‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 183 sur 210 · MONTMAGNY · texte numérisé non relu

MONTMAGNY

Hist. de

Montmor.

preuv. page 35.

Ibidem p. 58.

ex chartul.

S. Florentii,

GalL Chr.

nova T. VII.

p. jJ.

Montmor.

preuv. page loi,

Ce n^est pas ici une des Paroisses du Diocèse de Paris des premiers tems. Outre que le Saint qu^elle a pour patron le fait assez voir, c'est qu'on ne trouve rien du tout sur ce lieu avant le commencement du XII siècle.

Le village est situé à trois lieues de Paris, à une lieue de la ville de Saint Denis, vers le nord-ouest ou couchant d'été de cette dernière ville, dans un petit vallon qui n'est qu'à un quart de lieue de Dueil. Une montagne assez élevée le sépare d'avec Pierrefitte et c'est sans doute cette montagne cultivée en vignes et en bois qui a donné le nom au lieu.

Le premier monument qui fasse mention de Montmagny, est une charte d'Hervé, Seigneur de Montmorency, par laquelle il donne aux Moines de Saint Florent de Saumur la dixme de ses terres de franc-alleu, situées à Montmagny. Elle a été expédiée entre les années iiio et iii6. Ce lieu y est dit en latin Mons Magniacus, Il n'y avoit point encore d'Eglise Paroissiale et pas même d'Eglise en ce lieu, qui dépendoit de Dueil. La canonization de Saint Thomas de Cantorbery qui fut faite dès Fan 1173, trois ans après sa mort, occasionna la construction de plusieurs Eglises sous son invocation. Aucun titre n'indique positivement les personnes qui fournirent à la construction de celle qui fut édifiée à Montmagny. Il y a cependant lieu de croire que ce furent des Seigneurs de la Maison de Montmorency, puisqu'on les voit se mêler en l'an 1 184 de la présentation du Chapelain qui devoit la desservir. On trouve des lettres par lesquelles Hervé de Montmorency, Doyen de Paris et Abbé séculier du Chapitre de Saint Martin de Montmorency, confirme, du consentement du Chapitre, la présentation d'un Chapelain à l'Eglise de Saint Thomas de Montmagny ; plus, d'autres lettres, par lesquelles Burchard de Montmorency ratifie ce que Hervé son frère avoit fait à ce sujet, et le fait approuver par Matthieu et Aalix, ses héritiers ; et enfin de troisièmes lettres, par lesquelles Maurice, Evêque de Paris, confirma la même année ce Chapelain ou lui donna ses pouvoirs.

L'usage étoit dans le siècle suivant de se servir indifféremment du mot de Monastère, pour désigner toute Eglise Paroissiale.- C'est ainsi qu'il faut entendre l'endroit d'une sentence arbitrale de l'an 1243, entre l'Abbé de Saint Denis et la Dame de Montmorency, dans lequel, en décrivant l'étendue d'une garenne, il est dit qu'elle va depuis le chemin de Sarcelle jusqu'au Moutier de Monmagnie, usque ad Monasterium de Monmagnie, Quoique cette

Eglise ne fût que comme une longue Chapelle, à la suite du tems il y eut plus d'un autel. Morand, Prêtre de ce lieu, c'est-à-dire chartuU Curé, témoigna en 1260 par un acte, qu'Alips de Richebourg y s. Dion. Bibi. avoit fondé une Chapelle et avoit laissé à prendre sur lui Curé ^^' ^' quarante sols qui étoient du iief de l'Abbé de Saint Denis.

