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des vignes dont avoit joui cet Abbé, fut fait authentiquement par un acte dressé à Saint Benoît sur Loire où le Roi étoit alors, sauf la soumission due à la sainte Mère Eglise de Paris.
Alors on commença à ne plus qualifier TEglise de Saint Martin des Champs que du titre de Prieuré, et il fut regardé comme la troisième fille de l'Abbaye de Cluny. Nos Rois, les Evêques de Paris et autres lui firent beaucoup de biens, dont le détail est rapporté en plusieurs Bulles de Papes du XI et XII siècles, et en quelques Diplômes. Ursion fut le premier Prieur: Waleran, Chantre de TEglise de Paris, eut envie d'être l'un de ses Religieux; mais son Evêque l'en détourna, ce qui fâcha fort S. Anselme, Ansei. ut. /// Archevêque de Cantorbery. Thibaud, sixième Prieur de cette ^p- ^^• maison, en fut tiré pour être Evêque de Paris avant l'an ii5o; il leur fit beaucoup de biens. Plusieurs par la suite furent faits Abbés de Cluny, ou Evêques, ou Cardinaux; ce qui seroit trop long de déduire.
La Station que le Chapitre de la Cathédrale de Paris fait à Saint Martin le 4 juillet pour la Grand-Messe, est une des plus remarquables de toutes celles de la même Métropolitaine. Je croirois qu'autrefois elle se faisoit le 1 1 Novembre, parce que je lis que c'étoit à la veille de ce jour que l'Evêque de Paris préten- invent. EpUcop. doit avoir son droit de procuration, ce qui forma une contestation pour la décision de laquelle Clément IV commit des Juges en 1267.
L'Eglise de Saint Martin ne conserve que le sanctuaire et le fond de l'ancien édifice du XI siècle. Ce fond qui est terminé en rond, a été appelle Carole par corruption du mot latin Choraula, rond point, ce qui a fait imaginer par M. Grancolas, que. ce nom Hist. de rEgi viendroit de ce que l'on y mit une image miraculeuse de la sainte t**i* ^^'^^j Vierge du tems de Charles VI : mais ce nom de Choraula étoit déjà changé en celui de Carole dès le XIV siècle. A Rome, l'Eglise de S. Jean de Latran a aussi un lieu dit la Carole tout au fond de ciiasteUin l'Eglise. La Tour des grosses cloches est pareillement du genre de ^°y*8* ^^• construction en usage du tems du Roi Henri ou de Philippe, aussi-bien que le grand portail. Pour ce qui est de la nef et du chœur, ils sont d'une structure bien postérieure : c'est un grand vaisseau fort large, sans piliers et sans ailes, mais aussi sans voûte, et simplement lambrissé. Il paroît avoir été bâti vers le règne de Philippe le Bel.
Cette Eglise est enrichie d'un petit ossement du corps de Saint Martin précieusement enchâssé, et conservé dans le Trésor avec Breviar. Paris. d'autres reliques dont je parlerai ci-après. Au-dessus du Grand <*^4Jui. autel est élevée une châsse d'argent, qui renferme le corps d'un Saint appelle Paxent, laquelle n'est portée qu'aux Processions qui se font pour les nécessités publiques, lorsqu'on y doit porter
Breviar. Paris, celle de Sainte Geneviève. Le tems depuis lequel on possède cette ad 23 Sept, relique est incertain. Il est constant qu'au moins dès le XIII siècle
Hitt. s. Mart. elle étoit à Saint Martin dans une châsse de bois; que Tan 1807, p. 222. odon Chapiteau de Troand, Prieur, [ayant fait faire une châsse d'argent, le corps du Saint y fut transféré par Jean, Evêque du Puy, le lundi, premier Janvier, en présence de Bertrand, Abbé de Cluny, et de Berenger, Abbé de Figeac ; qu'en i38o, deux Religieux du Prieuré furent accusés d'avoir dérobé cette châsse ; Reg. Pari, leurs noms sont spécifiés dans les Registres du Parlement ; qu'en
2oAprU.i38o. 1509, cette même châsse ayant été ouverte par le Prieur, Etienne
Gentils, on y trouva outre le corps de Saint Paxent, des reliques d'une Sainte Albine, Vierge et Martyre, et que lorsque, pour la réparer, on y eut ajouté trois marcs, elle se trouva peser cent quatre-vingt-dix marcs ; qu'en i565, lorsqu'Antoine Vialar étoit Prieur, le Monastère songea à aliéner cette châsse et d'autres, pour subvenir aux besoins de tems, et que Denis Martineau, Grand Celerier, fut destitué par ce Prieur, pour s'être opposé à cette aliénation.
