CLICHY-SUR-SEINE
On ne connoît en France que deux villages du nom de Clichy, et tous les deux dits en latin Clippiacum sont situés dans le Diocèse de Paris. Le plus ancien est celui-ci qui n'est qu'à une lieu et demi ou environ du milieu de cette Ville, vers le couchant d'été, sur le rivage droit de la Seine. L'Abbé Chastelain a expliqué comment de la racine Clipp, dont en latin on a fait Clippiacum, on a pu en venir à dire Clichy : sçavoir, en retranchant d'abord un p, et rendant ensuite consonne la lettre i, de voyelle qu'elle étoit, ensorte qu'on avoit écrit et prononcé Clip-
îacuniy de même que dans serviens on a prononcé servjens, ce qui a formé le nom de Sergent. Or, dès-là qu'on a pu dire Clijacum par le retranchement total de la lettre p, il a été facile de changer la lettre j consonne en ch^ ce qui a fait Clichacum et Clichiacum; et, comme le françois abrège ordinairement les noms, Clichiacum a été abrégé et rendu par Clîchy. Au reste, si ce lieu a eu d'abord le nom de Clipp, c'est apparemment que ce mot Not. Gaii. se rapportoit à ce que l'on appelle un clapier, une retraite pour
p. 414- col. I. jgg lapins. En Provence, le mot clapier signifie un amas de
pierres. Le surnom de Garenne actuellement en usage, a un rapport visible à celui de Clapier. Ce seroit rechercher les choses
Epit.Greg.Tur, de trop loin, que de penser que le nom de Clippiacum pût faire
allusion au mot Clip, en tant qu'il est un nom porté autrefois par quelques Rois Lombards.
Clichy-la-Garenne comprenoit primitivement tout le territoire qu'on laisse à gauche, en allant des environs de Montmartre à Saint Denis de l'Etrée dont une grande partie a été démembrée autrefois pour ériger la Paroisse de S. Ouen qui occupe le milieu du terrain que je viens de nommer, et depuis pour l'érection de Du Bois. celle du RouUe. La vérité de cette étendue de territoire peut être Coiiect. MSS. appuyée encore de ce qu'avant le XIII siècle la rue de Paris que nous appelions de S. Honoré et qui conduit au Roulle et à Clichy, étoit appellée la rue de Clichy. Ainsi, un grand nombre des faits que je vais rapporter dans cet article, parce que Clichy y est nommé, ne sont pas pour cela arrivés précisément dans le canton où sont situées les maisons qu'on appelle aujourd'hui Clichy, ni dans celles qui sont sur l'étendue de cette Paroisse du côté de Paris, mais quelquefois dans la partie de Clichy qui s'étendoit jusqu'auprès de S. Denis, connue maintenant sous le nom de S. Ouen, et quelquefois aussi dans la partie qui en a été détachée du côté de Paris pour aggrandir la Paroisse du Roulle ; d'autres fois même dans celle de Villiers, que le voisinage et la ressemblance du terrain a fait surnommer Villiers-la-Garenne.
La première occasion où nos anciens Historiens font mention de Clichy est à l'année 42 du règne de Clotaire II, qui revient à
Fredeg. n. 5.Î. l'an 025 de J. C. Fredegaire écrit qu'alors Clotaire étoit à Clichy,
non procul ParisiuSy et que Dagobert Ty étant venu trouver de son ordre avec les Leudes (Vassaux principaux, Gloss. Cang.\ du Royaume, s'y maria avec Gomatrude, sœur de la Reine Sichilde ; que le troisième jour d'après les noces, le père et le fils entrèrent en ce lieu en de grandes contestations sur le partage des Etats, et en remirent la décision à douze Francs, la plupart Evêques. Comme le territoire de Clichy étoit alors deux fois plus étendu qu'il n'est, c'est ce qui facilite l'intelligence du texte où le même Histo-
rien dit plus bas que le lieu où Dagobert avoit épousé Gomatrude, s'appelloit Romiliacumy et qu'à son retour de Bourgogne en 629, après être arrivé à Paris, il la quitta en ce lieu, et y épousa Nantechilde, qui étoit auparavant servante dans la maison Royale. Car à ce compte ce ne peut être Reuilly au bout du faubourg de Saint Antoine, comme M. de Valois l'a cru, et comme l'a écrit Not.Gaii. Dom Michel Germain; ce doit être plutôt le RouUe; et il n'y a P'428. pas de difficulté à s'imaginer que le lieu dit Roule ou le Roule p-^'
n'ait fait partie de l'ancien territoire de Clichy, puisque Villîersla-Garenne dont il est détaché, a dû même être démembré du chef-lieu de Clichy. Je ne vois que ce seul moyen d'accorder la prétendue contradiction de Fredegaire, auteur du tems, qui à l'an 625 dit que le lieu où se fit le mariage de Gomatrude, s'appelloit Clippiacum, et à l'an 629 qu'il s'appelloit Romiliacum villa.
