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du fossé, et qui ont été recrépies depuis. « Cet ouvrage, t nous écrivait M. de Blois , est formé de lits de béton « (chaux mêlée de cailloutages) d'environ deux pieds ► « de hauteur. Il y a trois de ces lits ; ils sont séparés « par deux rangs de briques (chacun d'environ un pied .« et demi de dimension et un peu plus d'un pouce de «hauteur). Ces briques sont posées à plat et forment € comme deux cordons. C'est sur cette base, que le € temps et l'abri de l'impression de l'air parvenaient « à consolider par degrés , qu'on élevait les construc- € tions. Ce genre de fondations caractérise , au dire de « tous les antiquah^esy les ouvrages publics et militai- « res des Romains. »
Ces assertions , que nous conmiuniquâmes au Congrès de l'Association bretonne , lorsqu'il vint, au mois d'octobre 1854, tenir à Brest sa session annuelle, appelèrent toute sa sollicitude , et un grand nombre de ses membres se transportèrent , à plusieurs reprises, sur les lieux, où ils se livrèrent à des investigations approfondies qui précisèrent, en les rectifiant , sur quelques points accessoires , et en les confirmant sur d'autres , les obsen^ations de M. de Blois , et donnèrent lieu à M. de la Borderie , rapporteur de la commission nommée par le Congrès, de conclure (1) « que le château « de Brest contient des débris visibles et étendus d'une « construction gallo-romaine plus ou moins ancienne « et plus ou moins pure (2). » Si plus tard (p. 5 de VAnnuaire historique et arcléologique de Bretagne , pour
{\) Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t. V, p. 243.
(2) La rugosilé et la différence de dimension de certaines parties de l'appareil aTaient porté quelques membres de la commission k penser que la forteresse, tombée en ruines apr^s la chute de l'Empire, pouTail avoir été relevée , lors des invasions des pirates Normands au IX* et au X* siècle, et que l'on se serait alors servi des matériaux romains répandus sur le sol , en imitant même , mais
1861), M. de la Borderie a dit que ces substructions it ^ autorisent à placer Geso- cribate à Brest, c'est qu'il n'a tenu compte que de l'élément archéologique de la question.
Mais la conclusion de M. de la Borderie était accompagnée de certaines restrictions, que M. Bizeul n'a pas adoptées dans le mémoire précédemment cité , mémoire dont nous ne pouvons nous dispenser de reproduire les passages ayant spécialement trait à la question , non-seulement parce qu'ils en contiennent la solution , mais encore parce qu'on y trouve une description exacte et intéressante du château de Brest : « Le château de Brest , dit-il , paraît avoir, dans son « origine , formé un quadrilatère irrégulier, couvrant « à peu près un hectare soixante-dix ares. Une enceinte a beaucoup plus resserrée paraît avoir existé en dehors «et au joignant de la première, vers le S.-O., à « l'extrémité de la pointe rocheuse et escarpée sur « laquelle a été placé l'ensemble de la forteresse , « défendue au S.-E. par la rade , au S.-O. et au N.-O. « par le bras de mer de Pen-fel, entrée du port actuel, au « N.-E.par un fossé profond la séparant du terre-plein. « Quatre tours , d'une construction relativement « moderne , occupent et marquent encore le sommet « des angles du quadrilatère. Au N., c'est le donjon ; « à ro., la tour de Brest ; au S., la tour de la rade ; à « l'E., la tour de la Magdeleine. Nous aurons besoin de « ces noms pour les explications qui vont suivre. Il
d*un style grossier, celle maçonuerie romaiae si parfaile , donl on avail encore sous les yeux de nombreux débris. M. de Blois fait observer que la régularilé de l'appareil lient souvent tellement k la nature des matériaux, qu'il ne faut pas être difGcile sur ce point, quand on rencontre, dans Fensemble du travail, les caractères de l'époque romaine.
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a faut aussi mentionner les deux tours de la principale « entrée du cliuteau. EUcs occapent le milieu du côté »N--E*, et gardent la seule porte charretière àpont- « levis et herse qui existât dans l'origine et existe « encore aujourd'hui, à l'exception de la licrsc quia » été supprimée et d'un guichet qui a été bouché en ■ maçonnerie. C'est dans ce grand cùlé, se develop- * paut de la tour de la Magdeleîne à celle du donjon » <t sur une longueur d'environ 175 mètres, que se «remarquent les restes de la muraille romaine, â la « base des deux courtines placées de chaque côté dos « tours fie la porte et allant &'a}ïpnyer, Tune à la tour « du donjon , l*antre à la tour de la MagdtOeine.
