DÉMEMBREMENT DE LA PAROISSE DE SAINT BENOIT
Dans tout le vaste champ qui avoit formé le Tombisoire de Paris, il n*y avoit encore hors les murs de la Ville qu'un seul Couvent construit avec le Prieuré de Notre-Dame des Champs, sçavoir le Couvent des Chartreux, lorsque sous le règne de Philippe le Bel, les Hospitaliers du Haut-pas proche de Luques en Italie commencèrent à paroître, si on en croit du Breul. Personne jusqu'ici n'a pu rien découvrir sur leur arrivée et leur fondation à
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Paris. On n'en sçait point Tannée ; et à peine connoissoit-on leur règle. Le P. Helyot n'en a rien dit : mais un cahier écrit vers la Hist. des Ord. fin du XIII siècle, et qui vient de leur Maison du Bourg Notre- ^ ^,*"^*''"*- Dame des Champs, m'en a appris quelques circonstances^ non pas de l'Ordre tel qu'il fut dans son origine au XII siècle, lorsque les Frères étoient en Italie de simples artisans fabricateurs de ponts de bois pour la commodité des pèlerins; mais de TOrdre réduit à donner l'Hospitalité aux pèlerins des saints lieux, et surtout de S. Jacques, dont il prit le nom comme il avoit eu celui du Hautpas, à cause d'un endroit profond de la rivière d'Arno en Italie cod. htanusc. dont le passage étoit dangereux. Galligus, Gardien de cette Maison '". ^'^^ de Haut-pas en Italie, rédigea de nouveaux Statuts qu'il fit approuver par le Pape Grégoire IX en 1240. Dans l'un des premiers articles, il vouloit qu'ils ne quêtassent plus que pour avoir du pain et des habits, lesquels il ordonna être très-grossiers pour ces Religieux, parce qu'ils étoient faits pour n'être qu'avec des Pauvres, mais qu'à l'église ils fussent propres. Il y parle de Prêtres, Diacre et Soûdiacre, de la seule récitation des Heures de la Vierge. Il qualifie leurs habits ^a/i/io^ isembrunos et galabrunos acfustanea et pelles silvestres, ce qui ne paroît pas s'accorder avec ceux qui ont cru que leur habit étoit tout blanc. Il ne leur défendoit la viande que depuis la Septuagesime jusqu'à Pâques. Il statua qu'ils eussent un T sur leurs chappes ou capuces, ou sur leurs manteaux devant la poitrine, Signum Thau ; qu'ils logeassent les pauvres malades, hommes, femmes et enfans, et leur donnassent les Sacremens et la sépulture. Le Statut qui m'a paru le plus digne d'attention est celui-ci : Nullus requirat in Hospitali fieri Miles, nisi fuerit ei permissum antequam reciperet hàbitum, si sunt filii Nobilium : et cum venient ad œtatem, tune voluntate Magistri vel Prœceptoris. Par là il paroît qu'alors ceux qui vouloient devenir Chevaliers quittoient l'Ordre. Ainsi les prétendus marteaux, ou perçoirs que le P. Helyot a crû voir sur leurs habits, n'étoient autre chose que le Tau, et ces Religieux n'étoient point Chevaliers par leur profession, du moins originairement. Quoique le Pape Pie II eût supprimé cet Ordre en 1459, il ne cessa point pour cela en France. La maison de Paris continua même d'avoir des dépendances aux Diocèses de Troyes et de Meaux.
J'ai déjà dit qu'on ne sçait pas au vrai en quelle année ces Religieux arrivèrent à Paris. Le seul titre d'où l'on peut induire qu'ils y vinrent dès le temps de S. Louis, est celui qui fait mention du legs qu'un Bourgeois de Paris avoit fait récemment Magistro et Tab. s. Jac, de Fratribus Hospitalis S, Jacobi de Alto Passu d'une maison située , ^''•/- '"
__.,^, w A ^ 1 f, /- Arch. Ep, Par,
versus Ecclesiam S. Andreœ de Ars, Cet acte est de l'an 1200 au mois d'Avril pardevant TOfficial de Paris. Mais on pourroit
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penser que c'est à la Maison du Chef-lieu d^ Italie que ce legs auroit été fait.
