CHAPITRE IV
Soite du ministère de H. de Sartine : Voyage» du comte d'Artois et de FEmperear Joseph II i fêtes qui leur sont données (1777} ; ~ Préparatifs de guerre; ils atiirenl h Brest un grand nombre de personnages distingnés ; — incendies et premier ëuMîssement des pompieis (1778-1781). — Minislètfle de M. de GasUies; son voyage à Brest ; travaux dont il arrête rexécution ; — incendie de la Madddne (178a) ; — réorganisation de l'École de santé (178)); — incendie de la poulierie (1784) ; — cesaion du château k la marine ; travaux projetés ou exécutés par suite de cette cession. — Le port, de 1790 à 1864.
La construction d'un npuvel hôpital , mise à Tétude, n'était pas encore décidée lorsqu'curent lieu, à peu de jours l'un de l'autre, deux événements qui causèrent à Brest un grand mouvement et de plus une grande émotion ; nous voulons parler de la visite- du comte d'Artois et de celle de l'empereur Joseph II.
AîTivé à Brest le 14 mai 1777, à cinq heures du soir, le comte d'Artois en partit le 20. Pendant son séjour, il visita les ateliers et les magasins du port, les vaisseaux sur rade et l'Académie de la marine. Partout on lui donna l'explication des travaux qui se font dans un arsenal ou sur un vaisseau, et on lui offrit le simulacre d'un combat naval. Le soir, après le spectacle , il allait souper à Recouvrance chez le comte de Laval ; débarrassé des entraves de l'étiquette et du cérémonial , il s'y amusait d'une façon un peu dégagée. Le 18 mai , il y eut à la salle du spectacle un bal splendide où il -dansa beaucoup , mais rien qu'avec des femmes d'ofllcicrs de vaisseau ; moins exclusifs que lui , les
seigneurs de sa suite qui flguraient dans les mêmes quadrilles que lui , prièrent indistinctement des bourgeoises et des dames de condition. Il fit peu d'accueil aux officiers de marine, si ce n'est à MM. d'Orvilliera, du Chaffault et de Bougainville. Ce dernier fut seul de ses soupers ; les autres invités étaient les colonels de la garnison et les princes ou seigneurs de sa suite, tels que le prince d'Hénin , le prince de Nassau , le marquis de Crussol, etc. Excepté M"* d'Orvilliers, aucune femme ne fut admise à sa table.
La grande jeunesse du prince — il n'avait pas encore vingt ans— aurait peut-être dû faire excuser sa légèreté ; il n'en fut point ainsi. Ce qui contribua à fortifler la fâcheuse impression qu'il avait laissée , ce fut le parallèle qu'on se plut à établir entre sa visite et celle de l'Empereur Joseph IL Arrivé le 6 juin , sous le nom de comte de Falkenstein , il ne voulut accepter ni réception , ni diners , ni fêtes. Logé chez le traiteur Aimé, il ne Sortit que pour visiter la rade,, le port et les travaux des fortifications, en compagnie de MM. d'Orvilliers , du ChafFault et de Langeron. On serait tenté de croire qu'il s'attacha à faire contraster de tout point sa visite avec celle du comte d'Artois, en lui donnant un caractère exclusivement sérieux. Si ce fut là son hut , il le dépassa , car il ne fut pas seulement excentrique , il fut parfois incivil.
Un habitant de Brest auquel nous devons une relation du voyage des deux princes y a consigné au sujet de l'Empereur des détails caractéristiques que nous croyons devoir reproduire ici (1).
(i ) Revue bretonne et étrangère , t. If, p. 244, et Revue bretonne e4 maritime , 1. 1", p. 24, 32, 140 et 149. La relation de ces deux voyages, publiée par notre ami , M. du Châtellier, aélé oimplélée par nous au moyen de détails puisés dans le»^rapporls que ï. d'Orvilliers adressa au ministre.
< 12 juin. — L'Empereur part à k heures Ju maliu. Beaucoup de dames et de soldeurs de la cour s'étaient rendus à Brest pendant le séjour de PEmpcreur, ïi n toujours mangé à son auberge avec un seigneur qu'il a emmené avec lui et qu'on dit être son ambassadeur à la cour d'Angleterre. Les seuls ofllciers généraux l'ont accompagné dans ses courses; encore le ptus souvent M. do Langeron était-il le seul. Il n'a point vu de femmes. Le ij, lorsqu'il alla à bord du fiobuste, plusieurs dames s'étaient rendues pour le voir à bord, où Lamotte-Picquct (fuî commande ce vaisseau avait préparé dans la grand'chambre un ambigu superbe, L'Kmpereur, en arrivant, se rendit sur le gaillard, et, après les premiers compliments^ il monta sur une cage k poules j où il est resté tout Taprès-midi, pendant que M, du GhafTault commandait la manœuvre* Les dames qui rattendaient en bas ne Tont pas vu ; elles ont mangé l'ambigu sans lui- Son usage, quand il revenait à son auberge pour dîner ou pour souper, était de saluer celui ou ceux qui l'accompagnaient et do les quitter à la place de la Médisance, d'où il se rendait seul, ou du moins avec les seuls ofîlciers allemands de sa suite, à son auberge- On croit qu'il emporte une assez mince idée do notre marine; il a voulu tout voir* Chaque ofiîcîer avait ordre de se tenir k son détail pour satisfaire la curiosité du prince ; il s'aperçut le premier que cliaqucofllcier, après lui avoir fait voir son atelier, le suivait dans les autres, de sorte que son cortège augmentait insensiblement; il témoigna que cola lui déplaisait, et, pour s'en débarrasser, il leur ût a tous une grande révérence comme pour prendre congé d'eux ; par ce moyen, il s'en défit et ne fui plus accom-^ pagné que par deux ou trois chefs* Quand il alla à VAcadémic , on lui Ot voir les machines qu'elle y
rassemble ; il en parla en homme instruit , et finit par proposer au secrétaire de TAcadémie {IL de Marguérie) un problème qui Tembarassa fort (1). L'Empereur lui dit qu'il ne devait pas s'en étonner et qu'il le priait de lui en dire son avis quand il y aurait songé à loisir.
c Dans tous les ateliers du port, il ne cessait de faire des questions auxquelles les généraux qui l'accompagnaient et lesi officiers des ateliers ne répondaient pas toijgours d'une manière satisfaisante , fort souvent même ils ont demeuré court.
« Dès le commencement, fi leur fil voir qu'il était plus instruit qu'ils ne le croyaient sur la manœuvre.
« Étant à la voilerie, M. de Beausset lui dit : « Monsieur le Comte , voici la grand'voile d'un vaisseau de 74, et celle-ci c'est la voile d'au-dessus. — (Test-à-dire, reprit l'Empereur,- que c'est le grand hunier ; s'fi est fait dans les proportions requises , il doit y entrer tant d'aunes de tofie et tant d'aunes dans la grand'voUe. » Il en est de même de tous les ateliers ; partout il a paru plus instruit que ceux qui l'accompagnaient pour l'instruire. Quand fi pouvait joindre le& maîtres et même les ouvriers, fi aimait à les entretenir; mais les oflSciers les écartaient tant qu'ils pouvaient.
« Il a dit, dit-on , que le luxe étonnant qu'fi a vu à Paris ne l'étonnait pas , mais qu'fi ne s'attendait pas à le retrouver à Brest. En passant dans les rues , il saluait très honnêtement et modestement les femmes qui se mettaient à la fenêtre pour le voir passer, il ne
(i) Le procès-verbal de celle séance de rAcadémie ne fail aucune menlion de cel incidenl au moins douteux. En revanche, il nous fatl connaître que Marguerie soumit ce jour même k l'Académie un mémoire hérissé de formules algébriques et traitant de la réso* lulion complète des équations du 9* degré.
Taisait pas comme le comte tl'Arlois qui demandait < l'abord quoHcs étaient les femmes qu'il voyait et qni ne saluait que celles (lui cLaicnt de condition ; l'Empereur n'a pas été une sculo fois à notre comédie. Dimanche 8, il alla à la messe au Petit-Gouvcnt. On y avait dressé un fauteuil, un prie-dieu et des coussins pour lui. On en avait préparé autant pour Févéque; mais TEmpcreur s'étant tenu à genoux sur le pavé pendant toute la messe , révoque n'a pas osé paraître plus difficile, cl pour la première fois de sa vie peutêtre il n*a pas fait usage du fauteuil qu'on avait préparé à sa vanité.
d A Tarrivéo do TEmpcreur, M» de Langeron lui envoya une garde à son auberge; mais il la refusa. 1/Emporeur parcourut le port dans son canot et fut frappe de la beauté du vaisseau le Saint^'EsprU ; il fll arrêter quand il fut devant lui, et dit en se récriant : — Ah ! mon Dieu , le beau vaisseau ! J'en ai bien vu chez les Anglais ! ils n*en ont pas .un qui approche de reluL-ci pour la beauté; mais ce sont des iiommcs 1(1) *
(I) Noos voulons crotiv , pour riioiincur de VEmpereiir Jascpb, f|i]o aon origiiialiL^ c^lculi^c n'alla pii$ justju'à faire rie lui le pcrsomingc grotesque cL imperlincnt que nous repr6aante Tautour do la. rolatioodeson vojuçc, Dcu\ choses tlominenl dans ccUe rdïUiou: le dcitir de grandir à tout prix celiii qui en <^sl te hOros, et le tiesoJn de hdicutiscr, niissi h loutprix, lesi oflkiers de la mari ne* Emprf'int de J'e^pril d^anlAgonismc donL nous avons déjà pnrliât ce rtkiil a toulG \îi couleur d'un pamptilctf et il nous porte h croire que sou auteur dut amplement concourir h deux autres pani[i1itels : VObserrateur anglais et VBspion antjloiit, rv\]\\;;tH par Ptdaiisat de Mnîroberl, secrétaire des commandemcnl* du duc de Chartres, PrOle-nom^ a-l-on dit, d'un çnind personn-nge (peuL-6lre de son patron), Mairol*orl se suicida de désespoir d^avoir V^t(5 itUÏWiv par un arrOl du Î7 mars 1770. Ses t^crils, comme celui du bourgeois de Dresl, attestent un parti pris de dCiiigremenl qui ra souvent jusqu'à ta c^ilomnie, adroitement asiiorjtx' parfois h. des critiqu^^s fondOea ou h des asscrlions iucxactes. Ausi^i, avaat d'en user, (autMl kb soumeUrc a. un contrôle sivcrc»
A ces deux princes succédèrent , du mois de mai au mois d'octobre , le prince de Poix , le maréchal et la maréchale de Duras, Tévêque de Rennes, M"** de Girac, sa belle-sœur, et le comte d'Aranda, voyageant sous le nom de baron de Gavin. Tous étaient attirés par le désir de voir les travaux qui s'exécutaient à Brest. La curiosité qui avait déterminé la présence de ces visiteurs était légitime. Brest était alors le théâtre de grands mouvements maritimes et militaires ; on s'y préparait à soutenir les anglo-américains. Un grand nombre de vaisseaux étaient en chantiers , et dix mille ouvriers travaillaient dans l'arsenal. Le gouvernement français ne se dissimulait pas qu'au premier jour l'Angleterre, irritée de l'assentiment occulte qu'il prêtait aux insurgents, pourrait bien nous attaquer, et dans cette prévision , il se prépara à la défense. Ordre fut expédié, le 7 février 1778, de construire une forte estacade destinée à être placée, si cela devenait nécessaire, à l'entrée du port, depuis la batterie de la Rose jusqu'à celle du Fer-à-Cheval ; de blinder et armer de canons un vaisseau hors de service pour former, le cas également échéant, une seconde estacade entre la précédente et la chaine du port qui aurait elle-même été renforcée; de terrasser et blinder les deux batteries dont nous venons de parler ; d'armer en canonnières toutes les chaloupes susceptibles de porter du calibre de 24; d'armer toutes les batteries des côtes et de construire des barraques pour le logement des hommes qui les serviraient. Seize jours après, un nouvel ordre enjoi- . gnait de mettre en état de défense le fort de Bertheaume après qu'on aurait établi , au moyen d'un pont de cordes, la communication entre la terre ferme et l'îlot sur lequel ce fort est placé. Des crédits étaient en même temps affectés à la construction de nouvelles
forges el des murs de clôture des deux cotés du porl. Sur ceux qui devaient être appliques à la réparation et à rarmemcnt des batteries de la rade, 18,319 livres claierit spécialement destinées à l'établissement de batteries de mortiers et de canons sur Tile Ronde, avec ret ranchements en avant et logements pour la garnison *
On travaillait avec ardeur à Texécution de ces divers ordres, lurstiu*au mois de mars, l'Aûgletcrre informée par le cabinet des Tuileries qu*il venait de contracter avec les Américains un traité de commerce et d'amitié» rappela son ambassadeur, La France fit de même. 11 n'y avait plus de ménag-emenis k garder. On se hi\ta, en conséquence, de terminer rarmement des vaisseaux qui devaient composer Tarméc navale confiée au lieutenant-général d*Orvilliei*s, et le duc de Chartres, chef d*^escadrc depuis le mois de janvier de Tannée précédente , vint Tinspecter vers la fin de mai , ainsi que les batteries de la rade et des cOles* Une ardeur Icbrilc s'était emparée de tous les esprits,
tfamais guerre ne fut plus pojïulairo que celle qui allait s'entamer. L'idée de concourir à ran^ranchisscment des Auglo-Américains enthousiasmait les habi* tanls , cl plus encore les ofilciers et les matelots qui, à Tenvi les uns des autres , avaient soif de prendre leur revanche des revers de la guerre de sept ans. Il n*entro pas dans notre plan d'exposer ici le détail des opérations maritimes qui firent obtenir à la France ce résultat consolant* Bornons-nous à dire qu'il fut dû , pour la plus grande partie, au port do Brest ^ oii s'effectua l'armement des Hottes , des escadres ou des vaisseaux que commandèrent d'Orvilliers, d'Estaing, Lamotte- Picquet, de Grasse, Guichcu, SulTren, la Gloclielerie, du Oouédic , du Humain, et tant d'autres dont les glorieux faits d'armes sont retracés dans les divines his-
loires de la guerre de 1778. Nous renfermant dans le cadre que nous trace notre sujet, nous limiterons donc notre récit à l'exposé des faits qui concernent exclusivement rhistôire du port de Brest.
