CHAPITRE SEPTIÈME
COLLEGIALE ET PAROISSE Et de celle du Sépulcre, autre Collégiale bâtie sur son territoire.
Cette Eglise a commencé par une Chapelle du titre de S. Pierre, qui subsistoit dans le VII siècle au faubourg de Paris, sur un endroit qui faisoit vraisemblablement partie du territoire de l'Eglise de Saint Gervais, vu qu'il n'y avoit point alors d'autre Eglise qui en fût plus voisine. Cette Chapelle est connue dès ce tems-là par la vie de S. Merry. On y lit qu'étant arrivé à Paris avec Frodulfe ou Frou, son disciple, qu'il avoit amené d'Autun, ils logèrent dans une cellule proche cet Oratoire de S. Pierre; que Saint Merry, après y être resté près de trois ans, y mourut comblé de mérites le 29 Août, et fut inhumé dans cette Chapelle. On place sa mort environ l'an 700 de J. C. et non pas vers 774, comme il se lit dans un des Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres. Usuard qui com- t. xv, p. 686. posa à Paris un martyrologe sous le règne de Charles le Chauve, y insera ce Saint avec la qualité de Prêtre, sans dire qu'il avoit été Abbé à Autun. Comme ce Martyrologe fut lu dès lors dans les Chapitres, c'est une preuve que Saint Merry avoit déjà un culte public. En 884, quelques années après la publication de ce Martyrologe, un Prêtre nommé Theodelbert, qui étoit attaché au service de la Chapelle de S. Pierre, trouva qu'il ne convenoit pas que le corps de Saint Merry fût placé proche la muraille. Lui ayant destiné un lieu plus honorable, il pria Goslen, Evêque de Paris, de faire la translation du corps ou du tombeau; ce que l'Evêque lui promit : mais les affaires de l'Etat ne lui ayant pas permis d'y être le jour convenu, qui étoit celui de l'anniversaire de la mort du Saint, il y envoya ses Archidiacres, qui firent la cérémonie en présence du Clergé séculier, des Moines de Paris et des environs, et de tout le peuple. Au reste, il ne paroît pas que son corps fût mis
l6o EGLISE DE SAINT MERRY
alors dans une châsse : ce ne fut qu'une translation du tombeau BoUand. lequel fut mis, comme le dit l'Historien, dans un lieu plus décent
2g Aug. etaiii. et plus à portée du Clergé.
Cette Translation est apparemment ce qui engagea un Comte Gaii. Chr. nommé Adalard, et un Vassal nommé Abbon, à faire présent à
T.vii, Dist.Coi. l'Eglise de Saint Pierre, où reposoit Saint Merry, de quelques biens que les titres appellent Manuftrmas ; on ne peut pas reculer ces donations plus tard que l'année de la Translation, qui est 884, puisqu'elles furent confirmées par le Roi Carloman qui étoit mort avant l'an 885. Eudes qui commença à régner trois ou quatre ans après, donna aussi sa confirmation par un diplôme particulier. C'est ce qui est déclaré dans un autre diplôme accordé par Louis d'Outremer l'an gSô à la requête du Comte Hugues, de Gautier Evoque de Paris, et de Teudon, Vicomte, par lequel ce Prince agrée que les biens provenans d' Adalard et d'Abbon soient tenus par tels et tels au profit de l'Eglise de Saint Pierre et de Saint Merry. Ces biens étoient la petite Abbaye de Linas, d'où dépendoient vingt petits mans, et d'autres biens à Viviers qui est proche Orcé, etc.
Il me paroit que c'est de l'époque de ces donations qu'il faut prendre l'origine du Clergé de l'Eglise de Saint Merry, qui depuis devint une Collégiale : et que c'est aussi du même tems qu'il faut compter la fondation de la première Eglise qui fut construite en rhonneur de Saint Merry conjointement avec Saint Pierre. On est certain que la translation du Saint et la dotation de l'Eglise où il reposoit furent faites dans le tems qu'Eudes, fils de Robert le Fort, étoit Comte de Paris en 884, et que le Fondateur du premier édifice s'appelloit Odo^ puisque dans le tombeau de pierre que Ton découvrit en démolissant l'ancienne Eglise du tems de François, on trouva avec le corps d'un guerrier qui avoit aux jambes des botines de cuir doré, cette inscription : Hic jacet vir bonœ memoriœ Odo Falconarius fundator hujus Eçclesiœ. On peut donc
Abbode obsid, ^" couclure que cet Odo est ce fameux guerrier de Paris, lequel
Paris, lib. i. avec Godefroi, autre guerrier, défendit si vigoureusement la ville
Duchêne. contre les Normans en l'an 886, sous les ordres du Comte Eudes
T. lï, p. 5i3. qui devint Roi deux ans après. Du moins jusqu'ici on n'a pu
trouver dans aucun autre monument un Odo Falconarius, Il se
peut faire que ce surnom de Falconarius^ lui fût venu de ce que
le Comte Eudes l'auroit fait son Fauconier lorsqu'il se vit élevé à
la Royauté, ou de ce que pour repousser les Normans, il se seroit
servi de l'espèce de lance qu'on appelloityii/co, parce qu'elle étoit
recourbée.
