S 3. — AI6UADB DES QUATRE POUPES
(Voir p. 89.)
La réparation de 4734, si elle eut lieu , ne procura qu'une amélioration momentanée , car, dès n43, les canaux étaient très engagés sur la première partie de leur parcours, c'est-àdire sur une longueur de 500 toises depuis le bourg de Saint- Pierre. Le reste étant bien moins obstrué , M. Frézler, dans un mémoire du 3 septembre J 74 3 , proposa de ne conserver de la conduite primitive que 400 toises au lieu de 900 qu'elle avait, ce qui en rendrait l'entretien beaucoup moins dispen-
dieux et la survdllance beaucoup plus facile, la <[QanUté d*eau gui serait recueilJio lui paraissant d*ailleurs suffire pour abreuver tous les vaisseaux qu'on armerait. Le travail exécuté par suite de ce rapport eut pour conséquence de réduire de plus de moitié les premiers canaux , et l'abandon des 500 toises de l'ancienne conduite fut si complet , que la marfne finit par en perdre le souvenir cl que , quand elle entreprit » en ^1839 et en ^1848 , les travaux dont nous parlerons plus loin, elle fut très étonnée de trouver les traces d'un canal au-delà du point que , depuis long-temps, elle regardait comme la limite extrême de sa prise d'eau.
Avant l'exécution de ces derniers travaux , il avait plus d'une fois été question de réparer l'aiguade. En effet, il existe aux arcbives de la direction des travaux hydrauliques un plan daté du 22 mars ^84, et intitulé : Plan de Va/iise des quatre fontaines dans la rade de Brest , celé de Léon , avec un projet pour la mettre à L'abri de^ vents dV. et de 5.-0. On y voit aussi qu'un projet de M. Trouille , approuvé le 34 août 4808, reçut un commencement d'exécution; mais les matériaux que l'on employa étant petits et de mauvaise qualité y la mer les enleva. Ce n'est guère qu'il y a 25 ans qu'on songea à faire une aiguade qui satisfit d'une manière large et durable à tous les besoins des vaisseaux sur rade. En 4837, de nouveaux projets furent présentés par M. Petot, ingénieur des ponts et chaussées, qui fit jauger les six sources , possédées par la marine dans le vallon de Saint^Plerre, et indiqua les travaux à exécuter pour retenir les eaux , les recueillir dans des tranchées , les filtrer et les épurer avant leur introduction dans la cuvette de prise d'eau du réservoir qui serait construit sur la grève , et dont les abords seraient garantis par une jetée formant un abri pour les chaloupes et les citernes flottantes de la direction du port, en même temps qu'un moyen de leur distribuer l'eau qu'elles ont à porter à bord des navires de l'Etat. Les plans de M. Pelpt , successi-
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vement modinés dans leur application par M, Trotté de la Roche et par M. Dehargne , plus spécialement chargé de îea exécuter, ont donné lieu , en ^R3^ et ^8.^8 , h des travaux qui ont eu pour résultat rétablissement de l'aiguadc tlîte des Quatre- Po7npes , située sur la côte N, de la rade de Brest, aune demi-lieue de rentrée du port, et à 450 mètres du retranchement du Porlzic, Exécutée de manière à ne g^ner nutlemcnt la défense de la rade^ elle se compose d'un réservoir et d'une jetée ou môle* Le réservoir, adossé à l'escarpement du rocber du littoral, a ao^^co de longueur sur O^jSO de largeur. Jl est construit en maçonnerie, et ses voûtes sont recouvertes ix restérieur d'une coucbe d^asphallc. ' Il a une capacîtu de 4iO mètres cubes. Deux avant- corps, formant une sûitiic de o"*,91 sur tes pignons , donnent entrée dans fa galerie intérieure. La capacité de ce réservoir est divisée^ par un mur transversal et par un mur longitudinal, en quatre compartiments commun if] uant librement entre eux au moyen d'ouvertures convenablement pratiquées dans les murs de refend et recouverts par deux voûtes en ogive surmontées d'une galerie. Les voûtes sont percées dans Tintérieur de cette galerie de douze ouvertures de i mètre de largeur pour aérer les rései-voirs et y pénétrer au besoin. Les eaux des sources de la vallée de Saint-Pierre arrivent dans le premier compartiment par un tuyau en fonte recourbé verticalement et par lequel elles retombent en nappe* Pour so rendre aux robinets de distribution, elles sortent par un autre embranchement placé dans le second compartiment, symétriquement avec le premier* Un robinet établi mr la conduite principale, entre les deux embrancbements préci* tés, permet de diriger feau à volonté, soit dans le réser* voir, soit directement vers les robinets de distribution* Les tuyaux de conduite, de 0"", 16 de diamètre iutérieurt sont placés dans une cuvette ménagée dans la jetée et remplie de sable rf couvert d'un pavage. Une soupapo de fond établie
vers rextrémilé S.-O. du réservoir permet de le vider complètement. Il y a aussi un tuyau de trop plein.
