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LA COURT-NEUVE

Anciennement S. LUCIEN

Il y a eu, dès le règne du Roy Robert, un lieu proche de Saint I)enis, nommé Saint Lucien et c'est ce qui depuis a été appelle la Court-neuve, du nom d'une de ses dépendances, ces deux lieux n'ayant plus été reputez qu'un seul village. On trouvera la preuve de ces faits dans la suite de cet article. Ce village est situé à deux lieqes de Paris, dans la plaine derrière l'Abbaye, et arrosé de l'eau de quelques branches de la petite rivière de Crould, et de quelques sources qui viennent de Baubigny et de Drancy. C'est un pays de labourages et de prairies. Les denombremens de l'Election de Paris y marquent l'un 94 feux, l'autre 11 3, et le Dictionnaire Universel de la France y reconnoît Sog habitans. Le voisinage de cette Paroisse avec l'Abbaye de Saint Denis me dispensera de faire une plus longue description du territoire.

La persuasion où l'on étoit sous la première race de nos Rois que S. Denis étoit arrivé dans le Parisis avec plusieurs compagnons qui s'étoient ensuite répandus plus au loin, fut cause que dès ces premiers tems, on éleva des autels sous leur invocation dans le voisinage du Monastère. Ainsi y en eut-il un en l'honneur de S. Quentin, du côté du midi, lequel est mentionné dans la vie de Ste Aure, parce que ce fut le lieu où elle se retira durant quelque tems. Un autre oratoire fut construit en l'honneur de S. Lucien, Apôtre de Beauvais, du côté de l'Orient. Il suffisoit en ce tems-là, pour la consécration d'une Eglise et pour donner le titre, d'avoir des morceaux de voile ou de linge qui eussent touché aux ossemens ou simplement au tombeau des Saints. Cette réunion de ces deux oratoires sur le territoire dit a'ors Catolacum, est une marque de l'opinion que l'on avoit sur l'association de ces trois Saints pour la même Mission Evangelique, avant que l'Abbé Hilduin fût venu l'altérer sous Louis le Débonnaire, par ses sentimens aréopagitiques. Il semble aussi que l'on peut apporter pour une preuve de cet ancien sentiment la commémoration, que faisoit autrefois l'Eglise et tout le Diocèse de Paris, de S. Lucien et de ses compa-

Antiq. Caiend. gnons, S. Julien et S. Maxien, Martyrs, le 16 Octobre, jour de EccL Paris. TOctave de S. Denis.

Nous ignorons en quel siècle le lieu où étoit construit l'oratoire du nom de S. Lucien se trouva assez peuplé pour qu'il fût nécessaire d'y établir un. Prêtre ou Curé. Cette Cure existolt au moins dès le XIII siècle. Elle est nommée dans le Pouillé Parisien de ce tems-là parmi celles auxquelles l'Evêque pourvoyoit de plein droit dans le Doyenné de Gonesse : De donatione Episcopi, Ecclesia Sancti Luciani, Les Pouillés manuscrits du XV et XVI siècles, et

Reg. Ep. Par. celui de 1626 y sont conformes aussi-bien que le Registre de i5i6; 12 Martii. jngjs celui de 1648 marque que cette Cure est à la nomination de l'Abbé de Saint Denis, et celui que le Pelletier fit imprimer en 1692 la dit, page 68, être à la nomination du Prieur de Dueil. Ces trois derniers Pouillés peu exacts, au lieu du nom de S. Lucien l'appellent la Cure de la Court-neuve. L'Eglise est assez petite et d'une bâtisse qui n'a pas deux cens ans. S. Lucien, Martyr, Apôtre du Beauvaisis, dont j'ai parlé ci-dessus, en est le Patron. Elle est construite dans un lieu fort solitaire et couverte du côté du cou- Feiib. chant par une charmille en demi cercle. L'Abbaye de Saint Denis

Hist. de S.Denis, y alloit autrefois en Procession aux Fêtes de Pâques et de Pente- ^' ^ ^' côte, au moins dans l'ancienne Eglise de ce lieu, car il faut sçavoir que l'Eglise Paroissiale de Saint Lucien étoit à quelque distance de là et au milieu des maisons. Elle n'a été rebâtie dans l'endroit où on la voit que depuis les premières guerres de la Religion, et Ton choisit pour cela le lieu où étoit la Chapelle d'un Hermitage,

