TOUR DE LA MOTTE-TANGUY
(Voir p. 32.)
D'après M. Violet Le Duc {Dictionnaire raisonné de V Architecture fra7içai.se du XI* au XVI* siècle j t. II, p. ^66), la bastide ou bastille était, au moyen-âge, un ouvrage isolé, mais faisant cependant partie d'un système général de fortification. Il semble en avoir été ainsi de la bastide de Quilbignon, car non loin d'elle sont figurées sur la vue de Brest, dessinée en 1G30 par Tassin, deux autres tours dont on voyait encore des vestiges en -1762, ainsi que l'atteste la
mention suivante de la légende d'un plan de Brest dressé à cette époque : Quartier de la Motte Tanguy. C'est un endroit où sont quelques restants de vieilles tours.
L'acte de restitution^ par les Anglais^ de la ville et du château de Brest, en 1397, ne précise pas le lieu où Richard II avait fait construire la bastide dont il est parlé dans cet acte. Il se pourrait que c'eût été la tour figurée sur un très ancien plan de Brest, à Tendroit désigné aujourd'hui sous le nom de terrain Hollard , à la tête et à la gauche du pont Impérial, lorsqu'on va du côté de Brest à celui de Hecouvrance. La situation de cette tour à l'égard du château permet cette supposition 0). Dans le cas où la bastide de Quilbignon aurait été élevée par Jean Roche^ elle serait devenue, après la retraite des Anglais, la propriété des seigneurs du Cbàtel, comme b&tie sur leur flcf ; si, au contraire, elle avait été construite par an des ancêtres de ces derniers, antérieurement à Toccupation anglaise, ils en auraient recouvré de droit la propriété.
La bastide de Quilbignon établie , très vraisemblablement, dans le but de protéger ou d'empêcher, selon les circonstances , les communications d'une rive à l'autre, était désignée, avant la révolution, sous le nom de la Motte Tanguy, parce que 1^ seigneurs du Chàlel en avaient fait le siège de leur justice féodale, transféré, en ^580, dans la maison rue de la Tour, n** 20 , du côté de Recouvrance, maison où se voient encore leurs armoiries sculptées au-dessus de la porte.
(i) La légende du plnn de 1762 coolient la meotion suivante qui semble, jusqu'à un certain point, autoriser encore celle supposition : t Sur le bord de la mer, il y avail des restants d'anciennes tours qui ont été dtoolies il n'y a pas long-teraps , comme il y en a encore vis-à-vis, et de l'autre côté du port , sur une hauteur, c'està-dire à Recoufrance. » 11 n'est donc pas douteux que, du côté de Brest, il y avail aussi une bastide, et rien ne s'opposerait h ce que ce fût celle dont il est parlé dans Tacle de restitution de 1397, où il est dit que la bastide a été érigée sous le nom de château de Bn»t en Bretagne , per nomen castri de Brest in Britanniâ.
Comprise dans la vente que le prince de Rohan-Guéméaé fit aa Roi, en 1786, du flefduChâteldont il était alors propriétaire, la tour de la Motte Tanguy fut vendue à la révolulioD comme bien national, et a depuis été généralement appelée la tour Gabon, du nom de son acquéreur. Achetée, en I8G2, par M. Barillé, architecte, elle a été restaurée et appropriée, sous forme de kiosque, de manière à servir d'habitation particulière.
Dans le cours des travaux qu'a nécassités cette appropriation, on a trouvé, dans les décombres de la tour, une pierre sculptée figurant les armes de Bretagne entourées da cordon connu sous le nom de la Corddière. M. Pilven a fatt de cette pierre l'objet d'une note accompagnée d'un dessin et les a soumis Tun et l'autre à la Société Académique de Brest, dans sa séance du 30 mars ^863. Voici comment il s'exprime dans cette note :
« Cette pierre, en Kersanton , est en parfait état de conservation , sauf une légère écomure de Tangle supérieur de gauche. Elle a été trouvée sous les terres et décombres qui remplissaient la tour de la Motte Tanguy^ par le propriétaire actuel de ce vieux monument féodal. C'est à son extrême obligeance que je dois d'avoir pu étudier, de visu y les armoiries dont j'ai l'honneur d'offrir le dessin a notre Société Académique.