En Tan 627, pendant que les Evêques et les Grands du Fredeg. Royaume, tant de Neustrie que de Bourgogne, étoient assemblés ^^ **" ^^7à Clichy pour les affaires de l'Etat, Ermenaire, Gouverneur du Palais de Caribert, fils de Clotaire, y fut tué par les domestiques d'un Seigneur Saxon nommé iEgyna, et il y eût eu bien du sang répandu en ce lieu, si le Roi Clotaire ne l'eût empêché par ses soins ; car à cette occasion iEgyna dressa une armée sur Montmercre, in Monte Mercori, comme on disoit alors, voulant se défendre des troupes que Caribert et Brodulfe, son oncle, avoient ramassé pour tirer vengeance de cette action, mais le Roi donna ordre à ses Barons de les accorder.
11 paroit qu'on a droit d'inférer que Sigebert, fils de Dagobert, étoit né à Clichy, en 63o, de ce que ce fut alors que S. Amand, Evêque dé Mastrict, fut prié de venir le baptiser et que ce fut à Clichy que le Roi résidoit, lorsque ce Saint se rendit à sa prière. Quelques-uns même ^ont cru que le jeune Prince avoit été baptisé par lui en ce lieu, quoique Fredegaire assure que ce fut à Orléans.
Dagobert étoit à Clichy Tan 636, que l'on comptoit le quatorzième de son règne, lorsqu'il envoya dans la Basse-Bretagne faire Fredeg. n. 7. sçavoir aux Bretons qu'ils réparassent promptement le mal qu'ils avoient commis. Ce fut aussi dans le même lieu que Judicaël, leur Roi, se rendit avec des présens, promettant de donner satisfaction au Roi de France sur ce qu'il souhaitoit, et reconnoissant que son Royaume étoit soumis à celui de France. Dagobert l'ayant invité à dîner, il n'osa se mettre à table avec lui, mais le Roi étant assis, il se retira du Palais, et il alla dîner dans la maison de Dadon le Référendaire, qu'il connoissoit pour un trèssaint homme. C'est celui qu'on a depuis appelle S. Ouen. Il y avoit eu la même année, le premier jour de Mai, une Assemblée
vita S. Agiii d'Evêqucs à Clichy, où le même Saint Ouen obtint un privilège
Dipiom.p.273. pour le Monastère de Rebais. La vie de S. Eloy, écrite par Saint
Ouen, parlant de la soumission que Judicaël vint faire à Dagobert, dit que ce fut dans un village nommé Crioilum) ce que quelques-uns ont pris pour Creil, d'autres pour Ruel ; mais ne seroit-ce point encore le RouUe qu'il faudroit entendre par ce mot, puisque c'étoit un lieu compris dans l'étendue de la Terre de Clichy, et en ôtant le C qui souvent n'est qu'une aspiration, ce nom latin Crioilum n'est pas fort éloigné de celui du Roule.
Fredeg. n. 78. En 637, '^^ Gascons ayant le Duc Aginan à leur tête, vinrent
trouver à Clichy le Roi Dagobert. La terreur les ayant saisi à leur arrivée, ils allèrent à l'Eglise de Saint Denis, comme en un lieu d'asile, pour se remettre de leur frayeur et être en sûreté. Le Roi voulut bien leur donner la vie sauve, et ils y promirent d'être toujours fidèles à ce Prince et au Royaume de France.
Fredeg. n. 83, En l'an 640, iEga, Maire du Palais, ayant été attaqué de fièvre
dans le village de Clichy, y mourut sous le règne de Clovis II. Il y eut dans le même lieu une Assemblée d'Evêques, tenue
Dipiom p. 466. Tan 653. On la connoît par une charte du Roi Clovis II, concernant quelques immunités de l'Abbaye de S. Denis, que le Prince et les Prélats y souscrivirent.
