‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 38 sur 59 · S 13. — SALLE DE SPECTACLE · texte numérisé non relu

S 13. — SALLE DE SPECTACLE

(Voir p. 145.)

Il fallul bien du temps avant qu'un spectacle permanent et digne du premier port du royaume s'établit à Brest. Des comédiens y étaient bien venus en -1685 , mais les RR. PP. Jésuites faisaient alors des conférences en vue de convertir les officiers protestants. Ils objectèrent que ces comédiens détournaient ceux qui auraient pu aller les entendre , et demandèrent leur éloignement qui fut ordonné par Seignelay. Cinq ans plus tard , une autre troupe ayant voulu donner des représentations , le ministre s'y opposa de nouveau, au nom du Roi , parce que les gardes de la marine auraient ainsi , disait-il , été détournés de leurs exercices , et auraient eu des occasions de dépenser leur argent, M. de Pontcharlrain ne fut pas si exclusif. Il n*empécha pas des baladins de jouer à Brest en 4694 ; il se borna à prescrire le déplacement de la cabane qu'ils avaient élevée près de l'Intendance , où ils attiraient des soldats , des matelots et des ouvriers , ce qui lui semblait causer du désordre en cet endroit. 11 parait néanmoins que diverses troupes ambulantes étaient venues à Brest dans Tintervalle de 4694 à 4743, car au mois de mai de cette dernière année , une troupe qui annonçait Tintention de séjourner plusieurs mois , demanda à l'Intendant Tautorisation d'établir un théâtre sur un emplacement situé entre deux maisons de la grande rue^ du côté de la vieille corderie, emplacement où M. l'intendant Robert avait permis à diverses troupes d'élever des cabanes. Maurepas ayant accueilli cette demande , une salle en bois fut construite sur l'emplacement en question et prolongée de dix pieds au-delà de la venelle qui séparait la vieille cordcrle du terrain concédé. Enveloppée dans l'incendie qui consuma la corderic , le 30 H 18

janvier suivant, cette salle fut très vraisemblablement i placée par celle qui existait vers -1760, époque où Brest eot enfin un spectacle permanent et en harmonie avec sa destinition. Cette salle que le direcleur louait 2,400 livres par an, ou pour la saison , était située derrière Thôtel des gardes de la marine, — la préfecture maritime actuelle, — sur on terrain appartenant au Roi, mais elle était en bois et poorrie; elle manquait d'ailleurs de profondeur, bien qu'elle fit saillie de 40 à 42 pieds sur la rue (d'Aiguillon qui n'était pas entièrement percée et qu'on appelait tantôt de ce nom , tantôt de celui de rue de la Comédie). La situation de cette salle et son insuffisance déterminèrent M. de Roquefeuil à demander au duc de Choiseul , le 43 juin 4764 , la concession du terrain sur lequel on l'avait élevée, et celle de 30 à 35 pieds de profondeur à prendre sur le potager de l'hôtel des gardes, pour qu'on pût construire à l'alignement de la rue , et au moyen d'un fonds d'abonnement payé par les officiers de la marine, proportionnellement à leurs grades , une nouvelle salle dont les murs seuls seraient à la charge du Roi. M. de Choiseul ayant répondu qu*on ne devait attendre aucun secours du Roi, M. de Roquefeuil lui fit savoir (2f septembre) que les officiers étaient disposés à construire la salle à leurs frais, au moyen d'une retenue mensuelle opérée^ pendant deux ans , sur leur solde , à raison de 4 livres par capitaine de vaisseau , de 3 livres par lieutenant , de 2 livres -^O sols par enseigne et de 4 livre par garde. En même temps , il envoya le devis de la salie projetée , dressé par Choquet de Lindu , et s'élevant à 22;483 livres. L'incendie , en 4765 , de la salle existante, fit faire un grand pas à la solution de la question. Choquet ayant tout le premier déclaré qu'il ne présentait pas son plan comme un modèle à suivre , n'étant pas suffisamment entendu en architecture théâtrale , on y avait joint un autre plan , goûté de tous ceux à qui il avait été communiqué , et dont l'auteur était M. Nicolin , maître de dessin des gardes de la marine.

Quoique beaucoup plus grande que celle de Choquet, la salle de M. Nicolln n'aurait donné lieu qu'à une dépense de 30,000 livres. Après avoir proposé deux modes d'abonnement pour ied officiers de marine, modes qui n'en faisaient varier le chiffre que de 4,320 livres, puisque l'un aurait produit 45)504 livres (i) par an et Tautre 44,484 livres, M. de Roquefeuil faisait savoir que la recette annuelle provenant des abonnements libres était de 70,000 livres, et que l'incertitude de paiement conduisait les acteurs à exiger des appointements trop élevés qui seraient vraisemblablement réduits d'un tiers lorsque l'abonnement obligatoire de la marine rendrait leur position moins précaire.

C'était le 2 août que M. de Roquefeuil avait écrit au ministre. Le lendemain , le sieur la Traverse faisait enregistrer à la communauté de ville le privilège que S. A. S. le duc de Penthièvre, en sa qualité de gouverneur de Bretagne, venait de lui accorder de lever une troupe qui aurait donné des représentations Jusqu'à Pâques de 4767, et à cette occasion , la communauté arrêtait que le maire écrirait à S. A. pour lui représenter la convenance qu'une loge fût réservée au corps de ville et placée au-dessous de celle du commandant de la marine.