< C'est cette dernière courtine qui fut d'abord l'objet » de nos obscrvation.R. Nous y fûmes conduit par f- Garnot, colonel du génie et directeur des fortifi- Icutiouâ, et M. Pilvon , ancien garde principal du
* génie, qui a fait une élude spéciale du château. Nous
■ reconnûmes que tonte la base de la courtine, à la
* hauteur moyenne de 2 à 3 mètres, était formée du
■ petit appareil romain, avec cordons de briques* Deux « de ces cordons seulement sont apparents et se trou-
* veut séparés par six ou sept rangs des petites pierres « carrées de l'appareil , régulièrement et symétrique-
< ment posées sur une ligne horizontale. L'épaisseur
* des briques e'^t de \ centimètres, leur longueurappa- « nmte de 40 centimètres ; mais nous n'avons pas pu
< nous assurer que cette mesure , prise sur le plus fl long fragment , porKH sur la brique entière, et nous «L domiât sa vérilable longueur. Une brique înlacte ,
* extrait*.* de la nuiraillc d'enceinte de Rennes, et for- » mant cordon à trois briques superposées du petit
* appareil de cette muraille , nous a offert les propor-
* tionsi suivantes : longueur* ^3 eeutiinétres ; largeur,
« 30 centimètres ; épaisseur, 4 centimètres et demi, a Cette courtine a encore 66 mètres de longueur depuis a la tour de la Magdeleine jusqu'à la tour à gauche de a la porte en entrant, etc. »
M. Bizeul a remarqué, en outre, dans cette partie de muraille romaine , l'arrachement de trois tourelles qui paraissent avoir fait corps avec cette muraille , d'où l'on peut dire qu'elles ressortaient de la moitié de leur diamètre, tourelles qui durent être démolies en 1689, sur l'ordre de Vauban.
Des portions de maçonnerie romaine bien autrement considérables furent encore reconnues dans la courtine neuve, longue de 66 mètres, comme la précédente, et allant de la tour à droite de la porte d'entrée du châteaujusqu'à celle du donjon. Dans cette seconde courtine , celle dont parlait M. le comte de Blois , le petit appareil s'élève à une bien plus grande hauteur, et atteint dans quelques parties jusqu'à 7 à 8 mètres, à partir des fondations qu'on voit parfaitement assises sur le rocher, parce qu'ici la courtine n'a pas été, comme l'autre, revêtue d'une fausse -braie. Les cordons de deux briques superposées s*y font aussi remarquer, et, certes, il n'est pas nécessaire d'être aussi rapproché de cette courtine que de la première pour reconnaître la maçonnerie romaine , dont les larges fragments s'aperçoivent le mieux du monde de dessus le ravelin.
M. Bizeul, dans sa savante dissertation, ne s'est pas borné à démontrer que les deux courtines du château contiennent des tracçs irrécusables de construction romaine ; il est allé plus loin. Frappé des rapports qu'il reconnut , à première vue , entre les tourelles dont il a été précédemment parlé et celles du castcUum , ou fort gallo-romain de Jublains, décrit avant 1838 par
M. l'ingénieur Magdeleine, et proclamé par M. de Caumont {Bulletin monumental de 1854) « le monument « le plus intéressant que nous possédions à présent « dans le N.-O. de la France, » il a soumis à un examen comparé non-seulement les tourelles des deux forteresses , mais encore leurs enceintes réciproques qu'il a trouvées à peu prés égales (un hectare 27 sres pour le castellum de Jublains, et un hectare 15 ares, par approximation pour celui de Brest), et, par suite de déductions que l'espace ne nous permet pas de reproduire ici , il est arrivé à se faire cette conviction que l'enceinte murale du château de Brest a été , en son entier, une œuvre romaine , et qu'un château a été élevé , au môyen-âge , sur les ruines du premier dont il est surprenant qu'il soit resté quelque chose.
Un fait signalé au Congrès par M. de Courcy a contribué à fortifier la conviction de M. Bizeul. C'est la découverte qui aurait été faite en 1832, dans les ateliers de l'artillerie de la guerre , d'une grosse tour ronde d'appareil romain , en dedans de la ligne des fortifications actuelles, dont les plus anciennes parties ne remontent qu'au XIIP siècle. Cette tour était effeetivement située entre l'extrémité S.-O. de la salle d'armes et les forges adossées à la grande courtine du port, près de la tour de Brest, c'est-à-dire vers les cinq sixièmes de la longueur de la cour du parc , à partir de son entrée.