Sous le règne de Thiery III, S. Ouen, Evêque de Rouen, de
retour du voyage de Cologne où ce Prince l'avoit prié d'aller, vint
à Clichy pour lui rendre compte de sa négociation ; y étant tombé
VitaAnsb. malade de fièvre, il y mourut le 24 Août de l'an 683. Pendant
per Attsgrad. ga maladie, il pria le Roi qui tenoit assemblée en ce lieu, de lui
donner pour successeur Ansbert, Abbé de Fontenelle, au Diocèse
de Rouen. Le Roi l'ayant mandé à Clichy sous un autre prétexte,
l'y fit sacrer Evêque par S. Lambert, Evêque de Lyon, et les
autres Prélats assemblés. Dom Michel Germain n'a pas oublié
ce fait, lorsqu'il parle de Clichy dans son traité Palais des Rois
Dipiomat. de France ; mais il en ajoute un qui auroit eu besoin d'un bon
/lY». /v;/>. 274. g3j.gjjjt . Il jjt qug \q corps de S. Ouen fut transporté au bout
de trois ans, par le même S. Ansbert, dans celle des Chapelles du Palais de Clichy qui depuis fut appellée de son nom La Chapelle de Saint Ouein, où s'est depuis formé un village à une petite distance de Clichy. Ce sçavant Bénédictin a apparemment confondu la translation que S. Ansbert fit dans la ville de Rouen même, le jour de l'Ascension 687 ; car il est visible par la vie de S. Ouen, que son corps avoit été transporté à Rouen aussi-tôt après sa mort.
Quelques-uns ont cru qu'un lieu appelle Clichy, que le Roi Dagobert donna à l'Abbaye de Saint Denis, étoit cette Terre-cy ; mais ce Clichy donné par Dagobert est fort différent ; l'auteur
qui rapporte cette donation, l'appelle Clippiacum superius, parce
qu'il est situé sur une montagne ; c'est. Clichy en IJAunois ; et Voyez lanicic
d'ailleurs, on vient de voir que Clichy sur Seine, voisin de Paris, *** *^* village
étoit une Terre Royale sous Clovis II et sous Thiery III, succès- chciies.
seurs de Dagobert. Ce qu'il y a de véritable, est que dans le siècle
suivant, et dès l'an 717, le Monastère de S. Denis posséda du bien
au vieux Clichy, de la libéralité du Roi Chilperic III. Ce Prince Doublet
lui fit don de la maison, terres et prés, que Lupicin, son Fores- ^^ Bouquet,
tier, avoit en ce lieu ; et cela à la prière de Rainfroy, Maire du * ' ^* ^*
Palais, à qui l'on croit que l'abbé Turnoald, Evêque nommé dans
la Charte, l'avoit demandée. Ainsi, le Clichy dont il s'agit ici,
étant dès-lors nommé le Vieux Clichy, Vêtus Clippiacuniy c'est une
marque qu'il avoit existé dès le commencement de la Monarchie.
Charles Martel, qui avoit ôté aux Eglises beaucoup de bien, fit
présent de cette Terre à l'Abbaye de Saint Denis, l'an 741, sans Doublet p. 6<)o.
aucune restriction, cum terris y domibus, œdificiiSy accolabus, Bouquet,
mancepiis, viniiSy silviSy campis, pratis, pascuiSy aquiSy etc. On T. iv, p. 707.
apprend par ce détail, qu'il y avoit encore des bois dans l'étendue
du territoire, et que dès-lors il y avoit des vignes.
Environ cent ans après que la terre de Clichy fut entrée dans la mense du Monastère de Saint Denis, l'Abbé Hilduin entreprit un partage des terres avec ses Religieux et fit une destination de quelques-unes. Comme les Moines Bénédictins mangeoient alors de la volaille, Clichy sur Seine fut l'une des terres que l'Abbé destina pour leur en fournir entre Pâques et Noël. La suite de la charte qui est de l'an 832, met encore Clichy au rang des terres qui étoient du lot des Moines; mais une lacune empêche de voir ce dont il s'agissoit; il .semble seulement que le TQ\tn\x Dipiom.p.520. avoit servi à avoir du savon pour les Religieux. Dans la suite de ces Lettres, le même Abbé dispose du lieu dit la Chapelle de Saint Ouein située sur la Seine, et la destine simplement à servir de place où les Moines déposeront leurs filets et les raccommoderont. C'est là le plus ancien monument qui parle du lieu de Saint Ouen, lequel depuis fut démembré de la Seigneurie et de la Paroisse de Clichy, et dont je reserve à parler dans un article particulier, sous le Doyenné de Montmorenci où il est compris.