ce qui diminua la dépense. Alors Tancienne fut abattue, de sorte qu'il n'en reste point de vestiges. On lit sur le mur de la nouvelle, l'inscription suivante : L'an mil cinq cent quatre-vingt, le vingtsixième jour de Juin, /ut r Eglise de céans dédiée et consacrée par Révérend Père en Dieu Messire Christophe de Cheffontaine Archevêque de Cesarée par la permission de Mons, VEvêque de Paris. Et estoit pour lors Curé M, Anthoine Josse Prestre, lequel y /ait la veille la nuit de ladicte Dédicace: M. Jean Hébert Prestre Vicaire; Frère Michel de Her ville Prévost sieur dudit lieu; Damoiselle Marie Brullart, veuve de /eu Noble homme Charles le Prévost Conseiller Notaire et Secrétaire du Roy nostre Syre, Intendant de ses Finances, sieur de Granville et de Brou. Les Marguilliers Denis Barat, Guillaume Nadereau et plusieurs habitans dudit lieu lesquels ont donné de leurs biens. Et y a XL jours de vray Pardon et Indulgence à tous ceux qui par dévotion visiteront ladite Eglise le jour de ladicte Dédicace.

Je n'ai rien à ajouter à cette longue inscription, sinon qu'on lit dans les Registres de l'Archevêché, au 20 Juin i58o, où se trouve l'expédition de la permission à l'Archevêque de Cesarée, que l'anniversaire de cette Dédicace seroit fixé au premier Dimanche de Juillet. Dans cet acte le lieu est nommé Saint Lucien, de même que dan^ les Fouillez.

Le petit Cartulaire de l'Evêque de Paris contient une Bulle du Pape Innocent III ou IV, qui délègue l'Abbé de Barbeau, le chart.Ep. Prieur de Saint Victor de Paris et Barthelemi, Chanoine de ^^^- ^'*'' ^^f^- Chartres, pour juger sur les plaintes que faisoit le Curé de ce lieu, * ^^'

Presby-ter S. Luciani, au sujet de l'enlevé Tient de ses droits par le Monastère de Saint Denis. Mais au XVI siècle l'usage étoit introduit de dire Saint Lucien de la Court-neuve : cela paroît par l'approbation que l'Evêque de Paris donna le 27 Octobre i545, à Reg.Ep. Paris. l'aliénation que venoit de faire d'un arpent de terre un Curé dit Petrus Postel, Curatus S. Luciani de Curia nova.

Pour entrer dans le détail de tout ce qu'on sçait d'historique touchant ce village, il faut revenir à 'ce qu'on lit du Roy Robert. Ce Prince qui aimoit fort l'Office Divin, édifié de l'avoir vu célébrer à Saint Denis avec une extrême décence par les Clercs de Saint Paul, leur donna du Fisc Royal le moulin de Saint Lucien suger in et un autre moulin construit au Pont-Maubert, proche une fon- Consnt. iv. taine. Il se présente une difficulté au sujet de l'origine de la dîxme j jy^ p°*^553 de ce lieu appartenante à l'Abbaye de Saint Denis. Suger, qui en étoit Abbé au milieu du XII siècle, dit dans son testament qu'il destine et qu'il lègue à ses Religieux pour le repas du soir qu'on appeloit dès son temps du nom de Cœna^ la dixme de Saint * Lucien qui avoit été employée jusqu'alors à l'usage de l'Abbé,

à condition que le Couvent célébreroit son Anniversaire après

Duchéne, sa mort, et que le Religieux Cenier, c'est-à-dire chargé de la

ibid., p. 547. dépense des repas du soir, payeroit dix sols pour la dépense

du réfectoire ce même jour-là. D'un autre côté, on lit dans

Feiib. l'ancien Necrologe de cette Abbaye, au 17 Septembre: Obiit

Hist.de s. Déni» HaimeHcus Prior S. Dionisii qui émit Conventui décimant S, Lu»

preuves. ^£^„£ Qq Prieur n'étant décédé que vers l'an 12 16, comment a-t-ii

pu acheter pour son Couvent une dixme que l'Abbé Suger avoit

léguée à ce même Couvent plus de cinquante ans auparavant?

Apparemment que ce que Suger avoit légué n'étoit que la portion

qui appartenoit à l'Abbé et qu'il y en avoit quelque autre partie

Suger entre des mains laïques. Le même Abbé Suger avoit pris en

de admin. sua, affection ce lieu de Saint Lucien : il y augmenta le nombre des

T. IV, p. 333. Hôtes, c'est-à-dire des habitans, sujets de Saint Denis. De plus

il y fit planter à grands frais un clos de vigne qui contenoit

quatre-vingt arpens. D'autres enseignemens rapportez par Dom

Felibien font mention du clos de Saint Lucien sans parler de

Hist. de vignes. Les différens cantons y sont nommés : Terra ad Spi-

s. Denis. Preuv. „^;„^ Cultura SelloTiis, Campus de Beli, Ad Fornil. Il n'est

p. cxvi. p^g étonnant qu'avec le temps on soit revenu de l'idée de

conserver en un tel territoire une aussi grande pièce de vigne

que celle que Suger y avoit fait planter. Le sol n'y paroît pas

trop propre.

