S 22. — LA CHAPELLE NOTRE-DAME
(Voir p. 190.)
Cette chapelle a été fondée par les seigneurs du Châlel, et non par le duc Jean IV, comme le dit M. de Fréminviilc, on ne sait sur quelle autorité. {Antiquités du Finistère,
r^ partie, p. no.) C'est ce qui résulte de divers actes do XV" et du XVP siècle que nous devons nous borner a tmmer ici.
A une époque très ancienne {ab aniiquissimU temponbuSy dWrun acte du 26 juillet -1513, dont nous reparlerooKpiQs loin), un seigneur du Chàtcl fonda un hospice ou hôpital dédié à Sainte - Catherine, et destiné, comme ceux qu'on érigeait au moyen - &gc , à procurer l'hospitalité aux pélerios et voyageurs. Il n'est pas dit, dans les actes, si la patronne de riiôpilal était Catherine de Sienne ou Catherine d'Alexandrie. Bien que la première, en raison de sa vie charitable, fût, plus fréquemment que la seconde, choisie pour patronne des hôpitaux , nous inclinons à croire que c'est sous l'invocalion de sainte Catherine d'Alexandrie que fut placé l'hôpital, d'abord parce qu'il fut dédié à sainte Catherine, vierge et martyre, — Catherine de Sienne ne fut pas martyrisée, — ensuite parce que l'hôpital devait exister avant cette dernière, morte en ^380, et canonisée en H 460.
Plus tard , mais probablement presque aussitôt, une chapelle fut fondée sous le môme vocable , en vue de recevoir les aumônes des pèlerins, consacrées suivant l'usage du temps, à rentrctien de Tliôpital. Cet hôpital tombait en ruines, lorsque, par un acte du 2î septembre ^473, M» Yves Boutouviller, recteur de la paroisse de Saint- Pierre -Quilbignon, fit à Ancurel, gouverneur de Thôpilal et de la chapelle, l'abandon , pour lui et ses successeurs , de ses droits temporels sur l'un et sur l'autre , pour qu'ils pussent être reconstruits et entretenus. Cet acte mentionne la chapelle comme de fondation récente et comme contiguë {sub eddem structura) h un hôpital en ruines. Cette contiguïté explique comment, ù propos des réparations ou reconstructions opérées après 4473, un aveu du 7 juin ^5I4 porte a qu'autrefois 01i\ier du Chàtel avait permis faire édifier et construire en sa terre, au bourg de Sainte - Catherine , près de Brest, des
ciMipelles contiguës , en la paroisse de Quiibigaon, outre la ■lisoo du gouverneur de )a chapelle Notre-Dame qui avait élé augmentée aux dépens de la chaussée. » Les deux noms d'hôpital et de chapelle étaient le plus souvent «Kociés ; parfois, cependant, ils étaient employés séparément H indistinctement l'un pour l'autre, et cela parce que, hôpital et chapelle avaient un seul et môme administrateur qu'on appelait gooTemeur, procureur ou économe. Cette triple qualiûcation était indaSremmcnt donnée autrefois en Basse-Bretagne , et pirioeîpalement dans le diocèse de Léon , à ceux qui étaient chargés de l'administration du temporel des églises, chapelles et confréries, qu'ils fussent clercs ou laïques. Ainsi Ancoret, LeCaro et Le Baillif, gouverneurs de lu chapelle Notre-Dame, <m 4473, -15^ et 4556, n'étaient point prêtres. Ils percevaient les fruits pour le compte du recteur de Saint-Pierre- Quilbignon ; on en trouverait au besoin la preuve dans rd>andon que le recteur Boutouviller fit pour lui et ses saccesseurs, en 4473, de ses droits au casud de la chapelle. Le gouvernement de cette chapelle semble être devenu plus tard clérical. En 4637, il était confié à messire Pien*e Le Denmat, prêtre , et il parait n'avoir eu pour successeurs que des ecclésiastiques. C'est ce qui fait que dans le rôle des bénéflces de Léon établi pour 4 656 , et indiquant les décimes ou impôts perçus par l'État pour chacun d'eux , la chapelle Notre-Dame est classée en ces termes , non parmi les gouvernements, mais parmi les chapelles : C/iapellenie de Notre- Dame de Recouvrancey la somme de 48 sols 9 deniers. Toutefois, il ne s'agit ici que de la chapelle proprement dite, car, depuis le concile devienne qui, en ^060, avait retiré aux ecclésiastiques , afin de mettre un terme à la simonie de plusieurs d'entre eux , l'administration des hôpitaux , pour la conférer à des laïques capables et solvables , à la charge d'en rendre compte aux ordinaires, des séculiers seuls gouvernaient les hôpitaux. Le concile de Trente avait con-
firme ces prescriptions en ne réservant aux ordintûres qu'un droit d'inspection.