La Traverse ne dut pas exploiter long-temps , dans la salle existante^ le privilège pour l'obtention duquel il avait versé 600 livres, car, le 42 janvier 4766, le duc de Choiseul consentit à ce qu'il en fût construit une nouvelle , à Tendroit projeté j c'est-à-dire sur une partie du jardin potager des gardes dont l'excédant serait concédé à M. Demontreux par compensation du terrain qu'il abandonnait. Le ministre avait

(i) Ce fut ce mode que le ministre adopta , le 42 janvier 1766. En voici le détail : 40 capitaines de vaisseau à 7 livres par mois ; 150 capitaines de frégate et lieuteuants de vaisseau à 6 Ûvres; 160 enseignes et capitaines de brûlot» à 5 livres ; 150 gardes et lieutenants de frégate h 4 livres ; 6 bataillons à 150 livres chacun ; le génie, 100 livres; Tadministration 252 livres.

adopté le plan de Cboquet, modifié par H. Nicolîn, et li devis s'élevant à 26,846 livres. Douze jours après , les titvaux de maçonnerie et de charpente furent adjugés à M. Malmanche , à qui trois mois furent accordés pour les eiécater sous Iq direction de Choquet. On ne tarda pas à reconnaître que cet ingénieur, comme il l'avait spontanément déclaré, s'entendait peu en architecture théâtrale. Son plan exigeait plus d'une modiflcation. De là dans les travaux une suspension que prolongea le changement de ministère. M. de Clugnj, dans un voyage qu'il fit à Paris , au- mois de mai , consulta M. Dumont qui , deux ou trois ans auparavant , avait publié ses Parallèles des plus belles salies de spectacle d'Italie et de France, 54 pi. gr. in-f», et ses Projets de salles de spectacle particulières , 54 pi. gr. in-f*. Le plan de cet habile architecte — 600 livres d'honoraires lui furent allouées le 6 juillet suivant — fut sanctionné , le 28 jnai , par le nouveau ministre, M. le duc de Prasiin, qui prescrivit de décorer la façade des armes du Roi et des siennes , substituées à celles de M. de Choiscul , adoptées d'abord ; mais il ne prescrivît rien quant à l'inscription : Mœceaas nobis hwc otia fecity que M. de Choiseul avait consenti à laisser graver en lettres d'or^ sur une table de marbre , au-dessus de la principale porte d'entrée du théâtre.

M. de Clugny, qui était encore à Versailles , avait passé marché, le 3 juillet, avec M. Protain, peintre décorateur de Paris , lequel , moyennant une somme de 400 livres par mois, les frais de voyage d'aller et de retour pour lui et pour son fils qui raccompagnerait, son logement et un atelier aux frais de la marine qui lui fournirait en outre les ouvriers et les couleurs dont il aurait besoin , s'engagea à venir travailler à rinstallation des machines et à la peinture des décors de la salle, des loges, etc.

L'architecte et le peintre firent preuve de talent et de goût. D'une distribution et d'une coupe élégantes, également

favofables à la vue et à l'acoustique , la salle fut peinte eir grisa||lcs d'un bel effet. D*un côté de Tavani-scène se voyait Mars avec les attributs de la guerre , de l'autre Neptune debout dans un char traîné par des chevaux marins el dirigeant son trident comme pour apaiser la tempête figurée, sur un ifdeau d'étoffe verte, par un vaisseau dégréé et ballotté par une mer agitée. Ces deux sujets ont été remplacés , vers •18279 par d'autres sujets mythologiques qui, eux-mêmes^ ont fait place , lors de la dernière restauration de la salle (1860) aux deux sujets symbolisant la ville de Brest en -1684 et -1860. Avec Mars et Neptune disparurent les élég&nts palmiers disposés dans les anciennes loges du commandant , de l'intendant de la marine et de l'état-major de la place, de manière à leur donner l'aâpect de supports des loges supérieures. En même temps que la salle , on construisit , aux frais de la marine, et sur la demande spontanée de Louis XV, une maison destinée à servir, sous le nom de Café de la Comédie^ de lieu de réunion des officiers. Pourvue d'un matériel entretenu par la marine, elle fut exploitée par le directeur du théâtre. C'était la maison qu'occupe aujourd'hui le café Laplanche , à l'angle de la rue d'Aiguillon et de la rue Saint-Yves , en face du théâtre (i).

On joua , pour la première fois, dans la nouvelle salle, le 7 décembre -1766. Mais tout aussitôt surgirent des questions de préséances et de prérogatives , conséquence naturelle de l'origine comme de la destination de la salle. M. de Roquefeuil les avait pressenties , et avait cru conjurer l'orage , en obtenant du duc de Penthièvre que le privilège

(1) Ce café étant promptemenl devenu un Heu où les officiers se ruinaient , M. de Boynes y fit interdire les jeux do cartes et de hasard. Ce qui leur était défendu , les officiers le firent dans des maisons clandestines où ils échappèrent k la surveillance des auto rites. Le café fut déserté, el le ministre en ordonna la vente. Elle eut lieu le 25 avril 1775 devant M. de Ruis-Embito qui l'adjugea à Tenlrepreneur le Jemble pour 25,000 livres.

