‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 10 sur 59 · acte démontre , à elle seule, qu'il n'y avait alors qu'un · texte numérisé non relu

acte démontre , à elle seule, qu'il n'y avait alors qu'un

maire, stipulant pour le côté de Brest, et que les

habitants de Recouvrance étaient représentés par un

simple fondé do pouvoirsH Par cet acte, ca elT<.*t, « Jean « Calloet , escuyer, sieur de Touïbrtinot , faisant sa ■ plus continuelle rysidauce à Paris , et alors à Brest , ft s'oblige envers nobles gens Jean Le Roy, sieur de « Keranvoy, maire de la ville et bourgeoisie de Brest,

* et Nicolas Le Gac , sieur de Kereonstantin , demeat rant au bourg de Recouvrance, parroisse de Quilbi- «gnon, agissant, le premier, pour le général des « bourgeois de la dite ville de Brest , le second pour «t le total des bourgeois et habiltauls du dit bourg de ft Reeouvrance , à faire tout son possible pour obtenir

* sous le bon plaisir du Roy lettres au grand sceau de « cm/irmattmet obtention des privilèges pour Icsd. sieura « habittants du dit Brest et Reeouvrance , et particu- < liêrement le droict de bourgeoisie à Tinstar de Bour- « deaux* >* En conséquence, on remit à M. de Toulbrunot Varrél du conseil du 31 décembre 1593 et des lettres de commission du Parlement du 8 novembre 1599. Jean Le Roy et Nicolas Le Gac s'obligèrent, sous la garantie de leurs biens meubles et immeubles, à payer à M. de Toulbrunot , pour ses agissements , le premier , la somme de 1,000 livres, le second , celle de 500 livres.

Qu*advint-il de la mission de M, de Toulbrunot îf L'union f ut-^ellc prononcée, ou plutôt confirmée, comme il aurait du résulter des termes du compromis ? 11 faut le croire, car la correspondence de Colbert et de M, de Seuil, intendant de la marine, dit expressément que les deuxcôtés delà viUe^réimis jusqu'en 1CC2, furent séparés alors seulement* « A Tesgard du bourg de Recou-

* vrance,écrivaitColbert,leI3mars 1071, il est question « de savoir s'il est en possession d*estre séparé de Brest, « et depuis quel temps ; expliquez-moi bien en détail le

* préjudice que la marine en reçoit et ravantagcquilui

* en reviendroit, si cette séparation estoit révoquée. *

Et répondant dix jours plus tard a M. de Seuil, il lui disait;* J'ai vu le mémoire que vous avez joint à « vostre lettre au sujet du bourg de Recouvrance ; «comme la séparation de cette communauté d'avec «celle de Brest est faite dès l'année 1662, il n'y a pas « lieu d'y toucher. »

Dans l'année qui avait précédé les démarches ayant pour but d'obtenir ou de faire confirmer l'union des ^eux côtés de la ville , il se passa un événement qui ^ut faire sortir les habitants de l'espèce de torpeur à '^iquelle les condamnait l'absence complète de travaux ^ cette époque. Ce fut l'arrivée, le 25 juillet 1644, d'Henriette de France, fuyant d'Angleterre devant la guerre tiivile qui , à cinq ans de là, devait conduire à l'échafaud son époux Charles!*'. Nous ignorons quel accueil elle reçut , mais il y a tout lieu de croire que la population , qui avait conservé un bon et légitime souvenir de Henri IV, fut hospitalière à sa malheureuse fille. La princesse ne fit qu'un très court séjour à Brest , puisque, le 3 août suivant, elle passait à Quimper (1). ' Peut-être l'union des deux côtés de la ville, qui semble avoir été consommée de 1645 à 1662, avait-elle été motivée par l'importance que Richelieu venait de