<c L'écu de ces armes, carré dans le haut, mais arrondi et termine en pointe par le bas, est semé de six mouchetures d'hermines disposées à peu près en quinconce (3, 2, 4). II est surmonté d'une couronne ouverte fleurdelysée et entouré d'un cordon noué de trois gros nœuds. Ce cordon est évidemment celui de saint François d'Assise. D'après Ogée, la reine Anne le portail indépendamment de laCordcUère qu'on représente formant, de distance en distance, d'élégants lacs d'amour et les deux glands retombant au-dessous de l'écu, tandis que ceux de la pierre se relèvent vers les flancs. Voici, du reste.
rartide dans lequel cet historien géographe de notre province mentionne ces deux sortes de cordons : « Elle (la reine Anne) donna aux principales dames de sa cour la Cordelière , qui était une espace d'ordre ou devise que Marguerite de Foix, sa mère, avait institué en l'honneur des cordes dont fut lié le Sauveur du monde au temps de sa passion. Elle portait auasi le cordon de saint François d'Assise pour lequel elle avait beaucoup de dévotion. Elle jouissait des revenus de son duché qu'elle voulut toujours gouverner elle-môme. »
« De ce passage, que j'ai cru devoir citer en entier , il ffieulte f outre la confirmation de mon opinion à l'égard du «MQloa qui accompagnait les armes représentées dans le éemn , cette particularité remarquable que l'ordre de la CoV' ddière n'aurait point été constitué en -1498, par Anne de Bretagne, mais bien par sa mère, Marguerite de Foix, décédée le 46 mai 4486 , ce qui reporterait la création de cet ordre à une époque antérieure de plus de douze ans à celle que lui aiBigiient , sans exception , tous les traités de blason que j'ai pu consulter. Il y a donc là une anomalie historique fort intéressante à éclaircir. Malheureusement Ogée ne cite aucune date et Défait nullement connaître la source où il a puisé ces renseignements. Toutefois , il me semble très possible de concilier ces deux versions si contradictoires , en admettant que l'ordre de la Cordelière , bien qu'institué par Marguerite de Foix , avant 4486, n'aurait reçu sa constitution définitive qu'à partir de 4498, époque où Anne de Bretagne en décora les principales dames de sa cour. » — M. Pilven ajoute que ce serait en 4498 que cette princesse aurait placé ses armes sur la tour.
Les diverses conjectures de M. Pilven nous semblent fondées. Le ,P. Hélyot {Histoire des ordres monastiques , religieux et militaires y t. VIII, p. 426) dit bien, il est vrai, que ce fut le duc François II qui, en témoignage de sa dévotion à son patron , saint François d'Assise , aurait mis autour de ses armes, vers 1 440, le cordon dont se ceignait ce
saint ; mais le fait est douteux , car François II ne monta sur le trône qu*en \ 452 , et il ne parait pas d'ailleurs que ses armes aient jamais été entourées de ce cordon. On peut en dire autant pour Marguerite de Foix. L'opinion la plus génér ralement accréditée , c*est que l'institution de la Corddtàn est due à Anne de Bretagne. Les écrivains héraldiques varient quant aux motifs de cette création , mais ils s'accordent i l'attribuer à cette princesse. Les uns veulent qu'elle eut liea pour consacrer le souvenir de la création qu'elle fit à Lyon d*un couvent de Cordeliers (vol. ^58-159 des MM» de Fonteneau , à la Bibliothèque impériale). D'autres , et c'est le plus grand nombre, disent qu'Anne de Bretagne, qui partageait la dévotion de son père pour son saint patron, fit de h ceinture du fondateur de l'ordre des frères mineurs, le supr port de ses armes , et institua pour les femmes une espèce d'ordre dont le cordon de saint François devint le collier, sous le nom de Cordelière^ et dont , plus tard , il ne resta d'autres traces qu'autour des armoiries des veuves. Le plus récent de ces écrivains, M. H. Gourdon de Genouilhac, s'exprime à. ce sujet de la manière suivante, p. 40 de son Dictionnaire historique des ordres de chevalerie^ Paris, Dentu, ^S60, in-42: « Ordre de la Cordelière, ou Dames chevalières de la Cordelière. Cet ordre fut créé en 4498 par la reine Anne de Bretagne, veuve de Charles Vlïl , roi de France, en l'honneur des cordes dont N. S. Jésus -Christ fut lié pendant la Passion , et pour la dévotion qu'elle avait à saint François d'Assise dont elle portait le cordon. Il était destiné aux Dames de haute noblesse, comme récompense de leur chasteté et de leur vertu. Elles portaient , comme marque de distinction, un collier fait d'une corde à plusieurs nœuds. 