Le relief de ce réservoir au-dessus du niveau des hautes mers est de 6°',20 jusqu'au faîtage de la galerie qui le couronne. La jetée , qui a 3 mètres de largeur à son couronnement , et 5 mètres , terme moyen, d'épaisseur à sa base, se rattache au massif de la fondation du réservoir, et se prolonge vers la mer, sur une longueur de 70 mètres, à partir de Taxe de ce réservoir. Elle se retourne ensuite vers Test par un coude arrondi , et se termine à la laû^se de basse mer par un musoir également arrondi , fondé sur une roche saillante et rentrant à l'intérieur pour mieux abriter le mouillage de trois des citernes flottantes ou des chaloupes venant faire de l'eau. Le dessus de cette jetée est établi à 0"*,50 au-dessus de la ligne des hautes mers. Le côté du large est bordé d'un parapet de 0",90 de haut et de 0"»,60 de large. Dix robinets, distribués sur le parement intérieur de la jetée^ peuvent fournir, en 42 heures, un débit de 270,000 litres^ suffisant pour rentier ravitaillement de trois citernes flottantes ou de quinze chaloupes. Enfin, pendant les mortes eaux, les chaloupes peuvent toujours accoster la jetée, sans tenir compte des marées. Le gardien de l'aiguade, logé, près du réservoir, dans une maisonnette qui domine l'ensemble de l'établissement , veille à la conservation des ouvrages et fait l'ouverture ainsi que la fermeture des robiuets.
§ &. — LA CHAPELLE DU SÉHINAmE OU DE LA BIARINE.
(Voir p 96.)
Cette chapelle, construite sur les plans de Choquet de Lindu, le fut, en très grande partie, au moyen des matériaux fournis par les magasins du port. Les Jésuites, qui restaient II 16
devoir 7,000 livres à TÉtat , en 1744, demandèrent k m libérer en ^4 ans ^ à raison d'une annuité de 500 livres; mais Maurepas ne voulut pas consentir à ce que cette annuité fût inférieure à ^1,000 livres. Nous ignorons s'ils s'étaient entièrement acquittés lorsque l'ordre fut supprimé. On avait mis gratuitement à leur disposition les gabarres sur lesquelles on prit à Rouville , au bas de la rivière de Caen , les pierres qui sont entrée» dans la construction de la chapelle. Il y a lieu de croire qu'elle était terminée lorsque Maurepas Ini fit présent, le 'lO août 4743 , d'un tableau de Y Assomption , dû au pinceau de Boucher qui, s'il faut en croire Cambry {Catalogue des objets échappés au vandalisme dnns le Finistère ^ p. 59), se serait prêté auiL désirs du ministre en ne faisant de la Vierge qu'un accessoire , tandis que le personnage principal aurait été un ange dont la nudité et les formes étaient très. accentuées. Pour ne point contrarier le ministre , qu'ils avaient intérêt à ménager, les RR. PP. se seraient résignés, non sans hésitation , à subir cette épigramme licencieuse, et à placer le ^ tableau sur le maître -autel de la chapelle. Cambry sjoute que , quand on vendit les meubles des Jésuites , en 4762 , un commissaire de la marine acheta le tableau , en couvrit le plafond d'un de ses appartements , et , par pudeur, fit mettre à l'ange une culotte de goudron.