(i) Julien Furie du Run, maire de Quimper, véritable Scudéry ou Voilure bas-brelon , adressa alors à la reine une longue harangue qui fil dire k celle princesse ^ que Quimper était le royaume de téloquence française , et Vorateur le roi de Véloquence, » Henrietle Be s'en Uni pas à ces coraplimenlS; elle demanda h Furie uue copie de sa harangue pour quo, dès son arrivée à Paris , elle la fil imprimer tt àla gloire , dil-elle , de son orateur, » Le lexte de celte harangue est reproduit dans un ouvrage dont nous ne connaissons que l'exemplaire en notre possession , qui est intitulé : « Les alternatives dv sievr dv Rvn Fvric , advocat en Parlement , ou meslange agréable de qvelques - vnes de ses lettres sérievses avec d'avtres qui sont d*vn air moins setiere et plus enioué , rangées selon tordre du temps, quil les a escrites, et non selon la dignité ou

faire acquérir à la ville , ou plutôt au port de Bi A ce grand ministre était réservée la gloire de réal la pensée qui avait tant préoccupé Henri IV pend les dernières années de sa vie. Le souvenir des hui Hâtions que ce prince avait été réduit à dévorer ne portait pas seul à créer une marine qui en prévînt . retour. Il avait, de son côté, apprécié les graves ineoi vénients résultant de l'absence d'une marine perma nente et hiérarchiquement organisée. Au commencement de 1625, le succès momentané de Soubise contre Tile de Ré et le Blavet l'avait obligé à envoyer en toute hdle M. de la Forêt en Hollande pour y acheter six navires et en fréter six autres. Le besoin était si urgent que l'envoyé était porteur d'une lettre de change de cent mille écus , qu'il devait acquitter immédiatement. Le roi, craignant que M. de la Forêt ne réussît pas , fut dans une grande anxiété jusqu'à ce qu'il eût appris qu'au lieu de lui vendre ou louer douze vaisseaux , les Hollandais lui en prêtaient vingt et lui rendaient sa lettre de change. En 1627, l'ile de Ré étant serrée de près par les Anglais, Richelieu, pour la* secourir, n'eut d'autre ressource que de faire chercher à Rayonne seize pinasses dont l'armement et l'appro-

le mérite des personnes auxquelles il les adresse, A Qvimpct-Corentin , clicz lean llurilov.yn, marchand libraire el imprimeur, 46G3 , iri-i^. » Les éloges de la reine et Tlionneur qu*ellc fil h son discours, cxallèrenl la vanilé, déjii grande, de Furie, el lui suggérèrent contre ses compalrioles la philippique suivante qui se lit après le discours : « Et cependant, à Quimper, on doute s'il est éloqvent ou s'il est estranger en cette langue ; et des gens qui ne scavent pas mettre trois mots ensemble de bonne grâce se veulent faire iuges de la plus Mit et plus délicate façon de parler qui soit (peut-estre) en usage dans la province. Sa conduite est pleine d*honneurj d'esprit et de ciuilité, et cependant il ne peut eschapper à la censure de ses envieux. D*où l'on conclud, que c'est un grami malheur à un ftomme pohj de vivre parmi/ des gens qui m le soîit pa.<. »

visionnement robligérent à un emprunt garanti sur ses propres meubles. Peu s'en fallut que ce secours tfarrivàt pas à temps pour ravitailler la place qui , alors , serait tombée au pouvoir des Anglais. L'absence de vaisseaux avait pour principale cause l'organisation informe du simulacre de marine que possédait alors la France , divisée en trois amirautés, celles de Bretagne, de Guyenne et de Provence, indépendantes et rivales les unes des autres. Les titulaires de ces offices ne s'en servaient que pour tenir en échec l'autorité royale et lui faire acheter leur concours, leur inaction même. Le grand ministre qui devait extirper les derniers tronçons de la féodalité sur terre, n'aurait pas été conséquent , s'il avait laissé subsister ces grands vassaux de la mer dont la puissance eût été un obstacle à l'accomplissement de ses projets. De ce côté donc , il y avait aussi à centraliser le pouvoir dans les mains de celui qui , sctd , éioit capable , par sa conduite incomparable , de calmer les vents et de réduire la nier à U7ie bonace perpétuelle, {Collecl. de Saint- Germain, n* 246.) C'est ce que firent les lettres-patentes du mois d'octobre 1626, par lesquelles Louis XIII, après avoir aboli les amirautés existantes , ou acheté la démission de ceux qui en étaient pourvus , conféra à son ministre le titre de grand-maître et surintendant de la marine et de la navigation, titre qui lui attribuait une autorité absolue sur tout ce qui concernait la marine, ou plutôt lui donnait le droit d'en créer une. Ce premier pas fait , Richelieu convoqua immédiatement les notables qui , sur l'exposé fait en son nom par le garde des sceaux de Marillac , le 2 décembre 1626, s'associèrent pleinement à ses projets et consignèrent dans leurs cahiers le vœu suivant : * L'assem- « blée remercie Sa Majesté de l'intention où elle est de

