I. Le mot Eschala!( vient de là
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Ton apperçoit Paris avec le canal de la Rivière de Seine qui partage cette ville. Le nombre des feux marqué dans le livre de l'Election de 1709, est de 220 feux. Le dénombrement publié en 1745, marque le même nombre. Le Dictionnaire Universel de toutes les Paroisses du Royaume qui a paru en 1726, et dans lequel on compte par habitans ou communians, on met à Chaillot 538.
L'Eglise Paroissiale est sous le titre de S. Pierre. C'est un Hist. s. Afart. à bâtiment tout neuf, à la reserve du sanctuaire, terminé en demi- Campts. cercle sur la pente de la montagne, lequel peut avoir été construit il y a cent ans. Il est supporté de ce côté-là par une Tour solidement bâtie; cette Eglise a une aile de chaque côté, mais ces deux aîles ne se rejoignent point derrière le grand autel. L'Anniversaire de la Dédicace s'y célèbre le Dimanche d'après la S. Martin. En i65i, l'Archevêque de Paris permit d'y exposer des Reliques données par l'Abbesse de Montmartre et par François Gresset, Reg. Arch. Par. Minime. Je ne connois point ces dernières; mais les premières 4Jan.i6:>i. étoient sans doute des reliques des Martyrs de Montmartre même, dont il est parlé au long à l'article de Montmartre. On y voit dans le chœur la sépulture d'Amaury-Henri Gouyon de Matignon, Chevalier, Comte de Beaufort, Province de Bretagne, décédé le 8 Août 1701.
L'Eglise de Chaillot avoit été donnée au Prieuré de Saint Martin des Champs, apparemment dès le tems que ce Monastère fut fondé par le Roi Henri I. La Bulle du Pape Urbain II, qui Htst.s.Mart. la met parmi celles qu'il confirme au Prieur Ursion, est ^j^^^ Camp. p. 14». l'an 1097. Celle de Callixte II, de l'an 11 19, la met à la tête itid., p. r^j. de toutes les Cures de la dépendance du Prieuré de Saint Martin, Altare et decimam de Callevio: ce qui est suivi en tout par celle md., p. 170. d'Innocent II, de l'an 1142. La Bulle d'Eugène III, donnée en 1147, ^^t Altare et decimam de Calloio. Les Lettres de Ibid.,p.i7g. Thibaud, Evêque de Paris, d'environ l'an ii5o, confirment à ibid.,p.i88. ces mêmes Religieux Decimam de Challoio et altare. Le Pouillé Parisien du XIII siècle marque l'Eglise de Chaillot sous le nom de Chailloel, à la nomination du Prieur de Saint Martin, ce qui est suivi par ceux des tems postérieurs. Elle est marquée dans le district de l'Archiprêtré de Paris Jn Archipresbyteratu Parisiensiy ce qu'on a depuis appelle l'Archiprêtré de la Magdeleine; il est fait mention des revenus et charges de cette Cure dans l'Arrêt donné en 1720 entre le Prieuré de S. Martin des Champs Arrêt de et le Curé de Saint Nicolas.. s. Nie. p. 19.
Voici ce que j'ai pu apprendre de la Seigneurie de Chaillot et des habitans du lieu. Il y avoit à Paris, dès la fin du règne de mst. s. Mart, Saint Louis, des Bourgeois qui à leur nom Arrode ajoutoient p- ''74.