La confirmation du partage des biens de l'Abbaye de Saint Denis, qui fut faite en 862, nomme encore Clichy-sur-Seine au rang des Terres qui dévoient fournir la volaille aux Moines entre Pâques et Noël. Cette confirmation par l'Abbé Louis fut autorisée la même année au Concile de Soissons.
On ne trouve plus de mention de Clichy depuis ce tems-là jusqu'au règne de Louis le Gros, lequel en l'an 1 134 donna, conjointement avec la Reine Alix , au Monastère des Religieuses de
Montmartre molendinum apud Clipiacum cum conclus/ione aquœ et molitura totius villœ. Voilà un moulin cédé par le Roi avec ses écluses, et le droit de mouture de tout le village. En effet, la charte de Charles Martel de l'an 741 en faveur de l'Abbaye de Saint Denis ne fait mention d'aucun moulin, ce qui laisse à penser que le Domaine se les étoit réservé. Le Domaine avoit encore d'autres droits à percevoir à Clichy, quoique devenue Terre de l'Abbaye de Saint Denis ; c'est ce qui doit s'inférer d'un Traité Hist. de la que le Roi Philippe-Auguste fit avec Gaucher de Chastillon, M.deChastiiion à Mante, l'an 1193. Ce Prince voulant jouir du Château et de ^3\^Ami ^^ Terre de Pierrefont entre Crespy et Soissons, qui étoit une Coiiect. place importante, assigna à Gaucher quatre- vingt livres de rente T./, col. goo. sur le revenu que la Couronne avoit à Clichy proche Paris; de manière cependant que si Clichy ne produisoit pas par an ces 80 livres, ce qui manqueroit seroit pris à Montreuil proche Paris. On ignore si Clichy-la-Garenne étoit une Paroisse avant que nos Rois y eussent un Palais, ou s'il faut dire que ce fut la construction du Palais qui donna origine à la Paroisse. Mais à juger de son ancienneté par le Saint qui est patron de l'Eglise de tems immémorial, sçavoir S. Medard, elle n'a pu être consacrée sous son invocation avant l'an 545 de J.-C, qui est le tems de sa mort. Si cependant cette Eglise a été d'abord sous le titre du Sauveur, comme on le tient dans le lieu, on peut en faire remonter l'antiquité plus haut.
L'Eglise qui subsîstoit à Clichy avant celle qu'on y voit aujourd'hui, avoit été dédiée, parl'Evêque de Paris, le Dimanche premier jour d'Octobre i525, sous le titre de S. Medard, et le Prélat en avoit fixé l'anniversaire à pareil jour, c'est-à-dire au premier Dimanche d'Octobre. Mais il falloit que dès-lors elle fût déjà ancienne. Le Curé qui prit possession du Bénéfice, l'an 161 2, appelle M. Vincent de Paul, a trouvé le moyen de la rebâtir à Reg. Arch. Par. neuf, et même il fut permis, le 3 Mars 1628, d'aliéner des fonds
de la Fabrique pour refaire le clocher. Cette nouvelle Eglise fut achevée la Semaine Sainte de l'an i63o et elle porte, comme l'ancienne, le titre de S. Medard. Charles Moreau, premier Valet de Garde-robe du Roi, ayant obtenu de Jacques de Nucheze, Evêque de Challon, Abbé de Saint Etienne de Dijon, un morceau du chef de ce saint Evêque de Noyon, tiré de sa châsse conservée en la même Eglise de Dijon, l'Archevêque de Paris permît, le 17 Août 1660, vu les attestations, de l'exposer dans l'Eglise de Clichy. En la rebâtissant, on a eu l'attention de conserver une tombe, sur laquelle il reste assez de caractères gothiques du XIV siècle, pour y voir que c'est la sépulture d'Alips, femme de Nicolas de Provins, Maire de Clichy la Garenne, laquelle mourut
en i367, et lui en 1379; plus une autre tombe, sous laquelle gist Jean Benard, Prêtre, Prieur et Seigneur de Saint Biaise près Poissy, Curé de Sermelle sous Dourdan, mort en i558.
