‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 18 sur 59 · S 9. ~ ÉGUSE DES SEPT- SAINTS · texte numérisé non relu

S 9. ~ ÉGUSE DES SEPT- SAINTS

(Voirp. 8i.)

L'église des Sept-Saints, dont aucun document n'indique I , pourrait bien avoir été construite pendant l'occupade Brest par les Anglais au XIY^ siècle. Il n'est pas Bible, en effet, que pendant cette longue période, la chalaBe du ch&teau, qui tenait lieu d'église paroissiale, élant deve- ■w peu accessible parce que la forteresse n'était pas toujours oaverte, la nécessité ait alors conduit les habitants à bâtir au ddiors un édifice où pût se célébrer le service divin. Si Ton ne peut préciser la date de sa construction; on sait du moins qu'elle était antérieure au XVI^ siècle, puisqu'on \ 506 il y fut fait une fondation dont le titre existe aux archives de la ville.

Elle était un des neuf prieurés et des six vicariats à la collation des Bénédictins de Saint-Mathieu, et la petite paroisse de Saint-Marc en était une trêve sous le nom de Trenivez, A l'époque de la Révolution , ce vicariat était d'un revenu d'environ ^,000 livres.

Cette église , érigée en paroisse par Henri II, était dédiée, non pas comme on l'a prétendu , aux sept premiers évêques de Bretagne , mais bien aux sept enfants martyrs, c'est-à-dire aux sept enfants de sainte Félicité. Deux raisons concourent à le démontrer : ^"^ sa fête patronale qui se célébrait le 40 juillet, jour consacré à la commémoration de sainte Félicité et de ses sept enfants ; 2"" le tableau de Bounieu qui en ornait le mattre-autel, et qui maintenant décore l'autel des Saints-

Anges à Téglise Saint-Louis^ tableau dans lequel Cambry a cru voir le supplice des Machabées.

Une touchante légende, recueillie à Landévennec et à Daoulas par notre ami, M. Flagel, qui a bien voulu nous la transmettre, donne lieu de croire qu'au moyen-âge il se passa à Brest un événement qui ne fut pas sans influence sur l'adoption pour l'église des Sept-Saints ou des sept enrants martyrs, de ce double vocable sous lequel nous TavoDS trouvée désignée dans divers titres, tantôt simultanément, tantôt séparément. Voici celte légende :

« Il existait autrefois à Landévennec, au village nommé SeiZ'KroaSy un forgeron dont la femme, extrômemeni pie allait tous les matins entendre la messe à Tabbayc , ce déplaisait fort ù son mari. Celui-ci lui en fit des reproches eF*^ ajouta que ce n'était pas la piété qui rattirait à l'abbayai mais les moines. La femme se défendit de cette inculpatiott outrageante, et répondit à son mari qu'il devait être aussi sûr de son innocence qu'elle était certaine de pouvoir tenir entre ses mains le soc de charrue qu'il forgeait dans le moment. — Eh bieni porte-le à Landévennec, lui répliqua son mari en jetant à terre le soc incandescent. Pour toute réponse , la digne femme le prit à deux mains et le porta au bourg distant d'environ une demi-lieue de son habitation. Le fait fut considéré comme un miracle, et le soc placé entre deux saints dans le chœur de l'église de l'abbaye, où il resta jusqu'à l'époque de la révolution.

Quelque temps après , la femme du forgeron accoucha de sept garçons. Le mari, furieux de cette paternité multiple, les mit tous les sept dans une maie à p&te ou pétrin, les porta à l'anse de Pen-furn, là où sont aujourd'hui mouillés les bâtiments de l'État, et les abandonna à la merci des flots. La maie fut entraînée vers le Faou dont les habitants voulurent recueillir les sept enfants ; mais ceux-ci, tout en témoignant leur reconnaissance , dirent qu'ils ne pouvaient s'arrêter en

cet endroit ei qu'ils devaient aller plus loin ; puis ils prédirent que le bois du Kranou ou Krano, qui s'étendait jusqu'à la ville, fournirait éternellement les plus beaux boisd'œuvre de tout le pays , ce qui s'exprime encore dans les environs de la manière suivante :

Er forest ar Krano , Biken kwU na txmko.

