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LA CONSULAIRE

(Voir p. 213.)

Ce monument , qui éveille tout à la fois des souvenirs de tristesse et d'orgueil, est une pièce de canon du poids de ^4 tonneaux, longue de 20 pieds ^/2 (7 mètres), et ayant environ

2,S00 toises^ (5,000 mètres) de portée à toute volée (1). EJIe fut fondue, en 4 512, par un vénitien pour célébrer l'achèvement des fortifications du môle d'Alger, et le Dey la fit braquer à l'une des embrasures de la pointe Pescade, d'où elle était dirigée contre les vaisseaux qui voulaient pénétrer dans le port. Son nom lui a été donné en mémoire du R. P. Le vacher, missionnaire et consul de France près du Dey. Ayant été envoyé en parlementaire auprès de Duquesnè , lors du bombardement de •I6$2, il échoua dans sa mission. L'année suivante, Duquesnè étant venu recommencer son œuvre de destruction, et ayant fait d* Alger un monceau de ruines , le P. Levacher expia l'insuccès de sa mission. Son corpa, placé à la bouche de la pièce , fut mis en lambeaux devenus ainsi des projectiles lancés contre Tescadre française.

La conquête d'Alger ayant fait tomber la Consulaire en notre pouvoir, le gouvernement de juillet décida que ce trophée ornerait un monument élevé dans le port de Brest. M. Trotté de la Roche , directeur des travaux hydrauliques, et M. Petot , ingénieur du même service, concoururent à son érection.

La Consuiaire repose sur un piédestal en granit veiné de Laber, le même qui a servi à faire les colonnes de la chapelle de Thôpital de la marine {voir ci-^ssus^ p. 3^19) et le piédestal de l'obélisque de Louqsôr, Celui de la Consulaire est entouré d'une grille en fer avec canons en fonte scellés dans la fondation ; il a fallu , en raison du poids de la pièce, augmenté de celui du coq gaulois M^du chapiteau qui la couronne , battre des pilotis et établir un massif considérable de maçonnerie hydraulique. Les quatre faces du piédestal sont décorées de bas-reliefs en fonte, exécutés d'après le dessin de M. Petot, par M. Seur, maître sculpteur. Les deux faces

(1) Notice de M. le lieulenanl-colonel d'arlilleric Préaux , dans la France maritime, t. II, p. 84.

latérales présentent des trophées militaires et des attributs maritimes ; celle qui regarde la mer figure la France apportant le commerce et la civilisation en Afrique ; la quatrième, opposée à la précédente , contient Tinscription suivante , adoptée après bien des tâtonnements :

La Consulaire

* . prise à Alger le 5 juillet i830

jour de la conquête de celle Tille

par les armées françaises

L*A. Bon Duperré commandant Tcscadre

^ Érigée le 29 juillet 1833

S. M. Louis-Philippe 1" régnant

Le V.-A. Ge de Rigny ministre de la marine

Le V.-A, Bergeret préfet maritime

Cette inscription dit bien la vérité , mais non pas toute la vérité. Certes , l'amiral Duperré devait y figurer, et h titre personnel , et en raison du concours de la marine à la conquête. Mais pourquoi omettre le nom du maréchal de Bourmont , inséparable , quoi qu'on puisse dire ou faire , de la prise d'Alger? Il fut pourtant écarté, comme si les partis, dans leur aveuglement , pouvaient étouffer la voix de l'histoire ! Par compensation , il est vrai , on plaçait alors, à la bouche de la pièce, un coq de bronze, une patte appuyée sur un boulet, et, comme on était en veine d'anachronismes , l'effigie de Jeanne d'Arc , à la poupe de la frégate de ce nom, la représentait brandissant une bannière tricolore.

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