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du spectacle de Brest , attribué exclusivement au cominaiidant de la marine^ ne relevÀt pas de Son Altesse, comme ceux des autres speétacles de la province. Mais le duc d'Aiguillon y commandant en titre , en revendiqua la police supérieure , et après de longs et vifs débats qui prirent la proportion d'une affaire d*État , et dont M. de Praslin fut si fatigué qu'un moment il eut l'idée de supprimer ie spectacle, on finit par décider que des deux premières loges , celle de droite, en entrant dans la salle , serait toujours réservée au commandant de la marine , et celle de gauche à Tintendant. La loge du centre resta celle de Tétat-maJor de la place , et la police dans les attributions du commandant de la marine.

Les afiBches annonçanit ie spectacle avaient aussi éveillé la susceptibilité de l'autorité militaire. Avant la construction de la salle, elles portaient : Par permission de M, le duc d'Aiguillon. M. de Roquefeuil avait pensé que la salle construite par la marine étant la seule qui fût établie aux frais du Roi , les affiches devaient désormais porter : Par permis^ sien du Roi. De nouveaux débats , non moins animés que les précédents , obligèrent à recourir, au Roi lui-même. La destination mixte de la saQe ^ accessible non-seulement aux officiers de la marine et de la garnison , mais encore aux habitants , démontra la nécessité d'admettre , sinon de fait , du moins en apparence, le concours des diverses autorités de la ville ù la rédaction de la formule des affiches. Ea conséquence , après qu'il eut été décidé que les acteurs conserveraient le titre de Comédiens ordinaires du Roi, qu'ils prenaient depuis le 6 décembre -1766, sauf à y ajouter les mots : au port de Brest , il fut arrêté qu'après avoir présenté son privilège au commandant et à l'intendant , et en avoir obtenu la permission déjouer et de convoquer les personnes placées sous leur autorité respective, le directeur le ferait enregistrer au greffe de la prévôté de la marine , le communiquerait au commandant de la place auquel il demanderait

soa agrément pour convoquer les officiers de la garnison, et le porterait enfin au maire et aux écbevlns qui apposeraient leur visa et donneraient l'autorisation de convoquer les habitants et de placarder les affiches. Comme conséquence de cette division de pouvoirs , une double formule d'affiches fut adoptée. Les unes , placées sur les édifices de la marine , commençaient ainsi : Par privilège de S. A, S. M^^ le duc de Penthièure , amiral de France , gouverneur de la province de Bretagne , grand veneur^ etc. y et par permission de MM. les commandant et intendnnt de la marine , les comédiens ordinaires du Roi au port de Brest , donne-ront etc. Les autres , apposées en ville , portaient : Par privilège de S. A. S. Mor le duc de Penthièvre^ etc.^ et par permission de Mv^ le duc d* Aiguillon et de MM. les cornma/ndaaits et magistrats de cette vUle^ les comédiens ordinaires du Roi donneront etc. {i).

Des difficultés d'un autre ordre que les précédentes les avaient accompagnées et ne devaient que trop souvent so

(1) Une affiche portant cette dernière formule a été trouvée dans les combles du théâtre , lors de sa restauration en 1860. Placardée sur un mur que Ton abattait, elle n'a été qu'à grand peine préservée d'une entière lacération. Recueillis par notre confrère et ami , M. Dnseigneur, les fragments en ont été rajustés par lui de telle sorte qu'on peut la lire entièrement. Grossièrement imprimée, cette affiche, qu'il a déposée dans les archives de la Société Académique, représente une sorte d*avanl-scène. Au sommet de l'encadrement est placé un écusson aux armes de France , à droite et h gauche duquel sont deux femmes ayant un masque à la main, et figurant vraisemblablement Thalie et Euterpe. Après la formule d'autorisation, on lit :

<c Les comédiens ordinaires du Roi au port de Brest donneront aujourd'hui , 6 février 1768, LE MÉDKCIN MALGRÉ LUI, (k>médie en trois actes et en prose, de Molière, Iprécédée da MERGURK GALANT, Comédie en quatre actes et en vers , de Boursaull. Le Spectacle fera terminé par on Ballet tore.

repcoduire ; nous voulons parler des embarras pécuniairei des directeurs. Dès le 3 Janvier n67, la Traverse était à découvert de 42,00# livres , bien qu'il eût reçu de h marine 35,464 livres pour abonnements. Son successeur, Fonpré de Francastel , malgré uno perception def 47,571 livres pour les mêmes abonnements augmentés, et milgré une anticipation de 42,744 livres sur 4769, résigna son privilège au mois d'avril de celte année. Le théâtre, mis en régie, fut administré par l'Intendant qui , transformé en directeur, paya lui-même désormais, en bons sur le trésor, les frais de voyage des acteurs et des musiciens, leurs appointements , le luminaire , les affiches, etc., en un mot toute la dépense du spectacle. Les choses n'en allèrent pas mieux , et Ton continua de puiser si largement dans la caisse du trésor, qu'au mois d'octobre 4770^ le ministre ordonna la suspension du spectacle et la continuation de Vabonnement — il produisait alors 51,960 livres — jusqu'à l'entier remboursement de la somme de 79,788 livres 43 sols 9 deniers, induemenl avancée par le trésor du 4*' avril 4767 au 34 mars 4 772 (4).

Demain l'ANDRIENNE, ea attendant le BOURGEOIS GENTIUHtOMME.

