers 1245, étoit étendue en longueur vers l'orient d'hiver, et non vers le nord-est comme elle est aujourd'hui. Il reste encore trois arcades de celles qui avoient été bâties pour les vitrages de cette ancienne Eglise ; et les supports de ces vitrages sont aperçus par ceux qui entrent dans celle d'aujourd'hui du côté de la rue S. Victor. Elle n'avoit été dédiée qu'en 1425, par Jean de Nant, Evêque de Paris, à la requête d'Augustin Isembare, que Du Breul a cru être un Curé, parce qu'il n'étoit pas instruit des differens exemples de Dédicace faites aux frais des riches Paroissiens, qui ne les demandoient souvent que longtemps après la consommation des édifices, ce qu'on pourra remarquer plus d'une fois dans les tomes suivans de cet ouvrage. Le bâtiment en fut augmenté en 1545, et l'on y érigea en même tems les Chapelles de N. D., de S. Jean, de S. Jacques et de S. Honoré, ainsi qu'il se voit, par la permission accordée le Reg.Ep, 19 Avril, à l'Evêque de Megare, de bénir le tout ensemble. Les modernes ont fait observer que ce fut en i636 que l'on commença l'édifice tel qu'il est aujourd'hui, et qu'il n'a été continué que dans le siècle présent. On voit qu'il y manque encore le grand portail, dont on attend la construction pour faire la Dédicace de cette Eglise. Le clocher en forme de Tour est de l'an 1626. Il a été bâti par Charles Contesse, suivant Tinscription qui s'y lit au bas, du côté de la rue.
En i65i, André Du Saussay, Vicaire Général de l'Archevêque