‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 60 sur 210 · EGLISE · texte numérisé non relu

EGLISE

DE

DU TERRITOIRE DE l'anCIENNE BASILIQUE SECULIERE

Je ne voi pas qu'il y ait aucun fond à faire sur Topinion que quelques-uns ont eu avant Du Breul, et d'autres depuis lui, qu'il y ait eu d'abord en ce lieu une simple Chapelle de Ste Anne; Sauvai et d'autres modernes ont même ajouté, sans paroître en être persuadés, que cette Chapelle existoit sous ce nom dès le règne de Lothaire, sur la fin de la seconde race de nos Rois, un peu après le milieu du X siècle. Pour réfuter cette époque prématurée du culte de Ste Anne à Paris, il suffit de dire que tous les sçavans sont d'avis qu'il n'a commencé en France que dans le XIII siècle. Peut-être qu'en même tems que le Roi Henri rebâtit une Eglise de Saint Martin, à peu près dans le même quartier où avoit été l'ancienne, connue par des titres du VIII siècle, lui ou la Reine Agnès de Russie, sa femme, fit construire un peu plus près du pont de Paris une Chapelle en l'honneur de Sainte Agnès; car on sçait que cette Vierge Martyre a été quelquefois appellée en latin Agna et Anna, Dans le titre de la fondation des Chanoines à Saint Martin des Champs l'an 1060, on lit Signum Annœ Reginœ pour Agnetis, Au reste, je ne donne ceci que comme une conjecture.

A l'égard de l'origine du culte de Saint Jacques dans une Chapelle située au même lieu, le faux Turpin racontant les hauts faits de Charlemagne en Espagne, met dans son narré, que le même Empereur en conséquence de sa dévotion pour Saint Jacques, avoit bâti une Eglise de son nom inter Sequanam et Mon- Mémoire tem Martyrum. Mais par malheur cet Auteur n'est digne d'aucune dcrAcadem.dcs considération. J'ai prouvé ailleurs qu'il n'a vécu qu'au XII ou Belles Lettres, ^jjj ^.^^j^ . j^^JQ^^e j^j ^^'il a été trompé par l'établissement qu'il

y avoit vu de la Confrérie de Roncevaux, dont je parlerai ci-après.

Il faut donc en revenir à ce que nous ont conservé sur cette Eglise les titres du Prieuré de Saint Martin des Champs, sur la censive duquel Du Breul assure qu'elle est située en partie; ce qui peut venir de ce que le territoire de l'ancienne Abbaye de Saint Martin détruite par les Normans s'étendoit jusques-là, et la renfermoit probablement pour servir de Paroisse aux maisons du Bourg de dehors la Cité.

Il faut que ce soit vers l'an 1 1 10 que cette Eglise, dont TEvêque

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de Paris avoit joui, ait été donnée à ce Monastère, par la raison qui vient d'être alléguée et qui servit de fondement à la lui demander. Elle n'est point spécifiée dans la Bulle d'Urbain II de l'an 1097 parmi celles qui lui appartenoient, non plus que dans celle de Pascal II, de l'an 1108. Mais elle se trouve dans celle de Calixte II de l'an 1 1 19 en ces termes : In suburbio Parisiacœ urbis Ecclesiam S, Jacobi cum Parochia. Le mot suburbium est à remarquer. La même chose se trouve dans les Bulles d'Innocent II, de l'an 1142, et d'Eugène III de l'année 1147. Aussi l'an ii23 Etienne, Evêque de Paris, avoit-il reconnu que c'étoit par concession de ses prédécesseurs que le Couvent de Saint Martin présentoit le Prêtre de la Chapelle de S. Jacques, dans laquelle ce Mémoire Monastère avoit la moitié du produit des Offrandes, etc. imprimé in folio.