Les mouvements du port et de la rade présentaient alors un spectacle dont on s'entretenait au loin. C'était à qui en jouirait. Aussi, les visiteurs français dt étrangers affluèrent -ils à Brest, où vinrent successivement , du mois de mai au mois de décembre 1778 , le vioomte de Talleyrand , le baron de Viomenil , le duc d'Ayen , le comte d'Aranda , sous le nom de baron de Gavin , le comte de Boisgelin , le chevalier d'Escars , le comte de Hesse-Darmstadt, le maréchal de Broglie, le comte de Lemos, le prince de Holstein-Gottorp, le comte de Creuss et le comte de Lauzun. Tous, en s'éloignant , témoignèrent et leur admiration et leur confiance dans l'issue de la guerre (1).
(i) Ce mouvement, s*il se raleuUl les années suivantes, ne cessa pourtant pas complètement, car rarchevèque de Toulouse , l'archevêque de Narbonne qu'accompagnait M"* de Dilion , le prince de Montbarey. ministre de la guerre , le comte de Vaux, commandant l'armée des côtes de Bretagne et de Normandie, et le comte d'Aranda, toujours sous le nom de baron de Gavin, vinrent à Brest en 4779. Ces deux derniers s'y trouvaient lorsque la SurvnUante rentra, le 7 octobre, après son glorieux combat contre le Québec^ et, comme les princesses de Bouillon et d'IIénin, ainsi que la comtesse de Lauzun, ils furent témoins de l'ovation dont du Couédic fut l'objet et des vives sympathies qu'éveillèrent' ses blessures et celles de ses officiers. Parmi les autres voyageurs de distinction attirés à Brest à cette époque , on peut citer |è comte do Mercy, le fermier général de la Borde, le prince et la princesse de Listenois (1780), le grandduc et la grande-duchesse de Russie , sous le nom de comte et de comtesse du Nord (1782). Quatre ans plus tard (7- 10 septembre 1786), ce fut le tour de M** l'archiduchesse Christine et du duc de Saxe-Teschen , son mari , gouverneurs - généraux des Pays-Bas autrichiens qui voyageaient sous le nom de comte et de comtesse de Belye, accompagnés du baron de SekendorfTct du général comte de Kempel.
Il y avait une ombre à ce tableau : c^était la grande quantité de malades, conséquence inévitable des combats livrés depuis le mois de juin. Entassés dans les salles du séminaire , bien insuffisantes » ils étaient ex{x>sés à être victimes moins de leurs blessures que de l'épidémie qui venait de se déclarer, et qu'il fallait ompécber de se propager. L'établissement d'un nouvel hôpital était, nous l'avons vu, à l'étude. Le 17 mai, un conseil , auquel avaient été appelés MM. Poissonnier-Desperrières et Ghoquet de Lindu s'était prononcé pour la reprise du projet d^à discuté, en 1764, de convertir en hôpital le couvent des Capucins ; mais on n'avait pas tardé à reconnaître que l'expropriation de cet édifice aurait été à la fois dispendieuse et peu utile. Y eût-on joint l'église qu'on n'aurait pu obtenir au plus que 180 lits placés dans des salles n'ayant pas les> dimensions voulues. Il n'y avait donc pas d'avantage assez marqué pour qu'on délogeât les Capucins qui n'auraient pu trouver à s'établir ni à Brest, ni dans les environs. On tenait, d'ailleurs, à les conserver, parce qu'ils rendaient de grands services à la ville , où le clergé séculier était peu nombreux , et de plus grands encore à la marine, à qui ils fournissaient des aumôniers. Toutes ces considérations firent abandonner le projet primitif, et l'on se borna (1779) à élever 4 salles ou barraques en pan de bois dans le jardin de l'ancien séminaire, et trois autres sur l'emplacement de l'hôpital incendié en 1776, en attendant sa reconstruction qui ne se réalisa qu'environ cinquante ans plus tard. Ces diverses salles et celles du séminaire lui-même s'étaient promptement encombrées de malades. On se décida à évacuer les convalescents, partie dans le couvent des Ursulines de Landcrneau , dont la location , ménagée par levéque de Léon, ne fut obtenue qu'à grand'peine,
partie à Ponlanézen, où M. Groignard estimait qu'une dépense de 300,000 livres permettrait d'établir 1,600 lits. En attendant qu'il en pût être ainsi , ce qui n'eut jamais lieu, les travaux exécutés en 1826 à Pontanézen n'ayant pas pennis alors de placer plus de 346 lits sur deux rangs ou 436 sur trois rangs , on éleva à la hâte des salles couvertes en chaume près des habitations des fermiers que l'on congédia. On se borna, pour le moment , à ces premières dispositions , commandées par l'urgence ; mais» en 1780 et 1781 , la marine acquit les terrains sur lesquels furent construites les trois salles qui , depuis , ont successivement servi d'hôpitaux , de l(^ement des chaînes de forçats avant leur admission au bagne et de casernes supplémentaires. Le seul autre travail dont on s'occupa en 1778, ce fut le commencement de l'excavation de la montagne sur l'emplacement de laquelle cm projetait d'établir de nouvelles forges dans le voisinage des bassins de Pontaniou. Ce travail fut exécuté par un détachement de mineurs de la compagnie de Gatelan que le ministre de la guerre mit à la disposition de la marine, à compter du !•' juillet.
Voilà tout ce qu'il fut possible de faire en dehors des travaux commandés par la guerre : construire des vaisseaux, les pourvoir de leur équipement et de leur matériel , tels étaient , tels devaient être les effets de la sollicitude, sinon exclusive, du moins principale de l'administration. Les vaisseaux neufs n'étaient pas destinés à remplacer uniquement ceux que les chances de la guerre avaient fait ou pouvaient faire perdre , mais ceux que leur vétusté condamnait à être promptement hors de service. C'était bien assez que le feu de l'ennemi et l'action du temps diminuassent nos ressources. Aussi le ministre fut -il fondé à blâmer
sévèrement la déplorable incurie qui , à cinq mois de distance, amena deux incendies dont le premier eut pour conséquence la destruction d'un vaisseau et d'une frégate, et l'autre faillit produire le même résultat quant à un second vaisseau.
Le 28 février 1779, M. de la Prévalaye, conunandant de la marine par intérim, fut prévenu que le feu avait pris au vaisseau de 64 le Roland , dans le port ; s^y étant rendu en toute hâte , il trouva ce vaisseau embrasé de Tavant à l'arrière ainsi que la fîrégate de 42 le Zéphir qui lui était amarrée. Gomme il ne fallait pas songer à sauver ces deux bâtiments , mais empêcher d'en perdre d'autres , on conduisit les vaisseaux le SairU-EsprU et le Duc-de-Bourgogne vers le fond du port, et l'amiral» où le feu prenait déjà, versTavantgarde.
Après ces opérations , que favorisèrent l'absence du vent et la marée dans son plein, on parvint à s'approcher du Roland et du Zéphyr dont les carcasses furent conduites et échouées sur le plateau de Recouvrance ; ils faisaient partie de la flotte qui , réunie , à l'armée navale espagnole, devait opérer sous les ordres du lieutenant-général d'Orvilliers. Le ministre témoigna son mécontentement de ce qu'on n'eût pas observé les articles 148 et 152 de l'ordonnance du 27 septembre 1776, d'après lerquels un officier devait coucher à bord de tout vaisseau en armement ; si cette prescription avait été suivie , on aurait pu arrêter ce sinistre à son début. L'incendie avait fait de tels progrés , quand on s'en aperçut, qu'il fut impossible d'en connaître la cause et d'y porter d'autres remèdes que ceux dont on usa.
Le dommage éprouvé le 13 juillet suivant fut d'une l>icn moindre importance. Le feu prit par Timprudcncc
de quatre chauffeurs qui n'avaient pas suffisamment surveillé des pigoulières tenant à un appentis adossé à la petite clouterie dont le quatrième bassin de Pontaniou occupe aujourd'hui une partie. Le soleil était très ardent et le vent fort- vif. Le feu se communiqua rapidement de la petite clouterie à un magasin adjacent qui s*enflamma d'un bout à l'autre. En moins de cinq à six minutes , ce magasin fut sacrifié. On s'attacha à préserver les édifices entre lesquels il était situé ; l'un d'eux était un petit pavillon qui n'avait aucune importance par lui-même^ mais qui en acquérait une grande, parce que , s'il avait brûlé , il aurait infailliblement communiqué le feu à la charpente du bassin couvert, où était alors le Royalr-Louis, aux trois -quarts achevé. Ce vaisseau aurait été consumé sans la promptitude, 0 l'intelligence et l'intrépidité de l'enseigne de vaisseau Siochan de Eersabiec, à qui le directeur du port dut prescrire, à deux reprises, mais inutilement, de ne pas s'exposer à une mort certaine. Louis XVI, que le commandant de la marine informa de son courage, le fit complimenter et lui offrit une récompense qui , sur la demande de M. de Kersabiec fut remplacée par l'admission de l'un de ses frères à l'école militaire.
Cette fréquence d'incendies dans le port éveilla la sollicitude des autorités locales qui adressèrent au ministre, le 28 juillet, un règlement déterminant les mesures à prendre pour prévenir ou arrêter les accidents de cette nature. Le ministre , en approuvant ce règlement, le 2 août , annonça la prochaine arrivée de M. Morat , directeur du service des pompes de Paris , qui avait mission de concerter avec le commandant et l'intendant de la marine l'exécution de ce règlement , dont il eut à faire application, dès le 4 octobre suivant, par les pompiers venus de Paris. Sans la promptitude
des secours apportés, la Madeleine ou Refuge royal aurait été la proie des flammes. Le feu qui s'était manifesté dans les greniers où couchaient les filles pénitentes fut circonscrit , mais on eut à regretter les blessures de trois des travailleurs.
On croyait en avoir fini avec les incendies; on se trompait. Le 1*' avril 1781 , vers trois heures de l'aprèsmidi , pendant que M. le comte d'Hector assistait an doublage du vaisseau VAt^if, il entendit crier que le feu venait de prendre au vaisseau la Couronne , peu éloigné. Une étincelle, produite par un clou qu'on chassait dans la soute aux poudres, avait mis le feu à une traînée, et il s'était propagé avec une rapidité telle qu'à l'arrivée de M. d'Hector les flammes sortaient par les sabords, et que, pour s'y soustraire, MM. Buor de la Gharoulière et de Kéréon, qui surveillaient les travaux , se laissaient descendre par une corde amarrée à la galerie du vaisseau , et que les ouvriers étaient obligés de sejeter à l'eau. Dirigées par MM. d'Hector et de Langeron, les troupes de la marine et de la garnison organisèrent de prompts secours qui ne purent pourtant sauver les hauts du vaisseau. Le vent soufflant très frais du N.-E., on reconnut que, ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de faire la part du feu pour préserver les bâtiments voisins. Grftce à la marée qui montait, on put, au moyen de grappins et de chaînes de fer , éloigner la Couronne de la corderie où les plombs de la toiture commençaient à fondre , et où deux trous furent pratiqués pour donner accès à Teau. Le vaisseau fut ensuite conduit et échoué du côté de Recouvrance, au-dessous de l'atelier de la grande mâture , vis-à-vis le hangar n** 2. L'échouage fut difficile. La Couronne ne commença à toucher qu'à onze heures et demie du soir, à 8 pieds du quai tout
au plus , et le feu ne fut complètement éteint que le lendemain , à huit heures et demie du matin. Le vaisseau était sur lest ; sa carène et son doublage furent sauvés , ainsi que la JBgure de l'avant.
Cette perte d'un si beau vaisseau , au plus fort de la guerre , fit une telle sensation en France et dans toute Tannée , que l'état-major et les bas-officiers qui ' le montaient offrirent spontanément de contribuer à sa reconstruction. Ils firent , en outre , appel à leurs camarades de Tannée de terre (régiment de la Comronné) qui avaient combattu à leurs côtés à la journée d*Ouessant. Même appel fut adressé au régiment de Touraine qui » lui aussi , avait été embarqué sur la Couronne, et avait pris part aux trois combats soutenus par ce vaisseau, en Amérique, dans Tescadre de M. do S Guichen. Les soldats de marine qui avaient spontanément offert de travailler gratuitement à la refonte du vaisseau, virent avec regret que leur offre ne pouvait être complètement accueillie. M. le comte d'Hector n'accepta qu*un homme de chaque compagnie et un sous-offlcier de chaque grade par jour. Ils se mirent à l'œuvre dès le 16 avril. « Leur fortune, écrivait M. d'Hector à cette occasion, dépendrait de ce travail qu'ils n'y mettraient pas plus d'activité (1). »
Vers cette époque , M. de CJastries, qui avait succédé à M. de Sartine le 14 octobre 1780, vint à Brest. Pendant son séjour, il reconnut les grands avantages quç la marine aurait tirés de la possession du Parc-ar- Meazou et du château, inutile à la défense de la ville.
(1) Le vaisseau de 80 la Couronne, conslruil en 1766, par Sané, sur les plans de Groignard, avait participé au combat d'Ouessant et ensuite k la croisière du lieutenant-général d'Orviiliers sur les cAtes d'Angleterre. Réparé, après Vincendie du i*' avril, il sortit du bassin de Pontaniou le 4 août suivant.
La place du château actuelle et la rue Duguay-Trouin présentant une surface de 3,309 toises carrées, Tune et l'autre, par leur situation et leur étendue, aurs^ent permis d'y reporter , en les espaçant suffisamment , plusieurs des établissements du port où ils étaient entassés les uns sur les autres, notamment ceux du "parc aux vivres, et d'y bâtir un hôpital. Les grands armements effectués depuis le .conmiencement de la guerre , le séjour sur rade des flottes combinées de France et d'Espagne, au nombre de plus de 300 bâtiments de tout rang , la rentrée imprévue des vaisseaux après un combat ou une croisière devenue trop fatigante pour des équipages malades avaient mis en évidence l'insufllsance des établissements à terre. La J^ prolongation do la guerre ne fit que la démontrer de plus en plus, puisque 1,200,000 livres furent dépensées en pure perte par la direction des vivres, en location , à Morlaix , Landemeau , etc., de magasins mal aérés oii les blés subissaient une détérioration qui, ajoutée à l'insalubrité des soi-disant hôpitaux dans lesquels on dissémina les marins , contribua à la mort de 10,000 d'entre eux.
Parti de Brest avec la ferme résolution de remédier à ce fâcheux état de choses , M. de Gastries jugea que nul n'était plus propre à réaliser ses projets que M. de Laporte, qui les lui avait en grande partie suggérés, et dont il avait apprécié l'aptitude dans maintes conférences. Il l'appela près de lui quelques mois après (1) et le remplaça (17 novembre 1781) par M. Guillot , commissaire général à Bordeaux.
