‹ Histoire de la ville et du port de BrestChapitre 43 sur 59 · S 23. — HOPITAL DE LA MARINE · texte numérisé non relu

S 23. — HOPITAL DE LA MARINE

(Voir p. 213.)

Les salles en bois construites au début de la guerre de 4778 , sur l'emplacement de l'hôpital incendié en 4776 , et celles qu'on établit ensuite , tant à l'ancien séminaire qu'i

1V)QtanézeQ, n'étant en harmonie ni avec les besoins du ser- Tice ni avec les conditions exigibles de salubrité, on avait, i diverses reprises, présenté des projets d'hôpitaux restés sans exécution , lorsqu'il fut décidé qu'un hôpital nouveau serait construit à la place des salles élevées à l'endroit où était l'hôpital incendié : les plans dressés par M. Lamblardie ont été exécutés par H. Trotté de la Roche, qui les a modifiés dans le cours des travaux. M. de Glermont- Tonnerre, ministre de la marine , posa , le 6 octobre 4822, la première pierre du nouvel hôpital , et lui donna son nom , auquel a été substitué, en 4830, celui d'hôpital de la marine. Commencé immédiatement en vue de contenir 4 ,700 malades et la plus grande partie des bâtiments du service administratif, médical et pharmaceutique , il n'a été totalement occupé qu'en 4834. Les prévisions primitives ne se sont pas réalisées , car les 28 salles et 24 cabinets dont se compose l'ensemble de l'hôpital ne peuvent contenir que 4^200 lits. Il est vrai qu'en cas de nécessité absolue , un troisième rang de lits pourrait être c\jouté et qu'une centaine environ de lits supplémentaires pourraient êtb placés dans les galeries vitrées du premier étage servant ordinairement de promenoirs pour les malades.

On parvient a l'hôpital en traversant un passage ou portion de rue formant le prolongement de la rue de la Mairie, dont il est isolé par une porte-cochère et une petite porte latérale de service. Cette portion de rue a été cédée par la ville à la marine, en échange de divers filets d'eaa, suivant acte notarié du 29 septembre 4 823, et cet échange, qu'avait autorisé l'ordonnance royale du 23 août précédent, a été définitivement consacré par la loi du 20 avril 4854. Â gauche de ce passage sont le corps-de-garde, les logements des sœurs de la Sagesse qui desservent l'hôpital , la boucherie , la cuisine et leurs dépendances ; à droite , les logements de l'aumônier , de l'infirraier-major, du jardinier-botaniste , les magasins con-

tenant lo matériel nécessaire au service de Tétablisscmeot, les bureaux du conseil de santé et ceux de radministralkn, où se délivrent les permissions de visiter l'hôpital à ceuiqâ n'en ont pas l'entrée de droit. Au-dessus des bureaux (h conseil de santé est placée la bibliothèque de l'école de médi' clne navale. Formée en Tan XI par M. le préfet màritiffle Caffarelli, au moyen d'envirpn 800 volumes d'ouvragei spéciaux qui existaient dans la bibliothèque du port , die 8*est rapidement accrue depuis plusieurs années, etseeompose aujourd'hui de -10^000 volumes d'ouvrages spéciaui. Cet accroissement est dû en partie aux envois du ministère de la marine , mais beaucoup plus aux achats faits directement par le conseil de santé , au moyen des versements qu'effet tuent les officiers de santé, soit à leur entrée à l'école, soU lors de leurs avancements successifs. Dirigée par M. Berdelo, ancien chirurgien de première classe de la marine , en qui ses conArères, comme les plus jeunes élèves, rencontrent on dévouement éclairé et un empressement égal à faciliter leurs travaux , elle est d'une utilité qu'on apprécie chaque jour davantage.

Comme complément des moyens d'instruction se présentent ensuite le jardin des plantes et le musée d'histoire naturelle {Appendice j g H), placés l'un et l'autre à droite du passage dont nous avons précédemment parlé , et accessibles par un escalier établi dans la cour plantée qui les sépare des bureaux du conseil de santé et de la bibliothèque.