celui de Chailloûel. Les enfants de Jehan Arrode de Chaillouel moururent en 1284 et 1285. Si ces Arrode n'étoient pas Seigneurs de Chaillot, on ne peut refuser ce titre à Jean Arrode, fils de Nicolas, qui vivoit vers le même tems ; sa tombe en la Chapelle de S. Michel, au cimetière de S. Martin des Champs, le qualifie Seigneur de Challiau, comme aussi Nicolas Arrode y est dit sur la sienne, Sire de Chailliau, et décédé en i3i6. Des Lettres du Recueil Roi Louis XI, datées du Pont de Samoys, le 7 Octobre 1474, des Ordonn. etc. ^q^s apprennent que la Terre de Chaillot étoit possédée à la fin
en fftveur « i a *
du Chateiet par ^u XIV siécle et vers Tan 1400 par Jacques Michel, Ecuyer. Ar- M. Du Pré naud Bachelier, son neveu, lui succéda. Il en jouit durant quel- *" i* "^^° 5 4^® tems, après lequel cette Terre et Seigneurie fut transportée „. . en 1438 à Henri Roussel, qualifié Avocat en Parlement, dans Gr. offic. T. VI, un acte de Pan 1445. A sa mort, il laissa deux filles: Simone p. 340. Roussel, qui fut mariée à Aymard Durand, Conseiller au Parlement, et l'autre mariée à Jean de Colers, pareillement Conseiller en la même Cour, lesquels en 1450 renoncèrent à cette Terre; pour laquelle raison la même Terre, comme vacante et par défaut d'hommage, fut mise en la main du Seigneur de Marly-le- Château, nommé Gui de Levis, Seigneur féodal, qui en jouit Regist. du ch couséqueuce. Mais comme à l'occasion de quelques -prison- Châieiet intit. niers déteuus en 1472 dans les prisons Seigneuriales de Chaillot, àiaBibi"u^Ro '^ Procureur du Roi au Chàtelet connut que les prisonniers de
ce lieu avoient accoutumé d'être amenés aux prisons du Chàtelet, quand il y avoit cas appartenans à Haute Justice, ou quand le Maire de Chaillot les avoit gardé vingt-quatre heures, et non aux prisons de Marly; ensorte que par Sentence du Prévost de Paris, donnée le 6 Mars de la même année, la Haute Justice avoit été adjugée au Roi en toute la Terre de Chaillot, avec le droit des Aubeines et biens vacans appartenans au Haut- Justicier : en conséquence Louis XI disposa de cette Terre, comme à lui appartenante, et la donna à Philippe de Comines, Sire d'Argenton et de Revescar, son Conseiller et Chambellan, Mem. pour les bons services qu'il lui avoit rendus. Guillaume le Duc, deiaChamb. Conseiller au Parlement, s'opposa à la vérification des Lettres; ^ ws^iTs" ^^^^ îl y eut une Sentence du Trésor entr'eux deux ; ensorte que Comines posséda cette Seigneurie le reste de sa vie. Au reste, on trouve que le Seigneur de Marly ne perdit point ses droits féodaux sur Chaillot. Un Arrêt de la Chambre des Comptes du 23 Juillet 1492 nous apprend qu'il fut ordonné à Pierre de Livre bleu du Quatre-Hvrcs, Procureur du Roi au Chàtelet, de faire hommage Chàtelet, fol. 3o. pour le Roi au sieur de Marly pour la terre de Challeau, près T ji*"^* g Paris, mais sans observer les solemnités que gardent les autres
vassaux, de s'agenouiller et de baiser le Seigneur suzerain. La
consistance de la Seigneurie de Chaillot est ainsi expliquée dans les Lettres du don fait à Comines Tan 1474 : une tour quarrée et les prisons dessous, l'Hôtel de la Seigneurie qui étoit alors en masures, environ sept arpens de jardin et cerisoye qui alloit jusqu'aux fossez des Egoiits de Paris, trois arpens de vignes en une pièce, seize ou vingt arpens de terre, trente livres parisis de gros cens, huit livres de menu cens. Rouage des vins qui se baillent à ferme, et six ou sept arriere-fiefs tenus de la Tour quarrée. Justice moyenne et basse, avec Maire et Sergent.
La terre de Chaillot a eu aussi quelque Fief, relevant d'elle en tant que Terre du Roi. Jean de Boulainvillier, Chevalier, Compte Gouverneur du Comté de Clermont en Beauvoisis, qui possédoit <*" i>oma»nc du côté de sa femme un Fief à Sevré, en rendit hommage au Roi x. m, p. 473. vers l'an 1487. Ce fief de Sevré est apparemment le même fief situé à Sevré, dont les Celestins de Paris étant devenus possesseurs, don- Recueil des nerent aveu et dénombrement en i565 au Seigneur de Chaillot, Ordonn. pour ic dans lequel est énoncé droit de Justice haute, moyenne et basse, parie Comm?8s.