11 subsista peu de temps et finit par disparaître complètement. y>
Toutes ces raisons nous portent à croire que ce fut Anne de Bretagne qui institua l'ordre de la Cordelière. D'autres
raisons nous persuadent que ses armes furent placées par ses ordres sur ou dans la tour de la Motte Tanguy. En effets les du Chàtel qui, comme d'autres seigneurs bretons^ avaient usurpé le droit de motte, se trouvèrent compris dans Tordonnaoce du 4S octobre ^486^ par laquelle le duc François II prescrivit de mettre à fouage des terres situées dans ses juridictions de Brest, Lesneven et Saint -Renan du Tay, où il avait eu autrefois des prévôtés que les officiers ducaux avaient laissé tomber en ruines ou usurper par des seigneurs. Ces derniers y avaient institué des mottes dont Tordonnance ' prescrivait l'abolition. Il y a lieu de croire qu'à la faveur des ttiBbles qui agitèrent les deux dernières années du règne de finnçois II, les seigneurs du Ch&tel ne furent pas atteints par cette ordonnance^ et qu*il en fut de même pendant la minorité de sa fille , le conseil de régence ayant à s'occuper d'affiûres autrement importantes. Mais, quand Anne de Bretagne vint prendre possession de son duché en ^498^ elle multiplia les actes de souveraineté , battit monnaie, réforma la législation, exerça en un mot tous les droits régaliens. C'est alors très probablement qu'elle plaça ses armoiries , ou lors du pèlerinage qu'elle fit au Folgoat après son second mariage, qui lui avait^ à bien dire, maintenu l'autorité souveraine et exclusive sur la Bretagne.
Que si Ton se refusait absolument à voir, avec M. Pilven, des fleurs de lys ou tout au moins des rudiments de fleurs de lys dans les armoiries de la pierre qu'il a fidèlement décrite et dessinée , ce serait sans importance. Besoin n*était que ces armoiries portassent des fleurs de lys, puisque c'est uniquement à titre de duchesse de Bretagne que la fille de François II aurait fait acte de souveraineté.
§ m. — LE CHATEAU DE BREST.
(Voir p. i\ .)
Nous avons peu à ajouter à ce que nous avons dit précédemment du ch&teau , notamment p. xxxii-xl, 59-61, 69, 72-74, 417, 135, 4 50-152. Les détails qui suivent sont entièrement extraits des travaux de M. Piiven sur notre antique forteresse dont il a fait, depuis quarante ans , une étude approfondie et si continue qu'on peut dirc^ en quelque sorte, qu'il n'est pas une pierre qu'il n'en ait palpée. Notre résumé ne peut donner qu'une idée imparfaite de ilntérét qu'offrent ses études; aussi, désirons-nous vivement qu'il réalise aa plus tôt son projet de les publier.
Cette forteresse occupe presque eu entier le promontoire qui termine la rive gauche du port militaire. Les ouvrages dont elle se compose ont, dans leur ensemble, la forme assez symétrique d'un trapèze dont les côtés inclinés vers le cap sont baignés au N.-O. par les eaux du port, et au S.-E. par celles de la rade. Les deux autres côtés du trapèze sont perpendiculaires à l'axe du promontoire qu'ils traversent d'un bord à l'autre. A chaque angle de ce trapèze s'élève une très grosse tour. La plus remarquable , par sa masse et son enceinte, est le Donjon situé à l'angle le plus septentrional. Les autres tours sont la tour de la Madeleine, à 1 E.; la tour Française, au S., et la tour de Brest, à l'O. A ces tours s'en relient d'autres et des ouvrages accessoires dont il sera parlé dans la description qui suit.
