ANCIENNEMENT DE LA DÉPENDANCE DE SAINT GERMAIN DES PREZ
On ne peut rien avancer de bien certain touchant l'origine de cette Eglise. Ce qui en regarde les commencemens, est enveloppé de tant de nuages, que Ton ne peut pas même dire pourquoi elle a été surnommée des Ass, des Arcs ou des Arts. Ce surnom*, en effet, parolt supposer qu'il y auroit eu à Paris deux Eglises du titre de S. André, comme il y en a deux de celui de S. Etienne, deux de S. Martin et deux de S. Germain : mais c'est de quoi il ne reste aucun vestige. Elle n'est point dans le Fouillé de Paris rédigé vers la fin du règne de Philippe-Auguste. On y lit seulement dans une addition écrite vers l'an i3oo, Abbatis S. Germant Ecclesia S. Andreœ, sans aucun surnom. Pareillement, dans un chart. S. Dion, acte de l'an 1249, ^s^ nommé tout simplement Johannes Presbyter Reg. in Ruei. S. Andreœ Paris. Sur quoi donc ce surnom est-il fondé ,^ Et pourquoi son origine est-elle si inconnue, que les uns la dérivent du territoire qui s'appelloit Lias pour les As ou Laas, les autres de Assisiis, d'autres des arcs ou arcades, ou des arcs, autrement dits arbalètes, d'autres enfin des Arts? Il est vrai qu'on peut autoriser Tétymologie d'Assiciis^ qui se trouve dans des actes Codex irminon. de 1261 et 1264, en disant que c'est le terme Arcisterium altéré, d'autant plus que dans un fragment de titre du IX siècle qui concerne l'Abbaye de Saint Germain, on voit Arcisterium employé pour Monasterium ; on y lit par exemple sine prœcepto Abbatis aut Arcisterii. Mais comme les Normans brûlèrent les dehors de la Cité de Paris, les habitans du quartier qui commençoit vers la rue dite depuis de la Huchette, et qui étoit fort peuplé, purent être appeliez Li ass (comme ils l'ont été en effet) par la raison qu'ils auroient été brûlés, de même que li arssis, ceux qui étoient voisins de l'Eglise de Saint Merry, lesquels avoient été également exposés aux incendies de ces barbares. Li qui venoit du latin illi, étoit alors l'article que l'on plaçoit avant Assi.
On s'est contenté de l'autorité d'une charte attribuée à Childebert, pour avancer que cette Eglise de Saint André a succédé à une Chapelle du titre de S. Andeol, laquelle, selon cette charte, étoit une dépendance de l'Abbaye de Saint Vincent, depuis dite de Saint Germain au faubourg de Paris, et qui auroit existé dés le VI siècle. Mais comme il n'est fait aucune mention de cette Chapelle de S. Andeol dans le Martyrologe d'Usuard, Religieux de cette Abbaye, quoiqu'il eût apporté à Paris, en revenant d'Es-
pagne, des reliques de ce Saint qu'il avoit eu dans le Vivarez, nî Acta Transi. même dans aucune des additions faites à l'apographe très-ancien ^- ^^^rgii.
u, , ^ 1 A A.i ^ Sac. IV. Bened,
de ce Martyrologe conservé en la même Abbaye, et qu on ne peut ^. a, et 5/. joindre à la charte de Childebert qui nomme cet Oratoire, que le seul témoignage de Gislemar, Chancelier de l'Abbaye de Saint Germain, en 1070, qui en parle dans la vie de S. Droctovée; pour toutes ces raisons, je pense que cette Chapelle, en quelque endroit qu'elle fût, n'est pas d'un temps antérieur au XI siècle, et que, comme le nom vulgaire de Saint Andeol, qui étoit alors prononcé Andeu, ressembloit très-fort à celui de Saint André qu'on prononçoit aussi alors AndrieUy delà put se former Topinion, que Saint Andeu et Saint Andrieu étoient le même Saint ; et même, considérant que la Paroisse de S. Severin s'étend encore à présent jusqu'au chevet de l'Eglise de S. André, je suis assez porté à croire que la Chapelle S. Andeu avoit été d'abord comprise dans le territoire de cette même Paroisse, et que pour cela le Prêtre de S. Severin y venoit en procession le jour de S, Andeu avec son Clergé. Il est au moins certain que, durant qu'on bâtissoit en ce lieu un peu après, l'an 12 10, une plus grande Eglise, pour servir de Paroisse aux habitants détachés du faubourg de S. Germain, par la nouvelle clôture de Paris, l'Archiprêtre de S. Severin avoit alors ces habitans en dépôt, en vertu d'une Sentence arbitrale, en attendant que cette Eglise fût achevée. Desorte que je conjecture qu'il choisit le jour que ses prédécesseurs avoient coutume de venir à la Chapelle de S. Andeu, qui étoit le premier Mai, jour du martyre de ce Saint, pour venir, comme il fait encore ce jour-là, en procession à Saint Germain des Prez. Mais maintenant on ne connaît