Depuis Philippes de Comines, le seul vestige de Seigneurs Dupré p. aiy de Chaillot que j'aye vu, est dans les Registres du Parlement de l'an 1524, où on lit que Jean de Thumery, Seigneur de ce lieu, Reg. Pari. ayant demandé à faire le cry à la S. Pierre, fête du village, comme ajJun. on l'y faisoit lorsque cette Terre étoit en la main du Roi, il fut ordonné que ce cry seroit fait par un Huissier du Parlement et de l'autorité de cette Cour, et il fut défendu au sieur Thumery et à Louis d'Albiac, tuteur de Jean du Fresnay, mineur, de le faire. Il faut revenir ensuite au règne d'Henri III, lequel en Recueil des vendit la Haute-Justice à Simon Cressé, Général de la Cour des Ord. ci-dessus Monnoies, le 29 Décembre 1576. Il est probable qu'il posséda ^' aussi la Seigneurie. Ce Seigneur étoit décédé dès l'an i58o; ceux qui comparurent pour la terre de Chaillot, à la rédaction de la Coutume de Paris de cette année-là, sont ainsi désignés : « Jean le Tonnelier, Seigneur de Breteuil, Notaire et Secrétaire « du Roi, au nom et comme Tuteur et Curateur des enfans mi- « neurs, descendans de feu Simon Cressé... et encore M. Matci thieu Bardon, Avocat en la Cour de Parlement, Seigneur, à « cause de sa femme, avec ledit Tonnelier audit nom, dudit <K Chaillot. » Mais dès l'an i583, on trouve un Cressé en cause au sujet de la Terre de Chaillot; son nom étoit Philippe Cressé, selon un acte de l'an i586. En cette année, la veuve d'un nommé rat. Ep. Beauquésne, qualifié Seigneur de Chaillot, parce qu'il y possédoit P^r. in s, EUg. peut-être un fief, obtint un Arrêt contre lui, pour lui défendre Recueil de le troubler en la Justice de ce village *. Le Recueil d'où je tire «-dessus p. a 18.
I. 11 avoit eu apparemment pour successeur Gilles de Fresnoy, lequel on trouve avoir vendu en 1594, à Jean Griffon, le Fief, Terre et Seigneurie de
ces faits puisés dans un plaidoyé, marque aussi qu'il y avoit eu Recueil ci-dess. uu Arrêt du Parlement, par lequel Claude de Prat étant au lieu p. 209. jç Philippe Cressé, fut maintenu en la jouissance et possession de la Haute-Justice de Chaillot, laquelle étoit de l'ancien Domaine du Roi ; mais il n'en dit pas le tems. Dans une Sentence du premier Février i633, le sieur de Bassompierre est dit Seigneur ibid., p. 2ia. Haut-Justicier de Chaillot, et sa veuve est dite Dame de la Haute- Justice de ce lieu dans une Sentence de Pan i636 et dans un acte de 1643. Enfin les Religieuses de la Visitation, que Marie- Henriette de France, Reine d'Angleterre, avoit attirées en cette Ibid., p. 303 Paroisse, et qui sont de fondation Royale, devinrent Propriétaires et 208. pgj. engagement de cette Haute-Justice, qui leur fut adjugée à la Barre de la Cour le 12 Mai i65i ; ce qui ne détruisit point les Justices subalternes du même lieu. La principale appartenoit au sieur Jean le Clerc de Boisrideau ; il fut gardé et maintenu dans Ibid. et p. 3o3. cette moyenne et basse Justice par Arrêt du Conseil du 3 Sep- "°^«- tembre 1664. Jeanne- Louise -Françoise le Clerc de Courcel d'Erval, fille majeure, en jouit après lui, puis la vendit en 1684 à Marie Damond, marquise d'Estiaux, veuve de Charles Croiset, Secrétaire du Roi, Controlleur Général de la Grande Chancellerie. Cette veuve Croiset la revendit le 24 Mai 1686 à ces Dames de la Visitation. Il leur restait encore une Justice subalterne à acquérir à Chaillot. André Victon, Prêtre, dont je ne connois point les auteurs, l'ayant vendue le 24 Mai 1689 à Madame de Croiset, ci-dessus citée, ces mêmes Religieuses l'acquirent d'elle le i3 Mai 1693.
Ibid, p. 3i3. Il paroît, par ce qui se lit dans l'Arrêt du Conseil du 3 Septembre 1664, que ces Justices subalternes acquises en dernier lieu par les Religieuses de la Visitation, n'étoicnt autre que l'ancienne Justice de Long-champ dans Chaillot, divisée en deux. En efiet,* on lit dans une Sentence du Châtelet du 6 Mars 1472, que les Dames Religieuses de l'Abbaye de Long-champ, qui sont fort voisines de Chaillot, y avoient une Justice, dont le Maire étoit Regist. du uu nommé Pierre Gorignet, et qu'elles y furent conservées, Châtelet, iniit. commc Guy de Levi, Sieur de Marly, dans la sienne. Le même 3Mi'^'^ rouge ^^^^^ ^^ Conseil fait mention d'une acquisition du 3o Ocfoi. 65 et 66. tobre 1639 par un Marchand de Paris, d'une maison située à
Recueil Chaillot sur le territoire du fief de Long-champ, ci-dcssusp. 217. Il n'y avoit cucore que cinq ans que les Religieuses de la Visitation étaient établies à Chaillpt et reconnues Dames du lieu, Recueil lorsqu'elles obtinrent du Roi l'amortissement du Château de ce ci-de5su8p.3i3. village, de la maison du Jardinier, Jardin et Bois clos de murs,
Chaillot, avec droit de haute, moyenne et basse Justice. — Rec. des ordon. pour le Châtelet, par le Commiss. Dupré 1740, p. 217.