Cette Eglise subsistoit encore en 1738, mais comme elle étoit interdite, à cause qu'elle menaçoit ruine de tous côtés, je ne pus voir s'il y avoit quelques anciennes sépultures. Elle a depuis été rebâtie entièrement à neuf et à la même place. Elle est encore en forme d'une grande Chapelle fort propre. On a remarqué en la rebâtissant que ceux qui avoient bâti la première avoient formé entre les deux murs une espèce d'aire très-solide et très-unie, qu'on trouva à quatre pieds dans terre. Il n'est resté des sépultures de cette vieille Eglise, que celle de Messieurs Huault, dont on a retourné la tombe, qui couvroit le corps d'un jeune Huault, mort en 1676, âgé de vingt-quatre ans et celui d'Adrien voy. le Dict. Huault, Conseiller au Grand Conseil, mort en 1699. Par le Moreri dehors de la nouvelle Eglise se voit le litre ou ceinture funèbre * "f/«a«/"™°' de M. le Prince de Condé, décédé en 1741. Il n'y a aucune mention de la Cure de Montmagny dans la copie du Pouillé Parisien, écrite au XIII siècle: c'est ce qui insinue que cette copie est antérieure à l'établissement. Elle se trouve dans les Pouillés manuscrits du XV siècle et du XVI. Les Pouillés imprimés par Alliot en 1626 et 1648, en marquent la présentation comme appartenante au Prieur de Deuil, ainsi que les Pouillés précédens ; et le Pelletier dit la même chose dans le sien de l'an 1692. Il étoit naturel que le démembrement suivît le sort du principal. Un Jean de Cambray, qui paroît avoir été parent du célèbre Ambroise de Cambray, Chancelier de Notre-Dame, fut pourvu de cette Cure le 4 Janvier i486.' L'ancien revenu étoit marqué de 35 livres, ce qui étoit considérable au XIII siècle.

Cette Paroisse étoit composée de loi feux en 1709, selon le dénombrement de l'Election de Paris, et de 428 habitans en 1726, suivant le Dictionnaire Universel de la France. Les plus anciens Seigneurs de ce lieu qui se soient présenté à mes recherches, sont ceux qui suivent: Pierre Huault, mort le 18 Novembre i532 et Recueil des inhumé à Saint Jean en Grève; Louis Huault, son fils, mort Epitap. de Pans, en 1576; il avoit fait hommage à Montmorency trente ans aupara- ^' ^^^' vant;'puis Charles Huault, Maître des Requêtes, décédé en 1610; l'hommage qu'il rendit à Montmorency est de 1576. Le procès-verbal de la Coutume de Paris de l'an i58o, le qualifie de Conseiller^u Grand Conseil. Il fut l'un de ceux qui signèrent en 1589 l'Union de la Ligue ; mais il effaça depuis cette tache par u'at^dèpar* sa soumission au Roi. Il eut d'Antoinette du Drac, son épouse, un p. nso.

Hist. des prem. fils qui étoit pareillement Conseiller au Grand-Conseil en 1637. PréMd. Louis Huault, Conseiller au Grand-Conseil, et Catherine Lottin, Permis d'Orat. sa femme, résidoient souvent en 1641 dans leur Château de Montdomest. magny. Il faut joindre à ceux-ci ceux qui sont nommés ci-dessus. A Messieurs Huault ont succédé dans la Seigneurie de Montmagny M. de Malbranche, frère du célèbre Père de l'Oratoire, puis Mercure de Messieurs Thomé père et fils. Le dernier l'étoit en 1725, selon un France. Journal où il est qualifié Fermier Général et Trésorier Général ^ '^*" des Galères, à l'occasion de son décès. Depuis, M. d'Arboulin posséda cette Terre. Il étoit pourvoyeur de vin pour la bouche du Roi. Ensuite M. Masson, Fermier Général et Receveur Général des Finances, après la mort duquel la Terre a passé à Madame sa fille, femme de M. de Chavaudon, ancien Président au Grand- Conseil. Le Château qui est dans la plaine, comme le village, est bien bâti.