On accède dans la forteresse en traversant deux ouvrages extérieurs. Le premier est le grand ouvrage à redans désigné par Vauban sous le nom da grande tenaiUe, et par M. de
Frémînville sous celui de bonnet de prêtre , ouvrage qui a pu être exécuté sur les plans de Villegaignon, depuis Taugle rentrant a droite jusqu'à la mer, du côté de la rade ; le surplus^ à partir du même angle rentrant jusqu'au bastion de SourdéaCy est Tœuvre de César ou de Charles du Cambout (I630-'I648). Cet ouvrage était anciennement entouré d'un chemio couvert que Ton traversait encore au XVllt^ siècle sur on pont dormant et un pont-levis maintenant supprimés par le comblement du fossé. On entre ensuite dans le ravelin auquel d'anciens plans donnent le nom de cornichon ou de moineùM. Cet ouvrage, qui couvre la principale entrée du tfHeau proprement dit , et qui semble être la partie de la ArtiBcation construite en -1462^ par Goulvende la Boexière, sons le nom de boulevard , cet ouvrage , disons-nous , était jadis couronné de mâchicoulis que Yauban fit raser et remplacer en -1689 par des embrasures à canon. Des casemates YOûtées étaient pratiquées dans Tépàisseur de sa muraille. Il en existe encore trois ; les autres sont comblées par le terreplein du ravelin. La porte ogivale de ce ravelin ^ à laquelle on arrivait autrefois par un pont-levis qu'a remplacé une arche en maçonnerie , était décorée des armes de France , entourées du cordon de Saint - Michel et surmontées d'une couronne ouverte fleurdelysée. Ces armoiries ont disparu , et le cintre ogival a été transformé en un arc de cercle très surbaissé.
De ce ravelin, on entre de plain-pied dans la forteresse, en traversant le portail édifié en 4464 par les soins d'Olivier Kervéat, portail composé, comme presque tous les ouvrages analogues du moyen-âge, de deux tours semi-circulaires en saillie sur le ravelin, entre lesquelles se trouve l'entrée principale, appelée autrefois |>o?-fc royale ^ei accompagnée d'un guichet. Cette porte était en plein cintre, et ses voussoirs à crossettes, comme le sont encore ceux du guichet qui, seul dans cet édifice, est ogival. C'est de nos jours que, pour faciliter le pas-
sage (lu matériel de guerre, on a augmenté la hauteur de la baie et transformé le plein-cintre en un arc de cercle très surbaissé. Au-dessus de cette double voûte^ on remarque les créneaux où logeaient les flèches des ponts-Ievis, et dans rintérieur da passage principal , on voit encore l'emplacement d'une herse. Cette partie de la fortification est une de celles qui ont le moins éprouvé de modifications depuis l'invention de la poudre^ car au sommet de la tour de gauche, comme à celui de la petite courtine centrale , on remarque les machicoa* lis qui en défendent le pied , et au pourtour de la tour de droite , les consoles existent encore , mais sans supporter, comme auparavant , le parapet qui a été reporté en arrière et au-dessus de la, muraille de cette tour avec laquelle elle ne forme plus aujourd'hui qu'une môme surface cylindrique.
A droite et à gauche du portail se volent , sur une même ligne, deux demi - courtines aboutissant, celle de droite en entrant , au Donjon , et celle de gauche à la tour de la Madeleine, Cette dernière était défendue autrefois par trois tourelles qui ont été démolies vers ^689, vraisemblablement après la restauration par Vauban de la fausse-braie qui règne au pied de cette demi -courtine. Celle de droite était également défendue , d'après d'anciens plans, par des tourelles ; mais elles avaient été démolles avant le premier voyage de Vauban à Brest (^683), avant môme le séjour de M. de Samte- Colombe, qui n'en fait aucune mention dans son mémoire de -1677. C est ù la base de ces deux courtines que le Congrès de l'Associulion bretonne, tenu à Brest en ^855, a constaté l'existence des vestiges de construction romaine dont il a été parlé p. XXXII.
Examinons maintenant, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et aussi succinclcmenl que possible, les diverses tours et les ouvrages accessoires composant, avec ceux qui précèdent, renscmbic de la forteresse.