La porte d'entrée de l'hôpital ouvre sur un portique semicirculaire, et donne accès sur une rampe conduisant à un préau planté qui sert de promenade aux marins , soldats et ouvriers malades. A gauche de ce préau , et dans un corps de bâtiments se prolongeant en retour d'équerre derrière la chapelle dont nous parlerons plus loin , sont les salles des malades. Celles du rez-de-chaussée sont séparées de la rampe et du préau par une galerie où les malades trouvent un abri

pendant l'hiver. Les salles supérieures, dont deux, ainsi que les cabinets adjacents , sont exclusivement réservées ^ux officiers, communiquent entre elles par des galeries Titrées ou premenoirs.. A droite sont les logements des officiers de santé de garde ^ l'arsenal de chirurgie » la pharmacie de service, l'amphithéâtre des cours , — celui de clinique est dans une des cours situées entre les salles de malades, — la lingerie et le magasin du mobilier au-dessous. On ne peut quitter l'hôpital sans avoir visité la lingerie. Il faut l'avoir vue pour se faire une idée du parti que les sœurs de la Sagesse savent tirer de l'aménagement des draps , des serviettes, des chemises , des bonnets de coton ^ etc., en leur faisant décrire des arabesques, comme si dans ce vulgaire détail domestique, elles s'attachaient encore à réaliser la double pensée qui les domine sans cesse, distraire et soulager la douleur. Cette dernière partie de leur évangélique mission est^ de leur part^ l'objet de soins assidus apportés à la direction de la paneterie , de la boucherie , de la cambuse et de la cuisine où régnent un ordre parfait et une vigilante attention à ce que les aliments des malades , reçus par l'administration après un sévère examen , leur soient déli* vrés dans les conditions les plus favorables à l'amélioration de leur état.

A l'extrémité du préau , en face et dans l'axe du portique semi-circulaire qu*on franchit en entrant dans l'hôpital , il avait été construit, à l'origine , une chapelle accessible par un large perron de 22 marches , et dont le principal ornement consistait en quatre colonnes et quatre pilastres monolithes d'ordre ionique composite , en granit veiné de Laber, avec chapiteaux et socles en marbre noir veiné de blanc, ou calcaire de l'ile Ronde. Analogue, quant à sa composition, au granit ou syénite d'Egypte, dont il ne diffère que par une couleur un peu plus bleuâtre, une dureté un peu moindre et la présence de mica au lieu de l'amphibole, qui

caractérise la syénite , le granit de Laber — on Ta employé à faire le soubassement de Tobélisque de LouqsAr , but la place de la Concorde» à Paris — peut, on le sait, soutenir la comparaison avec les plus beaux marbres. S'il est moins dur que celui de TÉgypte , il l'est encore assez cependant pour que la taille et le poli des quatre colonnes et des quatre pilastres aient exigé l'emploi de 4,274 journées d'ouvriers.

Cette chapelle présentait plusieurs inconvénients , l'accès en étant difficile , pénible même pour les malades , obligés pour s'y rendre, de gravir les 22 marches du perron destiné à racheter la différence de .'i°*,40 qui existait entre le sol da préau et celui de la chapelle. Puis, déduction faite de l'espace nécessaire au passage central, de celui qui devait rester libre devant le sanctuaire , de celui , enfin , qu'occupaient les bancs des sœurs hospitalières , il ne restait , pour les fidèles , que 460 places , nombre insufiisant. Ces inconvénients frappèrent l'Empereur qui, dans sa visite de l'hôpital, le -10 août 4858; prescrivit de rechercher les moyens d'y remédier le plus convenablement et le plus économiquement possible y soit qu'on pût modifier la chapelle en l'agrandissant , soit qu'au contraire il fallût la reconstruire entièrement. Une dépèche ministérielle du 27 août ayant ordonné l'exécution des volontés de l'Empereur , les études auxquelles M. l'ingénieur Verrier se livra dans ce but démontrèrent que l'abaissement du sol de la chapelle et les modifications qu'il entraînerait dans sa disposition et son ornementation intérieure , auraient amené à un résultat complètement inadmissible , au point de vue de l'art , dans un établissement de cette nature et de cette importance. Mais ce n'était là que la moindre des objections qu'aurait soulevées l'adoption de ce parti. A quelque combinaison que Ton se fût arrêté , si la chapelle ancienne avait été conservée, elle n^aurait pu , dans aucun cas, être accessible à plus de 500 malades. Enfin, les travaux à exécuter dans cette hypothèse auraient été presque

