ET DE CE QUI EN A ETE DEMEMBRE
Il y avoit à Paris une Eglise du titre de Saint Gervais dès le sixième siècle, du tems du Roi Childebert. Fortunat en parle deux fois dans la vie de S. Germain, Evêque de cette Ville, qu'il dit y être venu quelquefois faire sa prière, et il se sert toujours des termes de Basilica Sanctorum Gervasii et ProtasiL II y a toute BoUand.iSMaî. apparence que l'édifice de ce tems-là étoit à la même place où l'on voit celui d'aujourd'hui, ou bien aux environs : je dis aux environs; car quelquefois pour pouvoir aggrandir des Eglises, on les a rebâties dans les lieux où étoient leurs cimetières. A cette occasion je ferai remarquer que lorsqu'on creusa celui de Saint Gervais vers l'an 171 7 pour y bâtir des maisons entre l'Eglise et la rue qui conduit à la place Baudoyer, on y trouva plusieurs cercueils de pierre à plus de douze pieds en terre, ce qui prouve qu'ils étoient très-anciens.
Le Testament de Dame Ermentrude, conservé à l'Abbaye de Mabui, Tract. Saint Denis et imprimé plusieurs fois, fait mention de cette ff.^'^"''^\y Basilique de Paris après la Cathédrale, en ces termes : Basilicœ ^f suppi ad Domini Gervasi anolo aureo nomen meum in se habentem scriptum Dipiom., p, 93. dari prœcipio. Cet acte est d'environ l'an 700 de J. C. Il faut donc croire que dès le sixième et le septième siècle cette Eglise avoit quelques Clercs qui la desservoient, de même que S. Julien qui étoit dans l'autre partie hors la Cité au bout du petit Pont.
8o EGLISE ET PAROISSE DE SAINT GERVAIS
Lorsque l'Evêque et les Chanoines de Paris établirent des Stations dans les Eglises de Paris aux jours des Fêtes patronales (ce que je crois être arrivé sous Louis le Débonnaire), Saint Gervais fut compris dans le nombre. De même, lorsque l'Evêque commença à être accompagné à l'autel les jours des grandes Fêtes, de Prêtres concélébrans, que l'on appella par la suite Cardinaux, établissement qu'on croit avoir été fait environ le tems de la réception des anciens rits Romains, il en choisit de ceux du Clergé de Paris hors l'enceinte de la Cité ; et l'un de ce nombre fut le Curé, ou, comme on disoit alors, le Prêtre de S. Gervais. Je nommerai les autres à l'article de leurs Eglises. En attendant*, j'ai crû devoir avertir que l'Evêque n'en appela aucun des Eglises qui étoient réputées immédiatement unies à sa chaire Episcopale, et que l'on a appelées depuis Les Filles de l'Evêque ou de l'Archevêque; en sorte que s'il y eut deux Prieurs dans ce nombre des Prêtres Cardinaux, c'est que leurs Eglises avoient été séculières dans leur origine, et lors du premier établissement de ces Prêtres. Voyez au bas de cette page leur Catalogue, tel qu'il se trouve à la tête du Cartulaire de l'Evêché de Paris à la Bibliothèque du Roi, Cod. SS26y écriture du XIII siècle *.
L'Eglise de Saint Gervais se trouvant située hors la Cité, dut être plus souvent exposée que les autres aux ravages des Normans. Il est vrai qu'elle étoit voisine d'une porte de la première enceinte de l'accroissement de Paris, dit depuis la Ville; mais on n'est point certain que cette Eglise fût au-dedans de cette clôture plutôt qu'au dehors. Cette porte a été appellée Porte Baudoyer en François. On a différemment latinisé ce nom dans les titres du XIII siècle, et depuis; on en a aussi donné diverses origines. J'ai été pour ceux qui le dérivent du mot celtique ou teutonniquc
Dissert, tur Par. Baud, et uon pas du mot Bacaude; mais comme dans le Testament
d'Hermentrude cy-dessus nommée se trouve parmi ceux qui signent après le Comte Mommole, un Baudacharius Defensor^ et que Baudacharius fait naturellement* Baudayer, il semble plutôt que ce seroit de cet ancien Officier ou Magistrat de la Ville de Paris, que la porte Baudoyer et la place voisine auroient tiré
Tah. s.Magior, leur nom. Aussi,dans un acte de l'an 12 19, elle est nommée deux
in Charonne. fois Porta Baudaier.
