DE L ANCIEN TERRITOIRE DE SAINT LAURENT
perte des titres, arrivée dans le tems des guerres des Anglois, et il se borne à l'envisager comme un Prieuré des Chanoines Réguliers exerçans P Hospitalité, surtout envers les Lépreux. C'est sous cet égard aussi qu'en a parlé depuis le P. Du Bois, en son Histoire de l'Eglise de Paris. Il en est traité dans le nouveau Gallia Chris- q^h ^/^r. tiana de l'an 1744, comme d'une Maison qui a servi de retraite t.vii.c.io4^'>. à un certain nombre de Chevaliers de l'Ordre de Saint Lazare établis à Jérusalem, qui accompagnèrent en 1179, jusqu'à Paris, Louis VII, Roi de France, revenant de la Terre-Sainte. Mais il est assez difficile qu'une même maison ait servi à ces deux difTérens emplois, outre qu'on ne lit dans le Gallia Christiana rien qui désigne une continuation de jouissance de la Maison de Saint Lazare dans les siècles suivants de la part de ces Chevaliers, et qu'au contraire on les représente comme fixés à Boigny, au Diocèse d'Orléans; il y a lieu de douter de ce qu'on a écrit récemment sur leur résidence au fauxbourg de Paris sous Louis VII, puisque, pour en garantir la vérité, on ne s'appuye que sur des Registres du Parlement de Paris, de l'an 11 54 : chacun sçait qu'il n'y en a point de si anciens, et qu'ils n'ont commencé que fort avant dans le treizième siècle.
La Maison de Saint Lazare ne doit donc être, selon moi, considérée à Paris, que comme une célèbre Léproserie. Autant la ville de Paris étoit fameuse, autant sa Léproserie l'étoit en son espèce. Ce fut dans le XII siècle que l'on commença à avoir une attention plus singulière de séparer les lépreux d'avec le reste du peuple : delà Tépoque de l'origine de toutes ces maladeries du titre de S. Lazare, dont on voit encore des restes proche une infinité de bourgs et de villages du Royaume. Sauvai a assuré que c'est la Reine Adélaïde, épouse du Roi Louis le Gros, qui a bâti l'Hôpital de Saint Lazare, mais il n'en apporte aucune preuve. Le tems n'y répugne point, s'il est vrai que dès l'an 1 124 Guillaume de Garlande Dapifer fit à cette Maison un don sur son clos de Garlande situé à Paris.
Ce qu'il y a de certain, est que dès le règne de Louis le Jeune, fils de cette Reine, il y avoit entre Paris et S. Denis un Hôpital de Lépreux, qui consistoit dans un assemblage de plusieurs cabanes où ils étoient renfermés. Odon de Dueil, Moine de Saint Denis, écrit qu'il fut témoin comme en l'an 1147, ^^ mercredi onzième odonde Juin, ce même Roi venant prendre l'étendard à Saint Denis avant P^f^"- Lud.tn que de partir pour la croisade, entra dans cet Hôpital situé sur sa route, et prit la peine d'y rendre visite aux Lépreux dans leurs cellules, accompagné seulement de deux personnes. Dans la fondation de cet Hôpital, il leur avoit été fait concession de certaines Foires qui se tenoient hors la ville de Paris. Le Roi Ducbênc. T. v.
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Philippe-Auguste racheta ce droit, et transporta la Foire ou Marché aux Halles de Champeaux Tan ii83.
Jusqu'ici il n'avoit point encore été fait mention d'Eglise du titre
de S. Lazare, mais Rigord, Historien du même Prince, en parle à
Duchcnc, T. V. l'an 1 191, disant que le couvent de S. Denis y vint en procession,
nuds pieds, avec une partie des reliques de l'Abbaye. Ce qui reste de cet édifice paroit être de ce tems là, ou à peu près.
Ce fut donc vers les tems dont a parlé Rigord, que cette
Léproserie, la plus célèbre de toutes celles du Royaume, fut en
état d'avoir un Clergé Régulier qui y faisoit sa résidence, dont
les uns étoient pour les fonctions spirituelles, les autres pour le
Grand ministère temporel. Ces Religieux étoient de l'Ordre de Saint
Pastoral dei'Egi. ^ygys^jn Lg Prieur et les Frères sont souvent nommés depuis
p. 803 à l'an cette époque comme traitans avec leurs voisins, sur des droits de
i33o. et p. 70 a dixme, de censives, etc. par exemple, en 1 194, i23o et i232. Un
lan 1240. Chanoine d'York, nommé Maurice, étant décédé à Paris, fut
inhumé dans leur Eglise et ses exécuteurs testamentaires y
fondèrent en 1234 une Chapellenie à son intention à l'autel de
Parvum Pasto- Saint Denis, moyennant des revenus considérables, à la conser-
raie. vatîon desquels le Chapitre de Paris étoit chargé de veiller. Gui,
qu'on qualifioit alors de Prieur, l'étoit encore en 1246. Etienne
Hist.EccLPar. fut nommé Prieur en i283 par Renaud, Evêque de Paris. L'élec- T. Il, p. 54' ^Jqj^ jg gQj^ successeur excita beaucoup de bruits qu'on peut voir ailleurs.