équivalents à une reconstruction complète , et cela pour n'obtenir qu*un édifice insuffisant et dans lequel tous les artiflces de décoration , tant intérieure qu'extérieure , ne seraient parvenus que bien imparfaitement à pallier le manque de proportion entre sa largeur et sa bauteur. Ainsi conduit forcément à [construire une nouvelle chapelle , M. Verrier dressa des plans où il concilia habilement l'économie avec les convenances, c'est-à-dire avec une décoration sobre et sévère. Utilisant, dans le nouvel édifice, la plus grande partie des éléments décoratifs de l'ancien j il put : -1^ replacer en avant de la façade exhaussée et élargie le porche dorique qui surmontait le perron , moyennant l'addition de fenêtres latérales et de chaînes d'angle ; 2^ réemployer les colonnes et pilastres monolithes ; 3^ faire usage^ en son entier, de la riche corniche d'ordre dorique qui couronnait rancienne chapelle ^ et qui , en raison dQ l'exhaussement de celte ci sur son soubassement , s'est trouvée avoir reçu précisément la hauteur qui convient à la corniche du couronnement de la nouvelle façade.

Le plan de la chapelle est un rectangle. Les malades y accè* dent sans fatigue et à Tabri par les galeries ou promenoirs dont nous avons déjà parlé , et qui aboutissent à des portes de niveau avec elles. A l'intérieur, cette chapelle est divisée en deux parties inégales. La première constitue la nef. La seconde est occupée , au milieu , par le sanctuaire disposé en hémicycle; sur le côté gauche, par deux sacristies superposées et communiquant par un escalier tournant ; sur la droite , par un oratoire ou chœur réservé aux sœurs et ouvrant sur le sanctuaire.

La nef est éclairée par vingt croisées disposées symétriquement sur deux étages , et fermées par des vitrages en plomb avec verres de couleur. Elle est couverte par un plafond plat, découpé en caissons ornés de rosaces par des nervures ou fausses poutres saillantes dont les principales correspondent II 21

à des pilastres corinlhicns élevés sur ud soubassement trè» simple. ^

Le sanctuaire reçoit le jour par une grande fenêtre centrale. Son plafond a la forme d'une voûte sphérique dont la partie antérieure , berceau cylindrique limité par deux arcs doobleaux , à Taplomb des pilastres , vient aboutir à une calotte sphérique ornée de caissons. Au milieu de ce sanctuaire est l'autel; surmonté d'un baldaquin reposant sur les colonnes provenant de l'ancienne chapelle. Les pilastres qui ont la même provenance sont noyés dans les parois du sanctuaire.

