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SAINT GRATIEN

Le village de ce nom est situé sur le bord de la route de Saint

Denis à Pontoise. On le trouve sur la droite à trois lieues et demie

de Paris après le Village d'Epinay-sur-Seine. On ignore quel

étoit son nom avant qu'il prît celui de Saint Gratien, si ce n'est

Reg. Ep. Paris, celui de GailleviUe qui se trouve joint à celui de Saint Gratien

dans des provisions du siècle dernier. Cet ancien nom n'étoit pas usité au XIII siècle, puisque dans le Pouillé de ce temps-là la Cure est nommée Sancti Grattant, et que dans un titre de la Maison de Montmorency daté de 1278 la Terre est appellée simplement de S. Gratien, et designée comme Tune des dépendances de Montmorency.

Le Saint dont cette Paroisse a pris le nom est très-ancien, Spiciieg. puisqu'il se trouve dans le Martyrologe Hieronymique au 23 Ocin'4;T.iv, tobre, en ces termes : In Gallia depositio Sancti Gratiani Mar- *^ V 20 ^^' (T'*^^/ ainsi, c'est un Martyr antérieur au V siècle. Mais comme plusieurs autres, il a eu des faussaires pour écrivains de son Cod. 1046, Histoire. J'ai vu à Saint Germain des Prez un manuscrit qui oiim 648. vraisemblablement a appartenu au Prieuré de Conflans-Sainte Honorine, dans lequel l'auteur de ses actes le fait comparoître dans un lieu appelle Palaris devant le Comte Trason sous l'Empereur Claude. On le met en prison : il y convertit Felicissime, et le baptise : puis on leur coupe la tête à tous les deux. La suite est remarquable : Et sepelierunt eum in agro beati Gratiani in loco qui dicitur Macelinum ; sepulta sunt eorum corpora sub die Idus Augustas, Je ne sçai si ce ne seroit en conséquence de cette date mal entendue qu'il est resté le souvenir d'une Translation de ce Saint qu'on célèbre le 5 Août dans l'Eglise du Village dont je parle.

On montre dans la même Eglise quelques reliques du bras de ce Saint. La Dédicace en fut faite le second Dimanche de Juillet

Reg, Ep Paris ^^ ^^^^ '^^^ P^^ Charles Boucher, Evêque de Megare, en vertu de

la permission accordée aux Curé et Marguilliers par Eustache de Bellay, Evêque de Paris ; il y bénit quatre Autels et fixa l'anniversaire de la Dédicace au second Dimanche de Juillet. On m'a assuré qu'on la solemnisoit le 14 du même mois. Cette Eglise est un petit édifice bas, et qui a été sujet à bien des réparations qui l'ont défiguré. Il contient plusieurs épitaphes. J'y ai lu celle-ci dans le chœur sur une tombe :

Cy gist Noble femme Olive de la Chesnaye, en son vivant femme de Noble homme Maistre Jean Pille (ou Poille ?} Procureur

du Roy en son Bailliage du Palais à Paris y qui trespassa le vij de Novembre MVC XXX.

Au même chœur, sur une tombe de marbre noir, se lit : Sous cette tombe reposent les dépouilles en attendant la resurrection^ de Maistre Jacques Poille Seigneur de Saint Gratien Conseiller en la Cour de Parlement, Fondateur de cette Chapelle ; quijr ont été apporte^ de sa maison de Chai^-en^Poitou où il est décédé en i623.

Il est aussi fait mention de Guillaume Poille, son fils, Conseiller au Parlement, mort en i65i. Il y est dit qu'il fut trèsfidèle au Roy et qu'il décéda jeune.

Dans la même Epitaphe, Jacques Poille est dit avoir eu pour épouse Catherine Tiraqueau, fille d'André Tiraqueau, que François I tira du Poitou pour le faire Conseiller au Parlement; qui eut trente enfans, et qui difait trente et un livres fort estime^. Olive de la Chesnaye dont j'ai parlé ci-dessus, y est dite fille de Nicolas de la Chesnaye, Maître d'Hôtel de Louis XI, qui refusa les présens que le Duc de Boyrgogne lui fit offrir pour permettre qu'on empoisonnât le Roy. La femme de ce Nicolas de la Chesnaye étoit Etiennette Budé, sœur de Guillaume Budé, Maître des Requêtes* connu par ses écrits.

Toutes ces particularités sont marquées sur cette tombe. On voit encore dans le chœur la tombe de Guillaume Poille, Prieur de Saint Pierre d'Abbeville, qualifié profond et éloquent Prédicateur, bienfacteur de la Chrestienté par ses écrits; il est dit frère de Jacques, et être mort en 1675.

Dans une Chapelle du côté du nord est le mausolée de Nicolas de Catinat,' Maréchal de France et une tombe de marbre noir. La mort de ce Seigneur du lieu y est dite arrivée en 171 2 le 22 Février.