Les autres Prieurs que j'ai trouvé depuis lui, sont Jean Binel. Il est connu par les statuts que Foulques, Evêque de Paris, dressa pour cette maison l'an 1348, et que l'Evêque Audoin confirma,
Tab.Ep.inSpir. L'un des articles portoit que le Prieur seroit un Frère Donné, et cependant Prêtre ; qu'il seroit Curé des Frères et des Sœurs et Administrateur des biens. Quoiqu'en tout ils ne fussent pas douze Religieux, ils étoient cependant tenus à l'Office Canonial et à chanter une Grand-Messe chaque jour. Les Frères Donnez pouvoient se retirer avec leur bien, et ils recevoient de la maison trois sols par seitiaine. Thomas le Bois étoit Prieur en 1364 et en 1379. De son tems on attribua au Couvent la fonction de Chapelain desservant d'une Chapelle de S. Jacques, fondée à Saint Laurent par Eustache le Fevre, Paroissien. Gui Auseustre étoit Prieur en 1414; Anselme Langlois en 1428 ; Ancelin en 1450, il est connu pour avoir nommé à la Cure de la Villette; Jean Cappet en 1475, selon Sauvai, T. HI, p. 421; Guillaume Lau- Ex variis renceau le fut depuis 1495 jusqu'en i5oi ; Clément le Tellier, son
compatis i'rio- gy^^-^gg^mr^ étoit mort dès i5o5. Mathieu Berthault nomma à la
Cure de la Villette en 1509, et vivoit encore en i5i2. Nicolas Du Pont étoit Prieur en i5i4, Jean Coulon en i5i5 : trois ans
DE l'ancien territoire DE SAINT LAURENT 3oi
après il fut fait Abbé de Livri. De son tems, le Roi payoit trois
cens livres au Prieuré, à cause de la Foire de la Toussaint qui
se tenoit à Paris sous le nom de Foire de S. Ladre. Jean Gode-
quin, Prieur, fut nommé en Parlement le 19 Octobre i538 pour
réformer THôtel-Dieu de Paris. Il vivoit encore en 1549. ^^^^
Lievret l'étoit en 1592. Adrien le Bon en 1 611 et 161 3 ; il consentit comp. ejus.
en i632 à ce que cette Maison fût annexée à Messieurs de la
Mission, lesquels firent une rente aux anciens Religieux, le sieur
le Bon étant leur Supérieur. Ce qui est arrivé depuis en ce lieu Reg, Ep,
étant fort connu, «je le passe sous silence.
En i52i, se fit en cette Eglise l'établissement d'une Confrérie /?<i^. Ep, Par. du titre de S. Lazare, et Ton composa un Office propre. Dans '-^ •^«'• ces anciens tems on avoit cru que ce Saint avoit prêché la foi dans risle de Chypre, et qu'il y étoit mort. La Prose que l'on y casteiian. in chantoit le disoit positivement. Elle n'a été abolie que dans le ^artyroi. ms. siècle dernier par ceux qui ont succédé aux Chanoines Réguliers. '^ '^' Selon un Inventaire de l'an i5o5, il y avoit alors en cette Eglise Tab.Ep.înSpir. une Image d'argent qui tenoit un reliquaire, dans lequel étoient deux dents du même Saint. Par le même Inventaire, on voit que ces Religieux suivoient le rit Parisien.