« vouloir rendre à ce royaume les trésors de la mer c( que la nature lui a si libéralement offerts » et la « supplie de continuer une entreprise si importante a par rétablissement d'une flotte de 45 vaisseaux de « guerre, d'y destiner un fonds annuel de lySOO^OOO « livres , d'entretenir un nombre de galères suffisant , « qu'il ne soit fait aucun divertissement sur ce fonds, « étant assez notable que le moindre retardement peut a détruire en un moment ce que l'on aurait establi « avec beaucoup de temps , de peines et de dépenses, a etc. »

L'idée de créer au plus tôt une maiîne dominait tellement tous les esprits que Tévéque de Chartres accompagna des paroles suivantes la remise qu'une députation de l'assemblée alla faire entre les mains du roi des cahiers contenant ses vœux et ses doléances : a On ne peut , sans la mer, ni profiter de la paix, ni « soutenir la guerre. » (février 1627.)

Il y avait urgence d'agir. Elle était telle que Richelieu avait commencé ses préparatifs avant la séparation des notables , avant même leur réunion. Il avait chargé Isaac (le Razilly, premier capitaine de la marine du Ponant , au Havre , de la construction de douze vaisseaux, et il avait envoyé le capitaine Beaulieu en Bretagne , pour qu'il fit travailler, de son côté, aux voiles -et aux cordages de ces vaisseaux. S'éclairant des conseils dos deux frères Razilly (1), du vice-amiral Manty et dos commandants de Poincy et des Gouttes,

(i) Un grand nombre de leUres écrites par Richelieu aux deux fri'res de Razilly ont été publiées par M. Âvenel, dans les Lettres ^ instructions diplomatiques et papiers d'état du cardinal Richelieu. {Documents inédits de Vhistoire de France,) M. Pierre Margry, qui les possédait, les avait communiquées h M. Avenel avec cet obligeant einprcssemenl que sont assurés de trouver en lui lous ceux qui

et leur conféra des missions subordonnées à là diversité de leurs aptitudes. Celle de Beaulieu ne s'appliquait pas à une simple confection de gréement; il était chargé de surveiller , conjointement avec Manty et Poincy, la construction de trente vaisseaux qui devaient être faits dans les ports de Bretagne, en bois du pays. Resté seul, ses deux coopérateurs étant allés prendre le commandement des vaisseaux rassemblés au Blavet, Beaulieu recevait lettres sur lettres du cardinal , qui redoublait d'activité et de prévoyance, tant il redoutait rissae de la lutte maritime qui allait s'engager avec l'Angleterre. L'impatience que manifestait Richelieu était légitime. Deux mois à peine s'étaient écoulés depuis la séparation des notables que le roi d'Angleterre, entraîné par Buckingham , avait rompu la paix. Après avoir préalablement saisi les biens des négociants français établis en Angleterre, où ils se livraient au commerce sur la foi des traités, il interdit toute relation commerciale entre les deux pays (28 avril 1627). louis XIII riposta (8 mai) par une semblable interdiction , et le duc de Luxembourg mit embargo sur les navires anglais qui se trouvaient dans nos ports. Charles P^ permit alors à tous ses sujets de courir sus aux vaisseaux français. Ceux que Richelieu put fréter en tout€ hâte furent employés à attaquer tout à la fois et Buckingham et la Rochelle qu'il était venu défendre. Nos côtes se trouvèrent de nouveau à la merci des Anglais , qui les ravagèrent. Il n'y eut qu'un cri

ioToquent son concours. Eu nous l'accordant k nous-môme, notre consciencieux et savant ami nous a , maintes fois , procuré les moyens d'élucider des parties de notre travail qui, sans lui, seraient restées incomplètes ou obscures. En ce qui concerne les rapports de Richelieu avec les deux frères de Razilly, on peut particulièrement consulier le recueil ci-dessus cilé, t. !ï, p. 292, 295, 304.

