‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 58 sur 210 · ET CELLES DE SA DÉPENDANCE · texte numérisé non relu

ET CELLES DE SA DÉPENDANCE

faire TOffice à Saint Martin des Champs, le jour de la Saint Martin d'Eté, me paroît être une coutume qui a du avoir son origine au plûtard lorsque la Liturgie Romaine fut reçue en France, c'est-àdire vers l'an 800, et qui après avoir cessé lorsque l'Eglise fut détruite par les Normans dans le cours du même siècle, fut rétablie au bout de deux cens ans.

Ce tems est l'époque de la seconde fondation de cette Abbaye par le Roi Henri I. Ce Prince déclare par sa charte de l'an 1060, Hist. s. Man. que l'Abbaye située devant la porte de Paris ayant été détruite sans p- ^• qu'il en restât de vestige, il en rebâtit une plus grande qu'on ne faisoit les anciennes ; et que de l^avis de gens pieux il y a mis des Chanoines vivans régulièrement, auxquels il a donné les terres qu'il possédoit dès auparavant autour de cette Eglise, et celles qu'un Seigneur nommé Ansold et ses deux neveux Milon et Warin lui avoient cédées, du consentement du Comte Hugues. Le Roi Henri, à la prière d'Imbert, Evêque de Paris, s'étoit contenté de l'abandon que ces Chevaliers lui firent de cette Couture (Cultura), en place des cent livres qu'il auroit pu exiger de Milon, criminel de leze Majesté.

Si cette Abbaye fut rebâtie précisément à la même place où étoit l'ancienne, il faut dire qu'après sa destruction par les Normans, le terrain étoit retourné en partie au Fisc, et en partie au Comte de Paris, duquel il paroît qu'Ansold et ses neveux tenoient ce qu'ils cédèrent au Roi pour la seconde fondation. Il faut aussi observer que ce Prince ne dit nulle part que l'ancienne Abbaye eût été fondée en mémoire du miracle opéré par Saint Martin sur le lépreux, ni qu'elle eût été bâtie dans le lieu de ce miracle. Les Rois suivans ne le disent pas non plus dans leurs Diplômes. Les Chanoines qui desservirent cette Eglise, dont la Dédicace fut faite en 1067, étoient gouvernés par un Abbé nommé Engelard. Tous sont qualifiés de Frères dans un Diplôme du Roi Philippe de Ibu.,p.j8. l'an 1070, de même que la Règle d'Aix la Chapelle qualifie les Chanoines. Il y avoit dans l'enclos un Hôpital pour les pauvres et pour les pèlerins de S. Martin de Tours, dont se chargea un Reclus nommé Frère Jean, lequel obtint du même Roi que dans tout cet enclos il n'y eût que le seul four que l'Abbé et les Chanoines avoient cédé à l'entretien de cet Hôpital : ceci semble marquer que cet enclos étoit grand, et qu'il renfermoit quelques habitans. Le Diplôme de l'an 1070 fait voir en même tems que l'enclos étoit au milieu des champs et de figure ovale ou oblongue. On y lit qu'à la sortie de Paris le chemin que l'on avoit suivi pendant quelque tems se partageoit en deux : l'une des branches passoit devant le Motiastere (c'est l'expression du titre) et l'autre, après avoir repassé par derrière, se rejpignoit à la première

branche ; ces deux chemins paroissent avoir parti de celui que l'on appelle aujourd'hui la rue de S. Denis; car alors on ne sortoit de Paris du côté du septentrion que par le Grand-pont, n'y en ayant point d'autre plus haut. Il partoit donc alors à la droite du grand chemin de Saint Denis deux chemins obliques pour aller gagner l'Abbaye de Saint Martin, dont l'un a encore conservé son obliquité, laquelle est sensible dans la rue Darnetal, dite par corruption Greneta, et l'autre étoit apparemment ce qu'on a appelle depuis la rue aux Oûes. Le Roi Philippe défendit par son Diplôme de passer par le chemin où Ton laissoit le Monastère à main gauche, qui est ce dernier, et perpiit qu'on le réduisît en labourage pour l'utilité de l'Hôpital des Pèlerins de Saint Martin.

On ne sçait d'où Du Breul a tiré que les Chanoines qui furent mis à Saint Martin lors du rétablissement vers l'an 1060, étoient de l'Ordre de S. Augustin, et qu'ils en furent expulsés à cause de leur mauvaise vie; cette dernière circonstance ne paroît pas être plus véritable que la première, dont la fausseté est palpable, puisque l'Ordre des Chanoines Réguliers de S. Augustin n'étoit pas encore établi en France, ou, s'il l'étoit, c'étoit depuis si peu de tems, qu'il n'y a aucune apparence que cet établissement eût eu dès son berceau des sujets de si mauvaises mœurs que Du Breul le dit. C'étoient donc des Chanoines qui suivoient la règle d'Aix la Chapelle, de même que ceux qui furent à l'Abbaye de Sainte Gaii. Chr. Geneviève depuis les guerres des Normans, et que le Roi Robert a

T. VIL instr. désigné vers l'an 1020, comme vivans secundum régulant Canoni-

calem, et gouvernés Canonicali religione : aussi ces Chanoines

de l'Abbaye de Saint Martin des Champs étoient-ils dans une telle

union avec ceux de l'Abbaye de Sainte Geneviève, que, pour l'en-

Du Breul tretenir, ceux de Sainte Geneviève leur avoient accordé une Pré-

'r ^/ r*'^' bende parmi eux, et ils étoient convenus d'une société de prières.

T. vii,coi.5i6. Ils dévoient donc être aussi en relation avec la Cathédrale. On voit

Hist. s. Mart. P^ï* un actc de l'an 1088, que l'ancien usage étoit que cette Eglise p. 364' fournît à l'Evêque un Prêtre Cardinal aux Grandes Fêtes, et que delà peut être venu Tusage où est le Prieuré d'y avoir un Vicaire : au moins celui par lequel l'un des Religieux vient encore de nos jours acquitter au Grand autel de la Métropolitaine la Messe du chœur pendant une semaine.

Sans rien assurer touchant les raisons pour lesquelles dès

ibid.,p. ig,2Q,y^^ 1079» 1^ ^^^ Philippe donna cette Collégiale Abbatiale à

l'Ordre de Cluny, il suffira de sçavoir que les treize Chanoines qui la desservoient, consentirent à cette donation : l'acte les nomme tous, et Geoffroy, Prieur, à leur tête ; ce qui marque que le Roi se servit de la vacance du siège Abbatial par la mort d'Engelard, pour faire ce changement. I^e transport de cette maison, des terres et

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