COLLEGES
On ne compte aujourd'hui sur la Paroisse de Saint Benoît que cinq Collèges, parce que plusieurs de ceux qui y étoient ont été détruits.
LE COLLEGE DE SORBONNE est le plus ancien et le plus Piganioi. T. V. célèbre de tous. M. Piganiol avoit trouvé quelques preuves que le premier fondateur de ce Collège est Robert de Douai, Chanoine de Senlis, Médecin de Marguerite, femme de S. Louis : mais ses
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raisons ont été doctement refutées par M. PAdvccat, Bibliothe-
quaire de cette Maison, dans un Journal périodique. De sorte qu'il Mercure de Fr.
en faut revenir à Robert dit de Sorbon ou de Sorbonne. Son nom ^^' *748.
varie dans 'les differens actes et monumens de son siècle. Les uns
ont de SorboniOj d'autres de Sorbonia, et d'autres de Seurbona : .
mais les plus anciens qui sont écrits du vivant de Robert, mettent ibid., 1236.
de Sorbonio, et en François de Sorbone, On a agité, si Robert
tiroit son nom, de Sorbon, au diocèse de Reims, proche Retel, qui
naturellement auroit dû être rendu par Sorbonum, C'est ce que
le plus grand nombre croit. D'autres, comme M. Piganiol, pensent
qu'il étoit né à Sorbonne, village du Diocèse de Sens : mais ce
village qui est sur la rivière d'Ionne à quatre lieues au-dessous
de Sens, est appelle dans les anciens Fouillez de Serbonis^ et on
le nomme encore à présent en françois Serbonnes.
Au reste, les raisons que j'ai ou! dire au Docteur qui a refuté la prétention de M. Piganiol, m'ont persuadé que Robert avoit tiré son nom de Sorbon, au Diocèse de Reims, que les cartes géographiques appellent Sorbonne.
M. Piganiol s'est aussi laissé induire en erreur par du Breul, lorsqu'il a fait mention d'un nommé Pierre de Ponilane, duquel S. Louis auroit acheté une partie de ce qu'il donna pour la fondation. En recourant aux actes originaux, j'ai trouvé 1® que l'acte de donation n'est pas comme il le dit de l'an i25o, mais de I256 ; 2' que le nom de Ponilane a été mal lu ; c'est Point-l'asne, ou Poin-l'ane, famille alors très-connue dans Paris, et que les titres même de Sorbonne écrits dans ces tems-là, i256 et 1257, traduisent en latin par Pungens Asinum. C'étoit un sobriquet tel qu'on en donna alors plusieurs pour distinguer les familles. J'ai déjà parlé cudesRus p.6i. d'un Guillaume Point-l'asne à l'article de Saint Eustache au sujet d'une Chapelle.
On est surpris comment un Collège tel que la Sorbonne a pu se déterminer à choisir Ste Ursule et ses compagnes pour les Patronnes de son Eglise, et l'on ne voit aucun rapport de ces Saintes avec un corps de Docteurs en Théologie. M. Piganiol Piganiol. assure en avoir oui dire des raisons, mais elles ne l'ont point T. v, p. 507. satisfait, parce qu'on ne lui a pas tout dit ; j'ai même remarqué qu'on l'a trompé sur l'année de la Dédicace de la Chapelle. Il suppose que ce fut dès le temps de Robert qu'on avoit fait le choix de Ste Ursule ; ce qui n'est point prouvé. On ignore sous quel titre fut la première Chapelle. Le Necrologe de Sorbonne Nectoi. Sorb. qui est ancien nous apprend seulement qu'au mois de Mai i326 ^' ^^' on avoit commencé à bâtir une Chapelle, qu'en 1341, Maître Hugues d'Auxerre donna deux cens livres pour la continuation de l'ouvrage, et qu'en 1 847 la Dédicace en fut faite le 2 1 Octobre
l52 EGLISES, CHAPELLES ET COLLÈGES