Au milieu de la façade principale , et immédiatement en arrière , s'élève le clocher, de forme octogonale , dont la chambre supérieure est disposée de manière à ce qu'elle puisse recevoir une ou deux cloches. Celle qu'on s'était proposé d'y placer provenait de la citadelle de Bomarsund, prise et détruite, en 4854 , par les troupes françaises. Conservée au dépôt de l'artillerie de la guerre, elle avait été mise par le ministre de ce département à la disposition de son collègue de la marine pour servir à la nouvelle chapelle, et baptisée le jour de la bénédiction de cette chapelle, elle avait eu pour parrain M. l'archiprêtre Mercier, curé de l'église paroissiale de Saint-Louis, et pour marraine M""' la comtesse de Gueydon , lorsque peu d'heures après la cérémonie du baptême , pendant qu'on travaillait à l'élever à son point de suspension définitif , la rupture du palan sur lequel les ouvriers agissaient , détermina sa chute et sa fracture en plusieurs morceaux qui ont servi d'abord à l'exécution du moule de la nouvelle cloche , et sont ensuite entrés dans la fonte de cette dernière.

Quant à l'ornementation extérieure , elle a été conçue et exécutée dans un atyle en rapport avec celui des bâtiments avoisinants , notamment avec celui du portique semi-circulaire dont il a été parié.

La chapelle peut contenir 840 personnes , chiffre qui satisfoit aoi plus grandes exigences du service religieux ; si , par de très rares exceptions , il en était autrement , une seconde messe dite par un aumônier temporairement adjoint à celui de rhôpital remédierait facilement à cet inconvénient , essentiellement momentané. Elle a été solennellement bénite , le 42 février 4863, par Bfsr Tévêque de Quimper et de Léon, en présence de H. le vice^miral comte de Gueydon , préfet maritime , et des autorités civiles et militaires.

De la citerne du combugeage où se réunissent les deux conduites d'eau de Tanse Saupin et de Poulic-al-Léas, 30,000 litres d'eau sont élevés , chaque jour, par deux machines de la force de 8 chevaux chacune, pour le service de l'hôpital.

§ 2&. — BASSINS DD SALOD.

(Voir p. 213 et 217)

Le premier de ces bassins dont M. de Clermont-Tonnerre avait ordonné la construction , lors de son voyage à Brest, en -1822^ pour servir au radoub des vaisseaux de troisième rang et des fiâtes , fut commencé aussitôt après le départ du mmistre, par MM. ^inblardie et Vauthier, auteurs des plans, c'est-à-dire que , pAraant les mois de novembre et de décem< bre , on déblaya et Ton enleva 5,323 mètres cubes de rocher et 2,63i mètres cubes de terres et pierrailles provenant de la démolition d'une partie de mur de la fortification qu'il fallait reculer pour agrandir l'emplacement du bassin. Terminé, en 4827, par H. Talabot, il a été provisoirement remblayé lorsqu'on a commencé les travaux de dérasement de la montagne du Salou.

Cette montagne était antérieurement couronnée par une courtine et un bastion casemate , faisant partie de renceiote fortîBée du corps de place (rive droite) dont ces oa^rages constituaient l'extrémité nord.

Par suite de l'achèvement des ouvrages fortifiés de Qoéliverzan et de leur jonction à l'enceinte du corps de place, les fortifications du Salon devinrent inutiles pour la défense, et le département de la guerre fit à celui de la marine, le \î mars 4851, la remise des terrains militaires qui couvraient la montagne du Salou et faisaient enclave au milieu de ceui compris dans l'enceinte de l'arsenal maritime.

Ce fut en ^1855 que , sur la proposition de MM. Fauveau, directeur des constructions navales , et Méry, directeur des travaux hydrauliques , on conçut le projet d'utiliser les terrains ainsi concédés à la marine, en dcrasant jusqu'au niveau des quais la montagne du Salou dont la crête s'élevait de 25 à 30 mètres au - dessus de ce niveau , pour créer, sur son emplacement une vaste esplanade, présentant la forme d'un promontoire contourné par une des principales sinuosités de la Penfeld.