Ces anciens Chanoines ne furent aucunement imbus de toutes les opinions fabuleuses répandues sur S. Lazare dans la Provence. Ils furent aussi d'une conduite si exemplaire depuis la réforme d'environ l'an i5i5, que dans presque toutes les réformes-qu'il fut besoin d'ordonner à Paris sous François I, on commit le Prieur de Saint Lazare pour ê^re un des réformateurs, comme pour celle Reg. Pari. de l'Hôtel-Dieu de Paris en i535, i538, i543, 1544, ^^ pour celle de l'Abbaye de Montmartre en 1547. On lit aussi que lors- sauvai, que les reformateurs de l'Abbaye de Saint Victor voulurent T. m, p. 354. procéder en 1549 ^ l'exécution de leur commission, ce fut à Saint Reg. pari. Lazare qu'ils tinrent leurs assemblées. 7- •^««- ''^49-
J'ai suffisamment donné à entendre en parlant de l'Eglise de Saint Laurent, que le Monastère du nom de ce Saint Martyr étoit situé à l'endroit où furent depuis construites les loges des Lépreux de Saint Lazare. Aussi on ' ne trouve point que la Cathédrale de Paris qui visite aux Rogations les anciennes Basiliques, se soit arrêté jamais à celle de la Paroisse de Saint Laurent, mais à celle de Saint Lazare qui a succédé à cette ancienne Basilique. De là est venue la redevance du Prieuré qui a succédé à l'Abbaye de Saint Laurent envers les Marguilliers de l'Eglise de Paris, à l'heure que son Clergé revenoit de Montmartre le lundi des Rogations, dont un manuscrit d'environ l'an 1490 parle en ces termes. « Les Marguilliers ont toujours pris cod.Bibi. Coib. « le lundi avant l'Ascension quand la Procession est retournée de iufî'^-
« Montmartre à S. Ladre xxi sistreuses de vin (chacune sistreuse <x tenant trois chopines) par les mains des sergens du Chapitre : « lequel vin les Frères Saint Ladre payent et livrent aux dits « Sergents. » Ceci nous apprend en passant, qu^autrefois à Paris on disoit S. Ladre pour S. La'zare.
ABBAYE DE SAINTE PERRINE. Il a existé pendant cent ans ou environ, dans la partie du village de la Villette qui est de la Paroisse de Saint Laurent, une Abbaye de Chanoinesses Régulières, qu'on appelloit Sainte Perrine, c'est-à-dire Sainte Pe- GaiL chr. tronille. Elles avoient été fondées dès le XIII siècle aux environs T.vn.coi.869. jg Compiegne, et après avoir souvent changé de demeure dans ces quartiers-là, Simon le Gras, Evêque de Soissons, avoît consenti à leur translation à la Villette, le 8 Août 1645, et Jean- François de Gondi, Archevêque de Paris, les y avoit introduites l'année suivante dans une maison achetée 35,400 livres, dont le Maréchal de Bassompierre avoit payé environ la moitié pour la Sauvai. dot de sa fille. On lit dans Sauvai que Louis XIV leur avoit T. I, p. 658. accordé. Tan 1657, les profits de la Halle aux cuirs du Faubourg de S. Marceau, mais malheureusement le projet d'ériger cette Halle n'eut point lieu. Ce même Prince, étant informé de leur indigence, leur accorda en 171 3 une Lotterie où elles étoient comprises avec deux autres Communautés. Enfin, leurs biens ne suffisant plus pour les nourrir et entretenir, on pensa vers l'an 1740- à les réunir à l'Abbaye des Chanoinesses de Chaillot qui sont d'une fondation bien plus nouvelle, et cette réunion a été exécutée vers la fin de 1742. Lors de la translation de ces Religieuses à la Villette, elles avoient pour Abbesse Charlotte de Harlay, à laquelle succéda sa nièce de même nom, puis, en 1688, Renée Susanne de Longueil, qui n'est décédée qu'en 1733.
Le Père Echard, Dominicain, fait observer dans les Ecrivains
Script. Ord, de SOU Ordre, que Louise de Longueil, Jacobine de Poissy, sœur
Domtntc, jg ^^^^ Abbesse, avoit demeuré fort longtems dans cette Abbaye
' ' pour soulager sa sœur; que, comme elle sçavoit le latin, elle y fit
quelques traductions de latin en françois ; que celle des Prières
de l'Eglise dans la cérémonie d'une Profession de l'Ordre des
Chanoinesses de S. Augustin, imprimée en 1704 in 12. à Paris,
a été faite par elle dans ce Couvent de la Villette.
Une des Chanoinesses de cette Maison qui s'est distinguée par la sainteté de sa vie, est Antoinette Journel, décédée le 5 Octobre 1678. On a imprimé sa vie avec ses lettres Tan i685.
Depuis que ce Monastère a été dispersé à raison de la diminution de ses revenus, on a établi une manufacture dans les bâtimens qui le composoient et le lieu continue d'être appelle Sainte Perrine,
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