Dans la forêt du Kranou »

Jamais le bois ne manquera.

enfants furent ensuite entraînés vers l'Ouest, et lorspassèrent devant le sillon de Landévenncc (sillon des lis), on les entendit^ du bourg, chanter d'une voix forte fbs cantiques mélodieux.

La maie, poussée par les flots, aborda à Daoulas. Les habitants accoururent au rivage , mais pas un seul d'entre eux ne se proposa pour recevoir les enfants. Ceux-ci poussant au large leur léger esquif, jetèrent leur malédiction sur la ville de Daoulas qui , depuis , d'après la tradition accréditée dans le pays, n*aurait fait que déchoir de son importance primitive. Selon une variante , qui a cours à LandévenneCy.ils se seraient bornés à dire que le bois attenant à la ville, et qui s'appelle encore le bois de Daoulas, ne pourrait désormais fournir un simple limon, une gaule de charrette. Prédiction trop bien accomplie , car depuis cette époque, ce bois n'est plus qu'un mauvais taillis.

Après avoir été long-temps ballotés par les vagues, les sept oiphelins abordèrent enfin sous le château de Brest , où ils furent recueillis par les habitants qui les transportèrent dans une maison voisine ; mais ils y moururent peu de jours après, et leurs corps furent inhumés par des anges. La maison fut démolie, et Ton bftlit, à sa place, une église en leur honneur, sous le vocable des Sept-Saints. Le village où ils étaient

nés , et dont on n'a pu retenir rancien nom , prit le doib de SeiZ'Kroas , sept croix, sept douleurs.»

Il se peut que la transmission orale ait plus ou moine allM cette légende ; mais à coup sûr le fond doit en être Tnii et cacher un fait auquel auraient participé sept enfants dont le malheureux sort aura déterminé une dédicace ayant pour efTcl d'en perpétuer le souvenir en les confondant en quetqi{i sorte avec Jes sept jeunes martyrs romains. ^ j

(]*est dans l'église des Sept-Saînts, qui servit de pai1)l|K! à la ville jusqu'à la construction de l'église Saint- Loul qu'avait lieu l'installation des maires de Brest ; elle a'j pour la dernièr^fois Ie4" janvier 4742; L'installation suji fut accomplie^ le ^" janvier 4748^ dans l'église Saint dont les habitants avaient recouvré la possession exdusÂ^ possession qui , jusqu'en ^4^, avait été commune entre 4^'^ et les Jésuites. ~ . ■ : * *'

L'église des Sept-Saiuts ayant entièrement disparu, e'ett . dans les anciens plans de la ville qu'il faut rechercher sa forme , ses dimensions , etc. D'après un dessin de oette église , portant la date de 4702 , elle figurait un trapèze dont les côtés parallôles formant les pignons étaient perpendicu-' laires à la façade principale donnant au S.-O. sur la rae .des Scpt-Saints. La largeur de cette façade était de 9^ 2^; celle du petit côté au N.-E. près Tescalier des Sept-Sâints, de S^ oP, et celle du grand côté, au S.-O., de 40* 4P, dimensions dont le produit donne une superficie exacte de 77 toises carrées de terrain, entièrement occupées par l'église. Elle était divisée intérieurement en deux nefs inégales par un rang de tix)is colonnes parallèles à la façade principale. Celle qui était de ce côté , dont la largeur, prise entre les colonnes et la muraille, était de 3 toises, avait conséquemment la forme d'un rectangle, et l'autre celle d'un trapèze, dont la largeur moyenne , également prise dans œuvre , était de 4 M p 6 p . Chaque nef avait sa toiture à deux versants dont la noue

commune de jooction reposait longitudiDalemeot sur Tarchitrave ou rentablement de la colonnade. Les murs étaient percés de huit fenêtres et de cinq portes y compris le porlail. Ce derùier s'ouvrait sur la rue des Sept-Saints^ vis-à-vis l'impasse actuelle qu'on appelait alors, tantôt la rue du Glacis du du Château , tantôt la rue Clodovan. Le portail était précédé d'un perron de trois degrés. Deux des autres portes correspondaient au milieu de chaque nef et ouvraient sur la poiite ructlc qui longeait le pignon S.-O. de l'église. Les deux demières pories donnaient sur la seconde ruelle qui, du pied Fe^calier des Sept - Saints , aboutissait, comme l'autre

-raeilc, à reaifce (^e la petite rue Neuve, ^llequi, prolongezint la falaise dû quai, va rejoindre la rue des Malchaussés.