En ces tems-là il y avoit derrière le Grand autel un autre autel
Hitt. s. Mart. du nom de S. Paxent, où Martin le Picart, Maître des Comptes,
P' 545. avoit fondé une Messe dès l'an i5o5, et au-dessus duquel étoit
apparemment cette châsse ; mais le nouveau Grand autel ayant
été fini en 1628, la châsse y fut placée depuis. On lit aussi qu'An-
Hitt. s. Mart. dré Fremiot, Archevêque de Bourges, faisant le 6 Janvier de la p. 54 1' même année, la consécration de cet autel sous l'invocation de S. Pierre, S. Paul et S. Martin, y mit des reliques de S. Laurent et de S. Paxent, Martyrs. Ce S. Paxent est plus connu par la célébrité du culte qu'on lui rend à Saint Martin, que par ses actes que l'on ignore totalement. Sa fête y est observée si solemnellement, que le Dimanche qui la précède et qui la suit, il ne doit point y avoir de prédication à Saint Nicolas des Champs, suivant un Arrêt du Grand-Conseil de l'an 1720, confirmât! f de l'ancien usage. Elle se célèbre le 23 de Septembre. Tous les anciens Calendriers de Paris de tems immémorial marquoient en ce jour la commémoration d'un S. Paterne, Paterni Ep. et Conf, Quelques-uns aussi de Paris, écrits au XIII siècle, au lieu de Paterni mettent au même jour Paxentii Ep. et Conf, Naturel- Patcentiut. lement« cela conduiroit à reconnoître en ce nom S. Paissent, Evêque de Poitiers, dont le corps auroit pu être apporté à Paris. Greg. Tur. D'un autre côté, Grégoire de Tours s'exprime de manière à faire
lib. IV. c. XVIII. croire, en prenant son texte tel qu'il se présente d'abord, que
Saint Pientius, prédécesseur du même S. Paissant, mourut à Paris. Je n'avance ceci, touchant les Evêques de Poitiers, Pascentius et PientiuSy que parce que le Martyre du Saint, honoré à
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Saint Martin, n'a aucun fondement, et n'est appuyé que sur une légende entièrement fabuleuse. Si Ton veut absolument que le corps de ce Saint soit venu du Berri, à cause que PEglise Paroissiale du village de Mascay est sous son nom, et que S. Odon, Abbé de Cluny, a aussi été Abbé de Mascay, en Berri, on pourra conjecturer que ce même S. Odon Tavoit fait transporter à Cluny, et que cent quarante ans après, le Couvent de Cluny l'aura donné à la Colonie des Religieux de cet Ordre, qui vint demeurer à Saint Martin des Champs.