(1) Laporte (Arnaud de), fils d'un commissaire de la marine et de Marie-Anne Pellerin , né le 44 octobre 4737, à Versailles (alors diocèse de Paris) entra dans la marine comme petit commissaire en 1756. Nommé commissaire ordinaire le 27 janvier 4738, il dirigea,
Il n*y avait pas trois mois que ce dernier avait pris possession de ses fonctions qu'un nouveau sinistre vint jeter l'alarme dans le port et dans la ville. C'était l'incendie de la Madeleine ou Reftige royal qui fut entièrement consumé le 12 février 1782. (Voir V Appendice du tome P'., g 19.)
Des divers travaux arrêtés dans la pensée de M. de Gastries , le plus urgent était la réparation du bassin du côté de Brest (Appendice^ g 18); elle commença le 17 février 1782, et le 21 juin suivant M. Guillot adressa les plans de l'Observatoire {Appendice, g 19) dont M. de Gastries avait reconnu l'utilité et qu'on projetait d'élever sur un terrain appartenant, en partie aux dames de l'Union chrétienne , en partie à M. Le Normand, maire de Brest , terrain dont l'acquisition ne fut con- -' sonmiée que le 27 mars 1783.
Lorsque ce terrain fut acheté , la guerre avait cessé depuis deux mois. La nouvelle reçue à Brest , le 21
à Calais et à Boulogne, en 1760, Tarmement d'une flotlille destinée à agir contre TAnglelerre. Contrôleur à Brest, depuis le i*' septembre 1766, il se retira du service de la marine avec des témoignages de satisfaction, le 1" septembre 1770, pour exercer une charge de maître des comptes h Paris. Rentré dans la marine et nommé commissaire général à Bordeaux, le !•* janvier 1771, il devint intendant au port de Brest le 9 novembre 1776, et quitta ce poste au mois de novembre 1781 pour aller prendre , h Paris , avec le titre d'intendant général de la marine , la direction des affaires de ce département, sous les ordres supérieurs de M. de Gastries. Intendant de la liste civile de Louis XVI , de 1790 au 10 août 1702 , il resta près de ce prince, dans cette journée, futarrèté le 13 et traduit le 23 devant le tribunal extraordinaire institué après le 10 août pour juger ceux qu'on accusait d'avoir conspiré en faveur du Roi. Après un interrogatoire qui dura le 23 , la nuit suivante et la matinée du lendemain, interrogatoire où la noble franchise de ses réponses embarrassa ses juges, il fut condamné à la peine de mort, qu'il subit avec courage. (Notes de M, Guichon de Grandpont, commissaire général de la marine.)
jisaivier, de la signature des préliminaires de la paix y avait été accueillie avec une Joie t[ui, trois semaines après , se reproduisit dans toute son intensité lors de l'inauguration du portrait de Louis XVI que ce prince venait de donner à la marine (1). Laissons M. le comte d*Hector , commandant de la marine , raconter luimême les détails de la cérémonie : « Le jeudi, 13 février, tous les différents corps se sont rendus à deux heures et demie chez le commandant de la marine ; il avait donné ordre de faire sonner, à une heure , la cloche du port pour la sortie des ouvriers du travail, afin de leur procurer le plaisir de voir leur maître qui, posé sur des brancards couverts d'un dais de damas cramoisi , à crépines d'or, était placé dans le vestibule du magasin général de la façon la plus favorable pour être aisément contemplé. A trois heures , MM. les officiers généraux et commandants, les différents corps et la magistrature , à la tête du nombreux cortège rassemblé , se sont mis en marche entre deux haies de troupes pour se rendre au port. De la grille au magasin général , les seules troupes de la marine formaient les haies. Malgré cette affluence de monde, à la vue du tableau , un silence respectueux règne et donne à M. Tabbé Béchennec , aumônier du Roy, la facilité de faire entendre une harangue courte , mais éloquente; elle cesse avec applaudissement. L'ordre est donné pour la sortie du portrait de Sa Majesté , porté par douze fourriers de la marine. Quatre des principaux maîtres du port tenaient les cordons pour éviter qu'un temps affreux qu'il faisait alors n'eût causé quelque événement fâcheux. Un trait assez singulier,
(i) Déjà, au mois de février 1778 , Louis XVI avait envoyé son portrait ; il avait été placé à Fh^tel du commandaut de la marine dans la salle du conseil.
qui n'a échappé à personne, est celui qu'au moment où Sa Ms^esté fait le premier pas, la pluie cesse, le vent de N.-O. chasse les nuages, le soleil parait et continue pendant le trcyet.
« Alors les batteries de la marine commencent le salut qui à peine est entendu par les acclamations répétées de : Vive le Roy ! A la sortie de la grille, le feu de rartillerie de la place se joint à celui de la marine, une marche lente au bruit du canon, aQi&ibli par celui de la reconnaissance, laisse à l'œil avide du citoyen le temps de voir son Rôy qui veut bien se donner pour récompense à sa marine. A quatre heures, il est entré dans l'hôtel ; un second salut de canons de terre avertit gue la jouissance cesse^ mais que le souvenir du bien^ fait reste. Un quart-d*heure apxès , il est mis en place dans la grande salle de compagnie de l'hôtel ; une troisième salve en avertit. A droite et à gauche de la balustrade qui l'entoure, deux gardes de la marine sont mis en faction. La plus grande partie des dames de la marine et de la ville attendaient avec M"^ la comtesse d'Hector l'arrivée du portrait. A cinq heures, le bal commence. A huit heures, un feu d'artifices, tiré sur la terrasse de l'hôtel , varie les plaisirs. A dix heures , un grand souper donne un repos nécessaire ; le bal renaît après et dure jusqu'à sept heures. »
La cessation des armements permit au ministre de s'occuper de l'amélioration du service médical. Malgré les vicissitudes qu'elle avait subies, l'école d'anatomie, organisée en 1740, formait de bons chirurgiens; mais jamais on n'avait rien fait pour se procurer de bons médecins. M. de Castries, qui s'était convaincu, sur les lieux, de la nécessité de joindre une école de médecine à celle de chirurgie, envoya à Brest, dès le mois de février 1783, M. Dubreuil , pour établir la nouvelle
école dont il confia la tiircction à MM* Elle de la Poterie et Sabatier, premier et second médecins- Sur la proposition de M. Dubreui) , il nomma quatre élèves à 800 livres d'appointements, — trois d'entre eux étaient docteurs de la faculté de Montpellier, — promit d'en nommer bientôt quatre autres, et institua des cours (1), des concours et des prix.
Quant aux grands travaux projetés ^ deux causes concouraient à les faire ajourner : Tinsufllsance de fonds pour Texercice 1783, la liquidation des armements devant en absorber la plus grande partie , et l'impossibilité de rien entreprendre avant la cession du Parc-au-Duc, où Ton devait d'abord faire des excavations pour obtenir à niveau de quai , sur le front nord du château, l'emplacement nécessaire aux magasins des vivres» On se borna donc, pour cette année, à continuer la réparation de la forme du coté de Brest qui fut terminée au mois d'avril ; à convertir en une caserne pouvant contenir 1,600 hommes le couvent des Ursulines do Landerneau, dont il fallut renouveler le bail , le prix de vente demandé étant exagéré ; à établir le jardin du Point-du-Jour ; à réparer quel-
(1) Ces cours cûtnmcncL'rent en ITSl, Eu voici le programme, tel qu'il fut déliniLivcmcot r^glÉ par le ministre^ le 29 mai 1784, d'après le plan proposa par IL Billard*
Du 1" octobre au 1" février. — Coun d'awatomw. — Al, Durct, diirUTgten-major de la marine, démonslrateur d^analomie.
Do 1" février au 15 mars* — Cfmrs d'opérations. — M. DilUrd.
Du 15 mar& an V mai. — U. de la PolcrJc , démonstrateur. Cour* de physiologie, — L'elcve qui aura remporté le premier prii* DémonsiratiQn^ anufomiçue^ pat forme de récapitulation.
t" mai au 15 juilIeL — M* Sabalier (le soir). Cour* dt pathologie Jiiédicale. — U. lïillard (le matin), Cours de bandages et de ff\aladie& des oï.
15 juillet au 1" septembre. — M. Uruâlc (le matin). Cour^ de matière médicale. — M. Amie (le soir). Cour* de botanique,
1*' septembre au 1" octobre. — M* Ccsnouin. Cours de chimie.
ques parties de quai ; à refaire entièrement celle qui règne entre Bordenave et le hangar de la mâture ; à terminer le mur de clôture du bassin de Brest , et à commencer les fondations du bâtiment de la serrurerie , au fond de ce bassin , ainsi que les excavations au moyen desquelles on a obtenu la cour du magasin général. Kxécuté par le détachement de mineurs que le ministre de la guerre avait mis ^ en 1778, à la disposition de la marine, ce dernier travail avait un double but, isoler le magasin général et se procurer un espace où Ton pût lui donner l'extension qu'il réclamait. Il devint très vraisemblablement la cause de l'incendie qui, le 3 juillet 1784, consuma la poulierie, située entre le magasin général et la voilerie. Le feu se déclara à 7 heures du soir ; c'était un jour de foire et conséquemment de grande affluence en ville. Aussitôt qu'on eut donné avis de ce nouveau sinistre ^ on sonna la cloche du port et l'on battit la générale dans tous les postes, aux casernes de la marine, dans la ville et au château. En moins d'une demi-heure , la toiture de la poulierie fut complètement embrasée. Dans les premiers moments on eut beaucoup de peine à se procurer de l'eau , la mer étant basse ; puis les manches des pompes se trouvant trop courtes, une chaîne fut établie et des pompes placées sur la montagne de Kéravel , dominant la poulierie. En même temps , on sauvait une partie des toiles à voiles, des poulies et du bois de gayac, renfermés dans le maijgasin qui brûlait. Malgré l'activité des secours portés par plusieurs milliers de personnes qui se gênaient plus qu'elles ne s'aidaient, on reconnut l'impossibilité de sauver la charpente intérieure de la poulierie , et l'on s'attacha à empêcher le feu de communiquer au magasin général et à la voilerie. La faiblesse du vent fut d'un
gmad secours ; on maçonna en touie hftte et Von garnit de feuilles de cuivre les fenêtres et les pertes du magasin général les plus voisines ; on fit de mém k la voilerie, où Ton coupa le pont au moyen duquel elle communiquait à la poulierie. Un grand nombre d'officiers et de soldats de marine postés sur les toits dirigeaient les pompes sur les édifices voisins delà poulierie et parvinrent ainsi à les soustraire à l'action du feu , de telle sorte que la perte se réduisit à celle de la charpente de ce dernier bâtiment et d'une partie du matériel , perte évaluée à 150,000 livres. Cet incendie fut attribué à la projection d'un tampon de mine sur la toiture delà poulierie, déjà ébranlée et crevassée par les mines antérieures. On ne s'en était pas aperçu, et l'on ne s'était pas imaginé qu'il eût pu en être aii»si; ce qui confirma cette conjecture, ce fut l'appcuition du feu en face de ces mines dans un grenier où personne n'allait (1).
Au mois de septembre suivant, M^ Le Roy, de l'Académie des sciences , vint armer de paratonnerres les édifices du port. Après un séjour d'environ six mois, pendant lesquels il en fit placer 140 , il partit, laissant à M. le comte d'Hector des instructions pour guider ceux qui en placeraient à bord des vaisseaux. En 1785, l'opération commencée par M. Le Roy fut continuée par M. Billaux , que l'Académie des sciences employait à la confection des paratonnerres. Cette même année, on fit l'acquisition de terrains et de maisons pour agrandir le jardin botanique , ainsi que de deux autres maisons , celle qui , jusqu'à la suppres-
(i) La reconstruction de la poulierie, évaluée à 90,000 lifres, commença immédiatement ; elle forma plus tard la partie du magasin général incendiée dans la nuit du 8 novembre 1861 , et reconstruite, pour la pins grande partie, en fer.
sion du bagne, a servi de caserne aux gardes-chiourmes (1), et celle qui, après avoir été long-temps habitée par le conmiissaire du bagne, a reçu diverses destinations successives ; enfin , de Tanse Saupin {Appendice , g 20).
Ce furent là les derniers actes de Tadministration de M, Guillot (2), remplacé le 8 mai par M. Redon de Beaupréau (3). Quand ce dernier prit possession de ses fonctions, M. le comte d'Hector avait entamé avec
(i)Ce n'élailqu*une forge qui fut immédiatement exhaussée d'un étage.
(î) Guillot (Frédéric-Josepb), ûls d'un commissaire général de la marine à Saint-Halo, et de Marie-Jeanne Lheureux de FoUeville, né à Versailles le 17 juin 1736 , marié à Marie- Adrienne Tirol, se relira du service le 18 mai i7S5, avec une pension de 10,000 livres sur le trésor royal, et une de 1,000 livres sur les Invalides. Il reçut en même temps une graii6cation de 6,800 livres. Nommé commissaire civil à Cayenne, le 3 juin i792, il fut fiait prisonnier par les Anglais lorsqu'il revenait de cette colonie, et n'ayant plus d'asile en France , oà presque toute sa famille avait péri sur Téchafaud de la terreur, il se rendit k la Martinique , y résida jusqu'en i802, revint alors en France et y mourut le 31 mai 1813. (Noies de M. Guichon de Grandpont, commissaire général de la marine.)