I. Isti sunt Presbyteri qui nominantur Presbyteri Cardinales, qui debent interesse personaliter dum Episcopus célébrât in Ecclesia Parisiensi in Festis Nativitaris Domini, Paschœ et Assumptionis,
Presbyter 5. Pauli Paris, Prior S. Mariœ de Campis, vel aliquis pro ipso. Presbyter S. Jacobi Paris. Presbyter S, Severini Paris. Presbyter S. Benedicti Paris. Presbyter de Charrona. Presbyter S. Stephani de gressibus Paris. Presbyter S. Gervasii Paris. Prior S. Juliani pauperis Paris. Presbyter S. Mederici Paris. Presbyter S. Laurentii. Abbas S. Victoris, scilicet Vicarius ejus in Ecclesia Paris, pro eo, Presbyter S. Johannis in Gravia Paris.
ET CE QUI EN A ÀTÈ D^MEMBRé 8l
L'abbaye de S. Pierre des Fossez, dite de S. Maur, a de tems immémorial des censives vers la place Baudoyer.
Nous apprenons d'une Notice des Places qu'elle avoit à Paris au IX et X siècle, que plusieurs de ses places confinoient à Dissert. sur celles de l'Eglise de Saint Gervais : ainsi il continuoit d'exister *'""*• ^* ^•"*» alors une Eglise de ce nom. Il est vraisemblable que ce fut dans chezoûrand/ le commencement de la troisième race de nos Rois que les Comtes 1741* de Meulant entrèrent en possession de'cette Eglise et de ses biens. Il faut nécessairement reconnoître qu'ils en ont été les maîtres pendant un tems, et jusqu'à ce que le scrupule de garder un bien Ecclésiastique les engageât à en faire présent aux Moines du Prieuré de S. Nicaise, qu'ils avoient fondé à Meulant. Or, dans une charte de l'an 1 141, Waleran, Comte de Meulant, compte parmi les biens qu'il confirme à ce Monastère de S. Nicaise, comme donnés par son père et par ses autres prédécesseurs en divers tems, Ecclesias Sancti Gervasii et Sancti Joannis quœ sunt Parisius in vico qui dicitur Greva, On peut donc assurer que ce fut dans l'onzième siècle que l'Eglise de Saint Gervais fut donnée, de l'agrément de l'Evêque de Paris, à ce Monastère de Meulant, lequel existoit au moins dès l'an io33, tems auquel le comit Annal. Bened, Waleran ou Galeran, ayeul ou bisayeul de celui dont je viens T-^y*?-^de parler, étoit occupé à illustrer par d'autres endroits ce même Monastère.
Il paroît par cette charte de 1 141, que Greva étoit le nom d'un quartier de Paris, et que les Eglises de Saint Gervais et de Saint Jean y étoient renfermées. Comme l'on ne trouve point l'origine de la Paroisse de Saint Gervais, je pense que les Evêques de Paris l'ont érigée lorsque le peuple a été augmenté considérablement dans ce quartier, et lorsquMls ont vu que les débordemens de la Seine empêchoient souvent les Habitans de se rendre à la Cité, à cause de la difficulté d'atteindre au grand pont, qui étoit autrefois l'unique pont de ce côté-là, ou de passer en batteau jusqu'au port dit depuis le Port de S. Landry. L'Eglise de Saint Gervais étant devenue Baptismale, eut ses fonts dans une Chapelle voisine, dite de Saint Jean Baptiste, suivant l'ancien usage.
Le Pouillé Parisien du XIII siècle dit que la cure de Saint Gervais étoit à la nomination du Prieur de Saint Nicaise de Meulant, quoique ce Prieuré fût dès-lors dépendant de l'Abbaye du Bec par la donation d'un Comte de Meulant. Le Pouillé écrit vers l'an 1450 et les suivans, marquent cette nomination comme appartenante à l'Abbé du Bec. Dans l'acte de l'érection de la Cure de Saint Jean en Grève, l'Abbé du Bec et le Prieur de Meulant sont nommés conjointement. Cet acte
de Tan 121 2 imprimé dans Du Breiil, est Tun des premiers où l'on trouve le terme latin Curatus en place de celui de Presbyter : on y voit quelles étoient en partie les redevances du Curé de Saint Gervais envers le Chapitre de Notre-Dame, tant au jour de Saint Gervais, auquel ce Chapitre y vient chanter Tierces, la Grande-Messe et Sexte, qu'en d'autres jours. Je ne sçai pourquoi parmi ces redevances on ne trouve point celle d'un certain nombre de moutons, dont on lit
Tah, Ecci, Par, dÀWtwrs qu'il étoit chargé de faire la délivrance dès l'an i23o.
Les Enfans de chœur de la Cathédrale avoient l'offrande de ibid, ce même jour en 1484, et le Curé devoit leur donner des cerises.