Mercredi, grand Bal de jour k Theurc ordinaire.

Les personnes qui auront besoin d'habits , de masques , deminots (5tc) et de masques fins, s*adresscronl chez le sieur Fonpré, au caffé (sic) de la marine.

On commencera à cinq heures et demie précises.

Défenses aux gens de livrée d'entrer, même en payant (*).

On prendra aux premières loges, amphithéâtre et parquet, 48 sols ; aux secondes loges, S4 sols ; au parterre et troisièmes loges, 15 sols. Aux troisièmes loges, les soldats ne paieront que 5 sols. »

(1) Un étal de recettes et de dépenses du théâtre pendant les deux premiers mois de 1772, mois qui devaient être les plus fruc-

(*) Malgré le régime démocratiqae de 1*790, la même prohlbiUon fat appliquée par le règlement manicipal da 2t décembre de cette année aai permqaicn en babits de pondre.

La salle , mise d'abord à la disposition d'une Iroupe jouant en société, fut louée ensuite à deux directeurs associés, MM. Tabary et Le Brun qui devaient abandonner leurs bénéfices applicables au remboursement de la somme due au trésor. Dès qu'elle eut été soldée, les chefs de corps demandèrent qu'il n'y eût plus d'abonnement collectif et obligatoire. La jouissance gratuite de la salle fut le seul avantage accordé a M. Le Brun et à M. Longo, son nouvel associé. Ils ne firent . pas mieux leurs affaires que leur successeur, tombé en faillite, nique M. Miiierand , qui prit la fuite au mois de février •1787, après avoir encaissé les abonnements de l'anuée. Les acteurs se mirent en société jusqu'à Pâques , et de cette époque jusqu'au 4 avril -1789, cinq actionnaires, au nombre desquels étaient MM. Torrec - Bassemaison , Chédeville et Guilhem , aîné > se chargèrent , à leurs risques et périls, de l'exploitation du théâtre. La marine leur continua l'allocation

tueux de Tannée, accusent une receUe inférieure de 4,924 livres à la dépense. La recelle , montant k 6,985 livres , se décomposait ainsi : recettes journalières pour 25 représentations, 550 livres 4 sols; abonnements particuliers, 1,482 livres; abonnement des troupes de terre , 1,666 livres 16 sols ; location des petites loges. 1,011 livres; 9 abonnements suspendus, 1,528 livres 12 sols; 5 bals , 746 livres 8 sols. La dépense, s'élevanl h 11,909 livres, était ainsi répartie : personnel de la comédie, 5,690 livres ;' personnel de Topera, 2,388 livres ; personnel de Torcbestre , 1,650 livres ; portiers, buralistes, coificurs, etc., 626 livres; luminaire (bougie et chandelles), 1,373 livres ; affiches, 180 livres.

Le personnel de la comédie se composait de 17 sujets, 12 hommes et 5 femmes recevant ensemble 43,476 livres par an. Les appointements de3 8 premiers variaient de 375 k 330 livres par mois. Plusieurs d'entre eux devaient jouer Topera , car sur Télat de paiement du 10 avril 1772 qui nous fournit ces détails, nous ne voyons figurer que 3 chanteuses. L'emploi de basse-taille était tenu par Fonpré, à raison de 250 livres par mois; la chanteuse légère et le premier ténor recevaient chacun 300 livres. Les autres appointements allaient en décroissant. Le total de ce que coûtait le personnel chantant était de 18,200 livres, et celui de Torcheslrc, composé de 15 musiciens, de 10,700 livres.

du luminaire, ainsi que ia délivrance de divers obJelB dont la valeur était d'environ 8,000 livres par an , et, de plus, elle fit repeindre entièrement la suUe. Les actionnaires donnèrent des bals et des spectacles , mais sans beaucoup de profit , il semblerait , car, à l'expiration de leur engagement , ils ne le renouvelèrent pas.

Le moment approchait où la marine allait être dépossédée de ses prérogatives. Le ^4 août n88, les comédiens avaient demandé à M. le comte d'Hector et en avaient obtenu la permission de jouer le lendemain ^ Jour de l'Assomption. M. Le Guen , maire de la ville , défendit la, représentation et menaça d'enlever les affiches. Cette partie de la police étant dans les attributions du sénéchal, M.'le comte d'Hector, commandant de la marine, ordonna de passer outre , et pria le ministre de faire imposer à ce maire turbulent la loi d'être plus circonspect dans ses demandes à l'avenir.

Ce n'était Ici, toutefois, qu'une légère entrave apportée à l'autorité du commandant de la marine ; -il allait en surgir déplus sérieuses. Les corps de la marine et de la garnison s'étaient abonnés pour un an, et quatre acteurs ou musiciens, MM. Rozel , Guérin , Crécy et Fleury s'étaient associés pour l'exploitation du théâtre. La première représentation qu'ils donnèrent eut lieu le ^"^^ mai 1789. Tous les officiers de la marine et de la garnison y assistèrent, mais il n'y parut que deux ou trois bourgeois ; les autres avaient obéi à la défense qu'en avaient faite les jeunes gens de la ville, contre lesquels M. de Murinais, commandant de la place, avait cru devoir prendre des mesures préventives dont il n'eut point à faire usage.