dans tout le royaume. On publia nombre d'écrits si la nécessité et l'urgence d'une marine. Besoin n'éta de stimuler Richelieu ; mais, réduit aux expédients et vivant à bien dire au jour le jour, il ne put pour suivre l'accomplissement de ses projets avec continuit* et ensemble qu'après la pacification consommée pai le traité signé avec l'Angleterre le 4 mai 1629.

Vingt jours après la signature de ce traité, Richelieu, libre de toute entrave intérieure et extérieure, ordonna la visite des ports de France , afin d'en constater l'état, la profondeur et le degré de sûreté , et voulant avoir Vctat au vrai des éléments de la puissance navale, militaire et commerciale du royaume , il chargea (23 mai 1629) M. Leroux d'Infreville , commissaire général de la marine , à 1 ,200 livres de gage par an , « de se ft transporter en tous les ports, havres, rades et côtes « de l'obéissance de Sa Majesté en la mer Océane et ésa rivières esquellcs abordent les vaisseaux. » L'inspection de M. d'Infreville embrassait tout ce qui concernait la marine. Il devait se faire rendre compte de toutes les recettes et dépenses effectuées , rechercher quels étaient les droits perçus sur les navires entrant dans les ports ou en sortant , constater le nombre ainsi que l'état des vaisseaux et magasins appartenant au roi ; en faire des inventaires exacts ; déterminer quels étaient les vaisseaux inutiles, le tout comme le portait le préambule de sa commission, alln d'établir dans les ports un si bon ordre que le roi eût toujoure un nombre suffisant de vaisseaux prêts à mettre en mer pour tenir ses côtes en sûreté et avoir raison de ceux qui voudraient les attaquer.

Le rapport que M. d'Infreville dressa de sa mission, à laquelle il consacra huit mois, constata qu'à Brest le gouverneur du oliAteau faisait visiter les vaisseaux

marchands, et prélevait pour la visite de chacun d'eux, un droit de dix sous , droit dont la perception servait de prétexte à d'autres abus , ce qui n'empêcha pas de le maintenir, de l'augmenter même plus tard, puisque la dépêche ministérielle du 25 septembre 1693, qui en confirma la possession à M. de Campagnolles , major de la ville et du château, nous apprend qu'il était alors de 15 sous (1). Dans le port se trouvaient un hue et deux barques « prises par Truchot sur les Anglais « depuis la paix, » dit le rapport. Les vaisseaux appartenant au roi étaient : le Saint-Louis , commandé par le sieur de Rhodes ; le Corail , par le sieur d'Arpentigny ; le Cygne y par le sieur de Cangé ; la Fortune , par le sieur d'Anglure ; V Europe, par le sieur de Rouvray ; le Lion-cVOr, par le sieur Rigault, et le Saint-Michel, coulé à fond , plus un philibot et une patache.

Le nombre des matelots pouvant servir sur des vaisseaux n'était pas indiqué, mais il devait être peu considérable , puisque , depuis l'île de Batz, RoscofF et MorlaLx , on n'en comptait que cinq cents, et trente ou quarante charpentiers.

M. d'Infreville nous fait ensuite connaître les principaux résultats de son inspection en ce qui concernait les magasins et les approvisionnements. « J'ai visité à « Brest, dit-il, un ancien magasin situé sur le bord du « canal de la rivière , à présent ruiné , ne restant que « les quatre murailles , bâti du roi François I", lieu

(i) Les successeurs de M. de Campagnolles percevaient encore ce droilen 1769, sous le titre de droit du château. Une ordonnance royale du i" mars 1768 en ayant fait entrer le produit parmi les émoluments des officiers de l'élat-major de la place , le siège de Famirauté de Hrest s'opposa k son exécution, et obtint, par défaut, un arrêt du conseil du 28 nvril 1769 , qu'il ne notifia que le 16 juillet 1778, et auquel l'étal-majur forma, à son tour, une opposition dont l'issue délinilive ne nous est pas connue.