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avec la Haute-Justice, sans être tenus de payer finances mais seulement homme vivant et mourant pour cette Haute-Justice. Les Lettres sont du mois de Septembre i656. Quelques mois aupara- Arrêt du vant, il y avoit eu un Arrêt de compétence contre leurs Officiers. «^ «Janvier 1 656
Q&ns le livre
Le Juge de Chaillot avoit fait enfermer dans les prisons du lieu deiaConnetabiie des hommes pour cause de Duel. Les deux prisonniers en furent p. i3o. tirés pour être conduits ailleurs, avec défense à ce Juge de connoître des crimes de Duel, et le tout fut renvoyé à la Connétablie. Mais ce qui commença à donner du relief à la Terre de Chaillot, est que trois ans après, c'est-à-dire en lôSg, ce lieu fut déclaré faubourg de Paris, sous le titre de Faubourg de la Conférence. Comme ce changement regarde encore plus les habitans que le Seigneur, il faut qu'avant d'en parler je réunisse ce que j'ai trouvé d'antérieur à ce tems-là sur ces mêmes habitans.
On peut remonter jusqu'au règne de Louis le Gros, pour trouver quelque chose à dire sur les habitans de Chaillot. Ce lieu étoit un des villages appartenans au Roi, dans lesquels étoit en vigueur Gioss. Cangn au XH siècle et avant l'origine des affranchissemens, la coutume "^^^ ^«f*^*^*appellée Befeht. Les Chanoines de Sainte Geneviève de Paris trouvoient cette coutume là favorable aux Terres qu'ils avoient proche celles du Roi. Ainsi, de même que cet usage subsistoit à Villeneuve-le-Roy et à Mons proche Athies, qui étoient alors Terres-Royales, il avoit aussi eu lieu à Chaillot, et les paysans d'Auteuil s'en étoient bien trouvés. L'utilité de cette coutume consistoit en ce que, contre l'ordinaire, la femme suivoit le sort du mari quant à la servitude, et même tous les enfans qui naissoient d'elle. Ainsi, par ce moyen, une femme de Chaillot, serve du Roi par sa naissance, épousant un homme serf de Sainte Geneviève à Auteuil, devenoit serve de l'Abbaye de Sainte Geneviève, aussi bien qye les enfans qu'elle mettoit au monde, et réciproquement, si c'étoit une femme d'Auteuil qui épousât un homme serf de. Chaillot, le Roi y gagnoit la femme et les enfans.
Le Roi Louis le Gros accorda à la prière d'Etienne, Doyen de Sainte Geneviève, l'an 1124, que cette coutume fût continuée à perpétuité dans la Terre de Chaillot et les deux autres ci-dessus nommées. Du Breul parle d'une autre coutume qui avoit lieu à Chaillot, et dont il ne dit point l'origine ; mais au simple récit, on peut juger qu'elle étoit née dans un siècle assez reculé. Les habitans de Chaillot doivent, dit-il, chaque année pour hommage à l'Abbé de S. Germain des Prez, ou en son absence à son Receveur, Du Brcui deux grands bouquets à mettre sur le dressoir, et demi douzaine ^"^*?* ^^ i**"' de petits, avec un fromage gras fait du lait de leurs vaches qui p[ 2^%. viennent paître à l'isle Maquerelle au deçà de la Seine, et un denier parisis pour chaque vache. En i543, le Roi François I fit
Memor. de don aux habitans de Chaillot de la dépouille des vignes et terres la Chambre des j^ p^j.^, ^^ Boulogne pour une année seulement. Il y a eu en 17 17,
un Mémoire imprimé chez Laurent d'Houry, en faveur des Religieuses de la Visitation, Dames de Chaillot et des Habitans, contre les Traittans, pour prouver que Chaillot, s'il est faubourg de Paris sous le titre de faubourg de la Conférence, comme il a été Edit. du mois appelle la première fois en lôSg, ne doit que la subvention de de Juillet 1659. l'entrée du vin, et non d'autres entrées comme les autres fau- Dict. des Arrêts, bourgs ; parce que ce droit d'entrée n'est que par commutation de