plus S. Andeol dans l'Eglise de Saint André. On n'y en conserve aucune relique et on n'y en fait aucune mémoire. La Sentence arbitrale que je viens de citer, régla l'étendue de la Paroisse de Saint Severin, laquelle étoit alors limitrophe de celle de Saint Sulpice ; car après la fin des maisons du Bourg Saint Germain, ce n'avoit été qu'une campagne non habitée jusqu'aux dernières maisons de Saint Severin; et ce qui le prouve, est qu'en 12 10, le Prêtre de Saint Sulpice n'exigea de dédommagement qu'au sujet des dixmes dont il étoit privé par la clôture faite sous Philippe-Auguste, et par l'attribution du territoire renfermé dans les murs à d'autres Eglises qu'à la sienne, et il ne répéta rien du côté des funérailles. L'Eglise qui fut bâtie sur le territoire de l'Abbaye de Saint Germain, la plus près qu'il fut possible de celle de Saint Severin, et qui a eu nom Saint André y appartint aux Religieux de ce Monastère, dont l'Abbé l'avoit fait construire. C'étoit cet Abbé qui y nommoit les Curez, jusqu'à ce qu'en i345, il céda ce droit à
rUniversité de Paris. Le fond du sanctuaire, à en juger par le dehors et par quelques piliers du chœur au côté septentrional, sont de la construction d'entre les années 12 lo et 1220. Le reste est bien postérieur. Le grand portail est du dernier siècle. Les niches et statues qui ornent le dehors de cette Eglise qui est le long de la rue du cimetière, sont du seizième. On m'a assuré qu'on voyoit, il y a soixante ans, au milieu de ces statues de Saints, un squelette taillé en pierre fort délicatement, et posé dans une de ces niches. Le soubassement, qui reste chargé de couronnes, prouve le dessein qu'avoit eu le Sculpteur de faire penser à la mort, qui est la tin de toutes les grandeurs. A plusieurs dessous de niches sont les armes de ceux qui les ont fait faire avec les Chapelles.
La tour, qui tient encore du gothique, paroît avoir été bâtie vers 1490 ou i5oo. On y voit, au dehors de l'escalier, les armoiries de Mrs Simon, dont l'un fut Avocat Général au XV siècle, et étoit père de Jean Simon, Evêque de Paris, décédé en i5o2. On y voit du même côté les marques des coups de mousquet qu'elle a essuyé au tems des troubles de Paris.
Cette Eglise est avec Saint Sulpice la seule Paroissiale de Paris qui ne tienne à aucune maison, et qui reste isolée ; ensorte qu'elle est bordée de passages publics par les quatre côtés.
Les Historiens modernes ne font connoître que deux Chapelles dans Saint André, sçavoir celle de Saint Nicolas et de Saint Claude, ou de Jacques Coctier, Médecin de Louis XI, qui est d'un revenu considérable, et celle de Messieurs de Thou. Il y en a de plus anciennes. Jean de Thelu, Chanoine de Saint Quentin, y en
Tab. Ep. Par, avoit fondé une du titre de la Magdelene, qui étoit à la collation de
l'Evêque de Paris sur la présentation de l'Université. Foulques de
Chanac, Evêque de Paris, avoit confirmé cette fondation en 1348.
ibid. Avant l'an 1431, Pierre du Perrey, Clerc-Notaire du Roi, y avoit
Fouillé fondé celle de S. Michel, et cette fondation fut confirmée par le
du XV siècle. Cardinal de Chalant, Légat en France.
La Chapelle de S. Antoine, fondée avant 1424 par les exécuteurs du testament de Robert Coissy, Clerc des Comptes, fut déclarée par Arrêt du 9 Juin de cette année-là n'être pas à la nomination de l'Université : mais il y eut du changement. Ce fut aussi vers le même tems qu'un nommé Pierre Brunet en fonda une du tître de Reg. Pari, Ste Marthe, ou au moins l'exécuteur de son testament, qui étoit
2jMarLi494' Girard Seguier, Conseiller au Parlement.
ibiJ. Jean de Ramays, Avocat, fonda par son testament du 1 6 Août 1430
la Chapelle de la Ste Vierge (qui quelquefois est appellée de la Conception), voulant que l'Evêque la conférât sur la présentation des Marguilliers. Elle a été divisée en deux parties. Le fondateur marqua aussi que si une fête de Saint arrivoit le Dimanche, la
Messe de sa Chapelle seroit du Dimanche, et non du Saint,
nonobstant, dit-il, l'usage de Paris. Germain de Ganay en avoit
été Chapelain, avant d'être élevé sur le siège Episcopal de Cahors
en iSoQ. Le bien de cette Chapelle étoit sur des maisons avec une
rente, que le fondateur avoit acheté de Louis de Challon, Comte
d'Auxerre et Tonnerre, sur les Seigneuries de S. Agnan et de Celles
en Berry. Une autre Chapelle de la Conception est dite fondée par Re^. Pari.