(3) REhon DE BEADPRfiAU (Jeau-Claude), fils d'un avocat, né en i737, était commissaire général à Rocbefort, lorsqu'il fut nommé intendant à Brest, où il en exerça les fonctions jusqu'au 23 octobre 1792. Maintenu comme ordonnateur par l'organisation de ce jour, il fut destitué par arrêté du comité de salut public du 23 août 1793. Incarcéré , il ne recouvra la liberté qu*après le 9 tbermidor, fut nommé agent maritime par arrêté des représentants du peuple Trébouart et Faure , et chargé , le 30 pluviAse an UI, d'une mission que le comité de salut public confirma, le 25 ventôse suivant, et après laquelle il remplit, du 14 messidor an III au 16 brumaire an IV, les fonctions de commissaire de la commission de la marine et des colonies. Admis à la retraite le 1*' germinal an IV, il reprit du service après le 18 brumaire, et fut successivement conseiller d'Ëtat, président du conseil des prises, comte, sénateur, pair de France et commandeur de la Légiond'honneur. Il moufut k Paris le 5 février 1815. {Notes de M, Guichon de Grandpont , cofnmissaire général de la marine,}
les chefs militaires des conférences où MM. de Langeron et Duvigneau , pour le département 4e la guerre , consentirent à Tabandon du château en échange de l'ancien séminaire. Jusques-là c'était fort bien; mais le château renfermait des casernes , une salle d'armes, un magasin d'artillerie et les logements de l'état -major, qu'il fallait remplacer du côté de Brest. Après bien des tâtonnements , M. d'Hector et M. le commissaire général Prévost de Langristin doat il s'était fait assister, recoimurent la nécessité d'ajouter à la cession du séminaire , celle du terrain de l'observatoire projeté. Telles furent les bases posées dans la conférence du 2! juin 1785, bases dont M. le comte d'Hector demandait la sanction immédiate, « parce que, disait-il à M. de Gastries, dans sa lettre du 22, je prévois que si vous attendez l'exécution du projet qui a pour but l'agrandissement de la ville de Brest m moyen d'une nouvelle enceinte, de long-temps le port n'acquerra le local qui lui est nécessaire. » Un ordre du Roi, du 25 août de la même année, réalisa les vœux du ministre et de l'administration du port, en prescrivant la remise du château à la marine^ remise qui ne pouvait toutefois être immédiatement exécutée. En prévision de ce résultat plus ou moins prochain, M. de Gastries avait fait dresser par M. Groignard le plan d'une nouvelle distribution des établissements de l'arsenal, plan que cet ingénieur lui avait remis, le 18 février, avec les mémoires à l'appui, et il avait chargé M. de Blaveau, ancien major du génie, des études qu'exigeaient les établissements projetés sur le Parc-au-Duc. La nécessité de se procurer un volume d'eau qui put satisfaire à tous les besoins d'un service des vivres, détermina M. de Blaveau à commencer ces études par la recherche des sources voisines de Brest qui pour-
raient le fournir, et cette recherche le conduisit à un résultat très peu différent de celui que la ville a obtenu il y a environ dix ans, lorsqu'elle a fait conduire, pour ses propres besoins , les eaux de Poul-ar-Bachet à Brest. Par les nivellements auxquels il se livra, M. de Blaveau constata que les eaux qui prennent naissance au haut du vallon de la Grivardière étaient susceptibles d'être réunies à Kerjean , et supérieures de 79 pieds au sol du château , et que celles qui prennent naissance dans leVallon de Poulic-al-lor avaient 100 pieds de supériorité. La position respective de ces sources bien déterminée, il les considéra, sous le rapport de leur cheminement, également possible. Il se détermina toutefois pour les sources de Poul-ar-Bachet, quoiqu'elles fussent de 350 toises plus éloignées que celles de Kerjean , parce que le volume d'eau de ces dernières , jaugées à 12 pouces environ , était de moitié moindre que celles de Poul-ar-Bachet, et que les temps de sécheresse réduiraient les premières à 7 pouces, tandis que celles de Poul-ar-Bachet fourniraient encore alors de 15 à 16 pouces. En supposant, vu les pertes inévitables occasionnées par la réunion des sources, que leur volume, dans les plus grandes sécheresses, fût réduit à 12 ou 13 pouces, on aurait encore été assuré de faire parvenir à leur destination 1,092 barriques d'eau en 24 heures, quantité excédant de beaucoup la consommation journalière du service des vivres que M. de Blaveau évaluait à 400 barriques, la boulangerie fût-elle dans la plus grande activité, et offrant un excédant quotidien de 600 barriques qui aurait pu former ainsi ime aiguade pour les vaisseaux. Ces considérations et l'avantage de n'avoir pas à désintéresser les propriétaires des nombreux lavoirs existant dans le vallon de Kerjean, ne permirent pas
à M. du Biaveàu d'hésiter. Prenant l'eau à la source de Poul-ar-Bachet, il lui faisait longer, sur un développement de 1,500 toises, le coteau de droite de Poulic-al-lor jusqu'au point inférieur à celui de son origine sur le plateau qui sépare ce vallon de celui de la Grivardière, où la conduite se brisait en angle pour aller directement par les revers opposés de ce plateau aux sources de Kerjean. De là la conduite se dirigeait par une ligne sinueuse que nécessitaient les accidents du terrain , traversait les fortifications en dedans des remparts, et aboutissait au point où se trouve actuellement le château d*eau établi au haut de la rue Vol- UÀre d'où elle se prolongeait jusqu'au château d^eau projeté à l'extrémité supérieure du cours Dajot , vis-àvis le corps-de-^rde de la poudrière. Là on était à 70 pieds au-dessus du point zéro des sources de Poul-ar- Bachet, et à 30 seulement au-dessus du sol intérieur du Parc-au-Duc, ce qui donnait une différence de 100 pieds ou un quinzième de pente entre les deux points extrêmes.
Pendant que» M. de Blaveau se livrait à ces études, on terminait le bâtiment de la serrurerie. Cet édifice se construisait sur les plans de M. Blondeau, qui avait succédé à M. Choquet de Lindu, admis à la retraite l'année précédente. D'une architecture plus artistique que les autres constructions exécutées jusqu'alors dans le port de Brest, il a la façade décorée de pilastres et d'un entablement d'ordre dorique ayant pour soubassement, au rez-de-chaussée, une galerie en arcades. Il était élevé jusqu'à la première corniche , quand arriva M. Redon, qui demanda la suppression de l'entablement formant, disait-il, une ornementation qui aurait écrasé les édifices voisins. Celte raison ne fut pas goûtée du ministre, qui prescrivit de passer
oub^, l'économie qu'aurait procurée l'adoption de la demande de M. Redon devant avoir pour conséquence d'offirir 6 l'œil une façade incorrecte et disgracieuse.
En 1786, il y eut stagnation dans les travaux. Au commencement de Tannée suivante , on acheta de M"" de Garné la maison qu'occupe aujourd'hui le bureau des Armements qui, avec ceux des Revues et des Fonds, était placé à l'hôtel d'Aché, où l'on transféra l'Intendance que M. Trouille appropria à sa nouvelle destination^ en l'augmentant, comme nous l'avons dit précédemment, d'une aile et d'une chapelle. L'ancienne Intendance dont l'état rendait l'habitation compro^. mettante, fut alors démolie. On commença à la même époque le rétablissement d'une pculie des fours de la boulangerie dont M. Vander-Brocq, mécanicien , envoyé de Paris, dirigea l'installation jusqu'à leur entier achèvement dans les premiers mois de 1789,
Les pourparlers entre les ministres de la marine et de la guerre faisant regarder comme certaine la cession du château, la marine préluda aux travaux qu'elle se proposait d'y exécuter en posant, an mois de mars 1787, sur une longueur de 28 toises, les premières assises du quai entre la machine à mater et la batterie de la Rose. Le rocher ne se prêtant pas à l'alignement , on plaça des pilotis et des grillages dans les endroits où l'on ne parvenait pas à rencontrer le solide. La continuation du travail ayant démontré l'impossibilité de gagner sur la mer, M. d'Hector demanda la remise immédiate de la tour de Brest , servant alors de poudrière, en faisant observer qiïe cette remise, qui ne mettrait nullement la place à découvert, permettrait de donner au quai plus de largeur. « La moitié du quai du château, que vous avez prescrit de fttire cette année touchant au moment d'être achevé, disait-il, le 9 juillet,
j'ai vu que c*était ceiui de donner un nouvel assaut à cette tour, si vigoureusement défendue. ï Eu attendant la remise de la tour, on démolit, après avoir évacué les poudres qu'elle contenait, la partie de sa base qui faisait surlcport* Le quai putalors être continué, et en même temps on commença, sous les yeux de M, Molinos» architecte de Paris, à qui Ton devait déjà la couver* ture de la halle de celte ville^ la cale couverte qui fut établie vis-à-vis du bureau actuel des travaux , et dont nous avons vu démolir de nos jours la toiture ainsi que les piliers. L'approbation des plans de cette cale fut le premier acte du ministère de M. de Montmorin. Venu à Bre^tj le 29 septembre 1786, avec Tintcndant de la province , il y avait passé onze jours, que M. Redon avait employés à lui montrer en détail tous les chantiers et ateliers , pendant que Tintendant s'occupait des alTaires do la ville, de Torganisation de sa police principalement. M. de Montmorin, qui avait alors témoigné beaucoup d'intérêt pour la marine, voulait le lui prouver, mais il n'en eut pas le temps. Nommé ministre le 25 août , il fut remplacé > le 25 décembre , par M* de la Luzerne*
Le 17 janvier suivant (1788), le nouveau ministre conclut avec M* le comte de Brieniie, minisiro de la guerre, une convention par suite de laquelle le Parcau-Duc faisant partie, k l'ouest et au nord , des ouvrages extérieurs du château, fut remis à la marine (avril 1788), en altendant que l'ordre du Roi du 25 août 1785 put recevoir sa complète exécution , c'est-à-dire, jusqu'âc o que les magasins, casernes et logements, à l'intérieur du château, devinssent disponibles. Six jours après commencèrent les travaux dont on s'occupa presque exclusivement pendant les cinq années suivantes-, puisque, pendant cette période, on ne fil que
continuer la cale couverte ainsi que les forges de Pontaniou terminées en 1790 seulement , et exécuter une partie du mur de clôture du port à Bordenave, qui n'a été achevé que de nos jours.
Le premier acte de propriété exercé par la marine sur- le Parc-au-Duc » fut la démolition d*un bastion et de divers autres ouvrages. On continua les excavations entreprises pour obtenir l'emplacement du quai en cours d'exécution, et elles se prolongèrent ensuite sur une plus grande profondeur entre la batterie de la Rose et la tour de Brest, afin qu'on pût avoir à niveau de quai l'emplacement nécessaire à un grand magasin pour les vivres. Commencés le 1" mai 1788, les travaux exécutés sur les anciennes dépendances du château furent les suivants ; l"" le quai dont il a été parlé ; 2*' son entrée par derrière la machine à m&ter ; S"" une coquerie pour les équipages des vaisseaux dans le port ; 4'' la batterie casematée , dite de la Rose , pour 20 pièces de canons, avec ses dépendances ; S*" la batterie à haute barbette, dite de la Rade^ pour 16 pièces de canons et quatre mortiers ; 6« les fondations , sur une longueur de 230 mètres, de la jetée de l'ouest du port de commerce dont l'établissement , à Porstrein , avait été arrêté {Appendice, g 21).
Ces divers travaux furent successivement dirigés par MM. deBlaveau, Desfours, lieutenant-colonel du génie, et Trouille, ingénieur de la marine ; ils ne furent interrompus qu'à l'époque où ce dernier fut jeté dans les cachots du tribunal révolutionnaire (19 nivôse an II, 8 janvier 1794), et au moment où il allait commencer la courtine destinée à relier la batterie de la Rade à celle dela/Î05e,ainsi qu'un quai, avec cale, qui devait régner au-dessous afin d'encaisser cette partie du port (1).
(1) La mariDe, bien qu'elle Q*ait rien donné au déparlement
Aucun fait digne de remarque ne s*était passé deimii 1788, si ce n*est la visite du port, dans le courant di cette année , d'abord par le duc de Chartres (depuis Louis-Philippe), ensuite par les ambassadeurs de Tip* pou-Saheb.
Le duc de Chartres , accompagné de 22 peraonnaii du nombre desquelles étaient ses deux frères, le duc da Montpensier et le comte de Beaujolais , ainsi que leor gouvernante , M"*^ de Sillery (plus tard de Genlîs), arriva le 10 août, vers deux heures de raprés*midi, sans avoir été annoncé. Informé qu'il était descendu avec sa suite à Thôtel de VEmpereur^ M. de la Porte* Vezins, commandant de la marine par intérim, rassembla en toute hâte le plus d'officiers qu*il put pour aller lui faire visite. Le prince était déjà dans le port dont M°^ de Sillery avait foreé la consigne , ce qui valut au suisse et au sergent de garde leur envoi en prison, peine dont remise lui fut faite, le lendemain , à la demande du prince.
M. de la Porte -Vezins l'ayant rejoint, le conduisit dans les ateliers et lui montra le vaisseau les États-de- Bourgogne , alors en chantier. Le soir, il accompagna les princes au spectacle, où ils furent très applaudis, et ne restèrent qu'un quart d'heure , et le lendemain , après que le corps de la marine eut été présenté au duc de Chartres, il partit par Lanvéoc pour aller à
de la guerre en échange du Parc-au-Duc, y possède le magasin qu'elle a fait établir en 1814 au nord de la tour dite de César, le sémaphore construit en 1828 et le parc à charbons obtenu au moyen de l'excavation du rocher au sud du Parc -au- Duc; la limite du terrain qui lui est attribué est tracée par la crèle de Tcscarpcment du rocher et l'enceinte murée parallèle à la batterie de la Rose. La partie supérieure du Parc-au-Duc, la batterie de la Rose et la rue qui la sépare du parc à charbons, jusques et y compris le corps-de-garde, appartiennent au département de la guerre.
Lorient , de là à Nantes , et retourner à Paris par la levée de la Loire.