L'édifice de l'Eglise qui subsiste aujourd'hui, dont le portail est l'un des plus beaux morceaux d'architecture qui soient dans Paris, est constamment au moins le troisième depuis la fondation. Celui qui existoit du tems de l'Evêque S. Germain n'a pas dû passer au-delà des guerres des Normans. Il aura pu être rebâti depuis ou reparé, et durer jusqu'au tems du Roi Robert, ou jusqu'au siècle suivant. L'Eglise qui fut bâtie ensuite est celle dont la Dédicace fut faite l'an 1420 par Messire Gombaud, Evêque d'Agrence in partibus, et non pas d'Auxerre, comme a mis M. Piganiol. L'inscription que l'on voit à ce sujet dans l'Eglise d'aujourd'hui, est un monument conservé de cette ancienne Eglise, de laquelle il ne reste rien maintenant. Il suffit de connoître le genre d'architecture usité dans les bâtimens d'Eglise sous le règne de Charles VI, pour assurer que l'édifice actuellement existant n'a rien qui soit assez ancien pour qu'on puisse dire que la Dédicace en a été faite en 1420. Je puis aussi avancer comme certain, que dans les vitrages, dont la plupart sont d'une grande beauté, il n'y a point d'ouvrage qui précède le règne de Louis XI.
Les principales personnes inhumées à Saint Gervais sont trois Chanceliers de France, sçavoir MM. Le Tellier, Boucherat et Voysin ; un Garde des Sceaux, qui est Mathieu de Longuejoue, Evêque de Soissons, décédé en i558, M. Le Tellier, Archevêque de Reims. Dans le nombre des sçavans, Pierre du Ryer, Paul Scaron, le célèbre Charles du Fresne, plus connu sous le nom de Ducange, Antoine de la Fosse, Poëte, le sieur Amelot de la Houssaye, et enfin le fameux Peintre Champagne.
On n'a point vu jusqu'ici de détail sur les Chapellenies de cette Eglise, quoiqu'il y en ait eu de fondées en grand nombre, même
Tab. Fp. Par, dès le XIII siècle. La première dont j'ai eu connoissance, fut faite tnSpir, pg^j. Qyj jg Septempilis et sa femme, du vivant de S. Louis, à
ET CE QUI EN A ÈTÈ DÉMEMBRé 83
Fautel de S. Nicolas. Le Chapelain devoit assister à Matines,
Grande-Messe et Vêpres, et rendre au Curé les offrandes qu'on
lui feroit, selon les lettres de Renaud, Evêque de Paris, en 1267.
La seconde fut fondée à l'autel de S- Michel par Agnes Barbette, chartui.
femme de Jean Sarrazin, Chambellan du Roi, Etienne et Jean ses *""*: ^p^^^^p»
fils, avec les mêmes charges, et admise par l'Evêque Etienne
en 1275. Une troisième Chapelle fut fondée l'an 1 304 par Jean
Clarisensus (apparemment de Clairsens] Clerc du Roi et Chanoine
de S, Quentin, en l'honneur de la Ste Trinité. Ce dernier en ibîd., foL 97.
laissa la nomination à l'Evêque ; le Chapelain devoit prêter
serment au Curé. Une autre Chapellenie fut d'abord fondée
en i3o6 par les exécuteurs de Herbert Flaming Tisserand, à ràbuiEp,
l'autel S. Laurent : puis elle fut portée à celui de S. Pierre '" ^^'"''•
^ , , ». 1 1 i,T-i A. et Char tut, ma),
en i3i5, avec les charges susdites, du consentement de rEveque Ep, foi, 272, Guillaume, Jean de Commercy étant Curé. En i326, les exécuteurs testamentaires de la veuve Thomas Mauclerc, bourgeois, Tab. 5. EUg. établirent un Chapelain à l'autel de N. D. sur des fonds de la censive de S. Eloy. En i325 Nicolas de Pacy, bourgeois, en fonda un par son Testament, et il fut placé à l'autel de S. Louis, puis à chart.maj.Ep. d'autres autels. Il étoit à la nomination de la famille. Voyez /*''• ^^7- Du Breul et les Pouillés imprimés. On trouve des marques ibid., foi, 206. de l'existence d'une Chapelle de Ste Magdelene en 1327, d'une de SS. Jacques et Julien vers i35o; et depuis Jeanne, femme de Tabui. Ep, Guillaume Pidoue, Ecuyer, fonda en i375 un Chapelain du <^Spir, S. Esprit, autrement de la petite Trinité. La même année, Jean le ibid. Grand, Sergent d'armes du Roi, ordonna par son Testament la fondation d'un nouveau Chapelain à l'autel de N. D. On