par Frère François de Plaisance, Evêque de Tibériade, au nom du Cardinal Annibald, en l'honneur de la Sainte Vierge et des compagnes de Ste Ursule, à cause qu'il y avoit des reliques de ces Saintes au dedans de l'autel de S. Emerentienne. Aihsi, ce n'est point en 1392, comme M. Piganiol l'assure, que cette Dédicace avoit été faite; aussi bien le 21 Octobre tomba-t-il cette année-là au Lundi, au lieu qu'en 1 347 ce jour étoit tombé au Dimanche, jour auquel on trouve dans cet endroit du Necrologe de quoi faire juger que la première Chapelle du Collège de Sorbonne avoit été sous le titre de la Sainte Vierge, et qu'on n'y ajouta à celle de la seconde le titre des compagnes de S. Ursule, qu'à cause qu'on y possédoit alors de leurs reliques, que quelques Docteurs du pays de Cologne, ainsi que Godefroy des Fontaines qui en étoit, avoient pu apporter sur la fin du XIII siècle. Ce Docteur ne mourut qu'en i3o4. Les reliques de ces Saintes sont depuis plusieurs siècles du nombre de celles qu'il a été le plus facile d'obtenir, vu leur prodigieuse quantité, s'il y a pas eu erreur dans le chiffre : car on lit par exemple à la fin du dixième livre de la Chronique de l'Abbaye de Saint Tron composée au XII siècle, que dans un Autel de cette Abbaye il fut mis de Reliquiis Undecim Virginum. Le nombre de mille ne s'y trouve pas. Les onze mille Vierges n'ont donc été Patrones de la Chapelle de Sorbonne qu'en second, par la raison seule que l'on possédoit de leurs reliques, et il est à croire que si on y en avoit possédé de notables de quelqu'un des Saints Pères de l'Eglise latine ou Grecque, elles eussent fait donner son nom à cette Chapelle. Enfin, pour marque que le choix du nom de Ste Ursule et ses Compagnes, n'étoit dû qu'à la seule circonstance de leurs reliques, c'est que le 21 Octobre jour à la vérité du martyre de ces Saintes, selon une pieuse croyance, c'étoit l'office de l'anniversaire de la Dédicace de l'Eglise que l'on célèbroit dans la Chapelle de Sorbonne, et c'étoit sur cette solemnitè de Dédicace qu'il y avoit Sermon. Ces Sermons que Lib. Prior. Ton qualifioit de Conférences n'avoient été faits jusqu'en 1432 Sort. Co<i.Sor*. qu'aux jours de Noël, Pentecôte, Eucharistie, Assomption et 5494' A, Toussaint ; les Docteurs conclurent le 10 Mars de cette année quod fient aliœ très Collationes; scilicet in Festo Dedicationis Capellœ Collegii, qtiœ celebratur in Festo undecim millium Virginum, in Festo Purificationis B. M. V. et in Festo Ascensionis, Le nombre des jours de ces Sermons étoit bien augmenté cinq ans après ; on trouve qu'il y en eut dix-huit en 1437, et aucun ne fut pour S. Ursule ni pour ses Compagnes Suivant l'ordre du Calendrier, les jours furent, ceux de S. Jean-Baptiste, S. Pierre et S. Paul, S. Magdelene, l'Assomption, la Dédicace de la Chapelle, la Toussaint. Si j'avois pu sçavoir depuis qiiel temps on a com-
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mencé à substituer le stérile Panégyrique de S. Ursule au Sermon
moral sur la Dédicace, je l'aurois marqué ici. Comme la nouvelle
Eglise bâtie en même temps que la maison par le Cardinal de
Richelieu, ne paroît point avoir encore été dédiée, les reliques de
S. Euphemie, célèbre Martyre de Calcédoine, que les Docteurs
ont reçu Tan 1606, pourroient servir d'occasion à donner un
nouveau titre à cette Eglise, de même que celles des Compagnes
de S. Ursule en àvoient servi en 1347. ^^ cloche de la même
Eglise est remarquable en ce qu'elle se fait entendre par tout
Paris en temps de calme : et ceux que M. Piganiol cite comme
croyant qu'elle a servi au signal du massacre de la S. Barthelemi
en 1572 ne meriteroient pas qu'on les réfutât sérieusement, si
elle n'avoit été fondue que sous le Cardinal de Richelieu ; On lit dessus
mais elle est sûrement de l'an i358, et la plus ancienne des ^«^^^^^^
, , , . ' ^ Maria
cloches de Pans. mccclviii.