« fort commode pour la marine. De Brest, j'ai été à a Châteaulin , passant la baie du dit Brest et montant a dans la rivière au dit lieu, j'ai visité la fonderie de « canons du sieur de Villeneuve, et ayant pris du sieur a de Querverho , lieutenant du sieur commandeur de « Rhodes , trois cents livres de poudre, ai fait épreuve a de vingt-quatre pièces de canon de fer de six, huit et « dix livres de balle , icelle éprouvée de la pesanteur « de la basse , et des dites vingt-quatre pièces y en a « crevé cinq, dont j'ai dressé procès-verbal. J'ai eiyoint « au dit entrepreneur de parachever sa fourniture et « lui ai donné trois mille livres. »

Pour que la pensée de Richelieu reçût son développement complet, il fallait que l'état du château fût mis en harmonie avec celui du port , et que , conséquemment, il fût assuré du dévouement sans bornes de celui qui aurait la haute main sur les travaux de défense de la place. Le gouverneur était alors Gui de Rieux, fils de Sourdéac, auquel il avait succédé en 1628. M. Henri Martin dit bien , il est vrai {Histoire de France, t. XII, p. 511 , 1"* édition), qu'après le supplice de Chalais (18 août 1626), Richelieu mettant son triomphe à profit, démantela Ancenis, Lamballe, ainsi que d'autres places appartenait au duc de Vendôme , et qu'il racheta au marquis de Sourdéac le gouvernement de Brest , qui fut confié à un soldat de fortune. Nous eussions désiré que M. Henri Martin eût fait connaître le nom de ce soldat de fortune. Pour nous qui, malgré nos recherches persistantes, n'avons pu le découvrir nulle part, nous croyons, d'après les divers documents qu'il nous a été donné de consulter, que Gui de Rieux avait eu la survivance de la charge de son père , et qu'il fut gouverneur, sinon de fait , du moins titulaircment jusqu'à la fin de 1630. Les enfants de Sourdéac

étaient restés attachés à la veuve de Henri IV, qui les comb&it de faveurs. Gui était son premier écuyer, et René de Rieux, son frère cadet , évêque de Saint-Polde-Léon, était conseiller d'état et grand -maître de Toratoire de la reine-mère. Gui ne dut donc être privé de son gouvernement qu'après la journée des dupes à . laquelle il avait pris part (1 1 novembre 1630). Incarcéré alors, mais bientôt relâché, il accompagna Marie de Hédicis dans sa fuite à Bruxelles, et fut déclaré criminel de lèse-majesté, par arrêts des 17 et 20 novembre 1631. Richelieu n'avait pas attendu jusque-là pour le remplacer par quelqu'un en qui il fût certain d'avoir un instrument docile et fidèle de ses volontés. Dès le mois de janvier 1631, il avait nommé gouverneur de Brest son cousin , Charles du Cambout , marquis de Coislin, qui répondit à sa confiance en fortifiant la place , notamment en construisant , pour compléter l'ouvrage que Vauban nomme grande tenaille, et M. de Fréminville , bonnet de prêtre , la portion des travaux extérieurs située entre la porte d'avancée du château et la machine à mater, portion à l'angle saillant de laquelle se voient encore trois pierres martelées en 1791 , dont l'une portait les armes des du Cambout. Cette portion n'existe pas , en effet , sur le plan de Tassin , publié en 1631, mais levé nécessairement avant l'entrée en fonctions de du Cambout.

L'inspection de M. d'Infreville porta immédiatement ses fruits. Le 29 mars 1631 , Louis XIII organisa la marine du Ponant par un règlement qui ordonna de réunir les vaisseaux plus particulièrement affectés à la navigation de la Manche et de l'Océan dans les ports de Brouage , Brest et le Havre , dans chacun desquels il y aurait un chef d'escadre , un commissaire-général et un capitaine de port. Une Notiee historique sur Brest,