quatre mille livres de Tailles, auxquelles ce village avoit été imposé chaque année depuis i65o. Comme cette somme ne pouvoit pas s'y lever, le Conseil changea la taille en droit d'entrée, tant sur le vin du crû que sur le vin de l'étranger, et dès le commencement, ce droit produisit par année au moins huit mille livres. Dans le même Mémoire, pour prouver que Chaillot n'est un faubourg qu'en figure, on allègue que ce qui vient de Chaillot à Paris paye entrée, que Chaillot doit corvées lorsque les Princes chassent, que Chaillot ne relevé pas au Châtelet, mais qu'il a ses Juges particuliers et des Notaires Royaux, que la garde Bourgeoise n'y a pas lieu, que lorsque l'enceinte de Paris fut déterminée avec ses faubourgs par Arrêt du Conseil en 1674 le 28 Avril, Chaillot n'y fut pas compris, non plus que dans la division des Quartiers de Paris, fixée par Arrêt du Conseil du 14 janvier 1702, qu'enfin on paye la dîme à Chaillot, ce qui n'est pas dans les Paroisses des Faubourgs. On en conclut que Chaillot est un village comme les autres, de plat pays. On y remarque plus bas, que Chaillot consiste en une seule rue qui a près d'un demi-quart de lieue de longueur, que tout le commerce qui donne la subsistance à la plus grande partie des habitans consiste au blanchissage du linge et au labourage des terres. Quoiqu'il en soit de ce Mémoire, Chaillot n'est point un des lieux les plus peuplés d'autour de Paris, peut-être à raison de trois Communautés Religieuses qui y occupent beaucoup de terrain. Vers le milieu du dernier siècle, Charles Richer s'étant qualifié Notaire Royal du Châtelet, Coiiect. des résident à ChaiUot, deux Arrêts de l'an 1661 le condamnèrent à ^ "*^p 78*5 °^ ^^ sortir, avec défense d'y instrumenter, à peine de faux.
La plus ancienne des trois maisons Religieuses de Chaillot, est celle qui est bâtie sur le fond qui a conservé le nom de Nijon, qui étoit le nom primitif de toute la côte, ainsi que j'ai déjà dit. Les Ducs de Bretagne avoient en ce lieu au XIV siècle, une maison de plaisance, dite pour cette raison le Manoir de Nigeon, ou Sauvai l'Hôtel de Bretagne. Gui de Bretagne, Comte de Penthievre, y I. II, p. i3i. niouruten i33i. Marie de Bretagne, fille de Charles de Chastillon, posséda cette maison en i36o, et la porta en mariage à Louis, Duc
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d'Anjou, frere du Roi Charles V. Cet Hôtel ou Châtelet, qui Le Ubour. appartenoit en 1427 au Duc de Bretagne, fit une partie des biens /'^^^Tj" ,.f y* situés à Chaillot, que le Roi d'Angleterre donna le 28 Avril de la p. ^7, même année au Comte de Salisbury, avec un autre Hôtel et des Sauvai. Terres qui appartenoient à un nommé Jean Tarenne. Ce don ' "*^J" n'étoit que pour la vie : ainsi le Comte de Salisbury étant mort le 3 Novembre 1428, le Duc de Bretagne rentra dans ce bien, et en jouit jusqu'à son décès.
MINIMES. Anne de Bretagne, femme du Roi Charles VIII, ayant eu cette maison de ses ancêtres, en fit la destination pour l'établissement d'un Couvent de Minimes, y ajoutant un autre Hôtel contigu, qu'elle acheta en 1496, de Jean de Censy, Bailli de ibid. p. 643. Montfort l'Amaury, lequel Hôtel dépendoit de la Seigneurie d'Auteuil et contenoit sept arpens entourés de murs, avec un vivier au bas, et une Chapelle dite Notre-Dame de toutes-grâces. La même Reine fit commencer une Eglise plus grande, qui ne fut achevée que sous le règne de François I, et peut-être encore plus tard, puisque ce ne fut qu'en i563 que le Roi donna à ces Religieux Mem. Camer. toutes les pierres de taille restées sur le bord de la Seine du ^^^^' côté de Grenelle. On appella la nouvelle Eglise du nom de l'ancienne Chapelle, Notre-Dame de toutes grâces, et elle fut dédiée sous ce titre le 12 Juillet 1578, par Henri le Meignen, Evêque '^^^' ^^' ^'"""* de Digne, au nom de l'Evêque de Paris, qui ordonna que l'Anniversaire seroit fixé au premier Dimanche de Juillet. Ce Couvent fut le premier que cet Ordre eut aux environs de Paris, et ils en furent redevables aux soins de deux Docteurs de Paris qui s'y étoient d'abord opposés (on ne dit pas pour quelle raison), sçavoir Jean Quentin, Pénitencier de Notre-Dame, et Michel Standon, Principal du Collège de Montaigu. Le premier logea chez lui les six Religieux que S. François de Paule y envoya, en attendant que ce Couvent de Nijon fût en état, et voulut par son Testament que son cœur fût enterré dans la Chapelle de Ste Anne de leur Eglise, où sont gravés les vers suivans :
Cy gist au bas de ce pilier Le cœur du bon Pénitencier Maistre Jean Quentin sans errer y Qui de ce Couvent bien/acteur Fut y et de l* Ordre amateur.