La prohibition prononcée par les jeunes gens leur avait été suggérée par une lettre que la municipalité , se conformant au vœu exprimé, le 6 avril précédent, par l'assemblée générale du Tiers-Etat, avait écrite au Roi, le -18 du môme mois , et où , se fondant sur les édits concernant la police

des spectacles , elle la revendiquait en ces termes : « Las enfin d'essuyer des mépris, des hauteurs^ des humiliations, le Tiers-État a résolu de se priver de la comédie jusqu*à ce que la justice de Votre Majesté n'ait rétabli l'ordre et la règle daus ce spectacle , en faisant réintégrer les juges de la police civile dans leur droit naturel et légal de décider exclusivement et privativement sur tout ce qui concerne les moeurs y rtM)nnèteté et la décence publique. Il est assuré alors que le citoyen distingué sera garanti du despotisme militaire qui , plusieurs fois , à son égard , a manqué de ménagements et de considération. » Cette lettre était de pure forme, car on était résolu à ne pas tenir compte de la décision du Roi si elle était contraire. Comme il n'avait encore rien statué^ le 7 mai, veille de la représentation, le sénéchal avait rendu une ordonnance par laquelle la police était restituée à lui et à ses assesseurs. M. d'Hector refusa 'd'acquiescer à cette ordonnance ; mais il finit par céder, d'après les conseils de M. de la Luzerne , qui lui recommanda de concourir, de bonne foi , à tout ce qui pouvait être agréable , quant à la comédie , à la municipalité et à la ville , mais sans qu'il en coûtât une obole du fonds de la marine , le Roi défendant expressément qu'à compter du -1*' juin, il fût rien distrait de ce fonds, parce qu'un emploi si abusif des ' ressources du pays aurait assurément donné droit aux villes de Paris , de Lyon et de toute la France de se plaindre , si ce qu'elles payaient pour construire , armer et entretenir des flottes, était employé aux <lélassements d'une seule ville. Le matériel du théâtre fut seul laissé à la disposition de celle de Brest , mais à charge dinventaire.

La cession du théâtre à la ville semblait sur le point de s'opérer d'un commun accord entre elle et la marine, quand intervint le décret du -12 mars -1791, par lequel la marine fut maintenue dans la possession de ses établissements. La généralité des termes de ce décret fut interprétée

par elle comme comprenant la salle de spectacle. Le district, lui, ne l'appliqua qu'aux établissements eiclusivement maritimes , et fit acte de propriété , ou tout au moins d'usufruit , en affichant la location de la salle. Il ne fut tenu aucun compte de Topposition de la marine , et les artistes directeurs offrirent ^G,000 francs de prix de bail. Les pertes qu'ils essuyèrent les obligèrent à se retirer. Les artistes Gaspard et Boquet, qui les remplacèrent, souscrivirent, le 48 fructidor an III, l'obligation de payer -14,000 francs par an jusqu'au -I" floréal an VIL Dix jours après, Boquet cédait sa part du privilège à l'actrice Nonne Fleury, épouse du général Tribout(4).

La marine était encore propriétaire de la salle au mois do messidor an IV, époque où le ministre Truguet en ordonna la réparation. Mais elle ne devait pas tarder à en être dépossédée. La considérant comme propriété nationale; le ministre des flnances en ordonna la vente après estimation par deux experts que nomma Tadministration départementale. L'édifice fut évalué 20,000 francs de revenu et 400,000 francs en capital , indépendamment du matériel estimé 8,400 francs. Mise en vente, le 26 thermidor suivant, la salle fut adjugée à une compagnie composée de M. Richard - Duplessis , Binard, Marchand et Pasquier, pour une somme de -1,409,000 francs en assignats qui , réduite à sa valeur en numéraire , représentait 34,467 francs qu'ils payèrent en inscriptions

(1) Le général de division Tribout (Auguste - Joseph), qui commandait alors k Brest , était un soldat parvenu à la faveur de la révolution. Presque illettré , il n'avait d'autre mérite que d'être un fort bel homme, et n'eût pas mal figuré, comme tambour-major, en tète d'un régiment. Il se donnait des airs de matamore , et ajoutait à sa signature Tépilhèle : libre. Le 3 mai 1792, il avait épousé h Abbcville une fille nommée Rosalie Cocu. Leurs témoins avaient été un maçon, un fourbisseur, un portefaix et un invalide. Le 15 nivôse an III, ces deux époux divorcèrent, et le 6 pluviôse suivant, Tribout épousa Nonne Fleury, âgée de 23 ans. Quoique celle union fût assortie, un nouveau divorce la rompit le 42 prairial an IV.