Comme fondateurs , les seigneurs du ChAtel , et après en leurs successeurs ou ayant- droits, avaient le droit de patromp et de présentation du gouverneur qui, pour consacrer ce droil, remettait au Seigneur, au commencement de roffrandejei juillet, jour de la Visitation de Notre-Dame, un cierge de deoi livres, non allumé, a pour illcc l'allumer et mettre en offrande, ou en faire à son plaisir. » Une rente de 70 sols monnayés était en outre assise par Tacte de 4 5 11 sur la chapelle en faveur des seigneurs du Gb&tel , en témoignage de la reconnaissance qu'inspiraient leurs libéralités.
Ce dernier acte, nous Favons vu plus haut, donne liea de supposer qu'en ^311 il y avait deux chapelles dontrune aurait été placée sous l'invocation de Notre-Dame. Il en devait être ainsi , car du rapprochement de certains documents, on est fondé à regarder comme certain que , dans la seconde moitié du XV* siècle , Olivier, du Ch&tel augmenta la chapelle Sainte-Catherine d'une aile ou chapelle où fut placé un autel spécialement consacré à Notre-Dame de Recouvrance. Si ce dernier vocable a prévalu sur le nom primitif de la chapelle, comme sur celui du bourg où elle était située , c'est sans doute parce qu'il était plus populaire , les marins et leurs femmes ayant une grande dévotion à cette chapelle , où les uns venaient remercier la Vierge d'avoir échappé aux périls de la mer, où les autres accouraient , soit pour pour solliciter le recouvrement , la recouvrance de leurs maris absents , soit pour rendre grâces de les avoir recouvrés. Elle était, on outre , lobjet de la vénération toute particulière des chevaliers de Malte qui , quand ils venaient à Brest , ne manquaient jamais d'aller intercéder la sainte patronne du lieu.
L'hôpital de Sainte- Catherine subsistait encore lorsque le maréchal d'Estrécs posa, le I" mai 1696 , la première pierre de celui que M. et M""" Le Gac de TArmorique avaient offert,
3 18 octobre 4692, de construire à Rccouvrance. On en trouve a preuve dans un acte du 30 juin 4696, où il est dit que la chapelle ou hôpital, mentionné dans celui de 4473, est « le vidi hôpital de Recouvrance , lequel se voit encore auprès de h chapelle Notre-Dame , et est occupé par les pauvres. » Il y est dit, en outre, qu'en 4 473, comme en 4696, cet hôpital était gouverné par un laïque. Un cimetière, fort petit, puisqu'il n'avait que 60 pieds de longueur sur 30 de largeur moyenne y était annexé. Lors de l'établissement des fortifications , du côté de Recouvrance , on en avait pris une partie, et les murs en avaient été rasés par ordre du Roi, tant pour élargir les rues voisines que pour assurer la défense do la ville, parce que, situé sur une hauteur qui la dominait ainsi que le ch&teau , il aurait, en cas de siège, offert à l'ennemi un abri et un retranchement naturel. On l'appelait le cimetière du vieil hôpital . et plus tard il prit le nom de cimetière des noyés , parce qu'il fut spécialement réservé à leur sépulture. Après la construction du nouvel hôpital , le vieil hôpital et le cimetière furent remis à la disposition des administrateurs de cet établissement.
La chapelle Notre-Dame — nous ne la désignerons désormais que sous ce nom — avait acquis, dès 4556, une importance telle que, le 4 4 novembre de cette année, le pape Paul IV, à la sollicitation de Mathurin Baillif , alors gouverneur, y érigea la confrérie du TrcS'Saint'Sacretnenty et que le pape Clément X, par son bref du 44 septembre 4674» accorda à perpétuité des indulgences plénières à ceux de ses membres qui communieraient le jour de leur entrée dans la confrérie ; à ceux qui, en danger de mort, invoqueraient de cœur, s'ils ne pouvaient le faire de bouche , le saint nom de Jésus ; à ceux qui , tous les ans , le jour de la Fête-Dieu , communieraient et prieraient dans la chapelle , depuis les premières veilles jusqu'au coucher du soleil , pour l'extirpation des hérésies et l'exaltation de l'église. Sept années et
autant de quaraDtaines de pardons étaient accordées à ceux des confrères qui , également munis des sacrements , accompliraient les mêmes devoirs , le second dimanche de Juillet, le quatrième de novembre et de janvier, et le premier de carême. Il leur était enfin fait remise de soixante Jours de pénitence pour chaque assistance aux messes ou offices célébrés dans la chapelle , ainsi qu'aux cérémonies publiques ou particulièrei de la confrérie. Même remise leur serait fuite, quand ils logeraient des pauvres, réconcilieraient des ennemis, assisteraient aux enterrements, aux processions, accompagneraient le viati* que ou, qu'en étant empêchés, ils diraient un Paierai un Ave pour les confrères trépassés ; qu'ils enseigneraient les commandements de Dieu à ceux qui ne les savaient pas ; qu'cnfln ils auraient exercé tout autre acte, soit de piété, soit de charité.