Le séjour des ambassadeurs indiens fut plus prolongé. En 1787, à leur arrivée en France , on avait fait pour les recevoir à Brest de grandes dépenses que leur débarquement à Toulon avait rendues inutiles. Pendant leur séjour, qui dura du 18 octobre au 11 novembre 1788, M. le comte d'Hector, commandant de la marine, s'attacha à leur montrer tout ce qui pouvait piquer leur curiosité et leur inspirer une haute idée de la puissance navale de la France. Il les conduisit dans les ateliers , à une séance de TAcademie de la marine où Ton fit devant eux des expériences d'électricité; à un spectacle composé de l'opéra d^Azémia, ou les sauvages , et du Maréchal des logis , pantomime ; au lancement du vaisseau le Duguay- Trouin , retardé depuis un mois à leur intention ; au mâtage et au démâtage d'un autre vaisseau ; au carénage d'une frégate, etc. Leur départ fut salué avec joie par les autorités locales fatiguées de leurs exigences et de leurs caprices plus étranges les uns que les autres (1 ). Ces fêtes toutes pacifiques allaient bientôt être remplacées par d'autres, expression de Tagitation causée par les événements politiques qui se succédaient coup sur coup. L'administration locale , comme nous le verrons dans le troisième volume de cette histoire , n'était , ne pouvait être occupée que d'une chose , contenir un mouvement dont les manifestations faisaient redouter des périls d'autant plus diflaciles à coiyurer, qu'elle était impuissante, abandonnée qu'elle fut à elle-même par les six ministres, MM. de Fleurieu, Thévenard,
(1) Voir, pour plus de détails, noire Nolice Insérée dans le t. III du Bulletin de la Société Académique de Brest, sous ce titre : U$ ambassadeurs de Tippou-Saheb à Brest en 1788.
de Lessart , Bertrand de Molleville , Lacoste et Dubouchage qui, du 24 décembre 1787 au 10 août 1792, eurent en mains le portefeuille de la marine. La monarchie expirante ne put rien faire désormais pour le port de Brest. Il en fut de môme sous la république, puisqu'elle ne fit exécuter d'autres travaux que la grille de l'arsenal avec le corps-de-garde sur le quai Jean-Bart » la batterie d'école avec ses dépendances à la Pointe et le petit kiosque en bois qui servit pendant quelques années d'observatoire. L'absence complète de fonds ne lui permit même pas d'entretenir les édifices de l'arsenal. Aussi, quand M. Gaffarelli prit possession de ses fonctions de préfet maritime le 22 thermidor an Vlli, ne put-il , quelque désir qu'il en eût, réparer le désordre causé par les dix années qui venaient de s'écouler. C'était au point qu'au mois de brumaire suivant, M. Sganzin» alors directeur des travaux maritimes, faisait connaître que les cales, les quais et les édifices étaient dans un tel état de dégradation qu'une somme de 800,000 francs était indispensable pour les réparations les plus urgentes. Quand M. Tarbé de Vauxclairs lui succéda , au mois de messidor an X , la direction des travaux maritimes n'employait que 73 ouvriers de diverses professions. Dans un voyage qu'il fit à Paris, au mois de germinal an XI, M. le préfet Gaffarelli, qui avait précédemment réussi (3 vendémiaire an X) à faire transférer de Paris à Brest l'école du génie maritime , obtint une allocation de 40,000 francs par mois pour la réparation iomiédiate des cales qui tombaient en ruines : < J'ai carte blanche pour excaver, bâtir, réparer les charpentes en grand, faire le hangar du Saiou , etc., » écrivait-il, le 23 de ce mois, à M. Tarbé de Vauxclairs. Le gouvernement no l'avait pas bercé de vaines promesses. Le Premier
Consul , auprès de gui il avait chaleureusement plaidé la cause du port , prit , dès le 3 floréal^uivant , deux arrêtés présageant un rétour à Tactivité qui avait signalé les quinze premières années du règne de Louis XVI. Le premier était ainsi conçu : « La quatrième forme couverte du port de Brest, à la suite du premier bassin, du côté de Recouvrance, sera construite, et tous les travaux dirigés de manière à être terminés dans le courant de l'année. Il sera mis à cet effet un fonds spécial de 100,000 francs par mois à la disposition du ministre de la marine pour être uniquement employé à cet effet. » Le second arrêté portait : « Tous les terrains compris à Brest entre la rivière et l'ouvrage à corne de Quéliverzan seront achetés par la marine , ainsi que ceux qui seront nécessaires pour fermer l'arsenal du côté du Bouguen , en continuant le mur jusqu'au bastion d'Artois ; 2*» une chaîne sera établie pour fermer la rivière entre le bastion d'Artois et le corps voûté de l'ouvrage à corne de Quéliverzan, de manière que lé port de Brest soit entièrement fermé de ce côté. » Une lettre de M. Sganzin, du 9 floréal, et une dépêche ministérielle du 12 du même mois, jointe aux deux arrêtés qui précèdent , annoncèrent que l'intention du Premier Consul était, en outre, de faire construire quatre nouvelles formes ou bassins dans l'anse du Moulin -à- Poudre, et six cales dans les endroits du port qui seraient jugés les plus favorables à cette espèce d'établissements. Les travaux , commencés immédiatement, furent brusquement suspendus. Le Premier Consul avait visité Anvers au mois de Messidor an XI , et, dès le 2 thermidor suivant , il avait ordonné d'y créer un port. Le 22 du même mois, le gouvernement avait indéfiniment ajourné la conôtruction des quatre nouvelles formes projetées. Brest H 14
fut désormais mis à Técart jusqu'à la chute de l'Empire^ dout racle le plus signiiîcatif en sa faveur fut rétablissement , sur le vaisseau le Tourville , d'une des écoles spéciales de marine créées par le décret du 27 septembre 1810 (1). De 1803 à 1815, on se contenta, en efTet, d'achever la clôture du port du côté de Bordenave, de clore le parc d'artillerie de la Pointe et le parc des vivres, au moyen d'un mur ayant 440 mètres de déve* loppement (1804) ; de placer (1805) la grille qui sépare ces établissements du quai Jean-Bart ; enfin de construire la levée et la maison d'arrêt de Pontaniou.
La clôture du port, du côté de Bordenave, exécutée vers 1784, n'était qu'apparente , car elle était en con* tact , en divers endroits , avec des propriétés privées dont plusieurs avaient conservé sur le port des droits de servitudes tels que ceux de vues droites. La marine ne pouvait donc exercer la surveillance nécessaire pour prévenir les vols et les incendies que favorisaient de tels voisinages. Il y avait, d'ailleurs, aux extrémités de l'arsenal, quelques parties ouvertes qu'il importait de clore. Il fut remédié à tous ces inconvénients par l'isolement du port sur les deux rives , depuis l'avantgarde jusqu'à l'arrière-garde , sauf quelques lacunes d'une surveillance facile.
Sous le nom de Levée de Pontaniou , on construisit, sur les plans dressés en l'an XIII par M. Tarbé de Vauxclairs et modifiés , en 1809 , par M, Trouille , un ensemble de travaux servant tout à la fois de fermeture à l'anse de ce nom , et de moyen de coxnmunîea*
(1) CeUe école, remplacée le 31 jaDvier 1816 par le collège royal d'Angouléme , a élé réla'blie , en rade de Brest , par TordoDiiance royale du 7 mai 1827, el placée d'abord sur le vaisseau rOrion, puis ensuite sur le Borda el le Valmy, qui a pris lui-même le nom de Borda quand il a remplacé ce vaisseau.
tiofl entre les deux points culminants sur lesquels sont établis la caserne des marins d'une part , et les ateliers du plateau des Capucins de l'autre. C'est sous cette levée que se trouve le bâtiment comprenant les magaans particuliers et l'atelier de la menuiserie des travaux hydrauliques, ainsi que divers magasins des constructions navales.
L'ancienne maison d'arrêt était un sépulcre plutôt qu'une maison de détention. Les prisonniers y étaient entassés pêle-mêle, sans distinction d'âge, de sexe, de crimes , de délits. L'aération était insuffisante. M.Tarbé de Vauxclairs fit disparaître une partie de ces inconvénients par les plans qu'il dressa en l'an XIIL M. Trouille ajouta de nouvelles améliorations dans le cours de l'exécution de ces plans, et M. Dehargne, par les travaux qu'il a fait exécuter do 1857 à 1859, a complètement satisfait à celles que l'humanité réclamait en faveur des détenus.
En même temps que s'étaient accomplis ces travaux, on en avait continué d'autres qui avaient été commencés peu d'années avant la révolution , mais interrompus en 1791, faute do fonds. C'était l'Étgrandissement du port. Formé par un petit bras de mer produit par une fissure de rocher, il était depuis long-temps insuffisant. Les quais , magasins , chantiers , ateliers , et généralement tous les établissements qui en bordent les deux rives n'avaient été obtenus qu'aux dépens des excavations de ce rocher. Mais la nécessité de jouir promptement n'avait pas permis de les pousser aussi loin qu'il l'aurait fallu. Aussi, sur /certains points, l'espace était-il trop resserré. Les édifices eux-mêmes se ressentaient de ce défaut d'espace , ceux surtout qui étaient adossés aux escarpements du rocher. Peu aérés , ils étaient humides et malsains. Les matières
qu'ils renfermaient se détérioraient promptemeni Le magasin-général était principalement dans ce cas. H en était de même pour le service des constructioDS navales. L'entassement des ouvriers autour des bassins était pour eux une cause de gène qui se traduisait en une perte de temps, et, par suite , en un surcroit de dépense.
L'absence complète de travaux, en l'an Vin, suggéra l'idée d'employer les forçats aux excavations du port. D'accidentelles qu'elles avaient été jusques-là, elles devinrent, le 1" floréal an Vni, un service en quelque sorte normal et permanent. Pendant les quinze années suivantes , on obtint , à niveau de quai, une augmentation de superficie d'environ 148,000 mètres carrés , produit des excavations pratiquées particulièrement dans la cour du magasin général , sur l'emplacement de la Tour Noire , sur le quai de la boucherie et ses dépendances, le plateau des Capucins et le quartier de Pontaniou. Les déblais provenant de ces excavations furent employés de telle sorte que les superficies à niveau de quai furent augmentées de la manière suivante : 1** 2,140 mètres courants de quais en pierres sèches sur les deux rives ; 2** la digue ou île factice {Appendice , g 22) sur 600 mètres de longueur, donnant une superficie d'environ 24,000 mètres ; 3" le chemin de halage le long de cette digue , sur la rive gauche (1,600 mètres courants); 4* les quais, cales, enclos et plantations de Tanse Saupin.
Les charges qui pesèrent, pendant les premières années , sur le gouvernement de la restauration et la réduction du budget qui en fut la conséquence forcée mirent obstacle jusqu'en 1820 à l'exécution de tout travail. Celui qui eut lieu alors n'eut qu'une importance très secondaire , puisque ce fut le pont
tournant de la tonnellerie. La visite, en 1822, de M. de Clermont-Tonnerre , ministre de la marine, fut pour le port un événement heureux. Il posa, le 6 octobre, la première pierre du nouvel hôpital (Appendice^ 2 23) et celle du premier bassin du Salou (Ibid, g 24). L*année suivante fut achevé le tribunal maritime, et, en 1826, on construisit la salle des modèles {Ibidy §25). En 1827, commencèrent les travaux de Quéliverzan , terminés en 1837, et embrassant un quai mesurant 420 mètres de longueur suivant Taréte extérieure de la tablette supérieure et trois cales de débarquement se développant sur la longueur de ce quai depuis l'éperon du Salou jusqu'à la limite du terrain de la marine vers l'arrière-garde. Le terre-plein de ce quai sert de dépôt de charbons de terre , et la marine a établi , à son extrémité , une chaufournerie comprenant un atelier de fabrication de briques, un séchoir et un magasin de dépôt.
C'est à la même époque (1828) que furent construits, sur le terrain du Parc-au-Duc , le logement et le poste du guetteur des signaux auxquels M. Trotté de la Roche avait voulu donner de plus grandes proportions. Déterminé par la double considération que cet établissement était le seul appartenant à la marine qui pût se voir de la rade , et que , dans certaines circonstances , il pouvait recevoir les autorités du port , il avait proposé de le faire plus grand et d'y ajouter une salle de réception , ainsi qu'une galerie ayant vue sur la rade.
Le gouvernement de juillet continua le mouvement commencé par la restauration. Son premier travail fut un hommage rendu aux vainqueurs d'Alger. La Consulaire (Ibid, § 26), érigée au sud de l'esplanade du magasin -général, sgouta à l'ornement de
cette place que M. le préfet maritime GaffardU ainit déjà décorée» en Tan Xni, de la statue de VAmpkUrik qui se voit en face de la porte d'entrée du magasingénéral {Appendice , § 27). L'observatoire des élèves de la marine, construit (1832-1833) dans le but de favoriser le développement de leurs études astronomiques, a permis d'atteindre ce but. L'école d'hydrographie (Ibid, g 28), bâtie à la même époque (1833), témoigne de l'intérêt que le gouvernement porte à la marine du commerce en assurant les moyens d'instruction à ceux qui se destinent soit au long-cours, soit au cabotage.
Un incendie avait consumé , dans la nuit du 25 au 26 janvier t832, la salle d'armes construite en 1672. Elle tombait de vétusté , et il était question de la reconstruire , ainsi que plusieurs bâtiments contigus qui étaient loin de satisfaire aux besoins de l'époque. Ce désastre hâta l'exécution des projeta arrêtés dans la pensée de l'administration qui, par les travaux exécutés de 1836 à 1863, s'est attachée à ne laisser en souffrance aucun des services relevant de la direction de l'artillerie (ftW, §29).
De 1833 à 1838 , on a reconstruit les grandes forges des constructions navales situées au nord de l'anse de Pontaniou , la petite chaudronnerie et le hangar renfermant la presse hydraulique (/èid, g 10).
Pendant que s'exécutaient ces travaux, M. Menu de Mesnil mettait la dernière main à la clôture du port par l'établissement du poste défensif et du corps-degarde de l'arrière-garde , et M. Léveillé , de concert avec M. Fauveau (1837), préludait, par la construction et l'aménagement des ateliers du petit ijustage et du zingage, aux grands travaux qui, peu d'années après, devaient être accomplis sur le plateau des Capucins.
L'i^)attoir, terminé la môme année, fut une amélio* rttion réelle apportée au service des subsistances. (Appendice, g 12).
Vers la même époque commença la construction des eales de la boucherie, aujourd'hui au nombre de cinq. Bientôt doit être exécutée la sixième. Jointes aux quatre cales de Bordenave et aux deux qui sont situées en face des édifices faisant suite à la direction des travaux maritimes, toutes ont les mêmes destinations : la construction, le lancement, le halage, et au besoin le sciage pratiqué en vue de rallongement des vaisseaux, opérations intéressantes à divers degrés. Celle du lancement, bien qu'assez fréquente dans le port de Brest, a le privilège de toujours y attirer la population, voire même les étrangers. Très imposante par elle-même , elle le devient plus encore par la bénédiction du navire qui ne quitte son lit qu'après avoir reçu le baptême.