On compte deux fiefs à Montmagny : Richebourg et Crespieres. La manière d'écrire le nom de cette Paroisse en françois a un peu varié ; car au XIII siècle on écrivoit souvent Mommagnie, même dans les titres latins. La sentence arbitrale qui régla en 1243 la Dame de Montmorency avec l'Abbé de Saint Denis, Histoire de s'exprime ainsi : Metam quœ posita erat in medio stratœ inter Montmor. domum Monachorum de Bono portu et villatn de Mommagnie^ ^' *' quoniam minus apparebat fecimus relevari. Garenna quœ fuit à via Sercellœ usque ad Mjnasterium de Mommagnie, usque ad viam quœ directum ducit ad furcas de Montemaurentiaco per ibid., p. 128. desuper versus Petramjictam.,. cadere débet. En 1293, ce lieu est également dit Mommeignie. Une preuve qu'il ne faut point d'accent aigu et qu'on n'a jamais dit Mommeignie, est que le Nécrologe de Notre Dame de Paris qui est du même tems, annonçant au 19 Septembre la mort d'un Soûchantre qui portoit le nom de cette Terre, s'exprime ainsi : Obiit Henricus de Montmeigna Succentor. Le Cordelier Confesseur de la Reine Marguerite veuve de S. Louis, ayant entrepris d'écrire la vie de ce Saint en françois, mit aussi dans la même langue les procès verbaux de l'enquête de sa Canonization qui avoient été envoyés en latin à Rome. A l'occasion d'un miracle arrivé sur une fille de Grolay par le mérite du saint Roi, il y étoit fait mention incidemment de Montmagni qui est sur le chemin de Grolay à Saint Denis où le corps de Cod. Reg. Saint Louis étoit inhumé. Le Cordelier traducteur prit Montmagni pour une expression latine, et mit en françois Grand-mont, faute d'avoir connu le voisinage de Saint Denis. J'ai cru devoir en passant rectifier cet endroit d'un manuscrit, qui a'a pas encore été publié en notre langue et qui nous citoit un lieu qui n'a jamais existé entre Grolay et Saint Denis.

En 1274, Jean Ansiau de Villers, Chevalier, donna au Prieur de CartuUirede Dueil deux arpens de vignes, qui sont dits situés à Montmagnie. 'P"*p

En 1463, le vallon qui est au bas de la montagne voisine étoit pontt^Tso. appelle le Val de Richebourg et c'étoit un canton de vignes. Tab. Ep. Par,

VILLE-TANEUSE

Les fréquent exemples d'altération de nom qui se trouvent lorsque l'on veut examiner les étymologies, font que l'on ne sera pas étonné de voir celui de ce village défiguré jusqu'au point qu'un sçavant a prétendu que ce nom lui vient de ce qu'il fourmille de teignes, quod tineis scateat. C'est M. de Valois qui est de ce sen- sout, Gaii, timent. En passant, je m'y suis informé exprès si les teignes y p- ^^7étoient plus communes qu'ailleurs et où Ton m'a répondu que non. Il est bien vrai que les plus anciens titres que l'on a où ce lieu soit nommé, qui sont du XII siècle, l'appellent Villa tineosa, et qu'il y en a un de ceux-là où on lit en françois Ville-teigneuse, vita latina Il est vrai aussi que ce n'est que dans ceux du siècle suivant qu'il 5. Ludov, per est nommé en latin Villa tignosa ou tiginosa^ et que l'auteur puchênc^T^v d'une vie françoise de S. Louis écrite vers 1280, a employé le mot q^j„ ( o,.deiier de Ville-teigneuse. Mais cela ne suffit pas pour en conclure que ea manascnt ce sont les vers que nous appelions teignes qui ont occasionné ce AiaBibi.duRoi. nom. Les Ecrivains du Fouillé de Paris au XV et XVI siècle montrent une trop grande simplicité, lorsqu'ils se servent des termes Villa scabiosa *, pour désigner ce village. C'est ce qui a été suivi dans le Pouillé imprimé en 1626. Il suffit de se souvenir que la forêt de Montmorency commence à une petite lieue de-là, et même qu'au nord de ce village à côté de Montmagny la montagne étoit couverte de bois, pour en inférer que le dépôt des bois coupés soit équarris soit à équarrir pour la commodité de Paris, devoit être en ce lieu. Or les mots qui commencent par tin ou par tigriy ont tous quelque rapport avec le bois à bâtir ou avec le merrein. Chacun sçait qu'un chevron, une solive se dit en latin tignus. Le Glossaire de Du Cange nous apprend aussi que les ^^^^^ ^^^ .. bois non polis ni équarris s'appelloient ligna tina; que certains bois applanis et mis en œuvre forment des tonneaux ou vases qu'on nomme des tines; qu'enfin dès le XII siècle on trouve tan employé pour signifier de l'écorce de chêne. Voilà de quoi choisir

I. Registre de TEvéché de Paris, 21 Février î4j6, CoUatio EccL p€W. S, Lifardi de Villa Scabiosa ad prœsent. Abbatis 5. Dionysii.

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