I^ dénomination de tour de César, encore appliquée de nos jours à celle des tours du château qui occupait à peu près le milieu de la petite enceinte , semble aussi , selon M. Bizeul , démontrer que certaines partics du château furent l'œuvre des Romains. « Sans « adopter, dit-il, la tradition rapportée par l'ingénieur « Sainte -Colombe, et qui veut que cette tour ait été
« bâtie par un des lieutenants du grand capitaine dont « elle porte le nom, nous n'irons pas non plus jusqu'à a dire , avec M. de Fréminville , que ce nom lui a été « donné par des commentateurs de cabinet^ qui s'obsti- « nent à coUcr le nom de César sur tous les édifices « anciens. La tour dont nous parlons a reçu ce nom à « une époque qu'on ignore, mais qui parait déjà assez « reculée. Il doit y avoir eu un motif quelconque pour « le lui donner. On ne voit ici ni caprice ni interven- « tion de quelque savant; et puis nous demanderons a pourquoi, parmi tant d'autres tours du même château, « on est allé chercher celle-là pour la décorer du nom « de César. Sans nous flatter de résoudre la question, « nous croyons, en raisonnant par analogie, que de « même qu'un très grand nombre de camps romains , « qui ne sont point l'ouvrage de César, ni même de ses a lieutenants , portent encore le nom du conquérant , « parce qu'ils remontent à l'époque de la domination « romaine , de même la tour de César a pu recevoir ce « nom parce qu'elle faisait originairement partie d'une « forteresse bâtie à la même époque , dont le nom de <L César est tellement et si bien la personnification, que « camp de César signifie camp romain , et que tour de « César doit, par conséquent, signifier tour romaine,
« La distinction évidente qu'elle a reçue de cette « appellation , ne viendrait-elle point à cette tour de « ce que , placée au centre de*la petite enceinte du « petit château , de la partie la plus difficile à forcer, « elle eût été la demeure du commandant, l'habitation « du préteur, comme était , dans les camps en terre , « la motte prétoriale ; ce nom n'est-il pas un souvenir « conservé par la tradition , d'une prééminence quel- « conque attachée à cette tour, comme cette dénomina- « tion de Parc au Duc donnée au terrain qui l'avoisine ?
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« La maçonnerie actuelle de cette tour remontant « tout an plus, dit-on, an XUI' siède, ne détruit en « rien la force de ces inductions , toutes tirées d*un « fait désormais hors de contestation , à savoir que le « cMteau de Brest est de fondation rcnnaine , qu'Q a « conservé une notable porticm de murailles à petit « appareil et cordons de briques , et qu'enfin la plu- « part de ses bâtiments actuela reposent sur des fou- « déments romains. »
De toutes ces considérations , et de quelques autres qu'il nous a fallu négliger, on est fondé à conclure, avec M. Bizeul , que diverses parties du château de Brest attestent une origine romaine , et si des fouilles étaient pratiquées dans plusieurs de ses parties , elles conduiraient de plus en plus à aflBrmer, avec lui, que de Tabsence de débris romains dans le voisinage du château de Brest, il résulte que cette forteresse n'était point un oppidum destiné à la défense d'une ville non murée, et pour ainsi dire champêtre, étendue à ses pieds comme Vannes, Rennes, Jublains, mais un camp statif qui devait constamment abriter une gamilon pour la défense générale du pays, peut - être même du port , quoique rien ne nous signale à Brest un antique établissement maritime ; que ce château , à son origine , formait dans son ensemble une seule et même forteresse romaine dont les exemples sont tellement rares en France qu'on n'en connaissait aucun avant la découverte très récente du château de Jublains, avec lequel celui de Brest paraît avoir eu quelques analogies d étendue , de genre de construction , de maçonnerie et d'époque ; qu'enfin, une petite enceinte au joignant de la grande et à son S.-O., détruite aujourd'hui , mais conservée sur un ancien plan, semblerait avoir
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«été Y oppidum y la partie forte de la première, et « remonter coimne celle-ci , à l'époque romaine, ainsi « que la tour de César, placée à son centre (1).