En 1840, les événements qui se passaient en Orient et le traité signé à Londres, le 15 juillet, entre l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et la Prusse, parurent un moment devoir faire éclater la guerre en Europe. Sous l'empire des préoccupations nées de ces circonstances, le ministère du 1" mars s'empressa de prendre des mesures pour mettre la France en état de soutenir la lutte aussi bien sur terre que sur mer. Le 6 juillet , une loi ouvrit au ministère de la marine les crédits nécessaires à l'exécution de 18 paquebots qui devaient , pour la plus grande partie , être des frégates de 450 chevaux , et faire, disaitron, la navigation transatlantique. Une dépêche du 23 août ordonna d'en mettre immédiatement trois en chantier et d'en activer la construction. L'insufilsance des ateliers du port pour l'exécution des travaux qu'exigent
les machines à vapeur fut reconnue par le ministie qui, le 8 août, prescrivit non -seulement de Mter l'achèvement de ceux qui étaient en cours de comtruction , mais de rechercher quels établissements on pourrait créer pour y fabriquer de grandes machine» en aussi grand nombre que possible. En exécution de cette dépêche , M. Fauveau , ingénieur des constru^ lions navales, et M. Menu de Mesnil, ingénieur des travaux hydrauliques, dressèrent de concert, et présentèrent, le 27 octobre, les plans des ateliers du plateau des Capucins. Mais, dès la fin d'octobre , le cabinet da !•' mars s'était retiré, et les chances de guerre avaient diminué. Le nouveau ministère se montra moins empressé d'obtenir les ateliers dont les projets lui étaient soumis, et ce ne fut que le 14 mars 1841 que les plans en furent définitivement approuvés, après avoir subi des modifications dont quelques-unes ont eu pour effet; de réduire l'importance des établissements projetés jusqu'à la reprise des travaux exécutés de 1858 à 1864 {Appendice, § 30).
Depuis 1846, le maréographe établi sur le quai de la mâture, dans un pavillon au sud de la machine à mater, assure les moyens de se livrer à l'observation des marées avec la précision et la continuité qu'exige un pareil travail {Ibid, g 31).
Les grands travaux exécutés sur le plateau des Capucins n'étaient pas les seuls que nécessitaient l'augmentation de notre puissance navale et les proportions gigantesques données au matériel flottant ; leurs corollaires indispensables étaient de nouveaux ateliers, de nouveaux magasins, de nouveaux bassins, et comme tout s'enchaîne dans le service d'un arsenal maritime, des services, accessoires en apparence , ont dû recevoir leur part d'extension ou les
modifications suggérées par la variété des besoins à satisfaire. Pendant les quinze années qui viennent de s*écouler, il a été pourvu aux plus urgents de ces besoins par la création du parc à charbons sous le châyteau , parc ayant 4,108 mètres carrés de superficie et pouvant contenir 16,400 tonnes de ce combustible , en le supposant empilé sur une hauteur moyenne de cinq mètres ; par la construction des ateliers complémentaires du plateau des Capucins {Appendice, g 30) ; par la conversion de l'ancien bagne et de la corderie basse en magasins; enfin, par l'établissement de hangars en tenant lieu , soit dans la cour du magasingénéral, soit dans l'anse Le Breton près de la digue ou île factice, soit enfin sur cette île elle-même où le premier en aval a pris la place du canot impérial , transporté en face sur le chemin de halage {Ibid, g 32). La construction (1847-1849) de la gendarmerie maritime, dans la rue Fautras, et l'appropriation de l'ancienne caserne des gardes-çhiourmes en pharmacie centrale (Appendice, § 33) ont répondu à des nécessités de nature différente, pendant que s'élevait la scierie mécanique (Ibid, g 34) et qu'on opérait les excavations et l'établissement des nouveaux bassins du Saiou {fbid, g 24), travaux dont le prochain achèvement fournira et l'emplacement de nouveaux ateliers et les moyens de recevoir les plus grands navires.
D'autres travaux , commandés par les besoins que nous venons de signaler et par l'avantage qu'il y aura à mettre le port en communication directe avec le chemin de fer de l'Ouest, sont aussi en cours d'exécution. Ce sont la reconstruction de Tancienne forme de Trouîan ou bassin de Brest (Ibid, g 18) et l'établissement du tunnel où se prolongera le chemin de fer (Ibidy g 35). Ce sont là d'importants travaux qui j^jou-
teront prochainement à Timportanee , d^à si considérable, du port de Brest. Il en est un autre qui n'est encore qu'à Tétat de projet , mais qui s'exécutera tôt ou tard , sur un point ou sur un autre , parce que sa nécessité est impérieusement démontrée ; nous voulons parler de l'avant-port militaire (Appendice ^ § 36). L'activité déployée pour obtenir l'extension du port et en améliorer le service n'a pas été » pendant ces dernières années» le seul otyet des préoccupations de l'administration. Sa sollicitude s'est aussi portée sur les moyens d'assurer le développement intellectuel du personnel embarqué ou destiné à l'être. Cette sollicitude s'est particulièrement manifestée , soit par la création d'écoles où il puisse recevoir une instruction appropriée aux services dans lesquels il sera placé , soit par les améliorations apportées à celles qui existaient déjà {Appendice, g 37J.
APPENDICE
§1.— ANCŒN SÉHIRAIRE DES JÉSUITES.
PUPILLES DE LA lABINE. — ÉCOLE ET lUSÉE D^ANÂTOIIE. SALLE D'ASILE EUGÉNIE.
(Voir p. 8.)
Mécontent de la conduite des PP. Capucins , embarqués comme aumôniers sur les bâtiments de TJ^.tat, Colbert avait, plusieurs fois déjà , manifesté l'intention de ne plus les employer y lorsque Seignelay , dans le voyage qu'il fit à Brest , en ^168^ , s'entendit à ce sujet avec l'évêque de Léon. Le prélat ayant consenti à la suppression du doyenné et de la collégiale du Folgoat^ pour qu'on y établit une communauté de prêtres séculiers qui fournirait désormais les aumôniers , cet arrangement fut sanctionné par les lettres-patentes du mois de septembre \%%\ , enregistrées au Parlement do Hennés, le -13 du même mois, et au contrôle de la marine , à Brest, le 20 mars ^1682. Deux jours après l'adhésion que l'évêque donna par sa sentence du ^16 août^ le doyen et les chanoines du Folgoat , obéissant à la sommation qui leur fut
notifiée, remîrenl l'église, le cloître et les revenus, à la charge de desservir les fondations , à Tabbé Madec, Dommé supt^rleur triennal du séminaire royal de l'église et sainte chapplle de Notre-Danie du Folgoat.
L'abbé Madec et les ecclésiastiques qu'il dirigeait eurent bientôt des concurrents redoutables. Les Jésuites vinrent à Brest où, dès 4683 , nous les trouvons exerçant le ministère d'aumôniers , soit sur les vaisseaux , soit à terre , où l'on d'eux était attaché à la compagnie des gardes de la marinei et un autre à l'infirmerie qui, à défaut d hôpital, était placée dans une maison particulière. Mais leur position était ince^ laine et irrégulière tant que les lettres-patentes du mois de septembre 4681 conserveraient leur force légale. Le P. La Chaise en obtint la révocation, et de nouvelles lettres du 30 octobre 4685 ayant autorisé Colbert à traiter avec, les Jésuites pour rétablissement d'un séminaire dans cette ville, Seignelay conclut, le 26 décembre suivant , avec le P. Jacques Palu , provincial , et le P. Isaac Maignant, procureur de la province de France, un contrat que ratifièrent les lettrespatentes du mois de mars 4686, portant que les Jésuites s'obligeaient à envoyer à Brest douze religieux , dont neuf prêtres, chargés d'instruire, loger et nourrir vingt prêtres séculiers qui serviraient d*aumônie!*s sur les bôtiments de l'État , et auxquels ils paieraient 400 livres par an, tant pour leurs gages que pour leur entretien , qu'ils fussent ou non embarqués. Ces prêtres devraient vivre en commun, sous la direction du supérieur du séminaire où il y aurait un instructeur ou confesseur des aumôniers, lequel ferait des conférences à certains jours de la semaine; deux pères enseignant la théologie morale et les mathématiques; quatre missionnaires chargés de catéchiser les gardes, les soldats , les matelots , de prêcher dans la ville en français et en breton , de visiter les malades , de confesser, de faire des missions sur les vaisseaux , avant leur départ et à leur retour; enfin , un
procureur et trois frères chargés de l'administratioa du temporel.
Le Roi, delson côté, s'obligea à faire payer aux Jésuites une .somme annuelle de ^0,500 jivres, savoir : P 3,000 livres montant, toutes charges déduites , des rentes, fondations et autres revenus de la collégiale du Foigoat, qui fut déclarée unie à perpétuité au séminaire de brest ^ à la condition que les Jésuites desserviraient l'église et en acquitteraient les fondations ; 2'' 3^000 livres payables annuellement par le trésorier des États de Bretagne , lesquels , à la demande du Roi^ avaient, le 22 août ^685, voté cette allocation ; T 4,500 livres sur le trésor royal. Ces deux derniers paiements qui devaient avoir lieu par moitié, le' 25 juin et le 25 décembre de chaque année, cesseraient lorsque les PP. Jésuites auraient été pourvus d'un autre fonds amorti d'un revenu égal. Les lettres patentes leur concédaient, en outre, les avantages suivants. 11 leur était fait abandon du grand jardin du Roi et du pavillon royal de Brest , avec la faculté de tirer six lignes d'eau de la fontaine la plus voisine de la grande place situéo devant le pavillon, place sur laquelle le Roi ferait construire, à ses frais, une église de 90,000 livres — il ne voulait contribuer que pour 72,000 livres à celle de la ville — et deux corpsde-logis, l'un pour les PP., l'autre pour les aumôniers. Enfin, le Roi assignerait un fonds spécial qui s'ajouterait à celui de 40,000 livres accordé par les États, le -17 octobre -1787, pour commencer la construction du séminaire, ainsi qu'une sommo de -10,000 livres applicables à l'achat de vases sacrés, ornements , linge , etc., pour les besoins de l'église et l'ameublement de la maison. Le Roi , nous le verrons , trouva moyen de ne rien payer, et se déchargea de ses obligations sur la province.
Le séminaire, déclaré de fondation royale, obtint, à ce titre , les franchises et immunités d'usage en pareil cas , notamment le privilège de s'approvisionner de -15 tonneaux
(le vîn, Gxcmpis de tous droits. Les inlendatits, les commandants de vîibseaux et lus inùdiîcins de ThOpilal ri*avaîfîOt aucune autorite sur les aumôûîcrs, que le supérieur seul avait le droit d'cmbaniuer ou de d^ibarqui^r, sans que nul y pût faire obsïacICjSur un simple billet signe de lui, et f]ui, nantis des clos des infirmeries de riiôpital , devaient y Olrc traités gratuitement.
Les Jésuites n'avaient pas attendu Tcxpédition des lettrespatentes ci-dessus pour se conformer à l'usa^'C, alors observé, de conserver, par des racdailles, le souvenir des faits ayant quelque importance. Celle qu'ils ûrent frapper portait au droit Tefït^îe du Itoi , et au revers Tinscription suivante : Lwhwicus Magnus , ut maris imperium virtute parlum , rclitjione tucrctur ^ scminarium Brestense exstrttrit et Pittyibus socktatts Jcsu administraiidum coinmhtt an. MDCXXXV. La légende était : Tu domimms potrstati maris. Aussitôt après Venregistremcnt des lettres-patentes, ils firent faire û l'abbé Madec sommation de leur remetti^e les litres , les ornements et Targent appartenant à réglise du Foîgoat, prirent possession des lieux et placèrent dans la maison que le Roi avait fait l^iir en 1C83 pour loger les aumôniers, et dont la construction avait coûté ^2^000 livres, huit prêtres séculiers qu'ils se chargèrent d'enlrelenir, loger et nourrir, à la condition qu'ils célébreraient Toltice divin et acquitteraient les ^^^00 messes de fondation pour lesquelles soixante personnes avaient donné en biens fonds ou fermages un revenu brut de 4,000 livres, S*apercevanl ensuite que Teutretien , la nourriture et le salaire de ces huit prêtres absorbaient ce revenu et le casuel s*élevant h environ 650 livres, ils les remplacèrent, le 20 juillet -ffiDS, par liuit réeollela du couvent de Lcsneven qui , moyennant 300 livres par an, leur logement et l'abandon du ea&uel, consentirent à chanter Tofllce divin tous les jours et à acquitter les ^,300 messes de fondation* Ainsi dégagés de la plus grande partie
de leurs charges , les Jésuites ne songèrent qti'à percevoir les revenus de l'église et la laissèrent dépérir faute d'entretien, ee gui provoqua des plaintes réitérées dont M. Mioreee de Kerdanet a été le fidèle écho dans sa réédîUon des Vies des Saints de Bretagne , par Albert Le Grand, p. 475.
En attendant la construction de leur séminaire, les Jésuites occupèrent de petits logements pratiqués dans une bassecour, au-dessus â*un bûcher. La construction commença aussitôt après l'adjudication qui en fut faite à René Moussin, architecte de Rennes, et du toisé fait, le 9 novembre -1695, par Garengeau , Simon et Drancy, ingénieurs commis à cet effet par Vauban , il résulte que les travaux en vue desquels les États avaient, dans rintervallo, accordé -l^l 0,^00 livres, s'élevaient à 97,282 livres 9 sols 5 deniers ; mais que, pour achever le séminaire, il fallait dépenser une somme de 51,264 livres, sans parler de celle de 20,944 livres pour faire ultérieurement l'entrée du côté de l'église Saint-Louis , les galeries , lieux et autres accessoires pour la commodité des PP. et le service de l'église. La dépense de 97,282 livres 9^ sols 5 deniers s'appliquait exclusivement au séminaire , et nullement à l'église , dont la construction , nous l'avons vu (t. P% Appendice^ { 16), n'était jamais entrée dans la pensée des PP., pas plus que dans celle du Roî. Quoique te trésor public fût aux abois , et les magasins du port dépourvus des approvisionnements les plus essentiels , il avait été permis aux RK. PP. d'y prendre le bois, le fer et les autres matériaux dont ils avaient eu Stosoin. Ils s'étaient, il est vrai, engagés à les payer, mais en 4697, ils demandèrent de nouveaux subsides aux États , en alléguant pour motif que, s'ils ne les obtenaient pas , ils seraient obligés d'emprunts pour achever le pavillon du milieu. Les États n'ayant pas accueilli cette demande, bien qu'elle eût été appuyée par M. de Pontcbartrain , ce ministre les déchargea (48 janvier 4760) de ce qu'ils devaient pour les matériaux fournis par le port.
Néanmoins, en ^1702, le séminaire était endetté de 24,100 livres , au grand étonnement du ministre qui , après s'être entendu avec le P. La Chaise , recommanda le 3 mai , à rintendaut , de rechercher avec le P. Lafare quel em\M avait été fuit des dons considérahles des États.