Les autres sépultures plus remarquables qu'on voit dans la la même Eglise, sont de Dame Françoise de Veyne, femme d'An- ^°^'" ^^* toine Duprat, Chancelier de France avant qu'il embrassât l'état entier dans Ecclésiastique; d'un Jean d'Alesso, petit neveu de S. François de duBreui.iiv.iv. Paulc, décédé en 1672, et de son épouse Marie de la Saussaye; de
Magdelene d'Alesso, femme de Pierre Chaillou, Secrétaire de la
Chambre du Roi, morte en i583 ; de plus celle d'Olivier le Fevre,
Seigneur d'Ormesson, d'Eaubonne, etc., Président de la Chambre
des Comptes, décédé le 26 Mai 1600, et Anne d'Alesso, son épouse,
morte dès Tan iSgo ; outre cela, celle de Marie de Drac, veuve de
Jacques Avrillot, Conseiller au Parlement, femme très-pieuse,
décédée le 1 1 Septembre iSgo, et d'Anne le Lieur, veuve de René
Vivian, Correcteur des Comptes, aussi d'une très-grande piété,
Vita Pauii laquelle mourut le 3 Avril iSgi. Dans le dernier siècle, François
i4roiîî I» ATo/i* jQurdan, Augevin, Professeur Royal en Hébreu, a été inhumé
^' ^ "^" dans la même Eglise.
Ce fut dans ce Couvent de Notre-Dame de Grâce, que les Minimes imprimèrent en i535 leur Cérémonial dressé par un Religieux appelle Hugues de Varenne, livre curieux, et qui fait voir que les Ordres les plus récents qui s'établissoient en France, Hist. de France, prenoient les Rits du Royaume. Audigier parle de la Galerie où T. I, liv. III, est à présent la Bibliothèque des Minimes, et de la chute du féu c ap. \i. j^ ^.^j ^^^ ^^ j.^^^ j^^^ le temps qu'Henri IV assiégeoit Paris.
La Chapelle des Cinq plaies, où depuis a été bâti Saint Roch Re^. Ep. Paris, dans Cette Ville, avoit été réunie le 29 Août i6o5 à cette Maison
de Minimes, afin qu'ils eussent un Hospice pour s'y retirer le soir en hiver. La suite du tems amena du changement.
AUTRES COUVENTS. L'année i638 fut féconde en projets d'établissemens de Religieuses à Chaillot. Denise Bellenger et Barbe Prélat conçurent le dessein d'établir une Congrégation de Religieures Augustines. Elles étoient déjà dix-huit filles, et elles avoient une somme de trente-six mille livres. Elles obtinrent, Reg.Arch.Par.lt 19 Mars, de Jean-François de Gondî, Archevêque de Paris, Sauvai. la permission d'acheter une maison à Chaillot pour cet établis- T. III, p. 187. sèment. Les Religieuses du Prieuré de Courances, au Diocèse de rab. Spir. Ep. Scns, obtinrent permission de s'y retirer en la même année i638, P^r. Qi treize Religieuses y firent profession depuis le 29 Avril 1640 Sauvai. jusqu'au 3o Juillet 1644. Mais depuis ces Religieuses quittèrent ibid., p. 211. Q^ j5^^^ et s'établirent à Picquepuce, où elles sont restées. La et p. 188. même année i638, le 20 Octobre, Catherine de Haraucourt, Dame de Fresne^ ayant traité avec les Religieuses Cordelières ou Clarisses du faubourg Saint Marceau, obtint semblable permission de cet Archevêque, d'établir au même Village de Chaillot un Couvent de cette sorte de Religieuses. Mais nous ne voyons point que l'établissement ait eu lieu. Les Religieuses Augustines venues de Nanterre réussirent mieux. Claudine Beurrier, sœur de Paul Beurrier, Chanoine Régulier, étant venue en i638 demeurer Gaii. Chr. avec lui à Nanterre, dont il étoit Curé, y commença un établisse- T.\u,coi.H7i, jjjgj^t jç Chanoinesses Régulières. Etant morte au bout de huit
ans, le soin en fut confié à des Religieuses de Saint Etienne de
Reims, qui gouvernèrent cette Communauté jusqu'au tems que
le Père Beurrier fut transféré à la Cure de Saint Etienne du
Mont ; après quoi ces Chanoinesses furent transférées à Chaillot,
l'an 1659, quoique leurs Lettres patentes ne soient que de
l'an 1671, et registrées seulement le 3 Août 1673. Elles n'a voient
eu d'abord à leur tête qu'une Prieure triennale ; mais depuis Erection du
l'an 1682, elles furent gouvernées par une Abbesse, toujours sous 3 Sept.