Ce que Ton trouve de plus ancien et d'incontestable touchant la
Maison de Paris, sont des lettres de protection qu'elle obtint du
Roy Charles le Bel en i322. On lit aussi qu'en i335, Philippe de
Sauvai. Valois avoit amorti les six arpens de vigne de son clos, qu'ils
T. il, p. 364. avoient acheté pour s'établir. D'où l'on conclut qu'ils n'avoient
Ex Autogr. encore alors ni Couvent ni Chapelle. Comme ces Religieux s'étoient
Tab. Ep. établis dans le Clos du Roy, et que dans la moitié qu'ils en occu-
poient, étoient comprises des vignes dont la dixme, vu l'incertitude
des limites des Paroisses, appartenoit à TEvêque de Paris, Antoine
Maître du nouvel Hôpital traitta avec Foulque de Chanac, Evêque
en 1348, et promit de lui payer chaque année une queue de vin
pour son droit.
Deux ans après leur Chapelle fut bénite et dédiée avec son
Tab. Ep. Cimetière par Frère Jean, Evêque de Dragonare, le jour de Saint
Barthelemi avec la permission des Vicaires Généraux d'Audoin,
Evêque de Paris, qui la désignent en ces termes : Capellam Hos-
pitalis S. Jacobi de Alto passu in loco qui dicitur Clausus Régis
prope Nostram Dominam de Campis. Cette Chapelle ayant été re-
Du Breui. bâtie plus grande au commencement du seizième siècle, François
Chast. Martyr. Poncher, Evêque de Paris, en fit la Dédicace en iSig sous le titre
univ. p. 814. jg g Raphaël Archange, et de S. Jacques le Majeur.
L'Ordre des Hospitaliers du Haut-pas fournit à Paris dès les commencemens qu'il y fut établi, un sujet qui se rendit recommendable à la Cour de Philippe de Valois, par les traductions qu'il fit de latin en françois de quelques ouvrages que Ton regardoit en ce temps-là comme fort bons. C'est Jean de Vignay qui traduisit la Légende dorée de Jacques de Voragine, par l'ordre de Jeanne de Bourgogne, Reine de France, et le miroir Historial de Vincent de Beauvais, qu'il dédia au Duc de Bourbon. Il composa aussi un livre intitulé la Moralité du Jeu des échets, Regr, ojffic. Par. On connoît quelques Commendeurs de cet Hôpital depuis le
règne de Charles VI ; Pierre Johannis de Pistoîe en i385 ; Raoul de Divers de Luques ayant le titre de Commendeur Général de cette Maison et autres de France y demeuroit en 1408 avec cinq Religieux; Regnaud Coré en 1457; Richard Mannessier en 1471 ; Antoine Canu en iSig et i526; Julien du Four en i53o et i55o; Bernard de Ruthie en i554; Anselme de Traillot en i56o; Mathurin Plumier en iSôg; ensuite Pierre de la Bessée. Enfin cette Commenderie a été unie à l'Evêché de Paris vers ce temps-là.
Tab.s.jac. Cette Maison Hospitalière comptoit parmi ses insignes Bienfacteurs un Thibaud de Sancerre, Archidiacre de Bourges, qui
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fut pendant quelques mois Evêque de Tournai en i334, et Jean de Mannay, Archidiacre de Laon en i523. Elle avoit encore alors assez de revenu pour se soutenir; mais elle manqua de sujets sous Henri III. Il y eut même en 1 5 54 le 21 Novembre un Arrêt du Conseil d'Etat, qui destina cet Hôpital pour les soldats blessez au service du Roy. Les personnes que le Roy commit à la régie y firent en i56i acquitter les Messes et Offices par des Prêtres séculiers, avec les autres charges, dont l'une étoit de faire Vexpectation et révérence à la Feste-Dieu aux Processions de S. Benoît et de Saint Hippolyte.
En i566, la Chapelle de S. Jacques fut érigée en Eglise succursale des Paroisses de Saint Benoît, Saint Medard et Saint Hippolyte pour les habitans du Fauxbourg de Notre-Dame des Champs et de Saint Jacques, qui cependant aux grandes Fêtes dévoient se rendre à leur Paroisse : outre cela chacun de ces habitans détachés devoit reconnaître sa Paroisse par le payement d'une rente proportionnée au nombre des ménages démembrés.
La difficulté du double Office Divin tant pour la Commenderie que pour les habitans, causa quelques troubles, qui ayant augmenté à l'arrivée des Bénédictins de l'Abbaye de Saint Magloire que la Reine y fit placer après la cession qu'ils lui avoient faite de leur Monastère de la rue S. Denis, engagèrent à prendre le parti de construire une autre Chapelle dans le voisinage pour continuer à servir de succursale aux trois Paroisses.