Le Corps de la Faculté de Théologie de Paris ne fait plus chaque année qu'une seule Procession, qui est le jour de l'Octave de la Fête-Dieu à six heures du matin. C'est en vertu d'une fondation faite le i juin 1524 par Mathieu Gautier. C'étoit aussi processionnellement que dévoient aller les Docteurs, depuis la Sorbonne jusqu'au Collège de Navarre, le 12 Novembre, pour la solemnité que René Benoît, Docteur, Curé de Saint Eustache, y avoit établi ce jour-là en l'honneur de son Saint Patron.
Je finirai ces remarques en rapportant un usage vraiment digne du siècle de Louis XL Du Cange et les Continuateurs de son Glossaire ont indiqué au mot Beanus tout ce qu'ils ont trouvé dans l'Histoire de l'Université ou ailleurs sur les Be jaunes, c'està-dire sur les Etudians nouveaux venus ; mais ils n'ont pas connu ce trait-cy. Les classes de Théologie avoient comme les autres leurs Bejaunes, dont l'intendance étoit commise à un particulier qu'on appelloit le Chapelain, Abbé des Bejaunes. Il devoit s'acquitter de deux fonctions le jour des Innocens. Devant le diner, monté sur un âne, il devoit mener les Bejaunes par la rue : et Taprèsdiné, il étoit tenu de faire sur eux une aspersion d'eau. Il n'est pas marqué que ce dût être de l'eau bénite, ni de quelle manière se faisoit l'aspersion. C'étoît peut-être dans l'origine comme à Sens où le Chanoine le dernier reçu devoit recevoir sur son corps une certaine quantité de seaux d'eau. Quoiqu'il en soit, l'Abbé des Bejaunes en Théologie, ayant manqué l'an 1476 à son devoir de l'après-midi, fut mulcté de huit sols parisis. Voici la teneur de la Sentence: Condemnatus fuit in crastino Innocentum Cappellanus Abbas Bejannorum àd octo solidos parisienseSy eo quod non expievisset officiutn suum die Innocentum postprandium in mundationem Bejannorum per aspersionem aquœ ut moris est, quanquam solem-
l54 EGLISE ET PAROISSE DE SAINT JACQUES DU HAUT-PAS
niter incœpisset exercêre suum Officium ante prandium in ducendo Bejannos per vicum super asinum.
Ceux qui souhaiteroient avoir une plus ample connoissance de ce Collège en tant que Maison et Société, peuvent recourir au nouveau Dictionnaire portatif publié en 1752 par M. Tabbé l'Advocat qui en est Bibliothéquaire, au mot Sorbonne,
LES COLLEGES DE CALVY et des DIX-HUIT ont existé sur le terrain qu'occupe la Sorbonne ; le premier étoit à la place de l'Eglise.
LE COLLEGE de CLUNI en entier. Il fut fondé en 1269 pour l'Ordre de ce nom.
LE COLLEGE DE DAINVILLE, fondé en i38o entre la rue des Cordeliers et la rue Pierre Sarrazin, S, Vast et S, Eloy, patrons,
LE COLLEGE DE LISIEUX établi dans la rue S. Etienne des Grez, 1414, et qui a une seconde entrée par la rue S. Jacques.
LE COLLEGE DE CLERMONT ou des Jésuites, établi rue S. Jacques après le milieu du XVI siècle.
Il y a aussi eu dans la rue du Clos Bruneau dite maintenant de S. Jean de Beauvais, sur les limites des Paroisses de S. Benoît et de S. Etienne à la gauche en descendant, un Collège appelle Le Tab.Ep.Par, Collège de Tonnerre: cela se prouve par l'acte d'amortissement que l'Evêque de Paris donna en 1406 pour la part qu'il avoit dans le terrain où il étoit situé ; Richard de Tonnerre, Abbé de S. Jean en Vallée, alors au Faubourg de Chartres, en étoit le Fondateur. Trois ou quatre Chanoines Réguliers de cette Abbaye, comparurent comme composant ce Collège. Il aboutissoit par derrière à l'Hôtel de S. Jean de l'Hôpital, dit aujourd'hui Saint Jean de Latran.