A l'extérieur, le plan de la lour de la Madeleine est un demi-cercle en saillie sur la courtine à gauche du portail. Ce demi-cercle est continué, du côté de la rade, par une tangente que termine un petit flanc recliligne en retour d'équerre aboutissant à la longue courtine qui, de ce côté, va joindre la tour Franmise et concourt avec elle à la défense de ce front. A Tintérieur, son plan est un rectangle parallèle à la tangente dont nous venons de parler. Cette lour se compose de trois grandes chambres superposées, dont la plus basse est voûtée, l'une formant rez-de-chaussée, les deux autres inférieures. En 4 689, Vauban fit voûter le rez-de-chaussée et établir au-dessus la belle batterie qu'on y voit encore, batterie dont la plate-forme est de niveau avec le terre-plein de la courtine. Mais une particularité bien remarquable de cette tour, particularité signalée par M. Pilven au Congrès de -1855 , qui reconnut la sagacité de ses observations, c'est que le massif de sa muraille , extrêmement épais , se compose de deux parties bien distinctes dont Tune appartient à une très ancienne tour de dimension moyenne; l'autre, d'une plus grande épaisseur, semble avoir été ajoutée depuis l'invention de la poudre, afin d'augmenter la largeur du terre-plein et le développement du parapet de la batterie établie sur le pourtour de cette muraille, l'intérieur étant vide.
l.a tour Française est reliée à la précédente par une grande courtine assise sur l'escarpement du rocher qui borde la rade, et au milieu de laquelle se trouve une tour semi-circulaire et couronnée de machicouliS; maintenant masqués, ainsi que le parement de sa muraille , par une enveloppe cylindrique exécutée en 4821 pour dissimuler les ordures dont elle est naturellement couverte depuis qu'elle a été convertie en latrines pour le service de la garnison. La tour Franmise a à peu près, extérieurement, la forme d'une ellipse ayant sa plus grande longueur dans le sens de la courtine précédente où elle fait légèrement saillie, tandis que, du côté du
Parc au Duc, cette saillie, en demi-cercle, est fortement prononcée. Il existe, dans la partie la plus basse de cette tour, un très beau souterrain voûté qui a été transformé en citerne en 4825, et au-dessus on voyait une salle non voûtée, mais au sommet des murailles de laquelle se remarquaient lei deux premiers rangs de voussoirs d'une voûte ruinée ou non achevée. Cette salle a été comblée en -1828, pour former le terre -plein de la batterie qu'on y a établie à la même époque , parce qu'on avait reconnu que la voûte de la salle inférieure n'était pas à l'épreuve de la bombe, et que d'ailleurs la largeur du terre -plein de l'ancienne batterie existant an sommet des murailles était beaucoup trop exigu. Tout près de la XouT française, du côté de la rade, se \oit, dans un petit enfoncement , une ancienne poterne à laquelle on accédait par un escalier dont l'entrée est située à l'intérieur de la place, près de la pompe. Cette poterne , dont le seuil est presque de niveau avec le sommet du rocher de l'escarpe , est surmonté d'un moucharaby sur consoles saillantes ou mâchicoulis. Il se pourrait que ce fut par cette poterne que le duc de Lancastre opéra le ravitaillement dont il a été parlé p. 32. Dans la dcmi-courlinc du Parc au Duc , entre la tour Frajiçaise et la iour de César, tcsi une porte charretière ouvrant sur ce parc, et percée , comme celle du portail, d'un petit guichet latéral. Chacune de ces issues avait son pont-levis u flèches. La tour de Ccsar, ronde à rextérieur, hexagonale à Tintérieur, se rattache à la place par deux ailes divergentes qui en font une sorte de réduit défensif , et qui, comme la tour ellemême , sont couronnées de mâchicoulis. Les étages Fonl desservis par un escalier contenu dans une tourelle semicirculaire , en saillie à gauche sur la gorge de cette tour. Les logements se composent d'un caveau, d'un rez-dechaussée et d*un étage au-dessus duquel on a établi, en -1 825 , une plate-forme , en même temps qu'on a réparé les anciennes embrasures pour canon.
La tour deBrest^ d'où l'on domine le port et son entrée, était fîde et ouverte à la gorge. Yauban la fit voûter et fermer par un gros mur du côté de la place ; il y établit la magnifique plale-fomie actuelle et refit les embrasures qui étaient alors dans on délabrement complet. Elle est si solidement construite qu'en 47M on put impunément l'excaver à sa base pour élargir le quai de la mâture. De cette tour on gagne le Donjon par une longue courtine formant un des grands côtés du trapèze. Iadi5 , une poterne placée dans le bas de cette courtine donnait accès dans l'ouvrage appelé le Fer à cheval^ baigné |ar la mer, ainsi que la courtine elle- même , avant l'éta- JHMment du quai. De ce fer à cheval, démoli en ^788, mais émt on voit encore des vestiges , on pénétrait , à l'intérieur du château, dans un profond ravin où existaient une fontaine et des lavoirs sur l'emplacement desquels on a établi plus lard des magasins pour le service de l'artillerie.
