S 7. — BAGNE
(Voir p. 106.)
Ce vaste établissement y autrefois l'objet de Tavidc curiosité des touristes , n'a plus d'importance depuis sa conversion en magasins^ par suite de la transportation des forçats à Cayenne. Aussi nous bornerons-nous à renvoyer, en ce qui le concerne , à ce qu'en a dît Choquet de Lindu lui-même dans sa Description du bagne pour loger à teire les galériens ou forçats de Varcenal de Brest , projette, bâti , dessiné et gravé par M. Choquet de Lindu , ingénieur ordinaire de la marine. Brest, Romain Malassis, ^759, grand in-P». (PI.)
S 8. — ACADÉMIE st BIBLIOTHÈQUE DE LA MARINE.
(Voir p. i08.)
Les premiers fondements de TÂcadémie furent posés par M. le vicomte Bigot de Morogues qui provoqua plusieurs officiers de vaisseau à des conférences où se discutaient des problèmes concernant l'astronomie , l'hydrographie , la cons* truclîon navale, etc. Le nombre, d'abord restreint, de ceux qui prirent part à ces conférences s'accrut insensiblement , et, en -1749, les réunions étaient devenues assez compactes pour qu'on entrevît la possibilité d'en tirer un parti avantageux à la marine en leur assignant un caractère officiel et permanent. Encouragé par l'assentiment général, M. de Morogues s'arrêta à l'idée de créer une société qui s'occupât spécialement de l'étude et de l'extension des sciences nautiques. Une circonstance favorisa la réalisation de ce projet. M. de Rouillé, ministre de la marine , vint à Brest en ^50. Déjà
les travaux de Morogues et de ses collaborateurs avamt eu un retentissement qui avait appelé son attention. Cet homme d'État recherchait toutes les occasions de favoriser les progrès des sciences ; il ne pouvait donc voir avec indifférence une association dont le but s*harmonisait si bien avec ses propres désirs et les intérêts de son administration. Il ne se borna pas à donner à l'Académie naissante des encoo* ragements de paroles. 1! chargea MM. Fallu , Pellerin , Godia et Duhamel de Monceau d'assister en son nom à une de ses séances hebdomadaires. Ce ne fut néanmoins que le 30 juillet ^752 qu'il autorisa la constitution de l'Académie de la marine. Morogues, qui en devait naturellement être et en fat le premier directeur, prononça, le Si août ^752^ jour de soo inauguration , un discours que l'on peut considérer comme le programme des travaux qu'elle devait exécuter, et où , après avoir démontré la nécessité de faire marcher de front l'étude de la théorie et les applications de la pratique , il s'exprimait ainsi : « Déjà nous pouvons espérer que des savants du premier ordre ne seront point les seuls à travailler pour notre utilité , les uns en figurant le globe que nous parcourons , les autres en cherchant de nouvelles méthodes de trouver les longitudes , plusieurs en perfectionnant les instruments dont nous nous servons, quelques-uns en décrivant les courbes qui modèlent nos vaisseaux, en appréciant et calculant les forces qui font leur stabilité ou qui déterminent leurs mouvements; d'autres encore en tentant les moyens précieux de conserver la santé des équipages. Toutes ces parties seront l'objet de nos recherches , sans en exclure la liberté et l'avantage de recueillir les richesses de tout genre que l'histoire naturelle nous offre sur les côtes étrangères ; et, particulièrement, sans laisser à d'autres le soin de rassembler les fastes d'un corps dans lequel nous avons l'honqeur de servir, qui a fait une grande partie de la gloire du règne précédent/^ et qui nous donne, dans des
généraux habiles et dans des capitaines expérimentés , des exemples d'une vertu mule et de cette bravoure réfléchie qui fait les grands succès, etc. »