La Cure de Saint Gratien étoit au XIII siècle, suivant le Pouillé d'alors, à la nomination du Chapitre de Paris et du Prieur de Conflans-Sainte Honorine. Dans les Pouillés manuscrits du XV et du XVI siècles et dans tous les subséquens, elle est dite à la présentation de l'Abbé du Bec, duquel dépend le Prieuré de Conflans. Cet Abbé y présenta le 5 Novembre 1483, Guillaume de Melun, Clerc, et un autre le 3 Juin 1496. Dans une présentation du i5 Mars 1687, cette Cure est surnommée S. Gratiani de Gailleville, selon que je l'ai déjà dit ci-dessus.

La Paroisse de Saint Gratien n'avoit en 1470 que quatre habitans : l'Etat de l'Election de Paris lui donne aujourd'hui 52 feux et le Dictionnaire Universel 225 habitans.

Le château est bâti à l'antique, et petit, mais il est distingué par sa situation dans un pays délicieux où il y a de tout, bled,

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vignes en abondance et un étang spacieux. Il est parlé de cet étang

dans un accord passé l'an 1247, entre les héritiers de Montmo-

chart. S. Dion, rency et les Religieux de Saint Denis. Il y fut spécifié que la

Preuves Dame de Montmorency ni les héritiers ne pouvoient empêcher

p. 101. V^^ Veau n'en fût conduite jusqu'au moulin d'Ormeçon.

Entre les anciens Seigneurs de S. Gratien, je n'ai trouvé que ceux qui suivent : Matthieu le Bel y possedoit en 1 125 des Terres chart. S. Dion, que Guillaume de Cornillon tenoit de lui, et il en fit alors Bibi. Reg. hommage à l'Abbaye de S. Denis.

p. Anselme. Erard de Digoine est qualifié Seigneur de Savigni et de Saint

T. VI, p. 6q. Gratien. Je ne sçai si c'est de ce village, car il y a Saint Gratien,

Diocèse d'Amiens, et Saint Gratien, Diocèse de Noyon.

Agnan de Cailly, Vicomte de Carentan, Seigneur de Saint

Epîtaphesde Gratien, mourut le 4 Juin 1548 et fut inhumé à Paris, aux

P«"»- Carmes Billettes.

C'est ici la place de Jean Poille, Conseiller au Parlement de Paris sous Charles IX et Henri III, lequel est devenu fameux par l'Arrêt donné contre lui en parlement, le 19 Mai i582, à la Requête de René le Rouillé, aussi Conseiller, dont on peut voir les motifs dans le livre qui a pour titre : Légende de Jean Poille.

Comme je trouve deux de la famille de Luillier Seigneurs de Saint Gratien durant le XVI siècle, sçavoîr, Jean et Agnan, je doute que Messieurs Poille ayent eu la Seigneurie en entier. Quoiqu'il en soit, on voit en 1623 Jacques Poille qualifié Seigneur de Saint Gratien. Il est auteur d'un livre de Poésies imprimées à Paris en 1626 in-B®.

Le maréchal de Catinat a été le Seigneur le plus Illustre de cette Paroisse. Il s'y retira souvent, et en fit ses plus chères délices sur la fin de ses jours. Il prenoit plaisir à cultiver lui-même un espalier qu'il avoit planté dans son jardin. C'est ce qui donna occasion à une Idylle du sieur de Varenne, frère du Père Bernard, Théatin connu par divers ouvrages, dont je me contenterai de donner le commencement :

Merc. Mai 170a. Jeunes plans croisse^ à loisir,

Fleurisse!^ sous d'heureux auspices :

D'un Héros insensible à tout autre plaisir Vous deve^ être les délices.

Je croirois que ce fut ce Maréchal qui fit dresser les monumens

en mémoire de MM. Poille dont j'ai donné ci-dessus la teneur.

Il descendoit d'eux par sa mère qui étoit Françoise Poille, fille de

P.Anselme. Jacques, Conseiller au Parlement, morte en 1649.

^' * ^' Depuis le décès de ce Maréchal, la Terre de Saint Gratien

d appartenu à son neveu Pierre de Catinat, Conseiller au Parlement, décédé en 1745. Il avoît épousé Marie Fraguîer. Maintenant elle est à ses deux filles, Madame de Lamoignon Morvault et une qui n'est pas mariée.

Au commencement du XIII siècle le Prieuré de Conflans-Sainte Honorine avoit une censive à Saint Gratien. Eudes de Sully permit en 1207 au mois de Juillet à Guillaume Bateste de la tenir Frag, Chartui, de ce Prieur à bail. ^<>«A

En i562 ce même Prieuré avoit encore des cens et quelques arpens de terre à Saint Gratien. Léonard Aiguillon, Prieur Commendataire, ayant obtenu permission de changer ces biens en rente à cause de l'éloîgnement de son Prieuré, Jean Poille, Con- Reg. Ep. seiller au Parlement, en fit l'acquisition. jaFebr.iSôa.

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