Jean Ferroul dans des provisions de i52i.
Le vitrage d'une des Chapelles de l'aîle méridionale a cela de singulier, qu'il représente Jesus-Christ foulé comme les raisins par un pressoir, avec cette Sentence d'Isale en lettres gothiques du XVI siècle : Quare rubrum est indumentum tuum ? Torcular calcavi solus, La statue de S. Christophe est au-dessus de l'autel; c'étoit apparemment le patron du fondateur. Celle de Ste Barbe et Ste Jacqueline y sont aussi. Dans la maison qui est vis-à-vis cette Chapelle, il y a deux niches, où sont deux semblables statues de S. Christophe et de Ste Jacqueline de hauteur naturelle, et il y a grande apparence que c'étoit la maison du fondateur.
La sépulture la plus remarquable de cette Eglise parmi les anciennes, est celle de Mathieu Chartier, Avocat, ç{VL2\ifié pauperum pater, et de Jeanne Brinon, son épouse. Il mourut en iSSg. Entre les nouvelles, sont celles de Madame Anne-Marie Martinozzi, Princesse de Conti, décédée en 1672, de Louis-Armand de Bourbon, son fils aîné, mort en i685, et celle de François-Louis de Bourbon, son second fils, décédé en 1709. Il y a aussi celle de François de Montholon, Garde des Sceaux, décédé en i545, de Mrs de Thou et celles de deux Messieurs Seguier, l'un Président, l'autre Maître des Requêtes. Messieurs Joly de Fleury y ont pareillement leur sépulture dans une Chapelle proche la tour du clocher. Parmi les Auteurs illustres on trouve qu'André Duchene y a été inhumé en 1640, le Président Gilbert Mauguin, en 1674, M. le Nain de Tillemont, en 1698 ; du nombre de ceux de l'Académie Françoise, MM. Louis Cousin, en 1707, Antoine Houdar de la Mothe, en 1731.
Cette Eglise étant entourée de trois rues et d'un passage public, ne pouvoit avoir un cimetière contigu. Antoine de Montholon, Seigneur de la Plisse, passe pour avoir augmenté Tétendue de celui qu'on voit aujourd'hui, et dont la rue porte le nom, en même temps qu'il a donné la maison du Curé. On ajoute même que c'est lui qui est représenté sur la tombe qu'on y voit à droite en entrant, laquelle contient en relief la figure d'un Prêtre en habits sacerdotaux et chasuble à l'antique avec l'aumuce en tête. Mais comme cet Antoine de Montholon n'est décédé qu'en 1694 simple Auditeur des Comptes, tout y répugne, le temps et
rhabillement. Dès lors que c'est un Montholon qui est figuré sur cette tombe, il est naturel de penser qu'elle représente un Ecclésiastique du nombre de ses ancêtres, et que c'est peut-être Jacques de Montholon, Chanoine et grand Archidiacre de Chartres, fils du Garde des Sceaux nommé cy-dessus, ce qui n'empêche pas qu'Antoine n'ait pu y être inhumé plus de cent ans après. Le fameux Jurisconsulte Charles du Moulin, mort en 1 566, est pareillement inhumé dans ce cimetière, comme aussi Henry Daguesseau, l'un des plus grands Magistrats du dernier siècle, père de M. le Chancelier Daguesseau.
On voit dans la rue derrière le chevet de cette Eglise, à la hauteur de la main, une tombe incrustée dans le mur, touchant laquelle je n'ai pu rien apprendre. L'inscription est assez récente et ne dit rien.
L'Eglise de Saint André est devenue mémorable dans l'Histoire du Roi Louis XI. Jean Cœur, Archevêque de Bourges, avoit refusé à ce Prince de donner un Archidiaconat de son Eglise à un Gaii. Chr. de ses courtisans. Louis XI lui fit défense de retourner dans son T. II. coi. 8g. Diocèse; ce Prélat s'occupa donc à prêcher le Carême dans la chaire de Saint André. Ses sermons furent admirés, et le concours y étoit extraordinaire. Le bruit de ces succès étant parvenu au Roy, il le renvoya à son Eglise.