Brest, sous les Romains, était donc un simple camp fortifié. De ville proprement dite , il n*y en avait pas, et quand il commença à s'en former une, ce ne fut guère que vers le XIH* siècle au plus tôt. Encore resta-t-elle long-temps à l'état d'embryon. Mais quel nom portait ce camp? Était-ce celui de Geso-cribate ? Âurait-il, après l'expulsion des Romains, pris celui de Brest? Ce ne serait pas absolument impossible , sans doute , mais rien ne le prouve. Il n'y aurait lieu, d'ailleurs, d'admettre cette mutation qu'autant que Brest occuperait l'emplacement de Geso-cribate. Or, les raisons sur lesquelles nous nous sonmies appuyé ne nous permettent de placer Geso-cribate que près de Plouguemeau. Ni Occismor^ ni Geso^ribate ne pouvant être identifiés avec Brest, est- il bien nécessaire de s'ingénier à rechercher si cette \ille a porté un autre nom , alors surtout qu'un document dont l'autorité n'est pas contestée , la Chronique de Nantes (D. Morice , Pr. t. P', col. 142) dit que le roi Salomon fut tué en 856, près de Brest, apud oppidum quod dicUur Bresta. Ce texte précis n'est contredit , que nous sachions , par aucun document. Quant à l'origine de ce nom, y a-t-il quelque utilité à tenter de la déterminer? Faut-il l'attribuer à Bristock qui , d'après Albert Le Grand , aurait régné à Brest avant la conquête de Maxime? {Vie de saint Riock.) Bien que M. Miorcec de Kerdanet ait ravivé et enjolivé cette assertion d'Albert Le Grand , nous ne
(1) Noire savanl ami est allé trop loio dans la dernière partie de ses concluKions. La petite enceinte dont il parle ne présentait aucune trace de construction romaine. Elle appartenait incontestablement au rooyen-àge, au XIV* siècle peut-être, car elle était percée de meurtrières potur armes à feu.
pouvons la prendre au sérieux , d*abord parce que la légende de saint Riock, disciple de saint Gwennolé, et vivant conséquemment au VI* i^ède, commet un anachronisme bien indigeste en le faisant contemporain de Gonan au IV* siècle ; ensuite parce que cette légende, prise dans son ensemble, est frappée d'une juste réprobation par D. Lobineau : « (Test , dit-il , un roman si « mal conçu que la lecture seule en rebute ceux qui € ont tant soit peu de goût pour la vérité, ce qui a été « cause que les Bollandistes , qui ont assez souvent « fait au P. Albert Le Grand l'honneur de traduire en « latin quelques-unes de ses Vies des Saints de Breta- « gne pour les insérer dans leur recueil des Actes des € Saints , n'ont pas jugé que celle - ci méritât qu'ils se « donnassent la même peine. *
Très défiant à l'endroit des étymologies et des concordances qu'avec un peu de complaisance on peut retrouver dans les mots les plus disparates, nous n'examinerons pas celles qu'a suggérées le nom de Brest, toutes reposant, ce nous semble, sur des décompositions ou recompositions plus ou moins hypothétiques , plus ou moins tourmentées , et nous avouerons que , s'il fallait faire un choix, nous préférerions l'anagranmie de Le Baud , qui aurait tout au moins l'avantage de la singularité. Nous observerons naturellement la même réserve à l'égard du nom de Capreil donné au bras de mer de Penfeld et francisé par Le Baud en celui de Chevrette, Ce nom de Capiell , appliqué au hâ\Te de Brest dans les vies de saint Tanguy et de saint Goueznou , a paru à quelques philologues n'en former qu'un seul et même avec celui de Pen-fell; d'origine galloise (Peu , tête de la rivière , et Fell , qui manque , par allusion à l'endroit où la marée manque dans le bras de mer). Capreil ne serait que la même
expression latinisée dans laquelle IV aurait été substitué à 17. Nous ne ferons qu'une objection : I7, en gallois , n'est pas une lettre mutable.
En résumé , nous pensons que ni Brivates porlus ni Gcso'Cribate n'ont jamais occupé l'emplacement de Brest ; qu'il en est de même d'Occismor, ou plutôt de la cité des Ossismiens; que Brest, très vraisemblablement inhabité pendant la période celtique, put bien porter ce nom, soit alors, soit avant le IX* siècle ; que, sous les Romains , c'était un simple camp statif ; que ce ne fut que beaucoup plus tard , c'est-à-dire après le XIIP siècle au plus tôt, qu'il commença à devenir une ville dont les progrès furent lents et insensibles jusqu'au XV* et même au XVI* siècle.
Ces conclusions ne seront peut-être pas acceptées de tous , et c'est en prévision de dissentiments possibles que nous avons fidèlement exposé , et les sources diverses auxquelles chacun peut se renseigner, et les opinions contraires à la nôtre. Le lecteur pourra ainsi contrôler ou rectifier notre jugement que nous n'avons pas la prétention de présenter comme infaillible , mais comme le résultat d'une étude longue et réfléchie , faite en dehors de toute vue systématique.
DE IjA VlXiXiE ET DU PORT
BREST