Cette Eglise a eu au commencement du dernier siècle deux Curés illustres. Le plus ancien a été M. Bourgoin, qui quitta pour entrer parmi les Prêtres de l'Oratoire, dont il devint le troisième Général, en 1641. Ses Prônes ont été imprimés chez Léonard, en i665. L'illustre M. Bossuet prononça son Oraison funèbre en 1662. M. Bourgoin est- auteur de plusieurs autres ouvrages. Le second Curé que j'ai nommé ci-dessus, est devenu encore plus célèbre par son grand zélé pour la conversion des âmes et par sa sainteté, puisqu'il a été canonisé. On ne l'appelle plus depuis sa canonisation autrement que S. Vincent de Paul. Il avoit succédé à M. Bourgoin, et avoit préféré cette Cure à une Abbaye qu'on vouloit lui donner. L'Eglise de Clichy possède une petite partie de ses reliques, et l'on y célèbre sa fête avec solemnité. Je n'ai apperçu dans les Registres de l'Archevêché de Paris le nom de M. Vincent, avec la qualification de Curé de Clichy, que trois fois seulement: loAu 28 Juillet 1623, à l'occasion de la permission accordée à Catherine de Chaillou, veuve de Frédéric Versoris, Avocat au Parlement, d'avoir un Oratoire où l'on pourra, dit-on, dans le tems de la contagion, administrer la Pénitence et l'Eucharistie, il est dit que ce sera du consentement du Curé qui est nommé ; 2^ Au 22 Septembre de la même année, le même Curé obtint permission d'établir à Clichy une association de Charité et de l'unir à la Confrérie du Rosaire déjà établie; 3oAu 14 Avril 1625, la permission d'aller, lui et les siens prêcher, confesser et absoudre des Cas réservés, dans tout le Diocèse, est ainsi énoncée : Dilecto nostro venerabili viro Domino Vincentio Paul, Presbytero^ Juris LicentiatOy Ecclesiœ Parochialis Clichiaci in Garenna Curato: Nos de tuis ac sociorum tuorum doctrina, probitate, experientia in/ormati, etc. On célèbre dans l'Egrise de Clichy, outre la fête de Saint Vincent de Paul, celle de Saint Sigebert, Roi d'Austrasie, dans l'opinion où l'on est que c'est à Clichy qu'il est né, et celle de S. Ansbert, Evêque de Rouen.
Le Pouillé Parisien du XIII siècle marque la Cure de Clichy dans l'Archiprêtré de Paris, et dit qu'elle est à la nomination du Chapitre de Saint Benoît de la même Ville; ce qui est suivi par tous ceux des derniers tems. La même Collégiale y possède le tiers de la dixme. On ignore d'où ce bien est venu à ce Chapitre.
Trois autres Collégiales ont aussi part dans les dixmes de Clichy, sçavoir : Saint Germain l'Auxerrois, pour le territoire voisin de Passy ou d'Auteuil; celle de Saint Honoré, pour un autre quartier; et celle de Saint Denis de TEtrée située dans la
Ville de Saint Denis. Chacune de ces Eglises fait un supplément de revenu au Curé.
Hist. des Quelques Mémoires portent qu'au commencement du XII I siècle,
^'■- ^\J' ^'' Alix de Chatillon, femme de Guillaume de Garlande, cinquième
du nom, étoit Dame de Clichy-la-Garenne. Cela s'accorde avec
ceux où on lit que cette Seigneurie étoit au milieu du même siècle
dans la maison de Beaumont, dont descendit Jean de Beaumont,
ibid. T. V, qui étoit Seigneur du même Clichy, en 1262. On lit ailleurs que
P- *-^^^3^* ^*' Jean de Beaumont, Chevalier et Chambellan de S. Louis, avoit épousé Jeanne, Dame de Clichy, et qu'elle mourut en l'an 1275. Il y eut après cela un second Jean de Beaumont, Seigneur en 1288.
Doublet p. 935. Il reconnut, en cette année-là, le droit des Religieux de Saint
Denis sur la Seine, depuis le Blanc-port jusqu'à Saint Germain en Laye. Il y eut ensuite un troisième Jean de Beaumont, lequel fut Maréchal de France, et se qualifia Seigneur de Clichy et Courcelles-la-Garenne, en i3i5. Il mourut en i3i8. Puis un quatrième, aussi Seigneur de Courcelles, en i323. Ces Beaumont tiroient leur origine d'un lieu dit Beaumont le Déramé et possédoient, en 1387, ces deux Seigneuries de Clichy et Courcelles.
