VIXIT ANNIS XVII
PITHUSA MATER FEC.
Le Fief de Teroûenne que les titres latins appellent Terra Morinensis, est situé sur la Paroisse de Saint Eustache dans le quartier qui fait partie de l'ancien Champeaux et qu'on appelle les Halles ou les environs. Il m'a paru après bien des recherches, que ce Fief qui est au Roy depuis longtemps, a tiré son nom d'un Evêque de Teroûenne, Evêché des Morins aux Pays-bas. Cet Evêque s'appelloit Adam; il siégea à Teroûenne depuis I2i3 jusqu'en 1229. Avant ce tems-là il avoit été Archidiacre de Paris. Comme Gautier son frère étoit surnommé de Monstreul, peutêtre étoient-ils issus des Chevaliers Seigneurs de l'un ou de l'autre des deux Montreûil qui sont au Diocèse de Paris. Quoiqu'il en soit, nous apprenons que Gautier avoit eu un Fief au Territoire de Champeaux situé à Paris, avec Justice et Censive. Il est vrai que nous ignorons si Adam en avoit aussi un au même lieu ; mais Gaii. Chr. il est certain qu'il hérita de celui de Gautier qui mourut avant lui. ffi Ep, Morin. Et comme il alla se faire Religieux à Clervaux en 1229, il est inst, col. 490. pj.Qt>3ble que ce fut alors qu'il se défit de ses biens, et que ce
Fief qui avoit eu de lui le nom de Teroûenne, parvint au Domaine par vente ou par donation. Ce Fief étoit possédé en i33o par un nommé Adam de S. Mamert. Ce fut alors que Pierre des Essarts qui est simplement qualifié Bourgeois de Paris, en fit l'acquisition au profit du Roy, ainsi qu'il paroît dans un titre de la Chambre des Comptes mentionné dans l'Inventaire de cette Chambre à la Bibliothèque du Roy.
Je n'ai plus qu'un mot à dire sur un autre lieu : c'est sur la rue des Prouvaires dont on a cherché en vain l'étymologie. Quoique ce nom* ait été écrit de bien des manières, la racine reste
toujours la même. Au XIII siècle, en parlant des Prêtres, on disoit Seignors Prevoires ; ce qui étoît formé du latin Seniores Prèsbyteri : cela se lit ainsi dans les copies des Sermons de TEvêque de Paris, Maurice de Sully, décédé en 1196. Le testament de Jean de Fontanoy, Bourgeois de Paris, de Tan 1227 et de Bauteur (c'est-à-dire Batilde) sa femme, marque qu'ils laissent au Provoire de S. Jaques X sols de rente pour ferre leur aniversaire. Dans Tab. s. Magior. un manuscrit de Sorbonne du XIII siècle parmi ceux qui vien- cod. 367, nent du Cardinal de Richelieu, est l'histoire du Prevoire qui ^^^* ^^^-ftrouva le Boterel en son Calice (Boterel signifioit un crapau). Une Chronique françoise du XIV. siècle met à l'an 858 : Li Prevoires chantèrent leurs Litanies parmi la Ville et gitterent eau bénite par les Hosteulx. Encore à présent en Franche-Comté une redevance de bestiaux qui se paye aux Prêtres, est appellée le droit de Prevoire : ainsi la rue des Prouvaîres étoit anciennement la rue des Prêtres de Saint Eustache.
AUTRE DÉMEMBREMENT DE SAINT GERMAIN l'aUXERROIS
La Paroisse de Saint Sauveur est un démembrement qui fut fait de celle de Saint Germain l'Auxerrois, environ dans le même tems que celle de Saint Eustache. Car on lit que dès l'an 1 2 1 6, le Doyen Gaii, Chr. arrêta les entreprises du Prêtre qui desservoit la Chapelle de la T-yiJ>coi.257. Tour, par une sentence d'arbitres, qui décidèrent que U Doyen avoit le même droit dans cette Chapelle que dans l'Eglise de Saint Germain. Cette Chapelle de la Tour étoit le lieu où les Habitans de ce canton avoient obtenu de s'assembler comme dans une succursale, à cause de l'èloignement dont ils étoient de la Paroisse : elle avoit été ainsi nommée à cause qu'elle étoit voisine d'une tour.
L'existence de cette Chapelle en ce lieu dès l'an 1216, suffit pour détruire ce que dit Sauvai, que c'est S. Louis qui la fit bâtir Sauvai, en i25o. ^' '' P* ^^^•
Environ cent ans après, c'est-à-dire en i3o3, le Chapitre de Saint Germain tiroit quelque revenu de cette Eglise, dite alors Saint Sauveur; et l'on voit par le serment que Thomas de Ruel GaïUa christL Curé prêta aux Chanoines en i335, que les Curés des deux nou- ^°'- ^^'• veaux démembremens faisoient les mêmes soumissions. Aussi le Chapitre alloit-il autrefois officier dans l'une et l'autre Eglise,
et il s'est toujours maintenu dans le droit d'y nommer un Curé.