Infatigable au travail , Morogues imprima aux travaux de l'Académie une direction qui eut pour résultat la prompte réalisation de son programme. Les membres les plus émînents de FAcadémie des sciences de Paris et les savants étrangers du premier ordre ne tardèrent pas à briguer l'honneur de devenir ses correspondants. Toutefois , la guerre de sept ans faillit lui être fatale. Ses membres ayant alors été dispersés et décimés , elle se trouva réduite à ne produire de travaux qu'à de longs intervalles , et il en fut ainsi jusqu'en -1769. M. le comte de Roquefeuil, commandant de la marine, en obtint alors la reconstitution avec le titre d'Académie royale de la marine. Son organisation primitive ayant été fortifiée par le règlement du 24 avril -1769, substitué à celui du 30 juillet -1752, elle prit un essor qui eut assez d'éclat pour que l'Académie des sciences prit , le -17 février 4774, sur la proposition de M. le duc de Praslin, ministre de la marine, une délibération approuvée par le Roi , et portant qu'elle agréait l'association des deux compagnies , sous la condition que chaque membre de l'une ou de l'autre ne pourrait prendre d'autre titre que celui de l'Académie qui l'aurait reçu , de sorte que le titre simultané de membre des deux Académies ne pouvait appartenir qu*à celui qui aurait été l'objet de deux nominations distinctes. Cette association conférait aux officiers , membres de TAcadémie royale de la marine , le droit de séance à celle des sciences lorsqu'ils viendraient à Paris, et, en leur absence, à deux officiers nominativement désignés par la première, sans que, néanmoins , ce droit pût s'étendre aux autres officiers résidant à Paris.^ Une sorte d'émulation s'établit entre les deux compagnies. L'ardeur avec laquelle l'Académie royale de la marine poursuivit pendant les vingtquatre années suivantes la réalisation de son programme, eut
pour résultat raccomplissement de travaux considérables dont le plus important était une encyclopédie de la marine qui devait embrasser, sous forme de dictionnaire» toutes les branchcs si diverses des sciences nautiques. Largement traités, les mots qui l'auraient composé formaient , en grande partie , des mémoires ou dissertations d'une certaine étendue, de telle sorte que ce dictionnaire, dont les éléments étaient^ pour la plupart , rassemblés, quand l'Académie cessa ses travaux au mois de septembre ^790 , aurait à lui seul formé plusieurs volumes. L'astronomie nautique, l'hydrographie, la physique, l'histoire naturelle; l'hygiène navale, les mathématiques pures et appliquées , les voyages , l'histoire de la marine , avaient aussi provoqué des travaux dont la publication , projetée , devait faire suite à celle du volume qui a paru sous le titre de : Mémoire de l'Académie royale de marine j t. I** (pi.), Brest, R. Malassis, ^773, in-4^ Les manuscrits de ces travaux ont en partie disparu pendant la révolution. Si 1^ originaux de beaucoup d'entre eux ne se retrouvent plus, le sentiment pénible qu'éveille leur perte est du moins atténué, grâce à la prévoyante transcription que cette compagnie en a fait exécuter, transcription qui n'embrasse pas moins de vingt volumes in-r, dont onze contiennent les mémoires des membres résidants , quatre , ceux des membres corres* pondants, et cinq, une correspondance, souvent' scientifique, qui est le complément utile des mémoires.
L'Académie ne s*était pas bornée à ces travaux spéculatifs. Elle s'était livrée à des observations astronomiques , à celles des marées, et avait été chargée, par le ministre, de la direction de l'atelier des boussoles ainsi que de la salle des modèles. Dès ses débuts, elle s'était occupée de la formation d*une bibliothèque dont elle accorda l'entrée au public , et qui , en 4793, se composait d'environ 6,000 volumes, devenus le noyau de la bibliothèque du port. Depuis cette époque jusqu'en 4835, elle ne s'était guère accrue que d'un millier de
volumes. Une impulsion féconde , malheureulsemcnt ralentie dans ces derniers temps, a eu pour conséquence de la doter, à partir de ^835, de ^3^000 volumes, de sorte qu'elle en contient aujourd'hui environ 20,000, traitant le plus généralement des sciences mathématiques et de leurs applications à la marine et à l'industrie. De grandes améliorations ont été apportées en 4859 et en -1860 à cet établissement que M. le vice-amiral Pellion , préfet maritime, et M. Dehargne, directeur des travaux maritimes , se sont attachés, à l'envi l'un de l'autre , à rendre digne de la marine. I^ principale a été la suppression de l'entrée par le port , entrée remplacée par celle qui met la bibliothèque en communication avec la Grand'Rue et en facilite ainsi l'accès.
§9.— ANSEKERHUOR.
VIADUC, CEEm DE FEB, ETC.
(Voir p. i08.)