publiée par M. Billiard, ancien préfet du Finistère (Histoire des villes de France , t. !•', p. 153-19i)f nous apprend qu'à cette époque André Géberet , premier intendant , aurait fait bâtir un magasin général et des magasins particuliers , que l'entrepreneur Jean Le Chaussée , — il fut maire à deux reprises, — se serait chargé de construire pour la sonmie de 10,000 li\Tcs. Un autre document nous permet d'apprécier et la situation du port de Brest à cette époque , et la nature des travaux que l'on y exécuta aussitôt après l'adoption des mesures d'organisation dont nous venons de parler. C'est celui que M. E. Sue a publié dans le t. III de la Correspondance d'Escouhlcau de Sourdi^^ archevêque . de Bordeaux , et commandant des forces navales de France sous Richelieu ; il a pour titre : États statistiques de la marine de France depuis 1631 jusqu*en 1639. Nous y voyons qu'en 1635 il y avait dans le port de Brest 19 vaisseaux: V Amiral, le Vice-Amiral, le Saint-Louis, de Saint-Malo, le Saint-Michel, YEurape,\dLFùrtu7}e,\e Cygne, la Sainte-Geneviève, les Trois-Rois, le Coq, le Lion-d'Or, la Perle, le Corail, la Licorne, YErminc, la Sainte- Marie, le Saint-Charles, la Fleur-de^Lys et la Magdeleine, Dans le courant de la même année , ou même un peu auparavant , M. de Poincy avait fait établir une corderie, qui fut agrandie et complétée par M. de Seuil en 1607 et 1668 {Appendice', g 14), et il avait fait construire dans la crique de Troulan, du côté de Brest, une forge et un magasin servant à la fois de tonnellerie et de dépôt de futailles, puis, du coté de Recouvrance, une autre forge dans la crique de Pontaniou, et une salle d'armes. En môme temps, on faisait des achats considérables de matières de toute espèce, telles que fers, bois, chanvres, etc. Mais, comme les magasins du roi ne pouvaient les contenir toutes, il fallut suppléer à leur

iflsuiTisance en louant, sur le quai de Brest, une maison et un cellier, au prix de 116 livres, et sur celui de Recouvrance, deux celliers et une maison pour 153 livres. Quatre commissaires étaient chargés de Tadministration du port, conjointement avec xm garde-magasin général , dont le titre pompeux contrastait avec son modique traitement. Trois- maîtres charpentiers, Laurent Hubac, que nous retrouverons investi de la eonliance de Mazarin et de Colbert; Charles Morin, auteur du beau vaisseau la Couronne, et le hollandais Glas Verussen , un maître cordîer et un maître voilier, également hollandais , formaient , avec un maître des équipages , le personnel directement chargé de la construction des vaisseaux , de leur armement et de l'instruction des matelots. Un fait achève de démontrer combien avait été rapide le développement du port do Brest depuis Tinspection de M. d'Infreville. Ce port qui, avant que le règlement du 29 mars 1631 , en eût fait Tun des trois grands arsenaux , ne recevait que le quart de ce qui était alloué à ceux de Brouage et du Havre, alors les premiers ports de construction, en était venu, dès 1635, à recevoir trois et quatre fois plus que chacun d'eux. C'est ce qui explique comment il put, l'année suivante, fournir à l'armée navale, sous le nom d'escddre de Bretagne y un contingent de seize vaisseaux ou frégates, montés par 45 officiers, 371 officiers - mariniers , 2,670 matelots et portant 374 canons , indépendamment de trois vaisseaux qui restèrent au port : le Vice-Amiral , de 700 tonneaux , le Saint-Louis y de 500, et un navire neuf.

Ces résultats étaient la conséquence naturelle de la sollicitude de Richelieu pour Brest , sollicitude attestée à chaque page de sa correspondance avec d'Escoublcau de Sourdis, où il l'appelle son Brest; où il