Il avoit même conclu, il y a environ deux cens ans, d'unir cette
Comp. Ep. Cure à sa mense, et il payoit pour cette union une somme annuelle
j544' à l'Evêque : mais le Parlement rendit contre le projet de cette
Reg. Par. unioU un Arrêt le 3i Mars i56o. Les Heures Canoniales et
la Grand'Messe quotidienne y avoient été fondés sept ans aupa<
ravant par Guillaume d'Osserre, Marchand, et Gillette Magdelin,
sa femme, qui conjointement avec Jeanne Fontaine, veuve de Noël
Robert aussi Marchand, avoient donné pour cela la maison de
Reg, Ep. S. Christophe près la porte des Peintres, et d'autres biens.
Novtmb. jsS3. L'Eglise nouvellement rebâtie avoit été dédiée vers le règne de
François I, le mercredi de la semaine de Pâques : mais il fut permis en i55i d'en transférer l'Anniversaire au second Dimanche suivant.
Reg. Ep. Par. Guillaume, Evêque d'un Siège in partibus appelle Alexia, y
2 Aug. 1537. bénit, de l'agrément de l'Evêque de Paris, sept Chapelles. Une de N.-D. de Pitié; une de S. Preject Martyr et de S. Maturin; une troisième des SStes Susanne et Marguerite; la quatrième sous le titre des SS. Denis, Sebastien et Roch; la cinquième sous celui de l'Annonciation; la sixième du titre des SS. Vincent Martyr et Claude; la dernière sous l'invocation des SS. Léonard, Henri et Elisabeth. S'il faut en croire le placard qui s'affiche tous les ans pour annoncer la Fête de S. Prix, la dévotion envers ce Saint dans cette Eglise avoit commencé par une Confrérie instituée en 1433. Au reste, cette Eglise étoit restée imparfaite; car on lit qu'en 1571, le 3o Novembre, les Marguilliers eurent de l'Abbaye de Montmartre une maison qui tenoit à cette Eglise, et cela pour son aggrandissement, moyennant une rente que lui avoit transportée Jean de Canapeville, Marchand, Marguillier.
Il n'est pas besoin d'avertir ici que les Eglises qui sont sous le titre dé Saint Sauveur, et celle-ci entr'autres, prennent la Transfiguration pour leur grande Fête. Quelques-uns assurent que S. Jean l'Evangeliste est le second Patron de cette Eglise. Quentin Gesnault qui en étoit Curé en 1607, ayant eu d'Anne de Beauvilliers, Abbesse de Montmartre, quelques reliques des anciens Martyrs anonymes de ce lieu, obtint qu'elles seroient exposées, et Reg. Ep. l'Evêque accorda des Indulgences pour le jour de la Translation.
3o Maii 1607. L'édifice de cette Eglise est dans un goût d'architecture moderne
mixte. Une loterie accordée en 171 3 a beaucoup servi à l'embellir; la Chapelle de la Vierge est ce qu'il y a de plus remarquable. Au reste, le corps de l'Eglise est assez symmetrisé et bien orienté. Piganioi. Martin Marrier, célèbre Bénédictin de Saint Martin des Champs,
T. m, p. 387. Jq^ ['qh a plusieurs ouvrages souvent cités dans ce présent livre,
étoit né sur cette Paroisse en 1572.
DÉMEMBREMENT DE SAINT GERMAIN l'aUXERROIS j3
Le gros de cette Paroisse forme un quarré à angles très-inégaux. Pour le suivre dans la rue S. Denis, il faut commencer après la septième maison qui se trouve entre la rue Mauconseil et la rue du Petit-lyon, où il y a pour enseigne la Sellette rouge. La maison d'après est la première de S. Sauveur. Il faut compter tout de suite dans le même côté jusqu'à la rue Bourbon, qui est près la porte S. Denis; entrant à gauche dans cette rue, la suivre à la même main jusqu'au bout par où elle se rend à la rue du petit Carreau ; le côté gauche de cette dernière rue en descendant, est de Saint Sauveur : une partie de la rue Montorgueil du même côté en est pareillement, jusques vis-à-vis le Cul-de-sac de la Bouteille. A cet endroit la ligne qui sépare Saint Sauveur et Saint Eustache, traverse le théâtre de la Comédie Italienne, coupe les deux côtés de la rue Françoise puis les maisons qui sont derrière cette rue Françoise s'étendent jusqu'à la cour de la Sellette rouge.
Le terrain de L'HOPITAL DE LA TRINITÉ qui est vaste, est aussi de Saint Sauveur, avec quelques maisons du côté droit de la rue S. Denis, en allant à la Porte du même nom, et toutes celles de la rue Darnetal ou Greneta, qui depuis la Fontaine à gauche bordent cet ancien enclos, comme aussi la Cour située au bout du Cul-de-sac Bas-four, rue S. Denis.