tiers-consolidé , et qui formait un peu plus du septième des 256,000 francs qu'avait, en réalité, coûté la construction. La marine , aux mois de germinal an VII et de floréal an IX, demanda à rentrer en possession de la salle, mais elle échoua. Les propriétaires étaient M. Boreau et M"^ Menant, lorsqu'intervînt l'ordonnance royale du 46 janvier 4817 qui autorisa la ville à Tacquérir au prix de 400,000 francs. Le directeur était alors M. Ferville qui gérait depuis les premières années de Têmpire et faisait de si tristes affaires qu'à tout moment il était ou en faillite ou obligé d'atlermoyer avec ses acteurs et ses autres créanciers. Bien que la ville , depuis son acquisition , Teût exonéré du loyer da la salle (6,000 francs par an), et qu'elle eût pris à sou compte l'éclairage ainsi que plusieurs autres dépenses accessoires, il fut obligé, en 4823, de résigner son privilège. Depuis cette époque, une vingtaine de directeurs se sont succédé , et tous ont subi des pertes qui n'ont permis à aucun d'eux , un seul excepté , et cela parce qu'il exerçait une autre industrie , d'exploiter pendant plus de trois ans. Il en a été de même d'une société formée en 4830 ; elle s'est dissoute après avoir perdu 49,600 francs. Ces vicissitudes ont eu pour conséquence d'imposer de lourdes charges à la ville et de créer de grands embarras à l'administration municipale qui , malgré tout , est parvenue à assurer la continuité du spectacle. Indépendamment des subventions annuelles votées par le conseil municipal, et qui ont varié selon que la direction s'est imposé elle-même de plus ou moins grandes charges , trois restaurations de la salle ont eu lieu , de sorte que si l'on additionne toutes les sommes dépensées , on peut dire que Tentretien du spectacle, le loyer de la salle et les frais accessoires non compris , a coûté à la ville 24,000 francs par an , de 4823 à 4858 , et 34,000 depuis celte dernière année.

La liberté des théâtres , récemment décrétée , aura-t-ellc pour résultat d'alléger les charges do la ville ? C'est fort dou-

teux. L'élévation , d'une part, des appointements des artistes^ et de l'autre rinsufflsance des recettes, on raison de Texiguité relative de la salle, condamneront la ville, nous le craignons, à continuer ses subsides.

$ 1&. — CAYENNE ou CASERNE DES BIAIUNS.

(Voir p. 145.J

Le nom assez bizarre de Cayenne aurait, dit-on, été donné ù cette caserne , parce qu'on y aurait logé, pendant qu'on la construisait , ou aussitôt après son achèvement , soit des colons échappés à la désastreuse expédition du Kourou , soit une partie de ceux qu'on envoya de nouveau, en ^76S,à Cayenne , où ils éprouvèrent le môme sort que leurs devanciers. Quelle qu'ait été la raison déterminante de ce nom de Cayenne , il est presque exclusivement admis depuis longtemps dans le langage officiel.

On parvient à celte caserne par une rampe escarpée , au sommet de laquelle se trouve la porte dite porte rouge , qui met en communication le port et Recouvrance. Assise en très grande partie sur le roc, la Cayenne a été exhaussée de deux étages par M. Trotté de la Roche, de -1842 à -1845 , et peut contenir 3,200 marins avec tous les bureaux et magasins nécessaires au service de la division des équipages de la flotte. Elle se compose de deux pavillons réunis par un corps de bâtiments plié presque à angle droit dans son milieu , et couronnant un mamelon sur lequel est placé Tensemble de l'édifice d'où il domine le port à l'est et les bassins de Pontaniou au nord. L'aile de Pontaniou , y compris le pavillon, est percée de trente fenêtres à chaque étage et offre un déve-

loppementde ^24'^»40. L'aile du côlé du port est percée, le pavillon compris, de 29 fenêtres & chaque étage, et a ^^2'",40 de longueur.

§ 15. — USINE DE LA VILLENEinrE.

Les forges de la Villeneuve , dirigées depuis 4787 par des officiers d'artillerie de marine , sont situées à environ 4 kilomètres de Brest , sur la rive droite de la Penfeld , au fond de l'anse qui leur a donné son nom.

C'est au mois de mai 4767 qu'un négociant de Brest , M. Joseph Duplessis , jeta les premiers fondements de cette usine , eu proposant d'étahlir à ses frais , dans l'anse de la Villeneuve : 4** une forge à martinet pour convertir les vieux fers en fers neufs ; 2^ un moulin à scier pour le débit des bois employés dans le port. Les terrains nécessaires à l'établissement devaient être achetés par le Ror, mais remboursés par le soumissionnaire , qui se réservait la jouissance de l'usine pendant vingt ans , à partir du V* janvier 4768, jour où elle commença à fonctionner. A l'expiration de ces vingt années , l'établissement et son matériel auraient appartenu au Roi , sans indemnité. M. Duplessis s'engagea à opérer, à prix réduits , la transformation des vieux fers et le sciage des bois. LeSjuiù, le ministre accepta ces propositions, et fit immédiatement acheter les terrains nécessaires. M. Duplessis avait fait emploi de 42,000 livres, lorsque deu$ faillites, dans lesquelles il se trouva impliqué^ l'obligèrenr, dès 4768, à demander au ministre , qui la lui accorda , une avance de 45 à 48,000 livres. Il put ainsi terminer l'usine au mois de mai 4770. Toutefois, de nouveaux dérangements étant survenus dans ses affaires , il demanda la résiliation de son marché , et la marine, après lui avoir remboursé ses avances.

montant à 439^222 livres 6 sols 3 deniers , prit possession, le 4" mai 4772 , de tous les établissements de la Villcneave, qui reçurent de promptes améliorations. On commença par former un vaste étang dont les eaux couvrirent une partie notable dés terrains achetés par le Roi , puis on creusa dans les marais de Bodonou , en Plouzané , un canal qui devait faire dériver dans cet étang deux ruisseaux, le Coat-Eneiet THallégot , en Saint-Pierre-Quilbignon , ruisseaux qui , suivant la pente du terrain , avaient pris la direction de Saint- Renan. Par suite d'opposition des riverains , les travaux entrepris pour amener les eaux de THallégot furent abandonnés, et la marine s'en tint à ceux de Goat-Enez. Ce ruisseau et celui de Keroual , dévalant de Guilers , curés tous les ans, se déversent dans l'étang qui a de superficie 27,000 mètres carrés. Son plus haut niveau est de 2"",50 et son niveau moyen de i'^^ùd. Dans la saison pluvieuse , il atteint 'fl"',77l, et dans la saison sèche, c'est-à-dire pendant les mois d'août, septembre et octobre , il descend à 4 "",40.