Dans l'intervalle (5avriHG92}, le Roi n*avait trouvé rien de mieux, pour décharger le trésor royal de la rente de 4,5W livres à laquelle il s'était ohiigé , que d'unir l'abbaye de Daoulas au séminaire, tant pour la mense conventuelle que pour la mense abbatiale, à la mort , permutation ou translation de M. Louis de Lumotte Villebret d'Aspremont , qui en était abbé commcndalaire depuis 1667, et à qui, d'après sa déclaration, comme d'après celle de M. Dupont, son receveur à Daoulas, elle rapportait un revenu net de 9,500 livres. M. d'Asjircmont ayant fait savoir au P. La Chaise qu'il accepterait en échange , ou un bénéfice d'une valeur égale, ou une pension supérieure au revenu de l'abbaye , lune ou l'autre de ces propositions dut être accueillie ou plutôt imposée, cumme donnent lieu de le croire les oppositions que formulèrent plus tard Tubbé d'Aspremont et les chanoines , car le 11 juin 1693 , les Jésuites traitèrent avec ces derniers. Ils s'engagèrent à acquitter les dettes de la mense conventuelle jusqu'à concurrence de 3,000 livres, et à servir, à partir du jour de leur entrée en possession , qu'ils obtinssent ou non les bulles papales, une rente de 1,500 livres partageable entre le prieur claustral , un chanoine , un religieux convcrs , et les vicaires de Daoulas et de Plougastel pour leurs portions congrues. Les formalités à accomplir près de la daterie et de la chambre apostolique au sujet des annates, ne permirent pas, malgré tout le zèle que déploya le cardinal de Janson , de triompher, avant le 5 avril 1698, des lenteurs de la cour de Rome. Les bulles expédiées alors par le Pape Innocent XII ne s'exécutèrent paà sans obstacle de la part de l'abbé d'Aspremont et des chanoines , et ce ne fut qu'après sept mois de
débats que rofflcialité de Quimper prononça, le 43 août 4699, «a sentence de fulmiaation , ce qui n*empôcha pas les opposants de réitérer leurs protestations dans le procès-verbal de prise de possession dressé les 20 et 21 du même mois. Le duc de Rohan , comme fondateur du quart du reveau de l'abbaye, et Tabbé d'Aspremont, en sa qualité de commendalaire , consignèrent, dans ce procès-verbal, leur opposition formelle à l'union. Les religieux protestèrent aussi, de même que les deux chanoines pourvus des vicariats de Plougastel et de Daoulas. Il en résulta un procès qui n'était pas terminé en f 700 et dont l'issue ne nous est pas connue.
Les États ayant cessé, en 4716, Tallocation de 3,000 livres qu'ils payaient annuellement au séminaire^ les Jésuites qui n'entretenaient alors que trois aumôniers , et déclaraient n*en pouvoir entretenir un plus grand nombre, obtinrent du Conseil de régence, le 28 novembre de la même année , que cette allocation fût remplacée par un subside d'égale valeur, prélevé sur les fonds de la marine, et le 25 juillet 4748, il leur fut accordé une gratiflcation dont avis leur fut donné de vive- voix seulement par ordre du Conseil. En 4720, ils objectèrent qu'étant obérés , ils ne pouvaient terminer le séminaire , et demandèrent , dans ce but , une somme de 29,000 livres qu'on ne put leur allouer. En revanche, ils obtinrent que le nombre des aumôniers qu'ils devaient entretenir fût réduit de moitié, c'est-à-dire de vingt à dix qu'ils n'entretenaient que très irrégulièrement , car les archives de la marine contiennent des preuves réitérées que , la plupart du temps , il n'y avait à terre que deux ou trois aumôniers pour desservir le vaisseau-amiral, les dimanches et les jours de fêtes, pour célébrer la messe à l'occasion des conseils de guerre , et , dans la chapelle du séminaire , le second dimanche de chaque mois , ce qui obligeait à recourir aux bons offices des Carmes et des Capucins , quand il y avait des vaisseaux sur rade.
II i^
Les ressources pécuniaires du séoiinaira sont attestées pir divers documents authentiques consen'és aux archiTes di ministère de la marine , notamment par un mémoire trti développé remis à M. de Cfaoiseul en ^762. Ils oonstatesl que y pendant les 76 années qu'ils residèrent à Brest, lu Jésuites touchèrent , indépendamment de ce qui leur fat payé pour l'embarquement des aumôniers surnuméraires, leurs voyages et leurs séjours , savoir :
^«'Des États de Bretagne 347,000 »>•
S^ Revenus du Folgoat et de Daoulas. . . . 1,001,770 3"" Subsides alloués par la marine, de -1716 à
* -1762, à raison de 6,000 livres par an. . 276,000 4"" De la ville de Brest pour la construction
de leur chapelle. 50,000
Total 4,644,770
Ainsi, en admettant, comme nous l'avons vu quelque part, que la construction du séminaire et de la chapelle eût coûté 300^000 livres (de ce chiffre il faudrait tout au moins déduire le prix des matériaux délivrés gratuirement par les magasins du port), il serait resté aux Jésuites , pour défrayer leur maison, une somme de 24,641 livres 44 sols en moyenne par année ^ somme à laquelle il faut ajouter les avantages résultant des immunités et franchises dont jouissait le séminaire , les faveurs de toute sorte qu'il obtenait de l'intendant, et les bénéflces que lui procurait l'emploi en temps de guerre des aumôniers surnuméraires. Le recteur ne les faisait venir qu'après avoir été prévenu par l'IMendant du nombre d'aumô* niers nécessaires et du moment où ils le deviendraient plus particulièrement. Ils étaient compris dans des états semestriels , à raison de 25 livres par mois, que le recteur touchait du jour de leur arrivée jusqu'au huitième jour après leur débarquement. En échange des 300 livres que le séminaire touchait pour eux pendant leur embarquement , il les payait à raison de 400 livres par an, et leur fournissait, pendant
tours très courts s^ours à terre , la nourriture , le cbauffoge , réclairage et uue chambre meublée. Il y a lieu de eroire que cet emploi d'aumôuiers surnuméraires était assez productif pour la maison, car, en ^62, il lui était dû 43,000 livres pour ce seul olijet.
Les Jésuites ayant été supprimés en ^62, le séminaire fut affecté , au mois de mars de l'année suivante , au loge* ment des nouveaux aumôniers de la marine que Tévéque de Léon vint installer, et auxquels il donna une règle. Le Roi ayant acheté pour 46,000 livres, en nei , lous les b&timents dont il se composait , M. de Roquefeuil demanda, le 6 Juillet de cette année , qu'on y logeât le commandant de la marine. (Tome II, p. ^106.) Cette demande ne fût pas accueillie. On convertit d'abord le séminaire en caserne , et en n7i on y établit les logements et les salles d'études des gardes de la marine. 11 remplaça ensuite Thôpital incendié le 20 novem* bre 4776; et pendant la guerre de 4778 , on construisit, sur le terrain qu'occupaient les jardins , quatre salles ou barra» ques pouvant contenir SOO malades.
La construction du séminaire avait été lente. Toute la partie au sud du pavillon central ne fut même plancbeyée et habitée qu'assez tard. Régnant , ainsi que la chapelle , devant la partie de la rue de la Mairie qu'on appela, jusqu'en 4769, rue des Jésuites , il se compose d'un ensemble de bûtiments précédé d'une vaste cour, dans laquelle on pénètre par une belle porte dont le fronton est orné d'un groupe en tuffçau représentant la Justice et la Religion avec leurs emblèmes. Les uns l'attribuent à Bouchardon , et d'autres , dont l'opinion nous semblerait plus fondée , a Nicolas Renard, habile sculpteur, qui vint, en 1607^ à Brest, d'où il s'éloigna quelques années après, parce qu'il ne trouvait pas à s'y occuper assez avantageusement, et auquel on attribue également le beau bas-relief représentant la Visitation de la Vierge , qui se voyait, avant la Révolution; au-dessusnie la porte d'entrée
de la chapelle Notre-Dame à Recouvruace. C'est lui encore qui aurait exécuté le buste remarquable de Louis XIV qui ornait autrefois le tympan du fronton de la porte d'entrée du séminaire. Le principal corps- de -logis, parallèle à la cour^ se termine par deux ailes dont l'une , celle du sud, contient la chapelle de la marine. Derrière étaient des Jardins et des terrasses qui avaient remplacé l'ancien jardin du Roi, réservé comme lieu de promenade, avant -1686, aux ofQciers pour lesquels on y avait construit un pavillon. Le tout occupait une superficie de plus de deux hectares. Le pavillon , au centre du grand corps-de-logis , était surmonté d'un dôme qui semblait, a-t-on dit , vouloir reproduire la forme de la coiffure des Jésuites. Il avait subi bien des modifications lorsque, pour en prévenir la chute, considérée comme imminente , M. Trouille le reconstruisit en -1816, d*après le système de Philibert Delorme. Les formes et les proportions qu'il donna à ce dôme et à sa lanterne se rapprochent de celles qu'ont les mômes parties du palais de l'Institut à Paris.
Le grand corps-de-logis et l'aile du nord^ après avoir été affectés à divers services , sont maintenant occupés par les pupilles de la marine. Les bâtiments régnant derrière, sur la rue Fautras , et faisant suite à la maisonnette où les Jésuites avaient établi un oratoire, ont long-temps servi de laboratoire de chimie et de magasin pour la pharmacie. Aujourd'hui, c*est une caserne pour le dépôt des gendarmes coloniaux, en attendant qu'on y construise les bâtiments que réclamera l'extension prochaine de l'établissement des pupilles. Quant aux barraques établies en n78, elles ont disparu, il y a quelques années, et l'emplacement qu'elles occupaient forme une esplanade ou préau servant aux récréations et aux exercices des pupilles.
PUPILLES DE LA lARINE. — Ils occupent le principal corpsde-logis. Leur institution a été diScidée par Sa Majesté, le
5 novembre 4862 , sur la proposition de M. le ministre de 1 marine. L'établissement est destiné à recevoir : -1® les rphelins de père et de mère , fils d*officiers mariniers et de narins morts au service, ou morts en jouissance , soit d'une pension de retraite, soit d'une pension dite demi-solde ; 2® les enfants des officiers mariniers et des marins mentionnés au paragraphe ci-dessus dont les mères existent encore ; 3® les enfants qui ont perdu leurs mères et dont les pères , officiers mariniers ou marins, sont en activité de service ; 4® les orphelins ou enfants de marins victimes d'événements de mer à bord de navires de commerce ou de bateaux de pèche. L'article 3 du décret et la dépêche ministérielle du 3 août -1863 déterminent dans quel ordre de préférence ont licii les admissions. Reçus à l'âge de sept ans , les orphelins restent jusqu'à ce qu*lls aient atteint leur -13^ année, à l'établissement , d'où ils sortent pour être admis à l'école des mousses avec les autres enfants de marins , à moins qu'ils ne refusent d'entrer à cette école , ou qu'ils ne soient pas jugés aptes au service de la marine. Dans l'un comme dans l'autre cas , ils sont rayés des contrôles des pupilles et rendus à leurs familles.
Dès que ce décret eût été rendu , il excita un véritable enthousiasme. Des souscriptions furent immédiatement ouvertes en vue d'en hâter et assurer l'application. Le Cercle de la marine de Brest prit l'initiative en souscrivant spontané* ment pour une somme de 500 francs. En joignant son offrande personnelle à celle du Cercle , M. le vice-amiral comte de Gueydon , préfet maritime, le remercia de sa spontanéité, par la lettre suivante, adressée le 26 novembre -1862 à son Président :
« Monsieur le Président , « Je suis vraiment fier d'être le Président honoraire da Cercle maritime de Brest, et de pouvoir m'associer à la noble et généreuse pensée qui lui a fait prendre l'ijiitiativQ d'une
démonstration en faveur de la création de l'établissement des pupilles de la marine.
« Mon titre de Président honoraire m'imposait la réserve que j'ai gardée ; mais , maintenant que , spontanément , le Cercle a parlé , laissez-moi vous prier d'être, auprès de tous les membres de notre Société, l'interprète de mes sentiments de cordiale communauté d'idées.
« C'est aux orphelins de nos matelots, morts pour l'honneur du pavillon^ loin de leur patrie et de leurs afiections que l'Empereur, dans sa haute sollicitude, vient d'ouvrir un asile qui^U» prépare à suivre la noble carrière de leurs pères.
« Cette magnifique pensée ne pouvait manquer de trouver de l'écbo dans le cœur des membres d'un Cercle qui , tous , appartiennent à la grande famille maritime. Votre Président honoraire Ta senli , et heureux de n'avoir qu'à vous imiter, ît vous prie de le comprendre dans votre offrande pour une journée de solde.
« Agréez , etc. Le Vice-Amiral Préfet marUime,
« C" De Gueydon. »
La ville de Brest qui devait plus particulièrement comprendre l'utilité immédiate et féconde de l'institution , suivit avec empressement le noble exemple qui lui était donné. En moins de deux jours les souscriptions s'y élevèrent à plus de 3^000 francs. La France entière voulut participer à l'œuvre , et de tous les points du territoire affluèrent les dons. Le chiffre qu'ils atteignirent permit d'acheter, au mois de juin -1863, au profit de l'établissement qui avait été décrété d'utilité publique , une inscription de rente de 2,000 francs. Joints aux dons ultérieurs et aux allocations accordées par le ministre , elle assure l'avenir d'une institution qui , elle-même , assure le meilleur recrutement de l'École des mousses et forme avec elle la vraie pépinière de la maisirance cl des équipages de la flotte.
L'établissement des pupilles en contient déjà 250» et des iesures sont prises pour que lo nombre puisse » au moyen 6 l'extension des édifices, en être porté h 800 , chiffre égal . cekji de l'École des mousses à laquelle les pupilles ont déjà .'oumi 42 sujets de choix» depuis Touverlure de rétablissement jusqu'au A^' août ^1864. Les classes, dirigées par des frères de la doctrine chrétienne , le réfectoire , les dortoirs , occupant le rez-de-chaussée et les deux étages de Tédifice, rinfirmerie , etc., sont disposés avec une entente parfaite des besoins de Tenfance. Dans le vaste préau servant aux exercices et aux récréations se voit un modèle de corvette coi^Ièlement gréée, avec filets. de casse-tête pour présenrardes chutes toujours à redouter chez de si jeunes novices. De grands hangars , ménagés sur Fun des c6tés du préau , leur assurent un abri contre la pluie pu les grandes chaleurs. C'est plaisir de les voir exécuter les manœuvres de Técole de bataillon avec un ensemble, une précision et un aplomb dignes de vieux soldats.