A l'extrémité ouest de ce promontoire , c'est-à-dire dans sa partie la plus large , celle où il vient s'appuyer au talus de la montagne qui borde toute la rive droite du port militaire, on proposait de créer un grand bassin de radoub qui aurait une entrée à chacune de ses extrémités , et viendrait ainsi déboucher de part et d'autre dans l'axe du chenal , en aval et en amont de la sinuosité qui enve^pe Tesplanade du Salou. Le reste de cette esplanade devait, d'ailleurs, recevoir des forges , ateliers et établissements divers dont la création était devenue nécessaire par suite du développement, toujours croissant , de notre marine à vapeur.

Quoique ce projet de bassin fût dès-lors admis en principe, Tinsufilsance des allocations budgétaires attribuées au service des travaux hydrauliques ne permit pas^ à cette époque,

de prendre les mesures nécessaires pour que son creusement et sa construction pussent être entreprid concurremment avec le dérasement de la montagne. On ne s'occupa donc que de celle dernière opération , et les travaux d'excavation qui s'y rapportaient furent adjugés, le -16 octobre ^1836, à M. Le Tessier de Launay. Dix mois plus tard, on décida que la limite du dérasement de la montagne serait reportée à 30 mètres plus loin vers Touest qu'on ne l'avait projeté d'abord, ce qui permettrait de donner au double bassin de radoub une longueur nolablement plus considéra* ble que celle qu'il devait avoir, d'après les mêmes études , et un traité additionnel consacra cette modiflcation.

Dans ces conditions , la superflcie totale de l'esplanade du Salou , y compris les terre-pleins des quais qui entouraient anciennement la montagne , sera d'environ 49,600 mètres carrés , dont 25,988 auront été conquis sur l'emplacement même de la monlagne.

Le cube des déblais , pour la plus grande partie rocheux, (gneiss compacte), sera de 584,000 mèlres cubes, et la presque totalité de ces déblais aura été transportée , au moyen de. gabares à clapets, sur l'emplacement des jetées et terrepleins du port de commerce , en construction à Porstrein, à l'exécution desquels ils auront ainsi contribué dans une large proportion.

Le dérasement de la montagne du Salou sera complètement terminé dans les premiers mois de -1865.

On n'avait néanmoins pas tardé à reconnalfre", en raison des immenses avantages que devait trouver la marine dans l'usage du double bassin projeté , qu'il y aurait des inconvénients très graves à différer l'exécution de celui-ci jusqu'à l'époque où le dérasement de la montagne serait achevé. En conséquence , un nouveau traité fut passé avec M. Le Tessier de Launay, le 6 mars ^1858, à l'effet d'exécuter immédiatement le creusement de la fouille dans laquelle devait être.

coTiafruît ce bassio. Ce travail spécial d'excavatiûti , qui comporte environ ^20,000 mètres cubes do déMais dû roc, sera complèlemeûl terminé vers le milieu de J'année

Enfin, le 23 juillet ^859, ies travnm de coustruction proprement dits et autres ouvrages accessoires du double bassin furent adjugés à M. Kcrmarec , entrcpifneur, qui devait les avoir complètement terminés à la fin de Tannée 1867; mais une modification apportée, au commencement' de Tannée ^86^ , au traité primitif, a restreint les travaux à eséculei* par cet entrepreneur h ceux qui se rapportent à la construction de la partie sud du double bassin et des deux écluses qui la limitent à ses deux extrémités^ cl a fixé au mois de septembre I86fi le terme accordé pour lo complet achèvement de ces travaux.

Ce bassin , dont les plans et devis, dressés par MM, Verrier, ingénieur, et Dclmrgne, directeur des travaux hydrauliques ^ ont été approuvés, le njuin ^850, par M. Tamiral Jîamelin, ministre de la marine, aura 234 mètres de longueur totale , de dehors t^n dehors des musoirs extrêmes do ses deux entrées* Sa longueur, entre les têtes intérieures des deux écluses, sera de 220 mètres^ ce qui lui permet ira de recevoir des bâtiments de 226 mètres de longueur, îl aura 28 mètres de largeur aux écluses extrêmes , et 31 mètres dans la partie du bassin comprise entre celles-ci. [.e seuil des ïieurtoirs des écluses sera établi, pour Técluse sud, u 3 mètres en contre -bas des plus basses mers dï-quinoxe, et pour les deux antres écluses, à 4 mêlrcs en contre- bas des métnes basses mers, ce qui permettra à nos plus grands baiimenrs cuirassés d'entrer tout armés dans ce double bassin , par son exlrémitc nord , h toute morée^ m<>me de morte eau< Cette forme de radoub pourra donc, en raison de ses dimensions, recevoir des bâtiments de la dimension du Gréai- Eastern.