Je ne m'arrête point sur Ste Albine, dont les ossemens étoient dèsle XIV siècle dans la châsse de S. Paxent, et dont la tête est enfermée à présent dans un buste de [bois. On ne dit rien de cette Sainte et il n'y en a aucune de ce nom dans les Martyrologes. C'est ce qui me fait croire que c'est une des Vierges de Cologne, dont quelque Prieur de Saint Martin aura obtenu le corps, de même qu'un Prieur de Saint Leu d'Esserent en eut deux sous le Hist. s. Mart. nom de Ste Terence et Ste Eugénie, qu'il mit dans son Prieuré p- ^'4l'an 1262. On lit que le Roi Louis XI, venant honorer les Reliques de l'Eglise de Saint Martin des Champs, y offroit des pièces d'or ; c'est ce que nous apprenons de la permission que le Parlement donna l'an 1475 aux Religieux 'd'en faire l'emploi Reg Pari, pour les besoins de la Maison. '^ •^«'•
Il y a aussi à Saint Martin un buste d'argent, où est renfermée en tout ou en partie la tête de S. Chrodegand, Evêque de Seez, qui fut tirée du Prieuré de l'Isle-Adam, Ordre de Cluny, au Diocèse de Beauvais, lorsque l'Eglise fut démolie.
On croit que ce fut dans le même tems que l'on apporta aussi * de ce Prieuré un calice de cuivre rouge doré et très-antique, qui passe, avec sa patène de même matière, pour avoir servi au même S. Chrodegand. On y lit autour du bord extérieur de la coupe, qui est peu large et fort profonde, ces mots gravés : IN NOMINE DNI OMNIPOTENTIS GRIMFRIDUS PRESBI... Le reste de l'inscription paroît sur le pied qui est très-étroit, mais il est difficile à lire. On voit sur la même coupe une gravure faite dans la matière, qui représente une colombe. Ce calice peut bien être du VIII siècle, auquel vivoit S. Chrodegand; mais la patène, au milieu de laquelle est figurée une main bénissante, et qui est sans vestige de dorure, paroît être un peu plus nouvelle.
Les sépultures des Prieurs de ce lieu sont assez détaillées avec leurs Epitaphes dans l'Histoire de Marrier, sans qu'il soit nécessaire d'en parler ici. A l'égard des séculiers qui y sont inhumés, l'une des sépultures la plus remarquable est celle de Philippe de Morvillier, premier Président du Parlement, qui décéda en 1438 ; puis celle de Martin le Picart, Secrétaire du Roi, décédé en 1480,
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aux pieds duquel sont représentés ses vingt enfants, sçavoir huit garçons et douze filles. Tous les compilateurs modernes font observer TEpitaphe du fameux Guillaume Postel, décédé en i58i, et inhumé en la Chapelle de Notre-Dame.
Il reste dans le vestibule du cloître un tombeau de pierre à la manière des anciens et presque hors de terre, dans lequel on croit qu'a été mis autrefois le corps d'Ansel, Evêque de Terouenne, au XII siècle.
On a vu jusqu'à ces années dernières dans la Chapelle de S. Michel, qui est située au midi de l'Eglise de Saint Martin à la distance de vingt pas, les sépultures de tous ceux qui composoient la famille des Arrodes, anciens Bourgeois de Paris du XIII siècle, dont les plus nouvellement gravées étoient du siècle suivant. Les tombes qui les couvroient, étoient au nombre de trente ou trente deux, à commencer par celle de Nicolas Arrode, qui avoit fait construire cette Chapelle dans le cimetière de Saint Martin, et qui étoit décédé l'an i252. Mais dans ces derniers tems les Marchands Rubaniers ayant établi leur Confrérie en cette Chapelle, l'ont reblanchie, boisée et carrelée, ce qui a occasionné la destruction des tombes. Heureusement Dom Marrier avoit pris la peine de faire imprimer à la fin de son Histoire ces trente Epitaphes remarquables par leur orthographe. Quelques-uns de ces Arrode y sont dits avoir été Seigneurs de Challiau, d'autres Panetiers du Roi ; il y eut même dès-lors dans ce quartier-là une rue appellèe la rue de Nicolas Arrode, laquelle a changé de nom. Il paroît par la date de quelques tombes, qui est du commencement du XIII siècle, . que c'étoit vers l'an 1200 que Nicolas Arrode avoit fait bâtir cette Chapelle, auquel temps il devoit être fort jeune ; ou bien il l'avoit fait construire sur la sépulture de quelques-uns de ses ancêtres déjà inhumés dans ce cimetière. Ce fondateur avoit suivi en cela le goût de l'antiquité, qui élevoit ordinairement dans les cimetières des Oratoires sous le titre de S. Michel. Cette Chapelle qui subsiste telle qu'elle a été d'abord bâtie dans le goût gothique, se trouve aujourd'hui offusquée par plusieurs maisons élevées tout au tour sur le terrain du cimetière de Saint Martin, et n'est presque visible qu'au fond de la ruelle parallelle à l'Eglise de Hist. s. Mart. Saint Nicolas du côté septentrional. Elle est dite située infra septa p. 452, Monasterii S, Martiniy dans un acte qui y fut passé l'an 143 1. Avant que l'Eglise de Saint Nicolas eut été aggrandie de plus de moitié, du côté de l'orient, comme l'entrée du Prieuré de S. Martin étoit par la rue au Maire derrière cette Eglise, on passoit pardevant la Chapelle de S. Michel. Le reste des changemens faits à cette entrée, et son transport du côté de la grande rue, est décrit fort au long dans Marrier et dans M. Piganiol.