Cet Hôpital est l'un des plus anciens de Paris. Dès l'an 12 17, il ChartuL est fait mention de l'Eglise de la Trinité de cette Ville, devant "''''' ^^\ ^'"'' laquelle Eglise étoient des maisons de la censive épiscopale appartenantes au Temple. On nomma quelquefois cet Hôpital dans les commencemens l'Hôpital de la Croix-la^Reine. Un titre de l'Abbaye de Saint Magloire de l'an 1262 le désigne ainsi, Domus Trinitatis de cruce Reginœ, Mais dès le tems de sa fondation, on avoit dit Tab. s. Magtor. Ellemosinaria de Cruce Reginœ, Ce n'est pas qu'une Reine en fût ^^ i>«rneui. fondatrice, mais c'est que le lieu où les nommés Palée et Escuacol l'établirent vers l'an 1200, étoit voisin d'une Croix surnommée de la Reine ; de la même manière que la fontaine voisine prit aussi le nom de Fontaine la Reine, Les conditions sous lesquelles le Chapitre de Saint Germain l'Auxerrois, dont la Paroisse s'étendoit alors jusques-là, consentit à cet établissement, se lisent dans tous les Historiens modernes de Paris. Il fut conduit d'abord par des Prêtres séculiers, et peu d'années après par des Prémontrés de l'Abbaye d'Hermieres. Le Chapelain élu par l'Evêque lui prêtoit Acte de laoa. serment, et ayant pris possession, il se rendoit au Chapitre de Chartui. maj. Saint Germain où il le prêtoit pareillement. ^^' ^^ Caicem.
La Reine qui a donné son nom à la Croix qui servoit à désigner la situation de cet Hôpital, me paroit devoir être Adélaïde, femme de Louis le Gros, d'autant qu'elle passe pour une des insignes bienfaitrices de la Léproserie de Saint Lazare, dont la censive
touchoit à cette Croîx. A l'égard de Jean Palée, l'un des Fondateurs de la Trinité, je croîroîs que ce seroit de lui qu'auroit tiré son nom la rue Palée qui est dans ces quartiers-là. Il y avoit probablement eu son logis. •
Cet Hôpital destiné à recevoir des passans, parvint aussi par la suite à avoir un Cimetière pour les inhumer; et comme il étoit au-delà des portes de Paris, on le choisit pour y porter de cette Ville les corps des pestiférés : au lieu de les inhumer dans celui des Innocens : c'est ce qui fut pratiqué dans la peste de 1348, et qui continuoit encore en pareil cas au XVI siècle.
Plusieurs ont fait observer que dans le tems que les Prémontrés avoîent l'Intendance de cet Hôpital, des Joueurs de Mystères s'y insinuèrent pour donner leurs représentations au public. On y faisoit la Confrérie de la Passion au moins dès l'an 141 1, et l'Office s'y célébroit sur le revenu qu'ils tiroient du louage de la Sale. Leur grange donnoit dans la rue Darnetal devant la Croix de S. Laurent, suivant un acte de 1488. Ces Confrères se plaignirent en Parlement l'an 1548, de ce qu'on avoit pris leur Sale de représentation pour y loger de pauvres enfans; mais ils ne furent point Reg. Pari, écoutés ; la Cour leur défendit même de jouer désormais la Pas-
17 Nov. 154S. gjQjj . çj ^»gg^ j^ l'époque de l'introduction des enfans qu'on y élevé, et auxquels on enseigne à travailler.
Perin. du Le Cimetière fut augmenté huit ans après, et béni par l'Evêque
23 Oct. i556. jg Megare. L'Eglise ou Chapelle ayant aussi été aggrandie sur la fin du même siècle, Henri de Gondi fit la bénédiction de cette accrue et de trois Autels, sçavoir de la Trinité, S. Jean-Baptiste Reg.. Ep. et S. Louis, le i5 Avril 1598.
LES FILLES DIEU sont une Communauté située sur cette Paroisse ; et elle est ainsi appellée, parce que des Religieuses de ce nom, établies au XIII siècle proche S. Lazare, s'y sont retirées, dans le tems des guerres des Anglois; car auparavant, le lieu où elles sont étoit un simple Hôpital fondé par un particulier nommé Humbert des Lyons. Les Religieuses réformées de Fontevrault
Martyr. Bimcst. y furent introduites sur la fin du XV siècle. « On ne peut trop louer
p.745,au34fév. ^ pQrdre de Fontevrault, dit l'Abbé Chastelain, d'avoir conservé
« jusqu'à présent l'ancien et excellent usage de dire Ténèbres à mi- « nuit : ce que l'on voit pratiquer avec édification aux Filles-Dieu « de Paris, l'une des plus insignes maisons de cet Ordre, qui de « plus de 36o Eglises qu'il y a en cette grande Ville, n'ont cela . a de commun qu'avec celle de Saint Victor et celle des Chartreux. » Je ne parlerai ici des Chapelles de leur Eglise que par rapport au titre singulier d'une d'entr'elles, qui est appellée de S. Abraham, Reg. Ep. dont j'ai vu des provisions de l'Evêque données le 5 Décembre 1 5oo. A l'égard de celle de Ste Magdelene, qui avoit été fondée en i36o
PAROISSE DE LA VILLE l'eVÊQUE ^5
par Jean de Meulant, Evêque de Paris, selon des Ecritures de Tab.Ep. l'an 1470 que j'ai vues, le titulaire s'en étant démis, l'Evêque de Paris la réunit au Couvent l'an i582.