Le gouverneur Le Baillif eut des imitateurs. Un de ses successeurs , messire Pierre Le Denmat, prêtre , fonda à Notre- Dame la confrérie du Rosaire par un acte du 49 juillet 4637, où il était dit que , pour ne point détourner le peuple d'aller entendre la grand'mcsse, le dimanche, à l'église paroissiale de Sainl-Pierre-Quilbignon, la procession de celte confrérie ne se ferait à Notre-Dame qu'après vêpres.
Trois autres confréries, placées sous l'invocation de Saint* Sébastien j de Saint-Joseph et de Saint-Nicolas , furent en outre érigées à Notre-Dame. Nous ignorons les dates de leurs fondalions que nous présumons postérieures à celles du Très- Saint-Sacnmeiit et du Rosaire. Comme celles-ci , chacune d'elles avait ses biens , ses ornements , ses chapelains et ses marguilliers séparés. Nous n'avons pu rien découvrir qui nous fit connaître le but qu'elles s'étaient proposé , les obligations qu'elles s'étaient imposées, les pratiques ou cérémonies qu'elles observaient ; mais , ce qui ressort des nombreux documents où sont mentionnés ces cinq confréries, c'est que toutes, celle du Très-Sainl-Sacremcnt principalement , avaient été l'objot de. beaucoup do fondations.
iQdépendaromeDt de la piété de nos pères , il y avait à ces lémoiguages de leur dévotion une cause particulière. L'éloigtement de l'église paroissiale de Saint-Pierre-Quilbignon ivait insensiblement conduit les habitants à n'aller entendre tai offices que dans la chapelle Notre-Dame , bien qu'elle ne nu, de fait, qu'un simple oratoire. Les Recteurs de la paroisse, la voyant désertée, voulurent les contraindre à y revenir les dimanches et jours de fêtes. C'est alors que les habitants adressèrent à Msr de Rieux^ évêque de Léon^ en tournée pastorale à Brest^ une requête où ils lui exposaient que « de tout temps immémorial ils avoient accoustumés d'avoir tous les dimanches la grande messe à l'esglise de Notre-Dame au bourg de Recouvrance, laquelle leur avoit été octroîée par plusieurs eoDsidérations et pour le bien commun de tous ceux du dit bourg qui contient environ trois cents mesnages. v Par son ordonnance du 2 novembre ^1 623, apposée au pied de la requête des habitants , ordonnance rendue par défaut du Recteur, l'Êvôque permit , quant à présent , aux suppliants , de faire eélébrer le dimanche la grand*messe dans la chapelle Notre- Dame , à leurs frais , sous la réserve toutefois qu'ils iraient à l'église paroissiale aux quatre grandes fêtes annuelles , sans préjudice des droits payables au Recteur qui pourrait , quand bon lui semblerait, déduire ses motifs. Le service divin ne serait célébré à Notre-Dame que par des prêtres approuvés de Tordinaire.