Il est fait mention dans les Registres du Parlement du 26 Avril 1370, de l'appel d'une Sentence du Prévôt de Paris; et on y lit qu'il y eut Arrêt de ce jour-là, lequel adjugea à la Dame de
Petit livre blanc Clichy-la-Garenne la moyenne et basse Justice sur une maison du Chasteiet, Ju port de NuUy. Cette Dame étoit sans doute la veuve d'un
fol. 25o. -»
Beaumont.
Memor. En 1423 fut faite en la Chambre des Comptes une délibération
de la Chambre pour l'estimation de la Terre de Clichy, qui venoit d'être donnée
"foi.^iss!"' à Jean de Saint- Yon et à Marguerite, sa femme, moyennant trois
cens livres par an. J'ai trouvé en 1478 une Jeanne de Villiers
Gen. de Adam, qualifiée Dame de Villacoublay et de Clichy. Elle épousa
M. du BcUoy, cette année-là Jean de Monceaux, Chevalier, Seigneur de Mon-
^* ^' ceaux, Maître-d'Hôtel du Roi Louis XI.
En i5o9 paroît Guillemette l'Huillier, Dame de Clichy. En i5i8 cette Terre étoit possédée par Olivier Alligret, Avocat au Parlement de Paris, lequel mourut le 23 Septembre i535. Avocat Général au même Parlement ; c'est ce que nous apprenons de son épitaphe en la Chapelle des Alligrets, qu'il fit bâtir à Saint André des Arcs. Son fils Jean Alligret, qui épousa Guillemette l'Huillier, lui succéda en la jouissance de cette Terre et fut Lieutenant Civil; mais comme Louis Hennequin, Seigneur de la Baziniere, Procureur Général en la Cour des Monnoies, épousa Anne Alligret, sa sœur, la Seigneurie de Clichy fut partagée, et la moitié lui en fut Hist. des adjugée l'an i562 pour la somme de cinq mille six cens livres. Il Presid., p. aSg. en jouissoit encore en 1575, mais ce fut sa veuve qui comparut en
la Coutume de l'an i58o, où elle est mal nommée Anne d'Aligre.
Pour ce qui est de Jean Alligret, possesseur de l'autre moitié, il Epitaph.de Par.
mourut le 2 Juillet i583. Il repose aux Grands Augustins. On ne
voit pas qu'il ait laissé aucuns enfans. Louis Hennequin succéda
à son père ; mais n'ayant pas non plus laissé d'enfans, la Terre
tomba à Alexandre, son neveu, né de Pierre Hennequin, en i583,
et au jeune de la Baziniere, desquels le sieur Marillac étoit tuteur
en iSgS. Je n'ai pu découvrir sur quel fondement il y a dans le
Procès-verbal de la Coutume de Paris dressé en i58o, un second
Seigneur de Clichy-la-Garenne, qui se qualifie Ecuyer, et se
nomme Claude Du Crocq.
En i63o, un nommé Macé de la Baziniere est dit Seigneur de Clichy ; le même peut-être qui vient d'être nommé, et que Macé Bertrand, Trésorier des Epargnes, qualifié par l'Historien des Grands Officiers, de Seigneur du même lieu vers 1620. En 1643, Hist. des Marguerite de Verthamont, veuve du sieur de la Baziniere, étoit * * * ' Dame de Clichy. En 1671, Edouard François Colbert, Comte de Maulevrier, et Nicolas deBautru, Marquis de Vaubrun, Lieutenant Général des Armées du Roi, étoient Seigneurs en commun. La veuve de ce dernier contribua beaucoup au changement qui fut R^g- Archiep. tait au cimetière de la Paroisse en 1702.
Le Seigneur actuel de Clichy est M. Grimod de la Reyniere, Fermier Général.
La Paroisse de Clichy paroît dans le dénombrement de l'Election de Paris, comme composée de 129 feux. Le Dictionnaire Géographique Universel du Royaume y compte 669 habitans.