Dans sa partie centrale , une troisième écluse qui sera , comme les écluses extrêmes, fermée par un bateau-porte, permettra de le diviser, au besoin , en deux bassins indépendants l'un de Tautre, a^iant chacun son entrée spéciale^ Ces deux bassins seront de longueur inégale , celui du sud ayant 20 mètres de plus que celui du nord.

Toutes les parois des bassins et des écluses seront recouvertes d'un fort revêtement en granit de Laber.

L'épuisement de l'ensemble des deux bassins , séparés ou réunis , sera effectué , en moins de cinq heures , au moyea de pompes conduites par deux machines à vapeur de 420 chevaux chacune ; ces appareils seront, d'ailleurs, disposés de façon à opérer également l'épuisement des deux nouvelles formes dont il va être parlé , soit que cet épuisement doive être exécuté séparément pour Tune d'elles , soit qu'il doive être effectué simultanément pour l'easemble de ces deux formes et du double bassin.

Indépendamment de ce double bassin , actuellement en construction. S.. Exe. le ministre de la marine a décidé, sur la proposition de H. le vice - amiral comte de Gueydon , préfet maritime , la création , sur la même esplanade du Salou , de deux nouveaux bassins de radoub y parallèles au premier, mais ayant chacun une seule entrée, ouverte , pour l'un au nord, et pour l'autre au sud de la dite esplanade. Ces deux bassins, dont l'entrée présentera la même profondeur que celle de l'extrémité nord du double bassin , c'est-à-dire À mètres en contre-bas des basses mers d'équinoxe , mais dont la longueur ser& un peu moindre, auront, Tun 420 mètres et l'autre 92 mètres de longueur à partir des têtes intérieures de leurs écluses. Ils seront établis de manière à ne nuire en rien à l'usage de l'ancienne petite forme du Salou (celle dont nous avons parlé au commencement de ce paragraphe), qui sera remise en service après l'achèvement de tous ces travaux.

L'un de ces deux bassins , celui silué le plus à l'est de Tesplanade du Salou, est actuellement en cours de constroction. M. Le Tessier de l^unay qui en a obtenu l'eDlreprise par un marché en date du 20 avril 4861, doit le livrer complètement terminé et prêt à être mis en service à la Sn d'octobre 4865. A la môme époque devront être montés et prêts à fonctionner les appareils d*épuisemrnt qui desseni* ront l'ensemble des bassins 4u Salou » et dont la fourniture a été conOée à Tusine du Creuzot.

La construction de l'autre bassin , compris entre le précèdent et la double forme , ne sera entreprise qu'après l'achèvement de ceux-ci.

§ 25.— SALLE DES MODÈLES ou MUSÉE MARITDIE.

(Voir p. 213.)

Cette salle a été établie, en 4826, par M. Lamblardie, directeur des travaux maritimes , pour qu'on y déposât les modèles des objets qui s'exécutent dans les divers services du port. La profusion de sculptures dont elle est décorée éblouit le visiteur à son entrée. Mais un vrai connaisseur Qsi bientôt frappé du style maniéré des statues , de leurs poses gênées et sans pondération , de l'absence de grâce dans leurs mouvements et d'expression dans leur physionomie, enfln du jet défectueux des draperies dont certains plis sont fouillés jusques dans les chairs. La décoration architecturale , lourde et sans proportion avec les chapiteaux des colonnes, d'ordre ionique, n'échappe pas elle-même à la critique. Toutefois, en se plaçant à l'une des extrémités de la salle , et en ne la cou.>idérant que dans son ensemble, on ne

peut. mécoDDaltre qu'elle produit un effet satisfaisant, et qu elle pèche plutôt par le détail des ornements que par l'ordonnance qu'il a fallu subordonner à sa situation dans le comble d'un ancien édiflee adossé au roc.