Les fonctions curiales autorisées par l'ordonnance du 2 novembre 1 623 se firent pendant près de trente ans dans la chapelle de Notre-Dame par dos prêtres appartenant au clergé de la paroisse de Saint-Pierre-Quilbignon, clergé qui se divisait en deux parties ayant chacune son curé sous l'autorité du Recteur. Les prêtres qui desservaient spécialement la paroisse étaient appelés, les uns, prêtres deQuilbignon, en Quilbignon, ou prêtres de Saint-Pierre, du nom du patron de la paroisse, les autres, prêlres de Quilbignon, en Recouvrance. Ces der-
niers faisaient le service de la chapelle sous la dircclioQ d'un curé qui prenait le titre de curé de Notre-Dame dans les tctei de baptêmes et de sépultures dont il tenait des registres. Ses fonctions étaient bien distinctes de celles des prêtres on chapelains commis pnrie gouverneur temporel de la chapelle. Miis en IG7I, Philippe Quéré, curé de Recouvrance depuis 4652, et en môme temps fermier ou sous-g<iuverneur de la chapelle, s'étayant de sa double qualité, commença à faire, a Notre-Dame, des expositions et des processions du Saint-Sacrement. L'Évèque, dans une de ses visites diocésaines, réprima, il est vrai, ce double empiétement ; mais l'abbé Quéré avait créé de fàcheai précédents , et plus tard , ces abus se reproduisirent , s'aggravèrent môme, car lui . du moins , il ne chantait le dimanclie qu'une mosse à chant simple , qui n'était précédée d'aucune procession ni aspersion d eau bénite ; il ne donnait pas noo plus la communion pascale , ne célébrait ni mariages ni grand'messes , ne faisait pas de prônes et s'abstenait des autres cérémonies et solennités inhérentes à une grand'messe paroissiale , toutes choses dont ses successeurs ne se firent pas faute.
De simple oratoire ou chapelle privée qu'elle était à l'origiiic, la chapelle Notre-Dame était donc devenue insensiblement, sinon de droit, du moins de fait, une véritable succursale , ou , si nous empruntons le langage de Tabbé Madec , une f\iknc. de la paroisse de Sainl-Piernî Quilbignon. La vénération dont elle était l'objet était pour le gouverneur la source d'un casuel qui s'augmenta considérablement quand la création de rarsciial attira à Brest un surcroît de population. Mais la chapelle devint alors insuiïisante, ce qui détermina la construction de celle qui est devenue, au moyen d'agrandissements successifs, l église Saint-Sauveur. (ro/rd-</(.\v,Çî/.v, p. 312.; 1^ nouvelle chapelle était à peine terminée qu'une rivalité s'établit entre elle et celle de Notre-Dame dont le gouverneur était alors Tabbé BoufTier qui , comme plusieurs de ses prédéces-
setirs, contrevenait à Tordonnance de 4623, en usurpant les fonctions ou prérogatives inhérentes à la qualité de Recteur. Celui de Saint-Pierre-Quilbignon était Tabbé Madec ; homme éoergique , il les revendiqua avec un zèle et une persévérance qui, pendant plus de vingt années consécutives^ furent la cause oa le prétexte de procès, entremêlés de plus d'un incident regrettable, conséquence presque inévitable de l'ardeur, de la violence même que déployèrent les deux adversaires pour recouvrer ou conserver les droits temporels el spirituels que chacun d'eux voulait se faire attribuer exclusivement. Habile eanonlste, — il concourut pour la plus grande part à la réduction des factums produits par ses avocats , — Tabbé Madec finit par triompher et par rétablir la discipline ecclésiastique , profondément altérée avant lui.
L*abbé Bouffler était encore gouverneur de la chapelle Notre-Dame lorsqu'en 1725 il la fit allonger de deux toises. Elle était double, ayant deux bas-côtés séparés par une arcade. Le retable de l'autel , plaqué , était fort bien exécuté , et au-dessus de la principale porte d'entrée on voyait un très beau bas-relief du sculpteur Renard, jreprésentant la sainte Famille; on le regardait comme une très bonne copie du fameux orignal de Michel-Ange.
Concédée le 43 frimaire, an H, à l'administration de la marine pour en faire un magasin à grains, la chapelle Notre- Dame fut, plus tard, vendue comme bien national. La fabrique de Saint-Sauveur, ayant exposé, au mois d'avril ^ 824, la nécessité d'une annexe dont aucune n'aurait pu être aussi agréable aux habitants de Recouvrance que la chapelle Notre-Dame si long-temps et si universellement vénérée, le Conseil municipal émit le vœu , le 22 du môme mois, qu'elle fût achetée par la ville. Une ordonnance royale du 6 janvier ^825 ayant sanctionné ce vœu, M. Roujoux, alors propriétaire de la chapelle, la vendit pour la somme de 6,618 fr. 25 c, ainsi que les échoppes qui s'y trouvaient adossées et dont la démolition
permit de donner au quai Jean-Bart un développai tageux au commerce en même temps qu'elle rendit la communication entre ce quai et une petite rue qi chait de la rue de l'Église. Une subvention de 4 accordée par la ville à la fabrique lui fournit les A restaurer, ou plus exactement, de reconstruire la d^( fut rendue au culte le 30 avril i 829.