La marine tient presque constamment en réserve à Kerhuon pour une valeur de dix millions de bois de mature et de charpente. Le dépôt primitif s'augmenta peu à peu, et la bonne conservation des bois , due au mélange, dans des proportions convenables , des eaux douces et des eaux salées , fit songer à assurer de plus en plus les avantages qu'on retirait de l'anse. On entreprit, dans ce but, en n86, d'en barrer l'entrée par une digue dans laquelle on pratiqua une écluse simple à porte d'èbe pour la retenue des eaux et le passage des bois. Cet ouvrage fut terminé au mois de janvier ^87, et le 4 février suivant, on ferma, pour la première fois , les portes de l'écluse. Les avantages de cette clôture ne furent point tels qu'on l'avait espéré. Les portes d'èbe furent bientôt détruites , et la digue donna passage , peu après sa construc-
Uon, à d'énormes flltrations qui causèrent des dommages tin riverains, notamment à M. de Kerléan, l*un des propriétaires de la terre de Kcrhuon. Les indemnités qu'il fallut payer, bien que très peu élevées , déterminèrent la marine à faire l'acquisition de Tanse et de ses dépendances. Par l'acte da 44 octobre 4787, au rapport de Le Lay, notaire à Brest, M. de Kerléan lui vendit l'anse contenant environ trente-trois hectares sous l'eau du bassin , le droit de pèche et des portions de champs pour créer de nouveaux chemins de senitude en remplacement de ceux qui avaient été submergés. Une transaction passée, le 6 novembre ^849, devant Le Gléau, notaire à Brest, avec les héritiers Malàssis, propriétaires de Kerhuon, et de nouvelles acquisitions de terrains par la marine , en 4855 et 4856, lui ont fourni les moyens de donner à son établissement tous les développements qu'il exige et d'y assurer la régularité du service.
Pendant quelques années , après l'acquisition de 4787, on travailla à rendre la digue étanche, mais on ne put y réussir. Tel était l'état des choses, lorsqu'en -1847 M. Trotté de la Roche fut chargé d'étudier un projet d'écluse à sas sur des dimensions assez grandes pour donner passage à des bâtiments d'un fort tonnage , et son projet , auquel il avait joint des observations par suite desquelles il fut modiOé par le ministre, se combina , en 4829 seulement, avec les plans que dressa , à celte époque , M. l'ingénieur Méquet.
En attendant leur exécution , l'état de la digue s'aggravait. Restée depuis trente-trois ans dans un abandon absolu , elle laissait échapper, en 4820 , une tranche d'eau de 0'",40 d'épaisseur en 24 heures, la retenue étant faite à 4", -12 de l'échelle dont le zéro est placé au niveau du buse de la nouvelle écluse. Un travail économique, entrepris dans le but d'arrêter les inflltrations, ne réussit qu'imparfaitement. Les infiltrations continuèrent , d'abord en petite quantité , mais bientôt avec la môme. abondance qu'auparavant.
En -1829, époque où il y avait dans l'anse une quantité de bois dont la valeur excédait quatorze millions , il fut constaté que ces bois étaient attaqués par les vers, et qu'il y avait un danger imminent de voir un si fort capital anéanti dans nn laps de temps plus ou moins rapproché. I.e seul moyen de le conjurer était de faire une digue imperméable qui empêchât la mer d'entrer dans l'anse et y retînt toutes les eaux des ruisseaux affluents , de manière à immerger complètement les bois pendant trois ou quatre mois de Tannée au moins. M. Méquet se livra, à cet effet, à une étude approfondie des lieux. Le projet d'un barrage étanche exigeant une parfaite connaissance du terrain sur lequel la digue était assise , il fit des sondages multipliés pour bien reconnaître la configuration et la nature du terrain à l'entrée de l'anse. Ces sondages , longs et pénibles , lui firent acquérir la certitude que le rocher, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'anse , était recouvert d'une couche de schiste décomposé, avec cette différence qu'à l'extérieur il existait un banc de gravier entre la couche de schiste et la vase. Cette opération préalable terminée, M. Méquet dressa ses plans qui, modifiés dans quelques parties, par M. Trotté de la Roche , commencèrent à recevoir leur exécution en -1829. Après qu'on eut dragué l'anse, on s'occupa de la fondation de la digue. On battit 96 pieux jointifs , laissant entre eux 95 intervalles doqt chacun était rempli par 5 palplanchcs, et l'on coula un massif en bitume reposant immédiatement sur la couche de schiste décomposé. Quand on eut triomphé des difiicultés que présenta cette fondation , on fit le corps môme de la digue qui s'élève de 6 mètres depuis les basses eaux jusqu'au niveau de la banquette des écluses. En 'l$39 , les travaux furent achevés , et le but qu'on s'était proposé fut complètement atteint. Pendant l'hiver de cette année , la nouvelle digue fut promptemcnt étanche, et toute l'anse remplie d'eau douce qui détruisit les vers marias et produisit la végétation de plantes aquatiques.
La grande superficie que présente l'anse de KeiliQMi,h profondeur d*eau considérable que l'on pourrait y oliteDir, ta faisant des dragages faciles^ et l'interception , à volonté, da communications entre elle et la rade , qui existe déjà , Ml fait naître , dans Tesprit de quelques personnes , ridée de transformer cette anse en un vaste bassin à flot, et de créer à Kerhuon un port de commerce (4).