Il est aussi très-constant, par un état dressé touchant le territoire que possédoit à Paris l'Abbaye de Saint Pierre des Fossez,
ET CELLES DE SON TERRITOIRE iSl
duquel l'Ecriture ne peut être plus tard que du X siècle, que Saint Merry étoit alors l'une des Eglises qui y avoit pareillement un certain terrain qualifié Terra S. Mederici^ y est souvent désigné comme confinant avec celui de cette Abbaye. J'ai publié ce frag- oiss. sur iHisi. ment en 1741. Nous avons, outre cela, une charte de Louis le de Paris chez Débonnaire, au sujet des exemptions sur le territoire de l'Evêque ' ' '
de Paris, où elles sont dites commencer à sancto Mederico usque ad locum qui vocatur Tudella : ce qui prouve qu'il y auroit existé hul Ecci.Par, dès lors une Eglise de Saint Merry. Rainaud, Evêque de Paris, ^- '• p- -^^7appelle du nom de Saint Pierre et Saint Merry l'autel de ce lieu, qui lui fut demandé vers l'an 10 1 5 par les Chanoines de la Cathédrale. Il dit dans sa charte qu'il est situé in suburbio Parisiensi; que l'Archidiacre Elisiard, dans le district duquel il est, a consenti à cette donation, et que le Chapitre de Notre- Dame n'en jouira^ comme aussi de l'Eglise, qu'après le décès du Chanoine Herbert; et enfin que le même Chapitre ne sera tenu pour cela à aucune redevance qu'au seul droit d'Eulogie. Cet acte ne fait aucune mention d'établissement de Chanoines en cette Eglise. Il ne faut point le remonter trop haut : mais aussi il seroit contre la vérité de dire après l'Auteur du Calendrier cai. Hîst. Historique de TEglise de Paris, que cette Eglise n'est devenue <*« ***"» «747* Collégiale que depuis le règne de François I.^ ^* ^'
Plusieurs modernes copiant Sauvai, ont écrit que le Chapitre de Paris envoya à S. Merry, depuis que l'Eglise lui en appartint, sept Ecclésiastiques ou Chanoines, pour y vivre secundum Canones, y faire l'Office et les fonctions de Curés, à mesure que l'augmentation des Habitans dans le voisinage exigea qu'on y administrât les Sacremens ; mais on ne voit pas d'où Sauvai a tiré ce fait. Quel qu'ait été le nombre des Prêtres qui desservoient cette Eglise, il y en eut un qui, lors de l'établissement des Prêtres assistans à la Grand Messe des solemnités avec l'Evêque, fut tiré de S; Merry, pour former le nombre de douze, qui représentoit celui des Apôtres. Il est certain aussi qu'au moins dès le XII siècle cette Eglise étoit devenue Paroisse, qu'on l'appelloit simplement Saint Merrjr^ et que huit Prêtres en desservoient la Cure par semaine. Cela est constant pour le tems du règne de Louis VII et pour le commencement du règne de Philippe-Auguste. Pierre, Chantre de l'Eglise de Paris, qui rédigea alors une Somme des Sacremens, p^i^. Cantor s'exprime ainsi dans cet ouvrage : Item quœritur de Ecclesia Summamanusc. S. Mederici Parisiensis, quœ octo habet Sacerdotes septimanatim p^^^^f'ç J^^^^i, ministrantes Parochiœ^ quis habeat curam animarum ? utrum quiiibet in solidum ? an Decanus Capituli Parisiensis qui eis prœsidet, an Episcopus? Mais dans un acte d'Etienne, Doyen, du Chapitre Hist. Ecci. Par. de Paris de l'an 1219, ces Prêtres sont marqués n'avoir été qu'au T. i p. 570.