L'établissement des pupilles , ardemment et depuis longtemps souhaité par M. le vice -amiral comte de GueydOQ, est l'objet de sa sollicitude toute spéciale , attestée par ses visites presque quotidiennes et par sa vigilance à préYOîr ainsi qu'à prescrire les mesures propres à assurer le développement physique et moral de ces enfants. L'intérêt incessant qu'il leur témoigne est partagé par H. le lieutenant Picard et par H. Calvez, le premier commandant, le second économe de rétablissement. Dans la sphère de leurs fonctions respectives , ils se montrent animés des mêmes sentiments paternels que M. le vice-amiral préfet maritime.
ÉCUJK ST lUSÉE D'AHATOHE. — Au S.-O. du préau dont BOUS venons de parier sont l'École et le Uusée d'anatemûa. L'École se compose de deux salles de dissection povf las élèves , de cabinets ayant la même destinatioii pour MM. les officiers de santé de première et de deuxième classe , d'une
salle d'autopËic , d'une salle de mact^ralion , d'un séchoir pour les oSt d'un amphithtéàtre pour les leçons, el de divers IjÀtiinenls de Bervilude. Le Musée analomîquc, donl la fondalion et ta première installation sont dues à AL Mahcr^ aujourd'hui directeur du service de santé de la marine à Boclieforl» prit promptemenl f à son origine, un devetoppemenl qui, grÂcc au zùlc de cet habile médecin et d'un grand nombre d'oniciers de santé de la marine, lui permit de satisfaire a &a dcstinalion* De judicieuses actjuisi lions ^ des échanges opportuns cl des dons obtenus par les soins du fondateur, l'avaient rapidement enrichi, et il n'aurait rien laissé à d^^sirer raainlenantj si Ton avait conlinué de pourvoir avec persevéranc6 à raccroissement et à l'entretien de cet élahlisscment scîenliflque. Le sysième veineux, préparé par MM, Mahor et Nonay, le système arlériel , dû aux travaux de MAL Dufour, 5)ahcr, Payeiï^ Dccamps, Lailour, Daniel, Gnillet, I,eclerc, Le Née, Robert, et le système nerveux racbidîen, préparé par MAL Maber, Dui'our, Toussaint, Thomazi^ Ciroûters et Daniel, peuvent s'étudier sur un squelette, travail des deux premiers de ces médecins. Divers autres squelettes d'hommes, de femmes et d'animaux , ainsi qu'un grand nombre d^e tableaux et de pièces anatomîques artiijcielles , oUrent les moyens d'étudier les diverses lésions ou aOTcetions du corps bumain , ainsi quû sa structure. L'anatomie comparée des différentes races humaines, pour laquelle on a suivi la classU flcation de Cuvier, peut aussi y élro étudiée , soit au moyen de diverses coupes de Tencéphate, pn^parées par les soins de M. Drouetj chirurgien professeur, soit de télés naturelles rapportées d'oulre-mer par des olïiciers de santé» soit enfin de t^tes de forçats vivants ou suppliciés. Ces dernières, indiquant les travaux de Call et de Spurzhcim, ont généralement été moulées eu pl&lre sur les sujets* On remarque parlicubèremcnt, dans cette collection, la tête de Coijj;uard, dit le comte de Sainle-ltélénc , n"i503, cl celle de Marsaud, U" (CI3* On
. aussi au musée anatomique des préparations du musée
ibert, représentant, sur une très grande échelle, les prin-
aux éléments des tissus et des liquides , d'après les obser-
iions microscopiques du docteur Louis Manol , ainsi qu'un
irobre considérable de monstruosités humaines ou animales,
3ur la plus grande partie naturelles , classées d'après la
léthode de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.
SALLE D'ASILE EUGÉNIE. — De l'espèce de charnier scientifique que nous venons de décrire sommairement , Tœil se repose avec plaisir sur un lieu présentant un contraste complet. Ici la maladie et la mort avec leur cortège de douleurs ; là , la vie dans toute sa sève. Ici , des cadavres desséchés ou mutilés ; là , des enfants alertes et joyeux prenant leurs ébats dans le refuge que leur a ménagé la sollicitude maternelle de l'impératrice Eugénie qui, quand elle accompagna l'Empereur à Brest, au mois d*août ^858 , exprima le vœu que l'ancien jardin des sœurs de l'hôpital , alors sans emploi , fût utilisé au proOt des enfants et orphelins des marins et ouvriers du port. Ce vœu ne pouvait manquer d'être accueilli et promptement réalisé. La juste reconnaissance qu'il inspire a motivé hnscription suivante gravée en lettres d'or sur une table de marbre noir, placée au-dessus de la porte d'entrée^ ouvrant sur le marché aux toiles , derrière la rue de Keravel : Asile ouvert aux erifanis des marins de Brest par S. M. V Impératrice Eugénie^ -1859. L'asile, auquel une dotation annuelle de 6,000 francs est affectée^ se compose d'un pavillon renfermant le logement , pendant le jour^ des trois sœurs de la Sagesse préposées à la surveillance des 600 enfants que contient l'asile , d'un hangar et d'une cour ou préau. A l'extrémité d'une des salles communiquant entre elles , a été placé un Christ avec cette inscription : Laissez venir à moi les petits enfants ; les commandements de Dieu se lisent sur les murs ; à l'autre extrémité sont des gradins en amphithéâtre ; au milieu , des bancs, des tableaux de lecture. De puissants
calorirères et des ventilateurs, renouvelant l*air, permetteol de modifier, sui\'ant les besoins , les influenees atmosphérioques. Dans la seconde salle, décorée des bustes de rEmpereur et de rimpératrice , on a espacé des bancs à dossiers. Le bangar, supporté par d'élégantes eolonnettes en fonte , et régnant de deux c6lés de la cour, sur une largeur de 5'>^,$0, abrite les enfants du soleil en été , de la pluie en biver, et leur fournit les moyens de se livrer, en tout temps , à une gymnastique appropriée à leur âge. Dans le mur faisant fac9 a rentrée a été établie une fontaine & robinets multiples , à cbacun desquels un gobelet est attaché par une cbatae , et où les enfants peuvent venir se désaltérer. Des deux eôtcs sont des armoires renfermant des essuie -mains. Un long casier, sur plusieurs rangs, espèce de cduiribarium^ contient une armoire pour chaque enfant avec son n'' d'inscription , armoire où il peut déposer une partie de ses vêtements et ses petites provisions. A la portée des enfants , le long du mur, un porte-manteau général avec patëres et numéros pour sus* pendre les paletots , blouses, etc. A Tcxtrémité de ce hangar, près de la porte d'entrée, a été établi un fourneau ou coquerie servant à la préparation de la soupe que rétablissement distribue gratuitement Thiver à ses jeunes hôtes. 1^ préau offrant une superficie de \ ,290 mètres carrés et planté de maronnierst est décoré, au centre, de deux corbeilles. Tune de fleurs, Tautre de fruits, placées là comme pour apprendre , dès Tâge le plus tendre , qu'il ne faut pas toucher au fruit défendu. Les lieux d'aisance, où l'on se rend à couvert, sont complètement isolés des salles et de la maison d'habitation.
Des toits en saillie , des ouvertures en briques , des cheminées octogones donnent à l'ensemble de l'établissement un aspect à la fois pittoresque et élégant , en harmonie avec sa destination. Rien n'y manque. M. Riou Kerhalet (4), jeune
(1) Rico Kerhalet (Jean-Joseph- Auguste), ingénieur des ponts el chaussées, né à Brest le 8 septembre 1829, mort à Vernet-les-Bains
iogéDieur, à qui une mort prématurée n'a pas permis de réalieer les espérances que (Usaient concevoir son goût artistique et son initiative y en a fait , on peut le dire , un asile modèle où il a été pourvu à tout ce qui doit aFSurer.le développement moral et physique de Tenfance. Cet établissement a été solen* nellement inauguré et bénit, le ^6 juin ^860, par M. Mercier, archiprêtre et curé de Saint -Louis. Depuis, toute la partie plantée de grands arbres au fond de Tesplanade de Tanclen séminaire (surface de -1,500 mètres carrés environ) a, par ordre de M. le vice-amiral Pellion , été annexée à la salle d'asilo , ainsi qu'un grand hangar appartenant autrefois au service des hôpitaux , hangar que Ton a séparé en deux appentis dont Tun est pourvu de couchettes pour les plus jeunes enfants.
L'asile est régi ; quant à Tadmission des enfants et à l'emploi de la dotation , par un comité de dames dont la présidente née est la femme du préfet maritime. Les dames qui le composent avec elle sont celles des chefs de service membres du conseil d'administration, auxquelles peuvent en être adjointes d'autres prêtant leur concours volontaire. Un chirurgien de la marine est affecté au service de Tasile. Le comité de gérance agit sous le contrôle du conseil d'administration du port en vertu d'un règlement arrêté par ce conseil.
S 2. — UZARET DE TRÉBÉRON.
(Voir p. 86.)
L'ilc de Trébéron est un rocher granitique , battu de tous les vents , situé à environ un myrïamètre au S.-O. de Brest,
(Pyréoées-Orientales) leî9 avril 186i. Lors de la IraoslaUcn et de l'inhumation de ses restes , k Brest, le il mai suivant , M. AllaQic, professeur au Lycée impérial, a prononcé sur sa tombe un discours qui a été inséré dans le journal VOcéan du 13 du même mois, ei plus tard il lui a consacré une notice publiée dans le t. II du BulkUn de la Société Académique de Brest, dont M. Biou-Kerhalet était secrétaire*
vers le milieu de la baie de Roscanvel. Sa longueur e8td*à peu près 400 mètres , et sa largeur de 'l 00. Sa superficie piésente de grandes irrégularités. Ses bords , très escarpés da côté du N.-O. y ont une pente moins rapide du côté du S.*S.-0. et laissent même découverte , à basse mer, une plage d'une assez grande étendue. Le niveau du sol est d'environ 17 mètres au-dessus de celui des hautes marées. Le pourtour de V\k offre plusieurs points de débarquement , notamment la cète S.-S.-O. Toutefois, c'est à la pointe O.-N.-O. que Ton débarque principalement.
Dans le siècle dernier, la marine n'avait construit, à Trébéron, que des b&timents de peu d'importance pouvant accidentellement servir d'hôpital pour le traitement, soit des malades des escadres stationnées sur rade, qu'on n'aurait pu ou voula envoyer aux hôpitaux de terre, soit de ceux qui encombraient ces mêmes hôpitaux, comme il arriva vers ^809, époque où 964 galeux en furent extraits et transportés dans le bAtiment principal de Trébéron. Des salles y furent installées, et les malades couchés sur trois rangs dans des hamacs. Quelques travaux furent bien exécutés en ^843, en vue de créer un hôpital quarantenier, mais ils étaient insuffisants. Ce ne fut qu'en 4848 que lu marine militaire, assujélie, comme celle du commerce, à l'observation des règlements sanitaires, songea sérieusement à faire, à Trébéron , un véritable lazaret dont elle concéda libéralement la jouissance à la marine marchande , dans le cas où l'intendance sanitaire demanderait, dans rintérét de la salubrité publique, cette faveur, toujours accordée, mais cependant bénévole et facultative. Toutefois, les travaux exécutés alors furent encore insuffisants. On le reconnut en 4825, quand la division du contre-amiral Jurien de la Gravière revint des Antilles encombrée de malades. L'établissement reçut, de4826à4832, une grande extension. Des logemcuts pour le capitaine du lazaret (emploi aujourd'hui supprimé) , l'administrateur de la marine, les officiers de santé ,
les gardes sanitaires et la garnison furent construits, ainsi que plusieurs corps de Mtiments dans lesquels peuvent se répartir 25 lits d'officiers et environ ^50 lits de matelots et soldats.
De grands travaux , exécutés par les soins de M. Riou Kerhalet, ont encore eu lieu de 1856 à 'l 858. On a refait entièrement les quatre salles destinées au matelots et soldats. Les trois premières, construites dans un même alignement , ont 80 mètres de longueur. Les façades, celle surtout du S.-O., ne présentaient que des crevasses à travers lesquelles pénétraient le vent et la pluie. L'abri offert aux malades leur devenait ainsi plus nuisible qu'utile. La toiture et les pièces de charpente ont, seules, pu être conservées. Les terres qui, tout le long de la façade N., étaient en contre-haut du niveau des planchers, ont été enlevées, et une tranchée, opérée sur toute la longueur de Tédifice, a entièrement dégagé le b&timent de son excessive humidité. Des conduits en maçonnerie pour Técoule* ment des eaux ont été établis partout où il a été nécessaire. Les salles d'officiers , complètement restaurées , peuvent , à tous égards, soutenir la comparaison avec celles des hôpitaux les mieux entretenus, et ce n'est pas peu dire, car on sait avec quelle sollicitude et quelle libéralité la nlarine pourvoit aux besoins de ceux que l'on y traite. Dans le cimetière , qu'on a nivelé, et d*où l'on a fait disparaître les arbres fruitiers , les légumes et autres végétaux cultivés par les gardiens, s'élève un hangar dont une partie sert de chapelle et l'autre de salle d'autopsie. Au milieu de ce même cimetière a été placée une grande croix en fer forgé , supportée par une belle base en granit de Laber, avec entablcmept de Kersanton. Des cyprès ont été plantés, des allées tracées ; en un mot , d'un lieu où quelques buttes de terre disséminées parmi des plantes potagères laissaient à peine soupçonner qu'elles recouvraient les restes de braves marins ou soldats , on a fait un champ de repos aussi décent que possible et n'éveillant , chez le visiteur, qu'un pieux respect pour les morts.-
La cale de débarquement a été égûlement reconstruite en entier. Des plantations ont été faites sur toute la surface de rtle partagée , dans presque toute, sa longueur, en deux paN ties à peu près égales , par un mur qui en suit les points les plus élevés. Celle qui est eiposée aux vents d*0., de N. et de JH.-O., n'a pu conserver aucun des arbres qu'on y a plantés. L'autre, qui n'en a pour ainsi dire pas perdu, contient des ormes tortillards , des tamarins et des peupliers de Virginie.
Des semis de sapins et de pins ont également été faits sur difTérents points de Ttle. Les jeunes arbres ont déjà acquis de 50 à 70 centimètres environ de hauteur ; mais il est à craindre que y dès qu'ils cesseront d'être dominés par les lan* des au milieu desquelles on les a placés pour qu'ils y fussent abrités des vents violents régnant presque continuellement dans cette partie de la rade, ils n'éprouvent le même sortque ceux des parties de l'O., du N. et du N.-N.-O. Ceux-ci avaient parfaitement résisté pendant l'année de leur plantation , mais ils ont été détruits par les fréquentes tempêtes de l'année suivante.