Le Curé de Saint Jacques étoit en 1 206 Archiprêtre de Paris, peut-être par continuation de ses prédécesseurs. Sa Cure en effet étoit la plus voisine du bout extérieur du Grand-Pont de Paris, de même que celle de Saint Severin, où étoit l'autre Archiprêtre, se trouvoit la plus proche du bout extérieur du Petit-Pont. Ces deux Eglises étoient primitivement dans les bourgs adjacents à Paris avant qu'on eût pensé à les y joindre par des murs, dans lesquels on différa bien des siècles par un reste de Police Romaine d'enfermer des Boucheries et des Poissonneries.

Suivant qu'exposoient en 1206 les Religieux de Saint Martin, Semence des avant qu'il y eut une Paroisse érigée sous le titre de Saint Jacques, CommiM., p. 6. les habitans du quartier où elle a été depuis établie, avoient pour Paroisse la nef de l'Eglise de Saint Martin où un Prêtre les desservoit; en mémoire dequoy, ajoutent-ils, le jour de Noël et de Pâques le peuple de Saint Jacques venoit encore en cette même année 1206 au Monastère de Saint Martin avec le Prêtre ou Curé et y recevoit la Communion : d'où ifs concluoient que l'Eglise de Saint Jacques devoit être regardée comme une Chapelle de Saint Martin, et formée du corps du Monastère même. A la vérité l'éloignement où le Prieuré de Saint Martin se trouve de l'Eglise de Saint Jacques paroît répugner à cette idée; mais j'ai déjà insinué ci-dessus qu'il a pu se faire que c'eût été dès le VIII ou IX siècle que les habitans du dehors de la Cité de Paris, dont les maisons étoient à la droite de la sortie du Grand-Pont, ayent eu recours pour les Sacremens à l'Eglise de Saint Martin, et que cette Eglise auroit été alors située beaucoup plus prés du Pont de Paris, et environ dans le lieu où est l'Eglise même de Saint Jacques, et que ce qui avoit été pratiqué par ces habitans par rapport à cette ancienne Eglise, fut rétabli ou continué en partie lors qu'en 1060 elle eut été rebâtie dans un quartier un peu plus éloigné de Paris.

Le Prêtre de Saint Jacques de Paris est nommé dans le rang de ceux qui au XII siècle assistoient en qualité de Prêtres Cardinaux à la Grande-Messe de la Cathédrale aux Grandes Fêtes, PEvêque officiant, et ni le Prieur ni aucun Prêtre de Saint Martin n'y est plus marqué. Cela fait juger que le Prieur qui avoit succédé aux charges et honneurs de l'ancien Abbé et Prieur des Chanoines, s'étoit déchargé de celte fonction sur ce Curé. Les oppositions formées par le Curé Guy vers l'an 1200 au payement d'une redevance certaine envers le Prieur de Saint Martin, occasionnèrent des Enquêtes qui nous ont fait connoître une partie des faits cidessus, et les noms de trois de ses prédécesseurs, sçavoir : Theodon, Dodon et Archer, qui pouvoient avoir régi la Cure depuis l'an 1 160. Mais il devoit y en avoir eu avant eux d'autres dont les Hist. s. Mart. noms ne nous ont point été transmis. Archer fonda l'Hôpital P' 447- S. Gervais à Paris. Marrier a donné les noms de 25 de leurs successeurs jusqu'à l'an i636, et il ne paroît avoir oublié que Maître Reg. Ep. Par, Perron qui étoit Curé en 1227, et Robert de Bellefaye qui l'étoit i3Jan. en 1499- ^- Piganiol et autres ont observé que tous les Curés de cette Paroisse qui ont tenté de s'exempter de la redevance envers Saint Martin, ont perdu leur procès. Louis de Marillac, Curé en 1696, est fondateur d\\ Séminaire de S. Louis, situé dans le quartier de l'Université.