la Jurisdiction de l'Ordinaire, entretenant cependant confraternité parh.
avec les Chanoines Réguliers de la Congrégation Gallicane. Le
Gallia Christiana ne compte encore que cinq Abbesses de cette
Maison, dont la première fut tlaire-Cecile Colbert, sœur du
Ministre. L'Abbaye de Ste Perrine de la Villette a été réunie à
celle-ci, il y a quelques années. Le Père Du Molinet remarque. Page 144.
en traitant des habits des Chanoines Réguliers, que c'a été depuis
leur sortie de Nanterre, que ces Augustines ont pris Taumusse
noire mouchetée de blanc : ce qui est assez rare, dit-il, et assez
nouveau pour des Filles, puisque les aumusses n'ont été données,
ajoute-t-il, autrefois aux hommes que pour couvrir leurs têtes, et
que les religieuses ont toujours eu des voiles pour cet usage.
Il y avoit dès l'avant-dernier siècle à Chaillot une maison en forme de palais, que la Reine Catherine de Médicis, épouse d'Henri II, y avoit fait bâtir et que le Maréchal de Bassompierre Sauvai, avoit embellie. Elle étoit au bout d'une des avenues qu'on appelle '^' "» p- ^"• le Cours-la-Reine ; et sous Henri IV on la nommoit la Maison Chronoi. de Grammont. Sauvai observe qu'en creusant les fondemens, on Novennaire y avoit trouvé des cercueils de briques et de petites pierres. Cette y j^ p ,33 Maison fut donnée au milieu du siècle dernier aux Religieuses Sauvai, de Sainte Marie ou de la Visitation qui furent amenées par ^' "' p- '®®- Henriette de France, Reine d'Angleterre, et que cette Princesse eut la permission d'établir en la Paroisse de Chaillot, par Lettres registrées en Parlement, le 19 Janvier i652. On lit qu'en i658, elle demeuroit chez ces Religieuses; que Louise Palatine de vie des Saints Bavière, sa nièce, étant venue l'y trouver, elle la regarda comme de m. Du Fossé, sa propre fille. Louise demeura un an à Chaillot, elle y édifia toute la Communauté. Durant l'été qu'elle y resta, elle alloit remuer les foins ; elle menoit la vie d'une Religieuse sans en avoir l'habit. Dans l'Eglise de ces Dames de la Visitation est conservé le cœur de la Reine d'Angleterre ci-dessus nommée, qui décéda en 1669 ; elle étoit la troisième fille d'Henri IV, Roi de France, et femme de l'infortuné Charles I, Roi de la Grande-Bretagne, On conserve pareillement dans cette Eglise celui de Jacques II, leur fils, mort en 1 701, et celui de la Princesse Marie, sa fille, morte à Saint Germain en Laye, le 18 Avril 1712. La Reine
Ex Sched.
Lancelot,
Marie-Beatrix Eleonor, fille d'Alphonse IV, Duc de Modene, femme de Jacques II, morte le 7 Mai 1718, est aussi inhumée dans la même Eglise. Cette Eglise a été rebâtie en 1704. On a vu çi-dessus comment ces Religieuses sont devenues Dames Hautes- Justicieres de Chaillot et ensuite propriétaires des Seigneuries subalternes. On enregistra en Parlement le 22 Août 1693 des Lettres patentes du Roi en leur faveur, portant union du fief de Long-champ sis à Chaillot et ses dépendances à celui de Chaillot, pour n'en faire qu'un seul relevant du Roi à cause de la Baronnie de Marly.