Trois des plus célèbres Curés de cette Paroisse ont vécu sous le règne de ce même Prince, et sous celui de son successeur; sçavoir, Thomas de Courcelles, qui a cessé de l'être en 1472; Jean Hûe, qualifié de Notable, Docteur en Théologie dans la Chronique de Louis XI à l'an 1473, et, à l'an 1475, à l'occasion Du Breui. Art. de l'exécution du Connétable de S. Pol, il est dit être Doyen de Sorbonne. jg i^ Faculté de Théologie. Ambroise de Cambray qui lui succéda en 1489, fut encore plus célèbre. Il étoit Curé en 1491. On voyoit autrefois toutes les dignités qu'il avoit eu dans son épitaphe en la vieille Chapelle de Sorbonne, et celle du Curé y manquoit. Gaguin a laissé de lui un portrait qui n'est point avantageux. Chris- Feiib. tophe Aubry étoit Curé de S. André sous le règne d'Henri III, et T. ir, p. 1226. fm ^J^ grand ligueur. Il quitta le Royaume en iSgS.
Le territoire de la Paroisse de Saint André commence dans la rue Hautefeuille au coin de la rue du Battoir qui est plus proche de l'Eglise; il renferme tout le carré formé par le même côté de ladite rue du Battoir et par la rue des Poitevins qui en est tout entière. Il continue ce même côté gauche de la rue Hautefeuille jusqu'à l'Eglise au-delà de laquelle la Paroisse a tout le côté gauche de la rue S. André, depuis vis-à-vis le chevet de l'Eglise jusqu'à la Place du Pont S. Michel. Elle a de cette Place le côté gauche et le fond qui est en haut, avec la moitié des maisons du
même côté gauche du Pont S. Michel. De là, pour venir au Quai des Augustins, elle a la rue de Hurepoi, puis tout le Quai jusqu'au Collège des quatre Nations exclusivement. Cet espace comprend la rue Guenegaud que la Paroisse a dans son entier, excepté les deux bouts d'en haut au-delà de l'égout : il renferme aussi les rues deNevers et d'Anjou en leur entier, la rue Dauiine, excepté les six ou sept dernières maisons de chaque côté du bout d'en haut.
Après cela la même Paroisse a la rue Contrescarpe entièrement, la rue S. André à commencer vers le bout supérieur à la quatrième ou cinquième maison de chaque côté où finit S. Sulpice, et elle continue jusqu'au chevet de l'Eglise; ce qui renferme du côté de la rivière la rue Christine, la rue des Augustins, la rue de Savoye, les rues Pavée, de Gillecœur et de l'Hirondelle, et qui emmené avec soi quelques rues situées au midi de ladite rue S. André, qui sont la rue de l'Eperon en entier, avec le cul-desac de la Cour de Rouen, et enfin la rue du Cimetière S. André.
LES GRANDS AUGUSTINS, après plusieurs stations en divers lieux de Paris, ne se fixèrent sur la Paroisse de S. André que vers l'an 1293. Leur Eglise est sous le titre de Ste Anne. J'ai vu un Calendrier de l'Université écrit au XV siècle, dans lequel il est marqué qu'alors, le jour du Vendredi Saint au matin Cod.MS.s.Gen. on prêchoit dans cette Eglise à la même heure en différens lieux, en Lombard, en Alleman, et en François. Ce fut dans la même Sauvai, Eglise qu'Henri III établit la Confrérie des Pénitens blancs. En T. n» p. 619i656, les Musiciens du Roy obtinrent de l'Archevêque de Paris Reg, Archiep. d'y établir une Confrérie de Ste Cécile, dont les Statuts furent iSMau. enregistrés en Parlement. La chute du tonnere arrivée le 8 Juin . ^
1747 sur le clocher et sur la couverture a occasionné de changer la tuile en ardoise, et le nouveau clocher est beaucoup moins élevé que n'étoit l'ancien.
LE COLLEGE D'AUTUN, qui donne dans la rue S. André et dans celle de l'Hirondelle, a été fondé en 1337. La Chapelle qui est sous le titre de S. Pierre est un gothique très-bien exécuté dans le temps de la fondation.
LE COLLEGE DE BOISSY, rue du Cimetière S. André, a été établi vers Tan i354. On m'a dit que la Chapelle est sous le titre de S. Jérôme. La Dédicace de l'ancienne avoit été faite le Dimanche 25 Octobre i528, par Gui, Evêque de Megare.
L'HOTEL DES CHARITEZ DE S. DENIS EN FRANCE. Cette inscription se voit sur un marbre au-dessus d'une porte cochere vers le milieu de la rue des Augustins, à gauche en venant du Quai. C'est la rue où demeure le Trésorier de la Mense Abbatiale de S. Denis réunie aux Dames de S. Cyr.
IIIST. DE PARIS. — T. I.