On a été fort partagé sur la manière de compter sa distance de Paris. Le petit livre des Environs de Paris, imprimé chez La Caille en 1722, ne mettant qn'une petite demie-lieue dans cet intervale, a paru contredire trop ouvertement M. de Valois, qui ^ot, Gaii. assure qu'il y a environ deux lieues, et M. Baillet, qui y a compté ^* '^'^ifl^j" une lieue et demie. La question mise en thèse par le sieur Binet, vie de s. Ouen auteur de la Géographie des Nouveaux Bréviaires, a été agitée 34 Août, dans le Mercure de France de l'année 1744 (Mois de Mars\ Le livre de La Caille est absolument en faute, à moins que l'auteur n'ait voulu compter des dernières maisons des faubourgs de Paris de ce côté-là jusqu'aux premières terres de Clichy qui sont vers le Roulle, et qui sont appellées le Bas-Roulle. Comme il est assez probable que le hameau appelle Romiliacum ou Rouilliacum, et quelquefois Riollum ou Criollum et situé sur le territoire de Clichy, étoit placé de ce côté-là ; c'est ce qui rend encore plus légitime et convenable l'expression du Gesta Regum Francorum, ouvrage de plus de mille ans, dans lequel Clichy est dit Villa re- Bouquet, galis in suburbana Parisiorum civitate. Quant à la distance de la ^* "' ^' ^^°*
Cité de Paris au clocher de Clîchy, l'expression de Messieurs de Valois et Baillet n'est point outrée; ce clocher n'est qu'à 25o ou 260 toises de la rivière de Seine, qui fait la séparation du Village d'avec celui d'Anieres situé à l'autre bord.
Une des belles maisons situées sur le territoire de Clichy, est celle qui appartenoit à feu M. le Président Crozat de Tugny. Il fit percer, il y a quelques années, dans son puisard un trou de trois pouces de diamètre ; quand on fut parvenu à 98 pieds plus bas que la surface de la rivière, il en sortit un jet d'eau qui monte quatre pieds plus haut que l'eau de la Seine, et qui actuellement fournit tous les jours deux cent seize muids.
Un des hameaux de Clichy le plus digne de remarque est celui de MoucEAUx, situé dans la plaine entre les dernières maisons de Paris et le clocher de la Paroisse. Il y a en ce lieu une Chapelle vers les dehors du Château, dans laquelle les habitans entrent par une porte pratiquée sur la rue, et où l'on fait l'Office comme à Reg. Ep. Par. une succursale. Elle fut bénite le Dimanche 26 Mars 1529, par
Gui, Evêque de Megare, sous l'invocation de S. Etienne premier Martyr, qui y est représenté avec S. Laurent. L'Anniversaire de cette bénédiction que l'on qualifie de Dédicace, s'y célèbre le quatrième Dimanche de Carême: Le Seigneur du lieu présent à la cérémonie, s'appelloit Etienne des Friches. On tient que c'est lui qui l'avoit fait rebâtir. Un Prêtre demeurant dans le lieu, dit dans cette Chapelle deux Messes par semaine. Je m'abstiens, comme je me le suis proposé, de parler des ossemens que Ton y conserve, quoique j'aie vu le livre imprimé qu'un Capucin natif de ce lieu a composé à ce sujet. On peut recourir à ce que j'ai rapporté à la page 125 du premier tome de cet ouvrage.
On lit sur une tombe de pierre mise dans le dernier siècle au milieu de cette Chapelle, qu'elle couvre les cendres de Messieurs Charron, originaires de Grèce, qui ont servi la France sous le règne de Philippe le Hardi; que Robert Charron, descendu d'eux, a été Capitaine et Gouverneur des Ville et Château de Dourdan, et est mort en 1400, et qu'Etienne son fils qui lui succéda dans les mêmes honneurs, décéda en 1446, etc. (i632.) La terre de Mouceaux étoit venue à Messieurs Charron par la vente qu'en fit Germain des Friches, en iSôg, à Jean Charron, Valet de Chambre du Roi. Une de leurs descendantes a vendu en 1746 cette terre à M. Grimod de la Reyniere, Fermier Général, Seigneur de Clichy. Le Château s'appelle Belair. Gui de Monceaux, Abbé de Saint Denis en i363, pouvoit tirer son nom de ce lieu, et être issu des Seigneurs. Je ne croi pas qu'on doive appellcr ce lieu en latin Monticellum ni Monticelli. On n'y voit aucune élévation. Il y a plus d'apparence qu'il vient de Muscellum ou de Muscelli, lieu
mousseux ou mousceux, c'est-à-dire où il croît beaucoup de mousse, par opposition aux autres cantons situés dans la Garenne,
La Planchette et Courcelles sont deux lieux situés entre le clocher de Clichy et celui de Villiers-la-Garenne, et qui tous les deux sont de la Paroisse de Clichy.