Toutefois , bien que de nouvelles acquisitions de terrains eussent eu lieu ; rétablissement , l'orsqu'éclata la guerre de -1778, était loin de pouvoir satisfaire aux besoins de la marine. Il n'existait alors que le martinet proprement dit , deux hangars servant à la scierie , la maison du régisseur et les logements des ouvriers. La guerre fit de plus en plus ressortir rinsuifisance de ces ateliers. On recourut à l'industrie locale et aux forges de la Chaussade ; mais, ou les commandes ne furent pas exécutées, ou elles le furent avec une lenteur compromettante pour le service. L'usine était dirigée par M. Jullien qui , de simple régisseur, pour compte des directeurs , était devenu entrepreneur pour son propre compte , en vertu d'un traité passé pour neuf ans entre lui et l'admînistration de la marine.

Dès que M. Guillot eut pris possession de ses fonctions d'intendant , il s'occupa de l'agrandissement de l'usine. En

-1 782 , il fit construire une taillanderie contenant douz« feux ; dans le cours des deux années suivantes , il établit à Tune des extrémités du second hangar, alors transformé en buanderie, une teinturerie ; à Tautre extrémité, un fourneau à réverbère , et , à la suite des logements des ouvriers^ une clouterie alimentée par dix feux ; une presse et un atelier pour la tonte des étoffes que Ton fabriquait pour le service de la chiourme.

Tel était à peu près Tétat de l'usine quand la remise en fut faite , en -1787, à la direction d'artillerie par M. Jullien , à qui la marine paya , au mois de mars i789 , une indemnité de -1 4,596 livres 46 sols 2 deniers. Elle resta stationnaire jusques vers -1820. Depuis cette époque , on lui a donné une grande extension , et Ton y a successivement introduit des améliorations qui permettent aux divers ateliers dont elle so compose, de remplir leur destination respective dont laprindpale est la transformation en fer neuf de toute la vieille ferraille expédiée des ports qui envoient également les débris de vieux aciers ainsi que les boulets en fonte hoi;^ de service. Ces ateliers sont les suivants :

La fonderie^ qui produit des mouleries en bronze et fonte de fer, du zinc laminé , des balles de zinc , du plomb laminé; de Tacier fondu et du coke , se compose d'une halle servant au moulage ; de deux fours à réverbère ; de huit fours à acier disposés pour contenir deux creusets chacun ; d'un cubilot en fonte ; d'une étuve et d'un four à coke.

Là grosse forge^ chargée de la fabrication des fers échantil-. lonnés et du martelage des aciers fondus de toutes dimensions, ainsi que des objets en fer préparés , a sous sa dépendance; l'atelier de fagotage. La fabrication s'opère au moyen de cinq roues hydrauliques. La première, de la force de 33 chevauxvapeur, fait marcher le train du laminoir et une cisaille à queue pour couper le fer, dont la tète, disposée de manière à servir d'emporte-pièce , découpe les plateaux pour mitraille, II 19

les joues de manille, etc. Trois autres roues, ayant une force de 8 à 9 chevaux, font mouvoir deux marteaux à souIèYement et quatre martinets et marteaux à bascule. Enfin, la cinquième roue , d'une puissance de 6 chevaux , met en mouvement deux pistons comprimant , dans deux corps de pompe aeeouplés, l'air qui est reçu dans un régulateur et distribué ensoite BOX grands feux de forges et aux chaufferies de Patelier ainsi qu'aux feux de forge ordinaires de Tatelier des petites forges. 11 existe , en outre, aux grandes forges, une balle pourvue de quatre fours à réchauflér, de quatre chaufferies, et, en dehon de la balIC; un four en fonte pour cémentation. Un marteaupilon de 4,0(^0 kilogrammes est établi dans cet atelier pour le martelage des grosses pièces en fer et des lingots en acier fondu servant à la fabrication des boulets destinés à briser les plaques des navires cuirassés (1).

Les petites forges et V ajustage , desservis par onrc ffeux ordinaires auxquels le vent est donné par la soufflerie des grosses forges , fournissent à la direction d'artillerie tes machines^ les fers ébauchés pour le matériel, lesbaifes pour mitraille, etc., et à la direction du port les objets de gréement en fer. Leur outillage , mu par une roue hydraulique de la force de 5 chevaux , se compose d'uue machine à raboter, de cinq tours, de deux cisailles pour découper la tôle, d'un ventilateur, de trois machines à percer, d'une à tarauder, d'une à limer, d'un étau limeur, d'une scie circulaire et d'un bocard. Une limerîe est attachée à cet atelier, et lorsque les eaux de l'étang ne permettent d'utiliser ni la roue qui transmet le mouvement à Foutillage , ni celle qui donne le vent aux feux de forge, le mouvement est donné par deux machines à vapeur dites auxiliaires , de la force de 6 chevaux chacune, munies d'une machine soufflante à corps de pompe.