Ce qu'il y a de plus ancien dans l'édifice de l'Eglise de Saint Jacques aujourd'hui subsistante, se voit du côté oriental du chœur et dans l'aîle septentrionale : il paroît être d'environ la fin du Sauvai. XIV siècle. Le petit portail du côté de la rue Marivaux a été bâti T. m, p. 357. aux dépens de Nicolas Flamel, en iSgg. Dès l'année 1374, le.s Tab. s. EUg. habitans avoient eu par échange du Prieur de S. Eloy une maison pour en faire le Trésor, à cause de la peste qui régnoit alors. C'est où l'on a bâti depuis l'extrémité orientale des deux aîles méridionales de l'Eglise. Les aîles ont été multipliées du côté méridional peu à peu, et sont cause que la chaire a été transportée au côté septentrional comme à Saint Benoît. La Tour et le portail sont ce qu'il y a de moins ancien avec ses aîles. En tout cela il règne un gothique du XV siècle, et même du commencement du XVI. La tour est très-élevée et très-délicate : elle est couronnée aux quatre coins par les symboles des quatre Evangelistes ; mais il est faux qu'elle soit la plus haute de toutes les tours de Paris, et qu'elle surpasse celles de Notre-Dame en élévation. On ne compte que 291 marches pour monter jusqu'au plus haut. Quelques-uns ont assuré que les grosses cloches qui y sont, viennent d'une Eglise de Province, qu'ils disent être l'Abbaye de S. Pierre le vif de Sens. On ne peut pas vérifier ce fait, la plus grosse ayant été refondue vers l'an 1620, dans le temps que vivoît Christophe

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Marie, Entrepreneur du Pont-Marîe, dont le nom est dessus, et Tautre long-temps depuis. Du Breul parlant des Chapelles de cette Eglise, est trop concis. Celle de Notre-Dame exîstoit dès Tan i3oo. Le fondateur Hugues Rector étoit un Avocat en Cour- Hist. s. Mart. laye. Sur la difficulté au sujet de la nomination de cette Chapelle, p- •^-^-^• Hugues, Evêque de Paris, et Bertrand, Prieur de Saint Martin, convinrent en i33i, d'y nommer alternativement. C'est peut-être cAar/. ma/. £>. celle que Sauvai appelle N. D. du Treillis, à l'an 149 1. T. III. La f^^- '-^t- Chapelle de la veuve de Jean de Dammartin est suffisamment voyez du Breui connue. Jean Turquan, Lieutenant de Guillaume de Tignonville, «^ Pig»nioi. Prévôt de Paris, en fonda une l'an 1406 : on tient que c'est celle ex ejus Test. de S. Fiacre, qui est aussi dite de S. Maur. Il y en a eu pareillement une du titre de la Magdelene, à laquelle Jean Piedoe nomma en 1441, plus une de S. Leu et S. Gilles, laquelle en 1446 avoit une Tir. de Dam. i, rente sur une maison, rue Darnetal. En 1544, il en existoit une n-33. de S. Jean l'Evangeliste, fondée par Jean du Pré, l'un des quatre Rgg, Ep. Secrétaires du Roy, à la présentation de ses héritiers. Sauvai '^ Maa, a parlé d'une dernière Chapelle qui est celle de S. Germain de Vitry, laquelle apparemment a été transférée de Vitry-sur-Seine /^,v/., 2g Dec en cette Eglise. Elle étoit desservie à S. Jacques dès l'an 1488.

Avant que dans chaque Paroisse de Paris on eût établi une Confrérie ou Fête particulière des Clercs, la Confrérie générale de tous les Clercs de la Ville étoit à Saint Jacques de la Boucherie. Tab. Ep. Liasse Elle avoit même quelques rentes sur des maisons, suivant un titre r. Montmartre de l'an i5o8. °- "^•

Le testament fait en 1227 par un Bourgeois de cette Paroisse j-ab, Ep. Par. appelle Jean de Fontenai, parce qu'il étoit de Fontenai près Vin- «» 5. hfagi. cennes, et qu'il s'y retiroit quelquefois, nous apprend qu'il y avoit ^' °"^*"'y* alors à Saint Jacques, sa Paroisse de Paris, une Confrérie dite de Roncevaux, à laquelle il fit un legs, comme aussi au Proveire, c'est-à-dire aux Prêtres ou Clergé de la même Eglise pour son Anniversaire. Cette Confrérie avoit été établie sur le détail qu'avoit fait assez récemment le faux Turpin des Martyrs de cette Vallée d'Espagne et de leurs merveilles, et cela relativement à Charlemagne, à Rolland son Capitaine, et au pèlerinage de S. Jacques en Galice.

