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L'AVANT-PORT MILITAIRE

(Voir p. 249.)

M. de Chasseloup-Laubat , dans sa visite du port de Brest, en 'l 862, reconnut les immenses avantages que retirerait la marine de rétablissement d'un avant-port , devenu indispensable pour satisfaire aux besoins nouveaux du service et assurer à Brest toute sa valeur militaire. Ces considérations le déterminèrent , le A septembre de la même année , à prescrire les études motivées par le projet que lui avait soumis M. le vice-amiral comte de Gueydon, préfet maritime, auquel revient le mérite de la pensée première de cette création urgente. Les conférences exigées en pareil cas s'ouvrirent, au mois de mai suivant , entre les cbcfs militaires de terre et de mer et les ingénieurs appelés à émettre leur avis au point de vue nautique , au point de vue commercial ^ au point de vue offensif et au point de vue défcnsif. Après une discussion approfondie des questions complexes soulevées par le projet , il fut reconnu que , s'il y a sécurité pour les navires placés à l'intérieur du port militaire , d'un autre côté , les développements donnés , depuis quelques années , à notre marine à vapeur, font ressortir, à bien dire journellement , rinsufil' sance de ce port et .les inconvénients qu'en présente l'entrée par suite de la perte de temps et des avaries trop fréquentes auxquelles exposent l'agitation de la mer à l'embouchure du port, et la sinuosité comme le peu de largeur du chenal à cette embouchure. L'avant-porl projeté , outre qu'il remédierait à ces inconvénients , si graves à eux seuls , aurait en outre l'avantage d'offrir un abri sûr aux b&timents de l'État qui pourraient , avec plus de commodité et de promptitude que dans le port , faire des vivres , de l'eau , du charbon , etc. Concentrés dans l'avant-pori , les bÀtiments armés ou

tlésarniéâ r]u'il a ftiDu cJLSâéniiner dans Jcs mouiJIuges éloi^ gHL^s de Laubcrlach et de Landùvennec , seraient ainsi à proximilc des alelicrs et des magasins chargés de pourvoir à leurs besoins» tels que parcs h charbons, chantiers de réparation, de carénage, clc^ qui, établis dans le voisinage des anses de Laninoii et de la Grande - ïlivièrc , permettraient de disposer de l'emplacement qu'ils occupent dans le port militaire dont l'insuflisance est chaque jour démontrée,

Tn^sentant une superficie d'eau d'environ 218 hectares, Tuvant-port aurait ^J50 mèlres de largeur maximum dunç la direction N.-S.,^,800 mètres au plus dans la direction E.-O,, et son enceinte serait formée de trois ouvrages prin* cip&ux M^ une jeléc complètement isolée^ ou brise-tames, de ^,G00 moires de longneurj lui servant de clôlnre au S,, et le protégeant contre ragiiatiou intérieure de la mer, surtout quand les vents sonHlent du S.-0> au S.; 2" un môle de 400 mètres de longueur venant s'enraciner â la c6tc N, de la rade, à ^30 mi^trcs environ du thalweg du vallon de la Grande - Ilivière j et complétant l'abri de lavant -part du côté de TO,; 3* une jetée de 7iO mètres de longueur, formée par le prolongement de la jiîtée du large du port Napoléon, innéchîc, ât partir de sou extrémité 0., dans la direction du S,-S.-0. L'abri que celte jetée oiïrirait u Tavanl^ port contre les vents du S.-E. à l'E*, et contre Tagitation de la mer venant du fond de la rivière de Landerneau , serait complété par celui que présentent les ouvrages du port Napoléon 3 noiummcnt par sa jetée de 1*0.

Deux longues passes établies sur remplacement des chenaux naturels actuels , et ayant ^ à marée Lasse , une profondeur d'eau de plus de 9 mètres, sullisante, et au-delà» en toute circonstance , à la manoeuvre des plus grands bâtiments de guerre , assureraient , par tous les vents y tes communications entre la rade et Tavani-port.

La seule appréhension qu'inspirait l'exéeution des travaux projetés, c'était qu'ils eussent pour conséquence d'amener, dans le régime des courants de la rade , une perturbation susceptible de produire des ensablemei^ts plus ou moins rapides aux abords du port militaire et du port Napoléon. Une étude approfondie et raisonnée de la direction et de Faction de ces courants a démontré aux esprits non prévenus que les attérissements ne sont pas plus à redouter par suite de l'établissement de l'avant-port qu'ils ne Tétaient par celui du port Napoléon dont les auteurs n'avaient pas considéré , comme devant les arrêter^ cet inconvénient possible-^ mais qu'au pis -aller, des curages peu dispendieux feraient facilement disparaître. Moins sérieuse encore était l'objection tirée de ce que le port Napoléon aurait implicitement acquis, par le seul fait de sa priorité, un droit de servitude active sur les parties de la rade qui en forment les abords. Admettre cette objection comme fondée, c'eût été subordonner l'intérêt de la défense du pays à celui du commerce local , et ce dernier, quelque respectable qu'il soit , ne saurait jamais prévaloir sur le premier. Puis , s'il y a priorité , par qui peut-elle être revendiquée , si ce n'est par la marine qui était en possession de la rade avant qu'une portion en ait été accordée pour établir le port Napoléon dont une sage réglementation empêcherait , d'ailleurs , les communications d'être entravées d'une façon dommageable par l'avant-port.

Ces objections écartées , restent les avantages que nous avons signalés et qu'ont reconnus des marins autorisés à les apprécier. Comme eux , les représentants des services de terre et de mer , plus spécialement chargés d'assurer la défense du littoral , ont admis que l'avantport , par la nature et la disposition des ouvrages le composant , permettrait rétablissement de batteries formidables qui seraient un obstacle décisif u l'entrée des II 24

navires blindés que les batteries des côtes N. et S. sont maintenant impuissantes à empêcher de franchir le goulet. L'avant -port serait ainsi un véritable camp retranché où» inattaquables eux-mêmes, les vaisseaux qui y seraient mouillés , feraient subir à leurs adversaires un feu dçnt Us ne pourraient conjurer TefTet destructeur. Brest et son arsenal seraient désormais imprenables , et cela seul prescrirait rétablissement de l'avant - port , alors môme qu'il ne serait pas commandé par les autres considérations que nous avons déduites.

Ce projet, nous le savons, a rencontré plus d'une opposition. Mais, d*un autre côté, il a obtenu l'approbation de personnes dont l'opinion fait également autorité. Aussi y a*t-il lieu de croire que, tôt ou tard, l'idée -mère prévaudra et sera appliquée avec plus ou moins de modifloations.

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