l62 EGLISE DE SAINT MERRY
nombre de sept, et ils y sont qualifiés de Chanoines. Par cet acte il fut statué, pour éviter les inconvéniens de la desserte de la Cure par semaine, que Tun des sept seulement exerceroit toute Tannée les fonctions Curiales, en rendant une certaine somme aux six autres. Le même titre ne donne point d'autre nom au Chanoine-Curé que celui de Canonicus PlebanuSy parce qu'il étoit pour le peuple, pro plèbe. Ce fut à lui que la plus grande partie de la cire des offrandes fut adjugée par le même acte. C'est lui sans doute qui est désigné sous le nom de Presbyter S. Mederici Parisiensis dans le Cata- Cy-dessusp.ia6. logue des douze Prêtres-Cardinaux, Curez ou Prieurs, qui dévoient
assister l'Evêque de Paris officiant à Notre-Dame aux Grandes Fêtes. Environ cent ans après on lui donna un Coadjuteur, à cause de l'augmentation des Paroissiens ; ils avoient alternativement leur semaine ; et comme ils partageoient entr'eux la cire, de là, dit-on, vient que ces deux Chanoines furent appelles Chefciers, Capi-cerii: mais ce nom paroît plutôt avoir été consacré Vide Giots, anciennement pour ceux qui avoient soin du chevet ou sanctuaire Cangiivoce jgg Eglises, OÙ toutes sortes d'offrandes étoient apportées, Capi-
Capitiarius. ^. .. , • • • -. j - i -. » -^ • /i ^
ttant. Je ne nierai point cependant que le mot cera n ait influé dans leur dénomination. On voit par le règlement de 12 19, que le Chanoine-Curé avoit presque toute la cire des offrandes, et qu'il distribuoit du luminaire au Clergé après l'Office Nocturne des solemnités de l'été, après lesquelles la coutume étoit de boire une sexterce de vin, parce que c'étoit à l'entrée de la nuit. L'un de ces deux Chefciers a été supprimé .l'an i685, par Lettres patentes du mois d'Avril enregistrées en Parlement le 25 suivant, Adrien Rollin consentit à sa suppression, moyennant douze cens livres que Nicolas Blampignon lui paieroit chaque année.
Cette dignité et les six Canonicats sont à la nomination de ceux d'entre les Chanoines de Notre-Dame qui sont (désignés dans la table des Partitions. Jean Filesac et Edme Amyot, Cheveciers au dernier siècle, m'ont paru être les seuls qui ayent fait imprimer quelque ouvrage. Sous M. Pierre-Joseph Artaud, actuellement Chevecier-Curé, a été fait un règlement sur plusieurs points importans concernant l'Office divin de cette Eglise, dont un article porte que les Vicaires et autres Prêtres habitués et Ecclésiastiques de la Paroisse peuvent assister désormais dans le chœur, et en habit de chœur semblable à celui des Chanoines, aux Offices des jours solemnels. Vêpres des Dimanches : j'omets les autres articles qui contribuent à faire célébrer le service divin avec plus de dignité. Ce règlement a été autorisé par Arrêt du Parlement du 26 Août 1745. Le même Chevecier-Curé ayant passé une transaction avec les Chanoines au sujet de ses droits et prérogatives, l'a faite homologuer au même tribunal le i3 Mars 1748.
ET CELLES DE SON TERRITOIRE l63
M. Piganiol a fait observer après Du Breul, qu'en l'an 1273 le Roi Philippe le Hardi fit un accord avec ce Chapitre, lui conservant sa Justice, excepté la Haute qu'il se réserva, moyennant quelques rentes et quelques privilèges qu'il lui donna en échange. II est fort parlé de l'Immunité de ce Chapitre dans un ancien Registre du Parlement. Trois Huissiers du Châtelet l'ayant enfreinte l'an 1377, en arrêtant un homme qu'ils conduisirent au Reg. Pari. Châtelet, le Parlement ordonna que cet homme seroit remené par ^ ^'p^- '^77eux à Saint Merry .s'ils pouvoient le ravoir, sinon que par le signe d'une verge ils réintegreroient cette Eglise dans son Immunité, en présence des Députés du Chapitre de Paris et de ceux de Saint Merry, et en prononçant une formule expresse pour cela.
L'Eglise qui fut abbatue sous le règne de François I, devoit être le second édifice construit depuis la Chapelle de S. Pierre où Saint Merry avoit été inhumé ; c'étoit dans celle-là que S. Edme Archevêque de Cantorbery, étudiant à Paris en Théologie vers l'an 1220, avoit assisté toutes les nuits à Matines suivant l'un des auteurs de sa vie : en sorte que celui qui subsiste aujourd'hui est le troisième. Sa Dédicace fut faite le 19 Septembre, suivant Du Breul. En y bâtissant, on y a pratiqué ou conservé vers le milieu du côté septentrional une Chapelle souterraine, en mémoire de la crypte où le tombeau de Saint Merry avoit été placé du tems des édifices précédens. Le Père Du Bois s'est trompé en hûlEccI; Par. assurant que cette crypte est telle qu'elle étoit lorqu'on y mit le ^- ^' p- ^^9corps de ce Saint. Cela ne peut être vrai tout au plus qu'à l'égard de la place, qu'on peut croire être la même. Il seroit à souhaiter qu'on y eût laissé dans un endroit visible le cercueil de pierre du même Saint, aussi bien que celui d'Odon Falconarius, fondateur de la première Basilique à la fin du IX siècle, qui avoit été découvert, ainsi que j'ai dit, lorsqu'on jetta les fondemens de l'Eglise d'aujourd'hui sous François I.