Après la dispersion des Jésuites , la chapelle fut consacrée aux exercices du culte , et l'on y célébra plus particulièrement la messe pour les troupes de la marine jusqu'à ce qu'on en eut fait le lieu des séances du tribunal révolutionnaire. La redoutable inscription : Justice du peuple, qui fut alors gravée sur la façade, fut bien effacée après la terreur, mais si incomplètement qu'elle pouvait encore être lue , lorsqu'il y a une vingtaine d'années M. Gleizes, commissaire des hôpitaux, signala cette négligence. Ce funèbre souvenir fut alors entièrement martelé. L'administration de la marine, pour prévenir le retour de toute profanation et empêcher qu*on ne lui enlevât
de nouveau son église, se h&ta, dès que le calme eût reparu, d'en faire un magasin des vivres pour l'hôpital. Elle conserva cette destination jusqu'en '18^4. Les religieuses hospitalières ayant demandé au duc d'Ângoulêmc , lors de son voyage à Brest, au mois de mai de cette année, qu'elle fût affectée au service religieux de Thôpilal, le ministre, sur le rapport de M. Trouille , décida qu'elle reprendrait son ancienne destination. Elle fut immédiatement restaurée , et Ton y plaça le beau groupe de marbre blanc dû au sculpteur flamand Scheemakers. Ce groupe , représentant la Sainte-Triuilé , la Vierge et les Anges délivrant les âmes du purgatoire, provient de la citadelle d'Anvers, d'où il avait été tiré, en -1 8^ 2, ainsi que la chapelle, aussi de marbre blanc, par les soins de M. Moras, commandant du vaisseau le César ^ du consentement du commandant de la forteresse, du général commandant de la division et du directeur général des fortifications, pour être placé, comme autel unique, à l'hôpital maritime de Saint-Bernard. %n procès-verbal dressé par ces diverses autorités constata que le don et la translation de ce monument avaient eu lieu en reconnaissance des soins donnés par les religieuses de cet hôpital aux marins de la flottille de l'Escaut. Lors de l'abandon de l'hôpital de Saint-Bernard , par suite de l'évacuation d'Anvers , le même sentiment porta M. Moras à demander au sous-intendant militaire de la place que ces objets fussent laissés aux religieuses. Ce vœu ayant été accueilli, le groupe et la chapelle , malheureusement déplacés avec précipitation par des hommes peu exercés , furent apportés à Brest sur le vaisseau V Hector ^ commandé par M. Moras, qui les remit à la disposition dei^ dames de la Sagesse.
L'extérieur de la chapelle n'a rien de bien remarquable. La façade est imitée de celle du noviciat des Jésuites, de la rue du Pot-de-Fcr à Paris. Elle est en pierres blanches, d'un grain fin et d*un assez fort appareil, à partir du socle, lequel est en granit du pays. A l'intérieur, l'architecture est d'un effet
plus agréable. C'est, sous le rapport de Fart, ce que Brest possède de mieux en édifices religieux. Les plus grandes dimensions de la chapelle, prises intérieurement, sont de 33",40 de longueur et <3",24 de largeur. La nef avec ses bas-côtés Occupe les cinq septièmes de la superficie. Le surplus est consacré au sanctuaire et au chœur. Cette nef comprend , de chaque côté , cinq arcades qui étaient destinées à former autant de chapelles particulières. Elle a près de 9 mètres de largeur sur 'I4"',4:i de hauteur sous la clef de voûte exécutée en plein-cintre , et prenant naissance sur des piliers dVdre dorique. A l'extrémité de cette nef est un rond-point, percé de trois arcades d'une architecture semblable à celle des précédents. Il est totalement rempli par le sanctuaire au centre duquel est l'autel. Derrière est le chœur. Au niveau de l'entablement et de plain-pied avec le premier étage d'une des ailes de l'ancien séminaire , sont des tribunes qu'occupe pendant la messe du dimanche la musique des équipages de ligne. Les tribunes des bas-côtés servaient aux malades lors-* que Tancien séminaire avait été transformé en hôpital. Une dernière tribune , placée au-dessus du porche de la chapelle, dans toute sa largeur, est réservée aux femmes des officiers de la marine et aux autres dames munies , comme elles ^ de permissions spéciales. Elle peut contenir 80 personnes , et les autres tribunes , la nef, les bas -côtés et le sanctuaire, environ ^ ,200, dont les deux tiers assises.