LES CAPITAINES ET GOUYERNEURS DE BREST
(Voir p. 69.)
Il serait oiseux, croyons-nous, d'attacher trop d'importance au titre que portait Jérôme de Carné. Qu'il fut capitaine ou gouverneur, son autorité, la seule qui s'cxerçûtà Brest,
était la même. « Capitaine et gouverneur, dit le général Bardin (PldUmnaire de l'armée de terre , p. 2604-2605), étaient investis des mêmes attributions. Capitainei gouverneur, lieutenant du Roi, lieutenant-général, furent d'abord un seul et aième titre, ou du moins ces titres furent pris indifféremment, caprictensement , les uns pour les autres , par des personnages de grades et de fonctions analogues. Au XVI'' siècle, le titre de gouverneur et la nature du grade étaient encore bien Tagues. »
Ge passage du savant écrivain militaire explique parfaiteflpl la position qu'occupèrent à Brest Marc de Carné et ses Hk fils Jérôme et Rosampoul. Les provisions de leurs offices Pk pièces à l'appui, dont les originaux nous ont élé com- BoDiqués, les uns par leur descendant, M. de Carné, de FAeadémie Française, les autres par M. Miorcec de Kerdanet, ha désignent, en effet , tantôt par le titre de capitaine, tantôt par celui de gouverneur, tantôt enfln par les deux employés rimultanément. Ainsi, Marc est qualifié de capitaine au gouvernement de Brest dans des lettres-patenles, datées de Nantes le 14 juillet 4531, par lesquelles Henri 11 lui donne commission, en sa qualité de vice-amiral de Bretagne, « d'avoir l'œil, regard et Buperintendance sur toutes choses de bien , d'armes et de marchandises quelconques , navires et vaisseaux entrans et M>rtissans par les ports et hftvres du pais de Bretaigne. v — Jérôme est appelé « capitaine-gouverneur cl lieutenant pour le Roi au chasleau et ville de Brest, » dans Tacte dressé, le 44 août 4553, par François de Tournemine , et constatant qu'après avoir prêté serment, il avait pris possession de son office; et pourtant il ne lui est donné d'autre titre que celui de lieutenant de la capitainerie de Brest dans les provisions que Henri II lui avait expédiées le 46 juin précédent, provisions où lest dit que M. de Dampierre, capitaine, était empêché « tant >ar son ancien âge que aultres occupations qu'il avoit ailleurs le vacquer à la garde de Brest. » — Il en est de même pour I n .
Rosampoul. Lors du serment qu*n prêta à Rennes devant René de Toumemine, le 45 novembre 4577, on lui donaa 1» titres de capitaine et gouverneur de Brest en survivance, bien que SCS provisions du 30 novembre 4575 ne lui conférassenl que celui de lieutenant en la capitainerie et gonvernement de Brest.
Nous pourrions multiplier les preuves de remploi alternatif ou simultané des titres de capitaine et de gouvemeor attribués à la môme personne. Celles que noua rappoN tons et celles qu'on trouve dans D. Morice nous semblent suffire.
Si l*on voulait arguer de la lettre du 30 avril 4577, sée, mais non reproduite textuellement dans les Preuves tif D. Morice, que Jérôme de Carné se serait démis de son oflleede gouverneur en faveur de M. de Sagonne, qui en aurait alorsAé investi, nous répondrions : 4^ que, pour se démettre d'un ofllee, il faut en être pourvu , d'où il suit que Camé l'aurait possédé réellement ; 2'' que la lettre laisse supposer d'ailleurs qa'H n'y aurait eu qu*un pourparler au sujet de cette démission. L'analyse plus ou moins fidèle de cette lettre oblige à d'autant plus de réser>'c qu'elle se concilie difficilement avec celle du 48 avril 4580, où Henri III se défend d'avoir jamais eu la pensée de pourvoir Sagonne de la capitainerie do Brest. Cest de celte ville , en effet , que veut parler le Roi dans les deux passages où il est question d'abord du bavre de Brest, ensuite du bavre seulement. H n'entrera certainement dans la pensée de personne que Henri 111 ait parlé de la ville appelée aujourd'hui le //«rrc, non-seulement parce qu'il n'y avait aucun motif pour que Jérôme de Carné eût à se préoccuper de la nomination de Sagonne à la capitainerie du Havre, mais encore parce que ce fait n'aurait pu s'appliquer à cette ville, puisque ce fut sous Louis XV seulement qu'on commença à l'appeler de ce nom par abréviation de celui de Françoise^ dn-hùvrc'de-cjrôcc qui lui est donné dans des lettres-patentes
de Louis XIV, du mois d'octobre -1643, après qu'elle eût Josques-Ià été appelée FrançoUe-de^râce , du nom de son fondateur.