oMonne (octobre 1638) de construire siiç. frégates Tannée suivante ; où il prescrit à rarchevêque de Bordeaux d'y conduire les grands vaisseaux après le désarmement de la flotte ; où il annonce (29 août 1639) qu'il va envoyer le sieur Petit « pour expressé- « ment faire mettre le port en tel estât que la chambre « soit sure , et que le fermant avec de bonnes chaînes, « les ennemis n'y puissent faire mal, ni par effort , ni « par feu ; » où enfln (5 octobre 1639) il renouvelle la recommandation de construire des frégates qui pourraient servir dans la Manche, « et qui se feraient mieux « en Bretagne qu'en tout autre lieu de la France , à « cause que les ouvriers et les bois y sont meilleurs. » Nous ne savons ce qu'était le sieur Petit , ni s'il vint à Brest. En tout cas, il ne semble pas qu'il ait dirigé l'opération mentionnée dans la lettre du 29 août , car une autre lettre écrite par Duquesne , le 23 novembre 1671, nous apprend qu'en 1639 il avait lui-même fermé le port au moyen d'une chaîne , celle peut-être que le cardinal de Sourdis, sous les ordres duquel il avait servi, comme capitaine de vaisseau, le 19 août de la même année, à l'attaque de Loredo, avait rapportée de ce port de Biscaye, et que Richelieu avait prescrit, le 4 octobre suivant, d'employer à Brest. Soit que cette chaîne fût un moyen insuffisant de clôture , soit toute autre cause, Duquesne qui se retrouvait à Brest comme commandant de la marine, en 1672, la remplaça par un radeau et une chaîne forgée exprès , s'attachant , du côté de Brest , à un organeau scellé à un rocher qui était à découvert en 1677 {Mémoire de M. de Sainte ^ Colombe) et sur lequel fut établi, plus tard, le parc à boulets, compris en 1855 dans les excavations qu'a nécessitées la création du Parc à charbons sous le chûteau.

La mort ne permit pas à Richelieu de compléter son œuvre , et son successeur, entravé par les misérables intrigues de la Fronde, ainsi que par les guerres avec l'Autriche et l'Espagne, la poursuivit si mollement qu'il semble s'être borné à faire construire à Brest les six vaisseaux suivants, sur les plans de Laurent Hubac, maistre de la charpcnierie du Roy: le César, de l"rang, 800 tonneaux et 48 canons, commencé en 1646, fini en 1650 ; le Dragon, de 5* rang, 500 tonneaux et 38 canons, conmiencé et flni en 1649; le Mazarln, de 4° rang, 750 tonneaux et 42 canons, commencé en 1646, fini en 1647 ; Y Hercule, de 4" rang, 700 tonneaux et 38 canons , commencé en 1655, fini en 1660; le Palmwr, de 400 tonneaux et 24 canons, construit en 1656, et la flûte VAigle-d'ùr, en 1658. Du reste, pour se faire une idée de la torpeur dans laquelle était retombé le port de Brest , il suffit de recourir aux états de dépenses conservés aux archives du ministère de la marine. A Brest, en 1646, on consomma, pour travaux et achats de matières, la somme de 51,774 liv. 15 s. 3 d., et en 1647, celle de 57,161 liv. 1 s. 1 d. Ce fut bien pis, de 1655 à 1658 , puisque , pendant ces quatre années, on ne dépensa que celle de 66,340 livres, soit, en moyenne annuelle, 16,585 livres.

Ne soyons donc pas surpris que, quand Colbert commença, en 1661, à s'occuper de l'administration de la marine, la flotte que Richelieu avait élevée à 56 vaisseaux , ne fût plus que de 30 bâtiments de guerre, dont 3 vaisseaux do premier rang, de 60 à 70 canons, 8 de second rang, 7 de troisième, 4 flûtes et 8 brûlots. Les règlements de ce grand ministre étaient tellement tombés en désuétude que les États de Bretagne ne voulaient pas reconnaître l'autorité du duc de Vendôme, surintendant de la navigation, et qu'un arrêt I il

du Conseil (1658) dut déclarer fourbans les capitaines qui prétendaient ne pas dépendre de ce surintendant, auquel ce même arrêt rendit la libre disposition de la grange de Brest et de ses magasins. Enfin, un écrivain et un capitaine de port constituaient, à ravènementde Colbert , tout le personnel administratif (1).

(1) On peul coDsuller, pour plus de détails sur la création de la marine en France, notre notice insérée dans le Bulletin de la Société Académique de Urest (t. V , p. 5-23), sous le litre de : La MariM française et le Port de Brest sous Richelieu et Mazarin.

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