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Sauvai n'a pas manqué d'observer que dans plusieurs anciens T. i, p. 67, 79. titres, il est fait mention de la Pissote de Saint Martin, et il n'a pu dire ce que c'est. Le Glossaire de Du Gange en dit assez aux mots pista etpergulûy pour juger que c'étoit des petites chaumines ou lieux couverts de branchages à qui on donnoit ce nom. Dès l'an 1257, j'ai trouvé que, pour désigner des maisons, sises en la censive de Saint Magloire sur la chaussée de Saint Martin, elles sont dites être ab oppositis pisotœ. J'aurois cru que la Muette de S. Martin auroit été la même chose, parce qu'en i323 une maison de la même censive est dite sise devant cette Muette; mais les passages du même Glossaire où se trouve le mot Mueta, indiquent plutôt une Tour qui étoit apparemment au coin du clos de ce Prieuré.
Je n'ai rien. trouvé dans les Registres du Parlement concernant ce Prieuré, outre ce que j'ai tiré ci-dessus, sinon qu'en i3o6 ce Reg.oUm.s^bb. Monastère fut maintenu dans la possession d'avoir les Aubaines, postEpiph. et successions des bastards morts à Paris sur son territoire.
Quelques anciens Religieux de cette Maison ont travaillé à divers ouvrages. Il en reste un manuscrit de la composition de Mathieu, troisième Prieur, qui vivoit en 1120. Guillaume Bajule //»/. s. Mart, qui en étoit Prieur en iBjô, fit alors un extrait de toute l'Histoire p- ^^7des biens du Monastère, qui étoit contenue dans un gros volume. Jean Castel, Moine de Saint Martin, fut choisi pour être Chroniqueur de France sous Louis XL La Chronique mal-à-propos qualifiée de scandaleuse est son ouvrage, à la reserve de quelques faits. Voyez les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres sur les Chroniques Martiniennes. Jean devint Abbé de Saint Maur des Fossez. Michel Viole, qui décéda Abbé de Saint Euverte d'Orléans en iSqi, et que le Gallia Christiana dit avoir composé plusieurs livres, avoit été Religieux de Saint Martin, ainsi que m'en a averti Dom Pernot, Bibliothéquaire de la Maison. Martin Marrier, dont on a l'Histoire du Prieuré imprimée en 1637, ^^ qui est ici souvent citée. Avant cela il avoit publié in folio le Bibliotheca Cluniacensis et autres livres. Il est mort en 1644. Mon intention a été de ne parler que de quelques Religieux de l'ancienne Observance, comme je fais à l'égard de ceux de Saint Germain des Prez. La réforme ayant fait revivre les études dans ces deux Maisons,. elles ont produit un bien plus grand nombre d'Auteurs. J'ai appris qu'on préparoit un Catalogue des Ecrivains de tout l'Ordre de Saint Benoît, dans lequel par conséquent seront compris tous ceux de Cluny.