Le Registre de l'Archevêché de Paris de l'an 1647, m'a appris qu'il y a. eu aussi à Chaillot, dAs le siècle dernier, un établissement de Bénédictines ; mais il ne fut pas de durée ; je ne le connois que par la permission que l'Archevêque leur donna le 5 Novembre 1647, ^^ se retirer en diverses Maisons Religieuses à cause de la modicité de leur revenu.
Je n'ai point trouvé de Princes ou Rois qui soient venus à Chaillot que Louis, Duc d'Orléans, qui y expédia des Lettres au Regist. Piiriem. mois de Novembre iSqS. Leur date est A ChaiUuyau-le:{'Paris.
Le 10 Février 141 3, le Duc de Bourgogne se mit comme en bataille entre Chaillot et Montmartre. Le Roi Henri IV se tînt pareillement à Chaillot pendant qu'il fit assiéger Paris.
La Savonnerie est un lieu remarquable à Chaillot ; il est aux pieds de la colline, auprès du grand chemin qui borde la Seine. Il a été ainsi nommé à cause du savon qu'on y faisoit autrefois. C'est à présent la Manufacture Royale des ouvrages de la Couronne de la façon de Perse et du Levant. Le grand tapis de pied que l'on conserve dans le garde-meuble du Roi, a été fait en cette Maison. A l'entrée du village, du côté de la Seine, est une Verrerie. Le 3o Mars 1708, le Parlement registra les Lettres patentes qui accordoient à Louis Gouffé, Maître de cette Verrerie, le privilège pour vingt ans de faire toutes sortes de cristaux et d'émaux, et le 11 Mars 1726, d'autres Lettres en faveur des Sieurs Domgrelot et Dupin, pour le privilège de fabriquer du verre à vitre et toute sorte de matière vitrifiée ; mais la vérification fut faite sans préjudice des Statuts des Verriers-Fayanciers, de la profession desquels les Impétrans furent déclarés tenus de se faire recevoir et d'avoir toujours un de leurs ouvriers Maître.
Guy Patin a écrit qu'en i658, au tems de l'Automne, on
Lettre de montroît dans une grande salle proche les Minimes de Nijon la
Patin à Spon pg^^ g^ j^ squelette d'une baleine prise entre Nantes et la
Rochelle. Ceci ne fut que passager. Mais voici d'autres curiosités
piganioi. naturelles de Chaillot : c'est l'argile, qui cependant est moins
T. I, p. 53. jjj^g q^g ^gjjg jg Gentilly. On y trouve aussi des marcassites,
mais fort différens de celles du même Gentîlly. On ne se sert de cette terre que pour faire des tuiles.
Parmi les personnes qualifiées dans l'antiquité, il ne s'en rencontre aucune qui porte le nom de Chaillot, qu'un Petrus de Challoêl, qui étoit Chanoine de Notre-Dame de Paris sur la fin Necr.Ecci.Par. du règne de S. Louis. ^^ ^°''-
De ce village étoit natif Jean du Housset, célèbre Reclus du DuBreui,p.949. Mont Valerien, qui mourut en odeur de sainteté l'an 1609. Voyez ^^'^- '^^9ce que j'en dis à l'article du Mont Valerien sous le titre de Nanterre. Le nom du Houssay est mentionné comme usité à Chaillot Reg. Ep. Paris. dès le XV siècle dans des Registres de l'an 1497. ''*^^'
Mezerai, Historiographe de France, dont le vrai nom étoit François Eudes, avoit une maison de campagne à Chaillot. On dit Niceron, de lui qu'il avoit eu dessein de se faire enterrer dans l'enclos de ^* ^* ^' ^'°' cette maison sur une éminence à l'extrémité de sa vigne, et de s'y faire construire une espèce de Mausolée en pyramide soutenu d'un pîed-d'estal, orné de bas reliefs, où devpîent être gravés cinq ou six volumes avec le titre d'Anecdotes et une Inscription. Il avoit eu même la témérité de nommer l'Abbé de la Chambre pour exécuteur d'un projet si bizarre.
Le Président Jeannin a eu pareillement sa maison de campagne Permis
à Chaillot en 1 6 1 9 . "^ao s?'ten"^^^
L'Anonyme qui a badiné sur Chaillot en 1736, a ajouté une note à son écrit (page 14), pour dire que ce lieu est devenu célèbre dans la Littérature, par une pièce comique représentée en 1723 sur le Théâtre Italien, intitulée Agnès de Chaillot.