Je ne sçai si ce Courcelles seroit le Curteciolum que le Roi Doublet p. 834. Philippe I donna à l'Abbaye de S. Denis en 1060. On a vu ci-dessus que durant presque tout le XIV siècle cette terre étoit possédée par les Beaumont. Quant à la Planchette, on lit que TaWcs de le Château de ce nom fut donné en i528, par le Roi François I, '* Chambre des à Adrien de Courcelles. Jacques Amelot, premier Président j m^ fo] 3^3^ de la Cour des Aydes, et Elisabeth Du Pré, sa femme, y avoient leur maison de campagne en 1648.
Ternes, qui est entre Villiers et le Roulle, est en partie sur la paroisse de Clichy et en partie sur celle de Villiers. Quelquesuns croyent que ce nom lui vient de ce que ce terrain fut gagné par un coup de ternes au jeu de dez. Mais il est permis d'en douter, parce qu'il y a plusieurs autres lieux en France qui portent le même nom. On trouve un Ternes au Diocèse de Saint-Floun ; Ternes, Château en Limosin, où étoit né le B. Roger, mort Archevêque de Bourges en 1367 et qui y bâtit un Couvent de Célestins. Ne serait-ce donc point plutôt parce que cet endroit est à trois milles de la Cité de Paris terno milliario, qu'il auroit eu le nom de Ternes ? Je le trouve écrit l'Esterne dans le Registre de l'Archevêché de Paris de l'an i632. Ce lieu est un fief. L'ancien bâtiment étoit flanqué de tours et environné de fossés. Ternes a appartenu au Baron de Beauvais vers l'an 1660. Joseph Hinselin, Correcteur des Comptes, étoit Seigneur de ce lieu et des Carrières en 1670. Il a depuis appartenu à M. Bombarde, Trésorier de l'Electeur de Bavière; ensuite à M. Mirei, Receveur des Consignations des Requêtes de l'Hôtel, qui a dépensé des sommes immenses pour la construction d'un nouveau Château et pour l'embellissement des jardins. Après sa mort, ce lieu a été acheté par M. Mas, qui y a encore fait de nouveaux embellissemens dans le jardin.
Il y avoit sur la Paroisse de Clichy, en 1872, un territoire Tab.Ep. appelle Chanteloup, où étoit une vigne dite de la censive de la ^^^' '" ^* •^^^• Commenderie de S. Jacques du Haut-pas, et reconnue telle par Pierre Taibert, Chevecier de Saint Jacques de la Boucherie.
La Paroisse de Clichy, malgré le démembrement, s'étend encore très-près de Paris, puisqu'elle va jusqu'au fief du Coq, dit de l'Homme riche, proche des Porcherons. On voit dans un échange fait par le Roi avec le sieur d'Antîn, que Sa Majesté eut de lui j^sî' so^Aug: en 1724 des terrains en marais au terroir de Clichy, dit le et g Dec.
43o PAROISSE DE VILLIER: -LA-GARENNE
Bas-Roule, En ijSi le i8 Décembre, le Conseil d^Etat donna un Arrêt qui nonobstant l'opposition du Seigneur et des habitans de Clichy, soumettoit aux entrées deux maisons construites proche la nouvelle pépinière, qui ne sont séparées du faubourg du Roulle que par une rue, et qui sont de Clichy. Dict. Ménage au Pierre Versoris, célèbre Avocat de Paris sur la fin de l'avantrcot Versoris. demier siécle, avoit sa maison de campagne à Clichy-la-Garenne. On lit qu'il s'y retira l'an i58i, pour éviter la contagion qui régnoit à Paris, et qu'il y composa sa généalogie.
L'Ordonnance que le Roi Philippe de Valois donna contre les blasphémateurs au mois de Février i343, est datée de Clichy dans l'ancien Livre rouge du Châtelet (fol. j5), Blanchard la date de l'Hôpital de Lisy, Février 1347.
Dom Germain, dans son Traité des Palais de nos Rois, met
Dipiomat. un CHppiacum proche Saint Germain en Laye, où certainement lib. IV, p. 273. îi n'y en a point <.