(\) La prochaine iostallation d*un pelil marteau de 400 chevaux fera disparaître un marteau et un martinet à bascule, ainsi qu'une roue hydraulique.

C'est daos les temps de sécheresse qu*U y a lieu de faire usage de ces machines. En effet,* le ruisseau de Keroual donne en moyenne » par 24 heures , i ,365 mitres cubes , et celui de Coat-Enezy avec ses affluents, 7,-145, soit un volume total de 8,510 mètres cubes ; mais si ce volume s'élève pendant la saison pluvieuse à 44 et même à 47,000 mètres cubes, il descend pendant la sécheresse à un produit de 4 à 6^000 mètres cubes , produit bien insuffisant, puisqu'il ne faut pas moins de 42,000 mètres cubes par 24 heures, pour assurer, d'une manière constante , le service de l'usine. Toutefois, la moyenne de 8,000 mètres cubes pourrfiit suffire à la rigueur, l'usine n'ayant pas occasion de marcher d'une manière continue , ni de se servir de toutes les roues en même temps ; mais , malheureusement , les eaux deviennent tellement basses pendant la sécheresse qu'on est obligé de chùmer. H serait facile de remédier à cet inconvénient en établissant des réservoirs dans le ruisseau de Saint-Pierre. On pourrait aussi diminuer la dépense en supprimant les trois roues hydrauliques qui font mouvoir les marteaux et en les remplaçant par des marteaux-pilons , ce que l'on a commencé à exécuter^ comme nous l'avons vu plus haut.

Une roue hydraulique , de la force de 5 chevaux , fait mouvoir un laminoir destiné u laminer les plaques de plomb. Les mêmes plombs expédiés pour les ports sont fondus dans une chaudière , et lorsque le métal est en fusion , il est coulé sur une table disposée à cet effet.

L'approvisionnement de l'usine et l'expédition de ses produits se font par la voie du port. S'il n'y avait que le cours d'eau de la Penfeld pour l'exécution des transports, elle serait Impossible , ce cours d'eau n'ayant pas assez de profondeur à la hauteur de l'Ile factice pour le passage des chalans ; mais, comme la haute mer se fait sentir jusqu'au fond de la Penfeld , on profite des heures de marée pour effectuer les envois.

Les communications de rétablissement ont lieu par des chemins vicinaux qui viennent rejoindre la route de Saint- Pierre à Recouvrance , et celle de Saint-Renan à Brest Cn chemins ne servent qu*au personnel de rétablissement, sun tout aux familles des ouvriers, logées en très grande partie, par rÉtat, dans des bâtiments environnant l'usine.

L'établissement reçoit des ports au moins 2 millions de kilogrammes de ferraille par an ^ et il fabrique envinm 800,000 kilogrammes de fer, ce qui donne lieu à un emploi de 4,200^000 kilogrammes de ferraille. Il en résulte on encombrement qui , %ù -1862 , s'élevait à 7 millions de kilogrammes que l'oxydation détériorait. Une simple augmentation de 40 ouvriers et l'extension des ateliers permettraient d'élever la fabrication annuelle à 2 millions de kilogrammes. Les améliorations , que S. Exe. M. le ministre de la marine , à son passage à Brest, en -1862, avait promis de faire approuver, ont été en partie réalisées. L'agrandissement des ateliers est d'autant plus désirable que les fers qu'on y fabrique sont reconnus de très bonne qualité. Il n'en peut être autrement, puisqu'ils sont le produit de fers qui ont déjà subi une première opération ^ et qui n'ont dû être reçus que comme première qualité.

La création récente d'une direction d'artillerie au ministère de la marine semble présager à celte usine importante un meilleur avenir.

§ 16. — MACHUIE A MATER.

lyoir p. Ul.)

Cette machine , établie en 4681 et réparée en 4697, s'élevait alors en talus. Elle doit sa perfection à M. Petit , ingénieur et capitaine de vaisseau ^ qui l'a exhaussée de e^^^O

yen surplomb du côté de Teau , et élargie de 6 mètres du c6té du cb&teau. L'appareil employé pour la mâture repose sur un énorme massif de pierres de faille, élevé de 7 mètres au-dessus du niveau de Feau prise dans les plus basses marées, baigné par la mer, et formant avec sa surface un angle rentrant à la faveur duquel les plus gros navires peuvent s'approcber de la macbîne. Il se compose de trois fortes bigues ou mâts d'assemblage , longs d'environ 60 mètres , inclinés de 7 à 8 mètres , formant , avec le niveau de la plate-forme , un angle obtus de 120 degrés, liés entre eux par de fortes traverses ou chouquets, et profondément implantés dans le massif. D'énormes haubans ou chaînes , ridés (roidis) par de très grosses caliomes, et aboutissant au rocher sur lequel est assis le ch&teau , sont adhérents à cet appareil dont ils contribuent à assurer la solidité. L'inclinaison des bigues et celle du massif, arqué du côté de l'eau dans le sens inverse de la forme extérieure des vaisseaux qui l'accostent , ont été combinées de façon à rendre sûre , facile et prompte l'opération du mfttage.

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