(i) Le promoteur de cette idée, dont il poursuit la réalisalk» avec une persistance qui dépose de Tintensité de ses conTicUons, est M. 0. Leroy de Reraniou, capitaine au long-cours, qui Ta dételoppée sous toutes ses faces , dans difers écrits , notamment diot les suivants : Avenir du commerce et des ports français. — Paqitb' bots transatlantiques. Paris, Le Doyen, 1837, in-8«. — PrindpaiàX inconvénients que présente la plage die Porstrein pour la criaU» d*un grand port de commerce. Principaux avantages que préseiillê Vanse de Kerhuon, etc., avec un plan du projet présenté par k capitaine Leroy de Keraniou à S. M, l'Empereur Napoléon /// à son arrivée à Brest le 9 août 1858. Paris, Ch. Jouausl, 1859, in-8*. —Protestation contre le projet de loi portant approbation des stipukh lions financières contenues dans une convention passée entre U Ministre des finances, la compagnie générale maritime et la société du crédit mobilier, pour l'exploitation du service postal entre la France, les États-Unis et les Antilles, Paris, Le Doyen, mai-juin 1861, 68 p. in-8». — Avenir de V administration des postes en France et en Espagne. Correspondances intercontinentales, Paris , Guillaumin et C*, 1863, in-8«, avec une carte des lignes de navigation à vapeur à établir entre les deux continents , projet présenté à S. M. Napoléon III, Empereur des Français , le 19 mars 1857. — Avenir de la Bretagne et de VEmpire français, in-f autogr.
Dans CCS divers écrits, M. Leroy de Keraniou s*est attaché à concilier les intérêts généraux du pays avec les intérêts spéciaux de la population commerçante de Brest. Pour lui , les chemins de fer doivent amener le développement du port renfermant tous les éléments générateurs de la puissance commerciale, maritime et industrielle d'Amsterdam , Londres, Liverpool , etc. Partant de ces considérations, dès le jour où U est entré en lice avec les influences des ports du Havre, Nantes et Bordeaux, au sujet de l'allachc des paquebots transatlantiques, et avec les intérêts particuliers de la ville de Brest quant à l'emplacement de la nouvelle mélropole du commerce intercontinental à créer, U a
Dans rétode du passage de Panse par le chemin de fer, il a été tenu compte de sa destination actuelle , des projets d'avenir auxquels elle a donné lieu, enfin de la nature de son fond.
PASSAGE DE L'AISE. — Afin de ne point gêner le service des bois de la marine^ on a laissé entre le chemin de fer et la mer un espace suffisant pour maintenir la possibilité de créer un vaste bassin à flot , et l'on a évité de tomber dans des épaisseurs de vase qui auraient rendu extrêmement difficiles
imraédialement fait la part des deux grands intérêts qu'il avait à concilier. Laissant à la marine militaire et à la France toute facilité pour développer ôbjï» l'avenir un arsenal qui a déjà absorbé plusieurs centaines de millions ,.il donne, d'un autre côté, à l'Europe, le plus beau port de commerce qu'il soit possible d'éUblir sur les cèles de France. Dans sa pensée, le port de Porstrein ne peut être qu'une annexe du port de guerre et un anxiliaire de celui de Kerhuon. Cet auxiliaice devrait servir à l'embarquement des cor« respondances et des voyageurs, ainsi qu'aux mouvements de cabotage à voiles et à vapeur qu'entraînera l'approvisionnement de la ville et de l'arsenal , mouvements qui seraient considérablement augmentés par ceux qui seront la conséquence de la bifurcation, à Kerhuon , des voies ferrées continentales et des grandes lignes de la navigation transatlantique. En résumé, dans sa conviction, la rade de Brest est providentiellement et de toute nécessité , appelée à contenir tout à la fois et le pranier port de guerre de l'Europe et le premier entrepôt de commerce intercontinental , pour peu que les Amériques , notamment les États-Unis, reprennent leur mouvement ascensionnel. Aussi , constamment préoccupé du désir d'augmenter la puissance militaire de l'arsenal à Fabri duquel il voudrait qu'on plaçât toutes les richesses commerciales , industrielles et maritimes de la France, l'auteur a-t^il en vue d'empêcher d'amoindrhr, par le mélange de l'élément militaire et de l'élément commercial, deux forces vives qui se développeraient merveilleusement à portée de canon l'une de l'autre, tandis que, trop rapprochées , elles se nuiraient réciproquement. Tel est le programme grandiose de M. I^roy de Kéraniou , fidèlement résumé de ses divers écrits. Il est inconciliable , on le voit , avec la pensée de changer les conditions actuelles de Brest pour en faire une ville tout à la fois commerçante et militaire.