‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 34 sur 59 · S 6. — CORDERIES · texte numérisé non relu

S 6. — CORDERIES

La corderie de n47, longue d'environ 400 mètres, eomme celle de ^1686, s'appelle corderie haute, par opposition à la précédente^ située en contre -bas, et désignée, par cette raison , sous le nom de corderie basse. L'une et l'autre se composent d*un"rez-de-chaussée , d'un étage et de greniers. Leurs façades , parallèles aux quais , sont exposées à l'ouït. Avant l'introduction des câbles-chaincs dans la marine , on y employait de i fiOO à ^ ,200 ouvriers. Depuis , les travaux ayant considérablement diminué, le rez-de-chaussée et des parties de l'étage et des greniers de la corderie basse ont été convertis en magasins. Enfin, l'emploi de machines mues par la vapeur permet de ne conserver aujourd'hui que la corderie haute , avec un personnel , en temps ordinaire , de 250 ouvriers , occupés à la préparation du chanvre et à sa transformation en fils, puis en cordages. La préparation du chanvre se fait à bras, parce qu'on n'a pas encore trouvé de peigneurs mécaniques qui Taient convenablement ouvert.

Le filage se fait, soit à la main , soit mécaniquement. Pour le premier mode , on se sert de roues dont la première met en mouvement, au moyen d'une courroie, quatorze petites molettes à crochets placées sur un bâtis en forme de croissant. Le nieur, après avoir disposé autour de sa ceinture une certaine quantité de chanvre , en accroche une mèche à l'une des molettes dont le mouvement de rotation se transmet au chanvre qui devient fil. L'ouvrier s'éloigne de la roue en laissant glisser dans sa main la quantité de chanvre qui , tordue, doit déterminer la grosseur du brin. Le rapport entra la vitesse de translation du fileur et celle de rotation de la

molette règle le degré de torsion du fil. La vitesse mojenne du filcur ea premier brin^ à Brest, est de H mètres par minute.

La filcrîe mécanique se compose de trois systèmes de fileuses : quatre de Bergues (dites Ruyleuses); quatre de M. Chédeville, directeur des constructions navales à Brest , et deux de M. Decoster, soit d'un appareil de 94 brochos dont chacune fabrique , en moyenne , 3 kilogrammes de fil par heure. Il y a en outre trois métiers à préparer.

Le filage mécanique comprend deux opérations : la prépsr ration du chanvre en ruban continu et la transformation de ce ruban en fil par sa torsion. Pour la préparation , on se sert d'une machine appelée éialeusey composée de deux paires de cylindres superposés^ dont Tune, d'une vitesse bien moindre que Taulre , s'appelle cylindre fournisseur^ et celle-ci , cylindre étaleur. Entre ces deux paires de cylindres est disposée une série de peignes sans fin , sur lesquels Touvrier étaleur étend successivement des poignées de chanvre se doublant les unes sur les autres^ et qui, engagées entre les deux parties du cylindre fournisseur^ sont prises et conduites par elles entre celles du cylindre élireur, où il se débite \^ mètres de ruban par mètre sorti du •cylindre fournisseur. Pour augmenter la régularité de ce ruban, on forme un faisceau de rubans, et cette régularité s'obtient d'autant mieux qu'il y a plus de doublages. Après retirage , ce ruban ne présente plus , tordu, que la section du fil pour la dimension duquel il a été préparé.

Toute fileuse a pour principaux organes : une broche à ailette ou à cylindre, animée d'un mouvement de rotation qui a pour efi'ct de tordre le ruban ; une bobine , dans le fuseau de laquelle passe la tige de la broche , de manière à la laisser tourner librement sur elle-même ; un frein lié par des tenons à la bobine dont il modère les mouvements, en même temps qu'il régularise la tension du fil.

Le chantier du petit commettage , servant à la fabricatimi des menus cordages est mû par la vapeur dont Tapplication procure une économie de 500 p. 0/0 sur l'ancien procédé.

Le grand commettage comprend deux chantiers composés chacun d'un chariot fixe. Le chariot mobile, établi d'après le même principe que celui de M. Hubert , a douze crochets , et peut tirer à la fois douze torons d'égale dimension. Il se manœuvre facilement à Taide d'une corde sans fin parcourant Tatelier daas toute sa longueur. Ce chariot obvie à ces fréquents changements d'outils qui^ jadis, augmentaient considérablement le prix de la main-d'œuvre.

Le chariot fixe, entièrement en fonte, dispose de quinze ' crochets , dont douze pour cordages en 4 ou en 3 torons de dimensions ordinaires, et trois pour les câbles ou grelins do fortes dimensions.

La tension des cordages, pendant qu'on les confectionne, est appréciée au moyen d'une balance à bascule , de telle sorte qu*on obtient, dans la confection de la pièce, une régularité presque parfaite.

Le bobinage mécanique, mené par six hommes seulement, sufQt et au-delà aux besoins du service, puisque, par journée moyenne , il peut bobiner 3,500 kilogrammes de fil de caret.

L'atelier de la corderie possède une machine fort ingénieuse de l'invention de M. Reech, aujourd'hui directeur de l'école d'application du génie maritime à Paris. Cette machine dont le mouvement imite celui d'une main d'homme ou de femme qui tresserait une corde , attire justement , par l'élégance et la simplicité de son mécanisme l'attention des curieux.

Il faut avoir vu fonctionner, d'après les anciennes méthodes, les ateliers de la corderie , pour se faire une idée des avantages qu'on retire , surtout en ce qui concerne le commettage , de l'application des procédés mécaniques.

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