croit que c'est où les Marchands de vins ont eu des Chapelains. Les biens de cette Chapelle sont à Montaumer en Brie. La Chapelle de S. Yves dans S. Gervais eut son origine avant l'an 1400 ; j'en ai vu md. des provisions de l'an 1475. Celle de Ste Catherine est mentionnée dans des actes de 1428 et 1493. Vers l'an 1470, on comptoit parmi les Chapelains qui étoient installés, sans l'Archidiacre, les sept ou huit Chapelains fondés à Saint Gervais de Paris par Jean de Douzonville, Seigneur d'Ablon. Oudart Karolle établit en 1475 un Chapelain à l'autel de la Trinité. On lit aussi dans Sauvai qu'il y avoit en 1487 une Chapelle de la famille des t. i, p. 478. Coquatrix. Enfin l'an i538, Antoine du Vivier étant Curé, et Jacques le Picart avocat, premier Marguillier, Biaise Floret, ^<^*- ^p- *'" Principal du Collège de Chanac, fonda une Chapellenie à l'Autel ^"^'
N. D. de Pitié, voulant que la nomination appartînt aux Principaux ses successeurs, et l'institution au Curé. Le Pouillé de Paris, imprimé en 1648, s'étend fort à prouver le droit qu'a l'Abbé du Bec de nommer à plusieurs Chapelles de Saint Gervais.
Les Historiens de Paris ne parlent ordinairement que de deux Confréries de cette Eglise. Je me borne à celle de S. Quentin et de S. Eutrope, que Charles VI ne permit d'établir, qu'à condition que les Confrères prieroient Dieu pour la famille Royale. La Chapelle où elle prit naissance en 1400, à l'occasion des guerisons procurées par ces Saint3, étoit apparemment celle que Jean de Clairsens avoit dotée en i3o4, et dans laquelle, comme Chanoine de S. Quentin, il avoit fait mettre l'Image de ce Saint Martyr. La Confrérie de S. Michel est connue dès i558, par les Indulgences qu'elle obtint alors du Légat. Une autre Confrérie bien plus fameuse, mais qui dura peu d'années, est celle que les Ligueurs de Paris y établirent en iSSg. Il faut voir là-dessus Sauvai, T. II, p. 618.
Le port de l'eau-benite dans les maisons de la Paroisse fut en Reg. Pari. iSgo le SU jet d'un Procès entre le Curé et les Marguilliers de Saint
'eUu^ t'aV ^^^^^^t ^^"^ ^1 ^s^ mention dans les Registres du Parlement.
Dans le Pouillé écrit vers l'an 1450, le revenu de la Cure étoit Descript. de» de Cent livres, ancienne estimation. La Caille, en son livre de 1722,
Cures de Paris, j^ ^^^ ^ 60OO liv.
Guillaume Evrard, Curé de S. Gervais, en 1445, est connu à la Bibliothèque de N. D. de Paris, à raison de plusieurs Manuscrits qui viennent de lui. Un des Curés de cette Paroisse, dont il y a eu des ouvrages imprimés, est M. François Feu. Il est auteur de plusieurs Traités Théologiques în-4'*, publiés l'an lôgS.
On voit dans le Propre de S. Gervais, imprimé en 1740, l'Office du S. Sacrement qui s'y fait tous les Vendredis et le premier Septembre, en mémoire du recouvrement de la Ste Hostie arrivé en 1274.
Le territoire de cette Paroisse a été beaucoup diminué, par l'érection de celle de S. Jean en Grève. Il consiste en plusieurs portions. Il comprend: i* le carré formé par les rues Perrenelle, du Monceau, de Long-pont et de la Mortellerie, avec les deux petits carrés qui sont au-dessous de cette étendue et qui bordent le Quai. Il faut ensuite y comprendre la rue de Long-pont, la rue du Pourtour, la rue des Barres, le côté oriental de la partie inférieure de la rue GeofiTroi-l'anier, et le côté méridional de la rue Grenier-sur-l'eau.
2^ Tout l'assemblage de maisons qui ne sont séparées du chevet de Saint Jean que par un petit passage; suivre le dedans du Cloître de Saint Jean à droite, la rue du Pet-au-diable aussi à droite, puis la rue de la Tisseranderie pareillement à droite, et revenir par la place Baudoyer à l'endroit du chevet Saint Jean, d'où l'on est parti.
3"* Depuis la maison sise rue Saint Antoine vis-à-vis la rue du Temple jusqu'à l'Hôtel d'Aumont, rue de Jouy inclusivement,