Cette salle était autrefois Tannexe d'un atelier supprimé après la révolution de 1848, et où s'exécutaient les magniûques modèles de vaisseaux qui font aujourd'hui le plus bel ornement du musée maritime, au Louvre. La suppression de cet atelier, où se perpétuaient des traditions qui ne peuvent être bien suivies que dans un port de mer, a eu pour résultat d'enlever à celui de Brest les moyens de fournir désormais les preuves de l'importance et de la variété des travaux qui s'y exécutent. Bien qu'appauvri au profit du musée parisien, celui de Brest renferme pourtant encore un assez grand nombre d'objets dignes de fixer l'attention. Il faudrait un livret spécial pour donner une idée , même succincte , du mécanisme et de l'emploi de beaucoup d'entre eux. Les limites de notre cadre nous obligent à n'en mentionner que les principaux. Tels sont : -1** le vaisseau les États-de-Bourgogne ^ construit, en -1782, par M. Sané , vaisseau qui prit , en -1793 , le nom de la Montagne^ échangé, en -1798, contre celui de X Océan. « La marine française, a dit M. Ch. Dupin, se rappelle encore le sentiment d'admiration que fit naître le vaisseau YOcéan , navire à trois ponts que le public admirait pour l'élégance et la majesté de ses formes apparentes , et que les marins admiraient parce qu'il était le vaisseau le plus facile à manœuvrer et le plus fin voilier entre tous les navires du môme rang qu'on eût encore construits en Europe ; 2** le vaisseau de 80 le Diadênie; le Cassardy le Léopard ^ le Superbe et 1^ Vétéran, de 74 ; une frégate de -18 en construction , et la Sirène, corvette à gaillards de 26, du môme ingénieur ; 3° le Bourbon , de 80 ; le Bienfaisant , de 74 ; un autre vaisseau de 74 et un de 50 ; un vaisseau exécuté et donné par M. le vice-amiral Bouvet ; un vaisseau de 80, à

IH)upe ronde , sans rentrée , de M. Lair ; deux frégates de 48, Tune montée en bois tors , l'autre à moitié bordée ; 4^: uae galère , un brûlot , la poupe de la frégate la Charte; un vaisseau à trois ponts , entièrement gréé et voilé ; des modèles de pontons, radeaux, machines à m&ter, pompes^ gouvernails , bateaux-portes pour bassins , formes ou bassins :de radoub , — le plan en relief, par H. de Géronimo , du bassin construit à Toulon par M. Groignard, permet de s*en faire une Mée, satisfaisante ; — des systèmes de linguets, de m&tures, des boussoles, sillomètres, mégamètres, grues, ponts, etc., etc.

Peut-être doit-on regretter que l'on ait gréé à la moderne des navires dont le gabarit et les ornements appartenaient aux siècles passés. La vérité historique commandait de représenter tels qu'ils étaient les vaisseaux Louis XIV. Quoi qu'il en soit de ces anachronismes , que l'on aurait pu éviter et qu'il serait facile de faire disparaître , on ne sort du musée maritime que profondément impressiouné par la pensée des difficultés de tout genre que l'ingénieur naval a dû surmonter pour porter au degré de perfection qu'elles ont atteint, et la construction des vaisseaux et l'exécution des accessoires si variés et si compliqués qui concourent à justifier le nom de citadelles flottantes que la poésie leur donnait autrefois , et que , maintenant , ils méritent sans hyberbole.

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