' Dû CCS deux portes, Tune était exclusivement consacrée à

rlq fr^'quentatîûii de la chaire adossée à la façade de la nef ^ trapé^oïdalu , et l'autre donnait accès à l'église ainsi qu'à l'escalier dé la tribune appliquée à son pignon S.-O.

D'après le plan de 4702, la façade principale empiétait sur la rue d'environ 2* 6'p, c'est-à-dire de presque toute la largeur de la nef rectangulaire. La communauté voulant élargir cette rue , qui était trop étroite^ fit rescinder, en 4763 ^ l'église et les maisons qui étaient dans le môme alignement qu'elle, et ce reicindement s'appliqua , pour l'église, à la partie faisant saillie sur la rue. C*est démontré par l'inspection de l'état actuel des lieux où Ton reconnaît une grande partie des fondements de l'édifice, d'où l'on est porté à croire

^'quc cette nef aurait été entièrement rescindée , et la façade reportée sur l'emplacement môme des colonnes, ce qui aurait conséquemment réduit l'église à la seule nef trapézoïdale. C'est ce qui semble encore résulter du procès-verbal du 9 messidor an IV, dressé avant la vente de l'église comme bien national , et où se lit ce passage : a D'après nos observations^ les murs formant l'ensemble de l'édiflce, ainsi que la charpente et couverture sont en mauvais état par vétusté ;

lesquels contiennent en longueur moyenne huit toises ctoq pieds sur la longueur réduite de quatre toises six pouces; hauteur réduite des dits murs deux toises quatre pieds Jusqu'à son couronnement y et neuf pieds réduits de haoteor sous faite pour le comble.

« Le perron, pour arriver au parvis de Téglise des ci-devant Sept-Saints, a de saillie sui' la rue cinq pieds quatre pouces. La dite église est percée de neuf vitraux et de trois portes de sortie. Il existe une tribune au bas de la dite église et une chaire à prêcher que nous estimons valoir en capital cent soixante-quinze livres, vu les frais qu*il en coûtera aux sou» missionnaires à démolir, etc. » .Jft

Il est à remarquer que ni sacristie ni vestiaires et antres* ' accessoires obligés de toute église ne sont figurés au plan de. 4702, ni mentionnés dans le procès- verbal du 9 messidoA d'où Ton doit conclure que ces accessoires se trouvaion dans une des maisons de la ruelle voisine ^ maison qui aurait aussi servi de presbytère.

Vendue au sieur La Pallue, gendarme de la marine, l'église des Sepl-Saints fut convertie par lui en boutiques et logements d'habitation que M. Métivier, son' gendre, possédait encore en 1841. Il les avait loués à un nommé Heurtez, baladin, directeur de spectacles forains, et artificier. Ce personnage multiple avait établi , au rezde-chausséc de son habitation , un café qu'il avait décoré du nom de café de la Marine. Comme artiste , ou peut-être comme figurant , il avait ses entrées libres au théâtre , alors dirigé par M. et M"*' Castcl. H y était , le -10 juin -184^, lorsque le feu éclata vers les neuf heures du soir, dans sa maison. Il avait été communiqué par l'imprudence d'une matelassière logée dans une mansarde qui avait laissé de la laine trop près d'un fourneau destiné à la faire sécher pendant qu'elle était allée exercer son industrie de marchande de gùteaux qu'elle cumulait avec celle de matelassière. Le feu gagna avec d'autant

plus de rapidité que dans le logement d' Heurtez se trouvaient les pièces du feu d'artiflce qu'il devait tirer pour l'anniversaire des journées de juillet, et qui, projetées sous forme de pétards ou de fusées sur les maisons voisines, les auraient infoillîblement brûlées elles-mêmes, s'il avait le moindrement venté, si surtout un ouvrier tonnelier, M. Renaud, n'était parvenu , au péril de sa vie , à enlever au milieu des débris enflammés , un baril de poudre déposé dans une cave , et dont Teiplosion eût été non moins funeste aux travailleurs qu'aux maisons voisines. En moins de deux heures, les lliiimes avaient tout dévoré, et il ne restait plus que les

^^btre murs.

fSl^Deux ans après, la ville a acquis des héritiers Métivier le jKrrain sur lequel l'église avait été construite.

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