La première tour que l'on rencontre ensuite est celle d'Asénor, ainsi nommée d'après une tradition fondée sur ce que , d'après le P. Albert Le Grand ( Vies des Saints de la Bretagne- Annorique ^ édit. de <837, p. 74), cette princesse , mère de saint Budoc, et épouse d'un comte de Léon, aurait été enfermée, au YP siècle, dans «c une grosse tour du ch&teau de Brest , v par ordre de son mari. En admettant comme vrai le récit romanesque du P. Albert , entièrement rejeté par D. Lobineau , la princesse aurait pu être enfermée dans une autre tour, d'autant mieux que celle qui nous occupe, bien moins grosse que les trois tours précédemment décrites et que celle du Donjon^ représente assez bien, comme l'a dit M. de la Borderie, une longue et svelte colonne du XII® siècle. Ronde à l'extérieur, et à pans coupés intérieurement , la tour actuelle est couronnée de mâchicoulis. Sa forme justifie donc la date que lui assigne M. de la Borderie , en même temps qu'elle exclut l'idée que la princesse Azénor y ait été enfermée, mais seulement dans une tour qu'elle aurait remplacée. Cette
tour fait partie de l'enceinte du Donjœi dont rentrée, da oftté intérieur de la forteresse, se trouve entre elle et une tourelle carrée , ou contre-fort défensif. A gauche, du côté du port, elle se rattache , par une petite courtine , à la tour au nord du Donjon , et du côté droit, le contre-fort se relie aussi par une courtine à la tour du Midi^ baptisée récemment da nom de tour de la duchesse Anne par le cicérone qui guide les touristes dans la forteresse , parce que , dît-il , la princesse l'aurait habitée lorsqu'à l'occasion d'un de ses pèlerinages au Folgoat, elle poussa jusqu'à Brest.
Considéré dans son ensemble, le réduit aujourd'hui désigné sous le nom de Donjon formait ce qu'on appelait , du temps de Vauban , le vieux château , et comprenait les trois tours dont nous avons parlé en dernier lieu. Isolé du corps de place par un fossé profond qu'on traversait sur un pontlevis , il tenait lieu d'une sorte de citadelle servant , suivant les circonstances , d'habitation ou de refuge aux gouverneurs et à leur suite. Dominant les autres ouvrages , il pouvait, ou contenir les habitants, ou repousser les premières attaques d'un ennemi parvenu à occuper le principal corps de place. Yauban réunit la tour du Nord et celle du Midi par un mur de face et une voûte en berceau sur laquelle il établit la belle plate-forme qu'on voit aujourd'hui. L'architrave de la porte d'entnie du vieux château est brisée dans son milieu par un angle très obtus , et au-dessus de celte partie , à droite du trumeau séparant les créneaux des flèches, on voit encore la silhouette d*un lion assis qui supportait les armes de Bretagne.
Après avoir franchi douze marches , on se trouve dans la cour du Donjon , dont le sol est conséquemment plus élevé que le sol extérieur. vA droite est la tour du Midi contenant les appartements qu'occupaient les capitaines ou gouverneurs, les agents des ducs, etc. L'escalier de cette tour conduit à des galeries souterraines sur lesquelles s'ouvrent plusieurs cachots, notamment ces fameuses oubliettes, situées sous l'ancien
Donjon ou tour du Nord, et dont Texhibition est d'ordinaire accompagnée de récits plus ou moins émouvants ; elles formaient, à l'origîne, Tunique souterrain , les autres galeries ayant été établies aux dépens du rez-de-cbaussée, aujourd'hui remplacé par le premier étage. A gauche de la cour est le perron qui conduit au terre - plein du bastion commencé , nous l'avons vu, vers 4360, par Pielro Fredance, et terminé, vers -1397, par Sourdéac dont il a pris le nom. Ce bastion, de forme ordinaire , enveloppe le Donjon , et s'appuie , du eftté du port, sur la petite courtine joignant la tour d!Az€7ior ; 4ft€6té opposé, il rejoint la tour du Midi. Il est couronné Anbrasures, et sous son terre-plein se trouvent des galeries de contre- mines, en parties creusées dans le roc, et communiquant aux casemates existant sous ses deux flancs. On y descend par un large escalier situé au pied et en avant de la façade principale du grand corps de bûtiments actuel.