Le premier monument où j'ai trouvai le nom de Curtis nova^ est l'Histoire de Philippe-Auguste par Rigord. Cet Historien Duchéne, rapporte à l'an 11 94 un miracle arrivé par les mérites de S. Denis T. V, p. 37. sur un enfant de trois ans de Curte nova.

On lit ensuite que Pierre Boucher et Bureau Boucher avoient

Sauvai. ^u XV siècle un Hôtel situé à Poitronville, dont les dépendances

T. I, p. 39. étoient sises à la Court-neuve. Pendant l'absence de ces deux

frères, Henri, Roy d'Angleterre, qui se portoit pour Roy de

Comptes de France, donna le tout à Maître Jean de l'Isle, pour le recompenser

la Prev.de Paris, de cc qu'il avoit aidé à faire entrer dans Paris les gens du Duc de

Sauvai, Bourgogne. Ces mêmes biens furent depuis tenus par Perrinet le

Clerc, l'un de ceux qui étoient alors entrés dans Paris. Sous le

règne d'Henri III, une Dame Brulart avoit une maison considé-

Reg. Pariam. ^able à la Court-neuve : elle obtint du Roy la permission de la

faire clore de fossez et de ponts-levis pour la sûreté : les lettres

en furent registrées le 14 Mars 1577.

La Court-neuve étoit autrefois une Prévôté particulière parmi

les Terres du Monastère de Saint Denis. Un des plus illustres

Feiib. Prévôts de cette Terre fut Gui de Montmirel, vers le milieu du

Hist. s. Denis, XVI siécle. Il fut ensuite Abbé de Saint Magloire, puis Evêque

p- 395. ifi partibus. Dans le Pouillé de Paris de l'édition 1648, le Prévôt

de la Court-neuve est dit Seigneur de ce lieu et de Creve-cœur,

proche Saint Denis. Au même endroit le Religieux Cenier est Pouiii. 1648,

déclaré jouir des dixmes de ce Village. ^' '^^*

Saint Lucien et la Court-neuve, quoique ne formant qu'une seule et même Paroisse, n'étoient pas regardez autrefois comme le même lieu. On a vu ci-dessus que la Cure étoit primitivement nommée S. Luciani sans addition. C'est ce qui continuoit encore d'être en usage vers le milieu du XIV siècle. Outre cela, dans l'Etat des Léproseries du Diocèse de Paris dressé l'an i35i, lorsque l'auteur en vient à celle de Champ-pourri, de la Paroisse d'Aubertvilliers et qu'il nomme les Paroisses voisines qui pouvoient y placer leurs malades, il met Sanctus Lucianus ubi Crevecœur et la Court-neuve, Ainsi il faut dire qu'alors la Court-neuve étoit, de même que Creve-cœur, une dépendance du lieu de Saint Lucien, qui pouvoit être celui des trois lieux le moins habité.

Lorsque les'habitans d'Ivry, proche Paris, voulurent obtenir du Roy Charles V, en 1374, d'être exempts de prises (c'est-à-dire de fournir les provisions à la Cour), ils citèrent dans leur Requête Ordonn. l'exemple des habitans de la Court-neuve et de Creve-cœur, qui <*«» R©»»- t. vi. en avoient été exemptés avant eux. Ce Creve-cœur dont on ignore la cause du nom, étoit, dès i35i, connu pour membre de la Paroisse de Saint Lucien. Dans les titres de i532, du Collège de Maître Gervais qui y a du bien, il est dit [être] de la Paroisse de TabuL

la Court-neuve. CollMag.Gerv.

Il y avoit en 1637 *sur cette P roisse de la Court-neuve une perm dOm. maison appelée Champs-rots ou Chant-rots, qui appartenoit à domett.aoAoût. Jean Prou, Pourvoyeur ordinaire de la Maison du Roy.

Les cartes des environs de Paris placent communément au nord de cette Paroisse de la Court-neuve trois lieux, sçavoir: Merville, Champ tourtel et la Courtille. Ils sont tous les trois sur le territoire de la même Paroisse, et de la même Seigneurie. MER- VILLE, qui seroit mieux écrit Mair-ville, étoit un lieu habité au moins dès le VIII siècle, comme on l'apprend par le premier livre sœc. 1 1. des Miracles de S. Denis, dont l'auteur vivoit au IX siècle et par BeneJ. Parr. if. les partages des biens de l'Abbaye rapportez dans les chartes ^* "^ des années 832 et 862, où ce lieu est Major-villa ou Majoris- Dipiomat. villa. Ce n'est plus qu'une ferme du Monastère de Saint Denis ; /»• ^^o ^' -^-^7. CHAMP-TOURTEL pareillement, lequel relevé simplement de la Court-neuve. Quant à la COURTILLE, le manoir et ses dépendances menaçant ruine ont été entièrement détruits.

58o PAROISSE DE STAINS ET SAINT LEGER

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