La figure remarquable de S. Georges que l'on voit en cette Reg.Ep.6 Mart. Eglise vient d'une Confrérie du nom de ce Saint qui y avoit été érigée en i5i6.

Il y subsiste une autre Confrérie sous le titre de S. Charles, qui fut instituée en 161 7, et dont deux de nos Reines du dernier siècle ont été. Charles de la Saussaye étoit alors Curé de Saint Jacques. Frédéric, Archevêque de Milan, lui donna le 22 Avril de la même année une Etole de Damas rouge à fleurs d'or, dont S. Charles

Reg.Ep.ôMart, s'étoit scrvi. Henri de Gondi, Evêquede Paris, permit le 2 Novembre suivant, qu'elle servît aux Evêques le jour de S. Charles seulement, comme aussi au Curé et autres Prêtres de la Paroisse qui en célébreroient la Fête.

Du Breul rapporte une inscription de cette Eglise au sujet de

la Fête de la Translation de S. Jacques, qui y a été chommée au

Reg.Ep.igSept. 3o Décembre jusques sous François I, et il ne dit rien sur la Dédi-

Sauvai. cace qui y a été célébrée le 6 Octobre jusqu'à l'an i53o, auquel le

T. m, p. 219. Curé et habitans obtinrent que la fête seroit transférée au premier

Dimanche du mois.

Marguerite Mousset, femme de Jacques Aubert, Maître d'Hôtel

Inscription à un des filles de Madame, mue de pitié et de charité pour les pauvres

pilier dans Jmes délaissées, et particulièrement pour celles des suppliciés, a

fondé en i658 en cette Eglise, à la Chapelle S. Léonard, une Messe

basse quotidienne à leur intention.

Jacques Femel d'Amiens, Médecin du Roy Henri II, et l'un des plus sçavants de son temps, est inhumé dans cette Eglise derrière le chœur.

Cette Eglise paroît n'avoir été surnommée De la Boucherie, que depuis qu'il a été besoin de la distinguer des deux autres Eglises de Paris, appellées pareillement du nom de S. Jacques. Lorsqu'elle étoit seule, on disoit simplement Saint Jacques. Chris- Hist EccL Par. tophc Malcion, Chambellan du Roy, fit mettre en son testament T. II, p. 2g5. de l'an i2o5 Ecclesiœ B, Jacobi Parisiensis V, solidos. Le Pouillé Parisien du XIII siècle met aussi S. Jacobi sans addition. En Arch. s. Mart. i349 OU trouve l'usage du surnom in carnificeria. Cette Bouà camp, chérie ou quartier de Bouchers est une preuve que ce lieu a été longtemps en pleine campagne et hors les murs. On remarque Reg. ParL «ussi qu'en i365 ou 1 366, on ne tuoit et vendoit en cette Boucherie que des bœufs : la chair des autres animaux étoit vendue ailleurs. Mais celle-cy étoit la grande Boucherie au dehors de la Porte de l'ancien Paris. Les Bouchers de ce quartier se regardoient si fort au-dessus des autres, qu'ils avoient bâti une Chapelle dans leur Boucherie. Ils exposèrent au Roy Charles VI, qu'ils désiroient y établir une Confrérie en l'honneur de la Nativité de Notre Seigneur, et y enroller toute sorte de personnes, s'il Très, des Chart. plaisoit à Sa Majesté. Le Roy le leur permit, aussi de célébrer

la Fête de cette Confrérie le Dimanche d'après Noël. Les Lettres sont datées de Paris le 3o Septembre 1406. On sent assez par le choix du jour de cette Fête l'allusion au bœuf qui étoit en l'étable de Bethlehem suivant l'idée des peintres.

Il n'y a sur la Paroisse de S. Jacques qu'une seule Communauté. C'est l'Hôpital de Ste Catherine, d'abord dit de Sainte Opportune^ à cause du voisinage de cette Eglise. Dans le tes-

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