Ce serait dans la tour située au milieu du bastion de Sourdéac, et à l'extrémité septentrionale du Donjon qu'aurait été trouvée, d'après quelques archéologues, la médaille dont parle le chanoine Moreau. Rien dans le texte de cet historien ne permet de supposer que ce soit dans cette tour plutôt que dans celle de César ou toute autre que cette médaille fut trouvée, comme nous l'avons dit, p. 74. Cette tour, par son mode de construction et son état de vétusté, annonçait , avant sa restauration récente, une date bien antérieure à celle du bastion, d'où il faut conclure qu'elle n'a point été refaite en 4597. Elle figure d'ailleurs sur un plan du milieu du XVl" siècle existant à la Bibliothèque impériale dans le volume Finistère du recueil intitulé : TopofffAie de la France y plan dont M. Pilven a pris un calque. Eift y occupe le milieu du bastion qui , lui , n'y est tracé qu'en projet. Pour nous, par conséquent, la question de savoir dans quelle tour a été trouvée la médaille est insoluble.
Des diverses tours du château , les plus anciennes semblent être celles de César et d*Azéiior que l'on peut reporter à la fin du XIP siècle ou au commencement du XIII*. De même style, elles ne diffèrent que par la nature de la maçonnerie, très rustique dans la première^ très soignée dans la seconde. Cette différence s'explique par leur destination respective. La tour d*Azénor servait d'habitation aux seigneurs, et celle de César, simple ouvrage défensif, était affectée au logement d'uue partie de la garnison. Une autre tour peut cependant être regardée comme contemporaine des deux précédentes ; c'est la petite tour semi-circulaire adossée à la face postérieure du Donjon, du côté du Parc ar Comou; sa vétusté relative autorise même à la considérer comme antérieure. Les autres tours ne remontent pas au-delà de la première moitié du XV* siècle.
Terminons par la mention sommaire des bâtiments qui existent à l'intérieur du château , et qui sont affectés tant aux logements de la garnison qu'ù divers services militaires. Le premier, à gauche, est la caserne dite de Plougastel, construite par Sourdéac (p. 72). Derrière cette caserne était la chapelle {Appendice, g ^). Sur le prolongement do la caserne de Plougastcl est celle qui porte le nom de Monsieur. M. de Clermont-Tonncrre en posa la première pierre le 6 octobre ^822. Terminée en ^ 825, elle s'élève sur l'emplacement d'un -ancien édifice servant de salle d'armes, et appelé vie// arsenal, à la suite de laquelle se trouvait une boulangerie. C'est un beau hùtiment à galeries. Perpendiculairement à cette caserne, dont elle est séparée par le passage conduisant à la porte qui ouvre sur le Parc au Duc , est la caserne de César, située en arrière de la tour de 4^ nom, et terminée en ^776. En face des casernes de PUmgastel et de Monsieur est la salle d'armes sur remplacement de laquelle , et un peu en saillie sur la place, étaient les logements du lieutenant de Roi et du Msjor de la place, avec deux jardins, l'un potager, l'autre à fleurs,
situés au-dessus de deux souterrains qui avaient été exécutée, en -1689, par les ordres de Vauban. Lorsqu'en ^777, on construisit la salle d'armes et les magasins de rartillerie, sur remplacement des logements et des jardins , on ferma ces souterrains. Au mois de novembre ^832, en faisant des réparations à ces magasins, on mit les souterrains à découvert y et Ton constata qu'ils se composaient de deux vastes el profondes galeries parallèles entre elles et la courtine longeant le quai de la mâture , voûtées en plcin-cintre , à une hauteur d'environ 7 mètres, et séparées par un mur longiiHlinal dans lequel étaient percées deux ouvertures. Diverses jMcriptions qui se lisaient sur les parois des murs démon- Iraient que des prisonniers anglais avaient, pendant la guerre de la succession d'Autriche 0740-1748), été enfermés dans ees galeries , servant aujourd'hui de magasins.