Il fut aussi arrêté que les Bénédictins venus de Saint Magloire exerceroient à Saint Jacques l'hospitalité, comme on avoit fait auparavant: mais cela resta sans effet. La Chapelle ou l'Eglise servit seulement à conserver les reliques que les Religieux y apportèrent en grand nombre de leur Abbaye, la plupart des Mart. Casteii. Saints de Bretagne, comme de S. Magloire, S. Samson, S. Malo, P'SiS,8i6, S. Louthiern, etc.
L'Eglise de Saint Jacques ayant été bâtie aux frais des Habitans, se trouva achevée en 1584. Christophe Cheffontaines, Archevêque Reg. Ep. de Cesarée, fut commis le 2 Mai pour en faire la bénédiction et celle des autels, à l'un desquels fut érigée en 1625 la Confrérie de md. 8 Febr. Ste Julienne. Mais cette Eglise étant devenue trop petite pour le nombre des Habitans, on commença en i63o à bâtir en sa place celle que Ton voit à présent, dont on plaça la porte du côté de la rue à l'orient, comme avoient fait les Pères de l'Oratoire dont je vais parler, qui avoient transporté l'autel à l'occident de la leur de S. Magloire, et mis la porte à l'orient, contre l'usage commun. Le Chapitre de Saint Benoît nomme à la Cure de Saint Jacques (qui fut aussi érigée alors) alternativement avec le Curé de Saint Hippolyte; et il y vient chanter la Messe le premier Mai, jour de la
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Reg.Ep. Fête patronale. La Dédicace n'a été faite qu'au mois de Mai i685 par i'Evêque de Coutances, qui y mit des reliques des Compagnons de S. Maurice.
Henri de Gondi, Cardinal de Retz, Evêque de Paris, voyant le nombre des Religieux de S. Magloire fort diminué, conçut le dessein de mettre à leur place à cette ancienne Eglise des Hospitaliers de Saint Jacques du Haut-pas les Pères de l'Oratoire, et d'y établir un Séminaire dont ils auroient la direction. Les Lettres patentes pour l'union de la mense capitulaire ou conventuelle à ce Séminaire après le décès des Religieux, furent obtenues au mois de Juillet 1618. Ces Religieux étoient encore alors au nombre d'onze, dont Jean Ballin, Docteur en Théologie, étoit le Prieur (l'Abbaye Tab. Ep. ayant été réunie à l'Archevêché dès 1 564, ainsi que j'ai dit ailleurs) ; le P. Guillaume Gibieuf, à la tête de ses Confrères de l'Oratoire, traita avec eux le 7 Mars 16204 Les Bénédictins de S. Magloire abandonnèrent à ces Pères le maniement des affaires, moyennant que les onze Religieux auroient leur vie durant 414 livres chacun, et jouiroient de la prébende de Notre-Dame de Paris affectée à leur Mart. Chastei. mense. Le dernier Religieux de Saint Magloire, nommé Dom le p. 8i5. Royer, mourut en 1669.
L'étendue de cette Paroisse ne peut pas être facilement désignée du côté de la campagne : ni par conséquent ses limites avec Saint Hippolyte; mais on peut faire observer que du côté de la Ville son territoire est limitrophe avec S. Severin vers les Chartreux, puis avec Saint Cosme et avec Saint Benoît commençant après la Porte Saint Jacques à la rue S. Dominique qu'il a toute entière.
On compte dix Couvents ou Communautés sur la Paroisse de Saint Jacques du Haut-pas.
LES CARMELITES, établies en 1604 dans l'ancien Prieuré de Notre-Dame des Champs.
LES URSULINES, établies en 161 2 dans la grande rue du Faubourg.
LES CAPUCINS, en 161 3, même rue.
LES BENEDICTINES du Val-de-grace, en 1621, même rue.
LES FEUILLANTINES, 1623, même rue.
Reg. Ep. LES RELIGIEUSES de la Visitation, 1626, même rue. Il leur
a été permis en 1 664, 26 Août, d'exposer une relique de Ste Euphrosyne, venue de Royal-lieu près Compiegne, et une de Ste Marthe, venue de Tarascon.
LES RELIGIEUSES CISTERCIENNES du Port-Royal, en 1626, rue de la Bourbe.
L'INSTITUTION, Maison des Prêtres de l'Oratoire, en i65o.
EGLISE DE SAINT MERRY iSp
On y conserve Tinscription Romaine dont il est parlé dans Sauvai, et dans le Journal de Verdun, Septembre 1752.
LES FEUILLANS, établis vers 1660, rue d'Enfer.
LES BENEDICTINS ANGLOIS, en 1674, grande rue du faubourg.