L'ouverture solemnelle qui a été faite, au commencement du mois de Mars 1753, de toutes les châsses et reliquaires de cette Eglise, nous instruit mieux de tout ce qu'elle possède que ce qu'ont pu en écrire Du Breul, Baillet et les Bollandistes au 29 Août, et même Dom Mabillon. Celle de Saint Merry ayant été ouverte, on y a trouvé presque tous les ossemens qui composent un corps humain, à la reserve de la tête et de quelqu'autre partie. Le plus ancien titre qu'elle renfermoit étoit un petit parchemin de trois à quatre pouces en quarré, contenant ces mots d'écriture du XIII siècle : Corpus beati Mederici Abbatis, hic reposttum anno Domini M. CC. septuagesimo primo die Parasceves décima Calendas Maii^ presentibus Gaufrido Decano Parisiensi^ Garnerio Archidiacono Ecclesice Parisiensis, Gaufrido Capicerio,
Johanne de Meriaco, Jacobo de Columbariis, et Clémente nepote dicti Garnerii Archidiaconi Canonici dictœ Ecclesiœ S. Mederici^ Petro de Aubeigniaco Canonico S, Dionysii de Passu, Petro et Reginaldo Matriculariis dictœ Ecclesiœ Magistro Johanne Clericoprœdicti Decani et Nicolao auri/abro, sans aucun sceau ni signature. Par Hic repositum, il faut entendre que ce fut en une châsse faite alors, c'est-à-dire en 1271, Ce n'étoit pas du tombeau qu'il fut tiré ; on n'auroit pas choisi le Vendredi saint pour cela : mais il fut seulement transporté d'une châsse dans une autre. Son élévation du tombeau avoit été faite apparemment lorsqu'on eut rebâti l'Eglise vers l'an 1200. Comme l'on connoît le jour des translations postérieures de ce Saint, on ne voit que cette première fête du tombeau qui ait pu arriver le 2 Septembre, jour auquel Du Saussay en a marqué une ; et en effet, le 2 Septembre Martyr. Gaiiic. l'an I20I tomba au Dimanche, jour ordinaire de ces cérémonies.
Ce fut le 25 Mai iSSg que le corps fut tiré de cette seconde châsse pour être mis dans une troisième, suivant un autre petit billet contenu dans la châsse. Ce ne fut qu'en 1476 que fut finie la belle châsse d'argent doré qui se voit aujourd'hui. Des Chanoines de Notre-Dame s'étant rendus à Saint Merry le Dimanche 19 Janvier, avec Louis Raguier, Evêque de Troyes, ce Prélat tira les reliques du Saint de la vieille châsse et les mit dans la nouvelle, qui ne fut cependant reconnue que le mercredi suivant. Fête de S. Vincent, auquel jour on célèbre encore la mémoire de cette translation. On a remarqué en ijSS, que les fémur de Saint Merry ont dix sept pouces de longueur, et les tibia quatorze et demi.
Dans un reliquaire de vermeil a été trouvée la mâchoire inférieure du même Saint, où il reste sept dents, dont quatre sont molaires.
Dans l'une des vieilles châsses de bois étoit renfermée une assez grande pièce d'étoffe rouge presque comme de la soie, avec un billet contenant ces mots : Hic est casula Sancti Mederici in qua sepultus fuit ; ce qui a servi à reconnoître un autre morceau considérable de semblable étoffe trouvée dans la châsse d'argent de Saint Merry, d'autant plus qu'il est conforme à un troisième morceau de pareille étoffe, renfermé dans un cristal au pied de l'Ostensoire du S. Sacrement, où on lit en caractères de l'an 141 6 (tems de sa confection) cette étiquette : De la Chasuble de S. Merry,
Après la châsse de Saint Merry, la plus considérable a paru être celle de S. Frodulfe (que l'on appelle S. Froû par contraction), quoiqu'elle ne fût que de simple bois. Son corps y avoit été renfermé en 1271, le Vendredi saint 22 Avril, le même jour qu'on avoit fait la translation de celui de Saint Merry; et un semblable morceau de parchcmiji, composé dans les mêmes termes et de